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Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

Publié le par Olivier Millet

Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

Rendu célèbre par le film de 1926 de Buster Keaton "le Mécano de la General", le raid d'Andrews eut lieu en avril 1862 en Géorgie et avait pour but de s'emparer d'une locomotive confédérée, afin de mener des destructions le long de la voie de chemin de fer reliant Chattanooga et Atlanta et perturber le trafic ferroviaire sudiste dans la région. Bien que le raid fût un échec, il fut qualifié par les sudistes de plan le plus audacieux réalisé par un cerveau "Yankee".

La ville de Chattanooga était un important nœud ferroviaire par lequel transitait une part importante des approvisionnements à destination des troupes confédérées de la zone Tennessee et reliant Nashville, Knoxville et Atlanta. Le général Ormsby Mitchel, chef du district militaire de l'Ohio, désirant pousser vers le sud et capturer la ville de Chattanooga imagina en coordination avec son agent James J Andrews, une opération spéciale afin de perturber le ravitaillement de la ville et aider ainsi à accélérer sa chute. Chattanooga était une forteresse naturelle entourée de reliefs qui rendaient difficile sa capture par les forces de Mitchel. Bloquer la seule voie ferrée qui venait du sud et dont la ville dépendait pour son ravitaillement pouvait être la solution.

Le commando d'Andrews

Andrews était un espion, un agent civil de renseignement qui travaillait pour le compte du Nord et qui s'était fait remarquer par ses opérations de contrebande le long de la ligne de front. Le plan qu'il mit au point était de capturer une locomotive pour transporter un commando et mener des séries de destructions le long de la voie de chemin de fer "Western and Atlantic Railroad" reliant Atlanta à Chattanooga. Ce raid devait être mené de manière simultanée avec une attaque de la part des forces du général Mitchel sur la ville de Chattanooga dans le but de paralyser les renforts confédérés qui ne manqueraient pas d'être envoyés vers la ville, facilitant ainsi la capture de Chattanooga.

Le commando de 22 membres fut recruté parmi les hommes de trois régiments de volontaires de l'Ohio (2nd, 21st et 33rd regiment). Andrews recruta également un civil qui travaillait pour l'armée fédérale et originaire lui aussi de l'Ohio : William Hunter Campbell.

Le commando reçut pour instruction de rejoindre la ville de Marietta dans le comté de Cobb en Géorgie en tenue civile et en plusieurs groupes pour ne pas attirer l'attention. Le commando arriva sur place à l'exception de deux hommes et y passa la nuit du 11 au 12 avril 1862, à l'hôtel Fletcher House. Le lendemain, Andrews et ses hommes attendirent qu'un train fasse halte à la gare toute proche afin de profiter de la pause déjeuner des passagers pour s'emparer de la locomotive. Lorsqu'un train en provenance du sud arriva et débarqua ses passagers pour leur permettre de se restaurer à l'hôtel Lacy, le commando s'empara de la locomotive "la General" et de son premier wagon et se mit en route vers le nord en direction de Chattanooga. Ce qui fut appelé par la suite "the great Locomotive chase" commença.

Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

La traque:

Les opérateurs de la locomotive tentèrent bien de rattraper "la General" mais c'était peine perdue à pied. Les premiers poursuivants confédérés se servirent aussi de draisines, le conducteur initial de la "General" , William Fuller, rencontra dans sa poursuite une autre locomotive et la redirigea à la poursuite de la "General". Bien qu'ayant une certaine avance, le commando fédéral faisait déjà des haltes pour entamer son entreprise de destruction ferroviaire. Du même coup il gênait la poursuite des sudistes à bord d'autres locomotives. Arrêté une première fois près de la ville de Adairsville par des rails enlevés, Fuller dut prendre une autre locomotive, "la Texas", pour continuer la poursuite emportant au passage quelques soldats.

Le commando se trouva confronté à plusieurs problèmes :

saboter la ligne prenait du temps surtout sans les outils adéquats, laissant de moins en moins d'espace entre eux et leurs poursuivants.

Ils devaient rouler dans un trafic ferroviaire régulé c'est-à-dire obéir aux horaires de passage sous peine d'interférer avec un autre train et être complètement bloqués et rapidement repérés (heureusement dans leur progression, Andrews fit couper la ligne télégraphique empêchant ainsi les postes les plus isolés en amont d'être au courant du vol de la "General").

Lorsque le train arrivait dans des gares importantes, Andrews ne put donner une quelconque priorité de passage pour son train en inventant une histoire de renforts pour Chattanooga car les chef de gare et dispatcheurs avaient des consignes très précises faisant d'un train de passagers en provenance du sud comme celui de la"General" un convoi secondaire passant après ceux provenant du Nord. D'autant plus que la nouvelle de mouvements de troupes nordistes sen direction de Chattanooga avait déclenché un nouvel ordre de priorité pour certains convois ferroviaires qui passeraient bien avant celui d'Andrews. Les poursuivants se rapprochaient de plus en plus, d'autant qu'ayant signalé la nouvelle de l'attaque du commando fédéral, ils étaient aidés dans chaque gare pour leur déploiement sur les rails en direction du nord.

une histoire qui a inspiré de nombreuses représentations ( en haut la vraie "General" dans son musée de Kennesaw)
une histoire qui a inspiré de nombreuses représentations ( en haut la vraie "General" dans son musée de Kennesaw)une histoire qui a inspiré de nombreuses représentations ( en haut la vraie "General" dans son musée de Kennesaw)

une histoire qui a inspiré de nombreuses représentations ( en haut la vraie "General" dans son musée de Kennesaw)

Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

La fin de la course

Ayant échoué à détruire un pont en bois interdisant ainsi toute poursuite, Andrews et ses hommes continuèrent vers le Nord jusqu’à l'épuisement du combustible de leur locomotive. Ils durent se résoudre à abandonner leur véhicule près de Ringgold en Géorgie situé à une trentaine de kilomètres de Chattanooga. Désormais à pied, les hommes d'Andrews furent tous capturés dans les deux semaines qui suivirent. Considérés comme des espions, les hommes d'Andrews ne devaient pas s'attendre à un sort clément de la part des autorités confédérées qui jugèrent leur chef devant un tribunal militaire et le pendirent le 7 juin à Atlanta. Ce triste sort fut également réservé à 7 membres du commando le 18 juin. Mais 8 des derniers rescapés réussirent à s'échapper et rejoindre les lignes fédérales après une traversée de plusieurs centaines de kilomètres. Aidés par des esclaves, des sympathisants de l'union certains passèrent même par la rivière Chattahoochee pour être secourus par un navire de l'union faisant le blocus. Les derniers prisonniers furent finalement échangés et eurent la vie sauve. Sur les 24 membres du groupe, 19 reçurent la médaille d'honneur du Congrès pour leur acte, 8 dont leur chef furent pendus, 6 échangés contre d'autres prisonniers de guerre, 2 furent enrôlés dans des unités confédérées avant de s'échapper, 2 n'ont pas participé à la mission, ayant raté le rendez-vous mais se sont échappés vers le nord.

Cette mission qui fut un échec resta dans les mémoires par son audace et inspira de nombreux écrits et films. Un monument érigé à la mémoire du commando fut édifié à Chattanooga dans le cimetière national. Quant à la locomotive "la General" elle est conservée au musée de la guerre civile à Kennesaw en Géorgie.

Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

Liens:

sites dédiés au raid

http://www.andrewsraid.com/

http://www.locomotivegeneral.com/locomotivechase.html

le site du musée de Kennesaw où se trouve la locomotive du raid:

http://www.southernmuseum.org/

(l'affiche du film "l'infernale poursuite de 1956 produit par Walt Disney)

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Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Publié le par Olivier Millet

Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Considéré comme l'un, si ce n'est le plus beau discours politique américain, ce texte de deux minutes du président Lincoln prononcé lors de l'inauguration d'un cimetière dédié aux morts (fédéraux) de la bataille de Gettysburg, fut l'occasion pour ce dernier de replacer la guerre civile dans le contexte de l'édification de la nation américaine commencée par les pères fondateurs. En 270 mots seulement, Lincoln résume magnifiquement la lutte du Nord comme un combat pour la liberté, le droit supérieur de la nation sur les revendications des états et la place de chaque américain en son sein.

Après la bataille de Gettysburg qui a fait 7863 morts sur trois jours faisant des champs autour de la petite ville de Pennsylvanie, une zone jonchée de cadavres dont l'inhumation urgente a conduit à l'éparpillement des corps sur plusieurs cimetières de fortune. Dans le but de rassembler dans un même lieu les corps des soldats tombés au champ d'honneur, il fut décidé de créer un cimetière national. Officiellement inauguré le 19 novembre 1863, le discours devant être prononcé par le sénateur de l'état du Massachusetts, Edward Everett, fut accompagné par un petit discours du président Lincoln qui avait accepté de venir à cette occasion. Malgré son emploi du temps surchargé, Lincoln profita de cette tribune pour prononcer un discours propre à redonner le moral aux habitants du Nord dans la conjoncture de cette fin d'année d'année 1863 difficile.

La guerre s'éternisant et ce, malgré les victoires de Gettysburg, Vickburg et Chattanooga et le revirement pro-unioniste à l'international qu'avait suscité la proclamation d'émancipation, il fallait faire une mise au point sur les buts de la guerre pour redonner le cap à la population du Nord qui ne voyait plus la fin du conflit et doutait de l'utilité de le poursuivre.

Le discours d'Everett dura deux heures et fut applaudi par le public présent, Lorsque Lincoln, souffrant de fièvre, prononça le sien, il ne dura que deux minutes et il fallut attendre un peu pour que des applaudissements surgissent et encore de manière moins fournie que pour Everett. La différence de longueur entre les deux discours et le ton amoindri du président, dû à son état de santé, ont certainement joué en sa défaveur et ce n'est que bien plus tard que l'on réalisa la portée réelle de son discours. L'impact dans la presse le lendemain fut d'ailleurs mitigé, négatif pour certains journaux.

Ce discours d'une grande éloquence, encore enseigné aux enfants américains de nos jours, fut pourtant l'un des plus vibrants appels à soutenir la cause de l'Union, un résumé parfait du sens qu'entendait donner le président Lincoln à la guerre civile. Il mesure, en outre, l'importance du conflit dans l'édification d'une nation à part entière et non plus une fédération de 36 états différents brisant en cela la vision des pères fondateurs et des 13 colonies initiales. La guerre civile parachève le travail de ces derniers en effaçant, malheureusement dans la violence, les imperfections inhérentes à la genèse des États-Unis comme l'esclavage tout en imposant le pouvoir centralisateur de Washington.

Il existe 5 versions différentes du discours, toutes écrites par Lincoln lui-même mais la version la plus probable du discours du 19 novembre est celle-ci:

Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Une traduction proche de l'esprit du discours :

" Il y a 87 ans, nos pères ont donné naissance, sur ce continent, à une nouvelle nation conçue dans la liberté, et vouée à l'idée que tous les hommes sont créés égaux.

Maintenant, nous sommes engagés dans une grande guerre civile, pour déterminer si cette nation, ou toute nation ainsi conçue, peut survivre plus longtemps.

Nous sommes rassemblés sur un grand champ de bataille de cette guerre. Nous sommes venus pour consacrer une partie de cette terre comme dernière demeure à ceux qui ont donné leur vie afin que cette nation puisse vivre. Il est convenable et juste que nous le fassions.

Mais plus généralement, nous ne pouvons dédier, nous ne pouvons consacrer, nous ne pouvons sanctifier cette terre. Les braves, vivants et morts, qui ont lutté ici, l'ayant consacrée de manière si haute que nous n'avons plus le pouvoir d'y rien ajouter ni d'en rien retrancher.

Le monde n'accordera pas beaucoup d'importance, ni ne se souviendra longtemps de ce que nous avons dit ici, mais il ne pourra ignorer ce que ces braves ont fait.
C'est plutôt à nous les vivants, d'être voués à la tâche encore inachevée qu'ils ont jusqu'ici si noblement accomplie.

C'est à nous de nous consacrer plus encore à la cause pour laquelle ils ont donné la pleine et entière mesure de leur dévouement.
Que nous soyons ici hautement résolus à ce que ces morts ne soient pas morts en vain ;
Que cette nation, si Dieu le veut, voie renaître la liberté, et que le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne disparaisse pas de la surface de la terre."

(Illustration: The Gettysburg Adress de Mort Kunstler)

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Les "briseurs" de blocus

Publié le par Olivier Millet

Les "briseurs" de blocus

Le chapitre naval de la guerre de Sécession comportait deux grandes phases qui se jouèrent quasiment en même temps. La guerre sur les fleuves et la guerre en mer. Pour la partie maritime l'option qui fut mise en place par la marine du Nord fut le blocus des côtes confédérées. Le blocus demeure depuis longtemps une arme utilisée pour contraindre une puissance, n'ayant pas ou peu de répondant naval, à la négociation ou la reddition si son économie est trop asphyxiée pour continuer la lutte. Cette option envisagée par Scott dès le début du conflit offre l'avantage de ne pas porter physiquement atteinte aux villes côtières tout en infligeant des dégâts considérables à l'économie ennemie. Mais la côte Est du Sud comprend 5600 kilomètres de littoral et une centaine de ports à contrôler. Bien qu'une dizaine seulement soient réellement aptes à accueillir de gros navires de commerce. La flotte de l'Union au début du conflit était trop faible encore pour assurer un dispositif étanche, de plus, ne disposant pas de bases arrière suffisamment loin au Sud, les navires ne pouvaient établir un cordon de contrôle que sur une partie limitée de la côte. Les régions les plus australes demeuraient hors de portée. Néanmoins les différentes opérations qui ont conduit à la capture de site important dans les Caroline du Sud et du Nord et en Louisiane permirent de fournir des bases aux navires nordistes et donc d'allonger le blocus jusqu'au Texas.

L'économie sudiste vit ses capacités d'import/export diminuer de moitié, les prix montèrent en flèche favorisant un marché parallèle mais aussi des entreprises dont le but était de traverser le blocus du Nord afin de continuer les activités commerciales avec le reste du monde et amener les denrées et armements dont le Sud avait désespérément besoin. Les navires civils affrétés pour ces missions étaient appelés "blockade runners" ou briseurs de blocus. Plusieurs milliers de navires de toutes tailles et de tous types participèrent à ces tentatives risquées mais payantes. Les navires les plus efficaces furent construits à l'étranger. Ils offraient un profil bas sur l'eau pour diminuer la signature visuelle ; à voile et à vapeur ils devaient être rapides pour échapper aux navires de guerre de l'Union. Ces navires n'étant pas des corsaires ou des navires de guerre n'étaient pas armés (ce qui aurait inutilement alourdi le bateau et conduit, en cas de combat, à des mesures drastiques de la part des navires de guerre de l'union).

Une entreprise risquée mais potentiellement très lucrative

La mission-type d'un briseur de blocus consistait à transporter des balles de coton, traverser la ligne de surveillance nordiste et se diriger vers un autre port, généralement dans les Bermudes, les Bahamas ou à Cuba, afin d'échanger le coton contre des fournitures diverses ou de l'armement. Enfin le navire devait ramener son chargement à bon port et retraverser une seconde fois la ligne de blocus ennemie. Le plus souvent les opérations de franchissement se déroulaient de nuit ou par mauvais temps afin de passer le plus inaperçues possible. Les bateaux étaient parfois peints en gris afin de se camoufler ou en blanc pour passer inaperçus au lever du jour. Fonctionnant à la vapeur ils changeaient de combustible pour éviter de générer des traînées de fumée trop voyantes. Mais la guerre avançant, le nombre de port disponibles diminua et les briseurs de blocus n'eurent guère de choix quant à leur port de destination, ce qui du même coup facilita la tâche des navires nordistes qui savaient où les attendre. Les commandants de bâtiments nordistes avaient même mis au point des techniques pour attraper plus facilement les bateaux qui tentaient de franchir leurs lignes au moyen de navires maniables en avant des patrouilleurs qui envoyaient des fusées pour signaler la présence d'un "contrebandier".

(photo : l' ADVANCE, un forçeur de blocus pris en photo à Nassau en 1863 )

Les "briseurs" de blocus

D'une quarantaine de bâtiments en patrouille le long des 5600 kilomètres de côtes sudistes, la marine de l'Union assura une croisière permanente de plus de 150 navires au plus fort de la guerre. On estime que 500 bateaux ont participé à ce blocus et que, malgré les critiques nombreuses au nord comme à l'international, le blocus nordiste eut une influence sur les ressources, les importations de denrées de première nécessité et donc sur la vie quotidienne des habitants du Sud. Comme le blocus en avril 1861 était encore incomplet des régions entières échappaient à tout contrôle naval. Le golfe du Mexique était une zone où les briseurs de blocus opéraient plus facilement à partir des ports de la Nouvelle-Orléans et de Mobile mais en 1862 avec la chute de la capitale de la Louisiane, le blocus devint plus resserré et les briseurs de blocus eurent de plus en plus de difficultés à exercer leur art. Les navires durent opérer depuis le port Texan de Galveston. La chute successive des grands ports sudistes ne ralentit pas particulièrement l'activité des briseurs de blocus qui trouvaient toujours des sites où décharger leur cargaison mais rendait problématique leur ravitaillement ou leur réparation.

Les navires des briseurs de blocus

Le navire idéal pour traverser le blocus aux yeux et à la barbe des marins nordistes devait être avant tout rapide et discret. Les capacités du Sud dans la construction navale étaient réservées à la petite marine de guerre confédérée et les sudistes ont dû faire appel aux privés pour mener à bien ces missions et fournir les bâtiments nécessaires. Les navires trop lents comme les voiliers étaient incapables de distancer les navires à vapeur les plus rapides de la flotte fédérale. Même si ces derniers étaient rares ils pouvaient, en cas de repérage, aisément rattraper les bateaux à propulsion à voile ou les vieux vapeurs. Là encore les sudistes durent faire appel aux chantiers navals étrangers pour construire des nouveaux types de bâtiments au design très particulier aptes à remplir de telles missions. Le Banshee fut l'un des premiers navires répondant au nouveau profil : une propulsion à vapeur récente, un franc-bord bas, une étrave arrondie pour diminuer les vagues, peu de superstructures sur le pont, une mâture basse et démontable au besoin, une peinture grise, noire, bleu foncé pour camoufler le navire dans la nuit, un entrepôt vaste pour accueillir le plus de fret possible, une quille étroite pour gagner en vitesse, une charpente en fer plus solide permettant d'alléger le bateau. Les expérimentations réalisées pour trouver la solution hydrodynamique la plus adaptée au franchissement discret du blocus fédéral permirent à la construction navale anglaise de prendre une avance technologique non négligeable pour l'avenir.

Des compagnies d'import/export comme la John Frazer Compagny qui possédaient une flotte de navires et des relations commerciales étroites en Angleterre notamment furent sollicitées dès le début du conflit pour mener à bien ces dangereuses missions. La marine confédérée acquerra également des navires pour effectuer les missions de ravitaillement clandestines afin de ne plus dépendre entièrement du secteur privé pour assurer l’approvisionnement du Sud. A la fin de la guerre le dernier grand port d'où opéraient ces bateaux fut Wilmington en Caroline du Nord.

Les plus célèbres furent :

Le CSS Sumter de 500 tonneaux le premier d'entre eux qui effectua des missions de briseur de blocus avant d'être transformé en "raider". Le CSS Florida qui fut utilisé comme briseur de blocus puis "raider", le CSS Advance qui réussit 20 missions avant d'être capturé, le CSS Kate construit à New-York effectua lui aussi 20 missions avant de s'échouer vers Cape Bear. Le SS Lynx qui effectua 9 sorties avant d'être détruit par la flotte de l'Union, le SS Laurel qui n'effectua qu'une tentative mais qui survécut à la guerre, le CSS Robert Lee capturé en 1863, le SS Syren qui réalisa le plus grand nombre de tentatives (33)....

Près de 1300 tentatives furent effectuées par les briseurs de blocus et 300 seulement furent réalisées avec succès. On estime à environ 350 le nombre de navires sudistes utilisés pour forcer le blocus, 136 d'entre eux furent capturés et 85 autres détruits. Les briseurs de blocus transportèrent près de 400 000 balles de coton (soit 20% des exportations sudistes d'avant-guerre). On ignore précisément combien d'armes et de munitions furent acheminées dans les ports confédérés par le biais des briseurs de blocus mais on sait que dans les six derniers mois de 1864 ils amenèrent dans les ports de Caroline, 50 000 fusils Enfield, 43 canons et suffisamment de salpêtre pour fabriquer 10 millions de cartouches et 750 tonnes de viande pour nourrir l'armée sudiste de Lee à Petersburg. Malgré le renforcement du blocus, le ratio navires tentant le franchissement et navires capturés fut relativement stable car avec l'augmentation des navires fédéraux autours des ports, le trafic des briseurs de blocus était aussi augmenté par l'arrivée de nouvelles unités. Le nombre de ports disponibles diminuant et l’étanchéité du blocus augmentant, l'activité des briseurs de blocus en fut affectée progressivement au fur et à mesure que l'on s'approchait de la fin du conflit.

à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)
à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)

à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)

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"L'ange des marais" le canon Parrott de Morris Island

Publié le par Olivier Millet

"L'ange des marais" le canon Parrott de Morris Island

Charleston, ancienne capitale de l'état de Caroline du Sud et sa plus grosse ville, fut le théâtre du premier combat de la guerre de Sécession lors du siège du Fort Sumter. Depuis la prise de la place forte fédérale par les troupes rebelles, la Caroline du sud fut relativement calme jusqu’à ce que les troupes et la marine fédérale débarquent en novembre 1861 à Port Royal et occupent la zone. Remontant vers le nord, les troupes de l'union prennent Beaufort, Saint Helena et en 1863 les troupes fédérales arrivent enfin aux abords sud de la baie de Charleston.

Charleston n'est pas à proprement parler un objectif de la plus haute importance, en tant que port il n'est pas plus vital que Mobile ou Savannah et le port de Wilmington a pris bien plus d'importance. Mais Charleston est la ville ou la Sécession a commencé et de ce fait est une cible plus symbolique que stratégique. Le port est défendu par les Forts Moultrie, Ripley, Johnson et bien sûr le Fort Sumter. Plusieurs batteries côtières ont été aménagées le long des deux rives nord et sud qui bordaient la baie de Charleston. Les fédéraux arrivant par le Sud, il n'existait qu'un seul accès le long d'une étroite bande de terre de cinquante mètres de largeur et verrouillé au nord par la batterie Wagner. Le terrain autour de Fort Wagner n'est qu'un vaste marécage où toute progression est presque impossible. Pourtant en mai 1863, le général nordiste Gillmore qui ne voit de menace que dans les canons lourds de Fort Sumter décida d'établir au cœur de ces marécages , sur l'île Morris, une batterie d'artillerie lourde afin de prendre sous son feu la ville de Charleston. Deux assauts sur le Fort Wagner, les 13 et 18 juillet, furent durement repoussés par la garnison confédérée malgré le soutien de 41 canons et de 4 monitors. Néanmoins, le projet d'établir un canon au milieu des marais prit forme.

Une mise en place et une mise en œuvre difficile

Le 10 août débuta la construction d'une zone asséchée vers l'île Morris afin d'y établir une position capable de supporter un canon de siège. Sur une zone rectangulaire, plus de 120 pieux de bois furent enfoncés dans la terre gorgée d'eau, selon une nouvelle technique, afin de soutenir une plate-forme de rondins surmontés de sacs de sable. Cette masse pesait près de 800 tonnes sur laquelle allait être installé un canon Parrott de 8 pouces de plus de 10 tonnes.

Le sol de la plate-forme était rempli de toiles imperméables, de sable et d'herbes intercalées entres des planches. La position fut terminée le 17 août et le canon fut amené en deux éléments, le tube d'un côté et l’affût de l'autre, par bateaux. Sous les ordres du lieutenant Charles Sellmer, le canon est surnommé "l'Ange des marais" mais le site est officiellement appelé "batterie Marsh". Les munitions arrivent le lendemain et le 22 août à 1h30 du matin la pièce ouvre le feu directement sur la ville de Charleston. La pièce est servie par un détachement du 11th régiment de volontaires du Maine affectés spécialement à cette tache. La ville ne représentait pas un objectif militaire particulier et les tirs, étant réalisés de nuit et à plus de 6 kilomètres de distance, furent réalisés autant dans un but de terreur que de destruction de site, en particulier afin de briser le moral des habitants. Le lieutenant Sellmer prépara ses calculs de tir selon une méthode par triangulation et se servit du clocher de l'église de Saint Michaël à Charleston pour ses calculs. Le premier tir tomba dans une rue et mit le feu à une maison. Les canons confédérés qui le pouvaient encore ripostèrent mais sans faire de mal à la pièce fédérale. Cette nuit-là, 16 obus tombèrent sur la ville dont 10 du type "feu grec" incendiaires, un obus explosif rempli d'un mélange incendiaire composé de térébenthine et de pétrole et qui incendie tout autour de l'obus une fois que ce dernier a explosé. Il est possible que l'intention de Gillmore ait été de provoquer une sortie de la garnison sudiste de Fort Wagner, dans le but de faire cesser les tirs sur la ville donnant l'occasion aux fédéraux plus nombreux de les tailler en pièce. Les buts précis de cette opération sont encore à éclaircir... Après les 16 premiers tirs, les vibrations de la plate-forme sont telles que la pièce avait reculé d'un mètre et devait être remise en position ce qui obligea à cesser le tir pour la nuit.

Le chef de la place de Charleston, le général Beauregard, fit parvenir au général Gillmore une missive où il exprimait son indignation devant les tirs d'une pièce lourde directement sur la ville et en pleine nuit alors que très peu de troupes étaient présentes dans la zone résidentielle. Gillmore se contenta de demander la reddition de Fort Wagner et devant l'absence de réponse de la part des Sudistes fit reprendre le feu.
Le lendemain le tir recommence mais, après plusieurs incidents de tir, le 20ème coup fait exploser la culasse du Parrott blessant 3 artilleurs. L'Ange des marais est inutilisable après avoir réalisé seulement 36 tirs sur Charleston. Gillmore exigea que l'on enterre sur place la pièce avec le sable du parapet. Une des explications possibles de l'explosion était que les charges de poudre prévues pour le tir étant normalement de 16 livres furent remplacées par des charges de 20 livres et ont sans doute accéléré le processus qui a conduit à la destruction de la pièce. Plus tard, deux mortiers de 10 pouces occuperont la position occupée par l'Ange des marais.

Quant au Fort Wagner, il sera abandonné par la garnison après que cette dernière ait constaté les progrès réalisés par les sapeurs fédéraux et leurs travaux de siège qui s'approchaient de plus en plus de l'enceinte. Le Fort Sumter devait subir encore des assauts avant d'être réduit par les tirs d'artillerie des batteries fédérales nouvellement installées. Les murs en maçonnerie ne faisant pas le poids face à la puissance dévastatrice des canons de siège. Finalement la ville de Charleston fut abandonnée le 15 février 1865 par la garnison devant l'arrivée de l'armée du général Sherman et l’inéluctable chute de la confédération.

Officiellement l'Ange des marais fut le premier canon à tirer des obus incendiaires sur une ville. Les dégâts occasionnés sur la ville furent minimes mais Charleston fut l'une des premières villes à être attaquée par l'artillerie lourde sans qu’aucun objectif militaire ne soit particulièrement visé. Il s'agit vraisemblablement plus d'un tir à l'aveugle dans un but de démonstration de force, de perturbation de l'activité portuaire, d'expérimentation technique dans le domaine de l'emploi de l'artillerie lourde et d'une tentative de porter un coup au moral des habitants. Quant au canon lui-même, le modèle Parrott révéla un défaut récurrent chez ce type de pièce rayée à savoir une fissure en arrière de la bande de renfort entourant la culasse qui provoquait l'explosion de la partie arrière du canon voire son éjection partielle. Durant le siège de Charleston plusieurs autres Parrott de gros calibre connaîtront des problèmes similaires après un nombre variable de tirs. Le canon fut retrouvé après guerre et est aujourd'hui exposé dans le parc Cadwalader à Trenton dans le New-Jersey.

fiche technique du canon Parrott de 8 pouces

fabricant : West Point Foundry

type : canon rayé à chargement par la bouche

calibre : 8 pouces

poids du projectile : 91 kg (200 livres)

poids de la charge : 7.3 kg (16livres ) mais des charges de 20 livres ont été utilisées pour les tirs

poids du tube : 7500 kg (tube en acier )

portée maximale à 5° : 2380 mètres

portée maximale à 35° : 7300 mètres

année de fabrication : 1860 - 1865

exemplaires construits aux États-Unis : inconnu

vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.

vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.

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La conscription

Publié le par Olivier Millet

La conscription

Alors que les premières grandes batailles de la guerre avaient commencé leur moisson de milliers de morts, il devint de plus en plus ardu pour le Nord comme pour le Sud de trouver des volontaires pour le conflit. La continuation de la guerre ne pouvant souffrir d'un manque de soldats, le Nord comme le Sud furent amenés à mettre en place un système extrêmement impopulaire et inédit aux États-Unis : la conscription. La conscription est tout simplement le moyen pour un état de réquisitionner des hommes d'une tranche d'âge donnée afin de fournir un contingent militaire. Elle a pris différentes formes dans l'histoire militaire du monde mais cette mesure fut toujours impopulaire, les populations voyant partir les jeunes hommes en masse à la guerre sans possibilité, hormis la fuite et l’illégalité, d'échapper à ce service obligatoire. Les hommes étaient appelés par classe d'âge ou par tranche d'âge et devaient répondre à un minimum médical pour être déclarés aptes au service et devenir un conscrit si ils étaient tirés au sort. Les guerres du premier empire ont très fortement marqué la France par les différentes conscriptions qui alimentaient la machine de guerre napoléonienne et décimèrent la fine fleur de la population masculine.

Une mesure impopulaire au Nord comme au Sud

Aux États-Unis, ce fut le Sud qui dut faire appel le premier à ce moyen radical pour faire face aux besoins de l'armée et compenser les énormes pertes enregistrées dans l'année 1862. Le 16 avril 1862 la loi sur le recrutement de l'armée stipulait que tous les volontaires étaient mobilisés pour une période de trois ans et que le recours à la conscription était institué. Les hommes des états confédérés de 18 à 35 ans étaient tous soumis à la conscription mais ils avaient la possibilité d'engager un remplaçant. Devant l'impopularité de ce système, le Congrès confédéré à la fin de 1863 annula le droit au remplaçant et ainsi tous les sudistes se retrouvaient égaux devant la conscription. Des catégories de personnes étaient également exemptées de la conscription : les ouvriers industriels, les mineurs, les fonctionnaires d'état, les instituteurs et toute personne dont le travail était reconnu d'utilité publique. Des exemptions plus élitistes furent également appliquées aux propriétaires de plus de 20 esclaves. Plus tard la conscription fut étendue aux hommes de 17 à 50 ans. La conscription dans le Sud eut un effet négatif sur l'économie car affaiblissant la main d’œuvre, en nuisant gravement aux droits individuels ; le "conscription act" impacta fortement le moral des sudistes qui acceptaient mal l'obligation qui leur était faite de combattre pour une cause qu'ils espéraient autrement plus noble et surtout garante du droit avant tout. La conscription allait à l'encontre de la cause pour laquelle tant de volontaires se battaient. Les sudistes voyaient dans cette décision du président Davis une nouvelle forme de tyrannie alors que justement ils combattaient pour le droit des états contre la dictature de Washington et du fédéralisme à outrance. Des gouverneurs allèrent même jusqu'à déclarer que cette loi était une usurpation d'autorité contre le droit de chacun des états de la confédération. Le président Jefferson Davis de son côté ne pouvait rien faire d'autre pour assurer la défense de la Confédération et promettait que tout rentrerait dans l'ordre une fois la guerre terminée. Mais ils comprenaient bien qu'il était difficile de concilier le droit des états et la guerre contre les États-Unis. La conscription permit d'apporter 90000 recrues supplémentaires aux armées confédérées. Bien que plus équitable que la loi décidée au Nord, la conscription du Sud fut aussi impopulaire par le nombre de classes privilégiées qui étaient exemptées de service. De nombreux cas de désertion eurent pour cause principale cette impression d'injustice qui régnait dans la confédération, les plus pauvres n'acceptant plus de se battre pour éviter aux classes aisées de le faire. Ainsi les riches pouvaient continuer à vivre avec leur famille dans une situation relativement confortable alors que les gens du peuple qui ne possédaient ni esclaves ni terre partaient au front en laissant leur famille dans le dénouement ne pouvant plus travailler pour subvenir à leur besoin. Une situation d'injustice qui ressort des lettres envoyées au gouvernement pour demander un retour temporaire des hommes afin d'aider leur famille. Déjà impopulaire la guerre de Sécession devenait haïssable aux yeux de la majorité des confédérés au vu des lois socialement injustes promulguées par le gouvernement de Richmond. Avec la conscription, le gouvernement de la confédération perdit le peu de crédit qui lui restait aux yeux du peuple qui voyait sa situation générale se dégrader.

La conscription

Dans le Nord, l'afflux de volontaires se tarit lui aussi et l'appel à la conscription fut décidé par le président Lincoln en mars 1863 avec l'enrollment act. A la différence du Sud, l'état fédéral avait toute autorité pour imposer une loi aussi impopulaire et surtout ne pouvait souffrir de la même fronde des gouverneurs des états que le Sud. Les états furent séparés en districts comprenant un bureau de recrutement. Chaque état avait un "Marshall" à sa tête pour faire appliquer la loi. La Pennsylvanie et l'état de New-York furent les seuls à en posséder plusieurs. La conscription touchait les hommes de 20 à 45 ans. Chaque conscrit devait se rendre dans un bureau de recrutement de son district et passer le tirage au sort : s'il tirait un bon numéro il était exempté dans le cas contraire il avait le choix entre plusieurs options

- il devait se rendre dans son lieu d'affectation pour y recevoir son fourniment et être engagé dans un régiment.

- il pouvait payer pour échapper à la conscription ; la somme était de 300 dollars.

- il pouvait aussi payer un remplaçant pour que ce dernier parte à sa place (voir l' affiche d'illustration). Ce système injuste favorisa en outre un système illicite, celui des chasseurs de primes. Des hommes se proposaient comme remplaçant, touchaient la prime et s'enfuyaient avant de recommencer dans un autre état.

Une efficacité relative

En définitive ce système fut assez inefficace car sur les 168000 hommes appelés seuls 50000 rejoignirent effectivement leurs affectations, les autres avaient payé ou s'étaient fait remplacer. De plus ce système était extrêmement inégalitaire car seuls les riches pouvaient payer les 300 dollars pour se faire exempter ou s'acheter un remplaçant, les pauvres n'avaient pas le choix. Le slogan, une guerre de riche faite par les pauvres, vient de cette période. Les migrants venus d'Europe furent également soumis à un système injuste car pour venir s'installer aux États-Unis et obtenir la citoyenneté américaine certains durent s'engager dans l'armée afin d'acheter par leur sang ce droit d'asile. Ce fut le cas de nombreux immigrés allemands et irlandais. Les noirs n'étant pas considérés comme des citoyens à part entière étaient écartés de ce système, mais de toute façon après la proclamation d'émancipation et la possibilité qui leur était offerte de rejoindre un régiment comme volontaire, ils affluèrent en masse sans avoir à passer par la conscription. Dans le nord la conscription très impopulaire du fait notamment du système favorisant les riches, déclencha des émeutes dont les plus célèbres eurent lieu à New-York entre le 13 et le 16 juillet 1863 et qui firent 120 morts et plus de 2000 blessés.

En 1864 un amendement stipulait que même les personnes ayant payé les 300 dollars ne pouvaient être exemptées plus d'une année. Cette clause avait été motivée par les émeutes populaires et l'impression (justifiée) que seuls les riches échappaient au service. Un second amendement en 1865 durcissait la loi ; l'enrollment act de 1865 précisait que toute personne refusant la conscription en ne se soumettant pas à l'autorité fédérale dans ce cadre perdrait sa citoyenneté.

En définitive, cette mesure très risquée sur le plan politique à cause de son impopularité n'a pas permis de remplir les régiments au Nord comme au Sud. L'essentiel des 2 millions d'hommes qui combattirent durant la guerre civile étaient des volontaires, 2% seulement étaient des conscrits et 6% des remplaçants.

A gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sortA gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sort

A gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sort

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La prison d'Andersonville, l'enfer des nordistes

Publié le par Olivier Millet

La prison d'Andersonville, l'enfer des nordistes

Située en Géorgie près de la vile d'Andersonville dans le comté de Macon, officiellement connue sous le nom de camp Sumter, la prison d'Andersonville fut une des prisons établies au sud pour les POW (prisonners of war) et également le pire endroit où pouvait être emmené un prisonnier nordiste après sa capture. On estime à 45000 le nombre de prisonniers de l'union à être passés dans ce sinistre camp et à près de 13000 le nombre de ceux qui n'en sont jamais revenus.

La prison qui commence à entrer en service en février 1864 s'étendra jusqu'à une superficie de plus de 107000 m². De forme rectangulaire, le camp n'a que deux portes à l'ouest. Entouré sur ses quatre côtés par une palissade de plus de 4.5 mètres de hauteur et doublé par une enceinte en rondins de bois à l'intérieur du camp qui délimitait la zone des prisonniers. Tout prisonnier s'approchant trop prés de cette "enceinte de la mort" était abattu par les gardes.

Tout nouveau prisonnier entrant dans le camp, comme le confirmeront des témoignages, était confronté à une vision d'enfer où sur une large étendue on voyait une mer de tentes et d'hommes émaciés qui déambulaient misérablement, le tout dans une odeur pestilentielle sous le regard de gardes brutaux. Devant cette vision d'horreur, "Dieu protégez-nous" s'exclamera-t-il.

Le camp est pratiquement dépourvu d'infrastructures en dur pour abriter les prisonniers et c'est le plus souvent sous des tentes ou à la belle étoile que les prisonniers s'entassent dans des conditions hygiéniques catastrophiques, ce qui explique en partie le grand nombre de morts dû aux maladies. Mais le plus grave problème pour le Sud était l'envoi de leur subsistance alors que la population sudiste commençait à être privée des denrées de base à cause du blocus et de la guerre. Comment nourrir des dizaines de milliers d'hommes plus la garnison avec peu de moyens et encore moins de vivres quand tout est monopolisé pour l'effort de guerre. Plus de 30 000 prisonniers furent internés en même temps, au plus fort de l'activité carcérale du camp, dans cette espace réduit et dépourvu d'abris contre les conditions climatiques.

L'alimentation en eau était assurée par un petit ruisseau qui traversait le camp mais qui fut rapidement souillé par les déjections des prisonniers déclenchant la dysenterie et augmentant le nombre de morts. L'absence de nourriture fraîche déclencha elle des cas de scorbut bien connu des marins qui prélevait également son lot de victimes.

Les difficultés d'approvisionnement firent que les prisonniers souffrirent de malnutrition sévère avec pour résultat des hommes squelettiques dont les photos nous rappellent douloureusement les images d'autres camps plus récents. Les troupes de Sherman qui stationnaient non loin de là en 1864 durant leur marche vers la mer, furent les premières à voir des prisonniers du camp d'Andersonville. Leur réaction devant les squelettes ambulants qui marchaient vers eux fut la colère et l'amplification par la suite de leur destruction dans la Géorgie dans un esprit de vengeance. Les troupes fédérales entrèrent finalement dans le camp en mai 1865.

La vengeance, ce fut la raison pour laquelle le commandant du camp, Henry Wirz, fut capturé et condamné à mort par un tribunal militaire. Il sera pendu et fut l'un des rares condamnés à mort à l'issue de la guerre. Nul doute qu'il servit de bouc émissaire après avoir commis ce qu'il convient d'appeler un crime de guerre. Mais il ne faut pas oublier que le Nord possédait également des camps de prisonniers sordides où les conditions de vie étaient, certes meilleures, mais où les prisonniers sudistes mouraient également en masse. La prison d'Andersonville fait partie des épisodes les plus noirs de la guerre de sécession. Le lieu de la prison est aujourd'hui constellé de monuments rappelant les horreurs qui s'y sont déroulées. Pour l'anecdote on dit que l'homme qui tua l'assassin du président Lincoln, John Wilkes Booth, était un cavalier du 16ème régiment de cavalerie de New-York, Boston Corbett, ancien prisonnier d'Andersonville...

De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.

De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.

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Les photos de la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

Les photos de la guerre de Sécession

La guerre de Sécession fut considérée comme un des premiers conflits modernes de par l'utilisation des moyens technologiques les plus en pointe de l'époque comme le train, le télégraphe, les sous-marins et autres cuirassés de fer, mais on oublie souvent que ce fut un des premiers conflits depuis la guerre de Crimée à être couvert quotidiennement par des photographes et reporters sur tous les fronts. Plus d'un million de photographies furent prises durant le conflit, témoins toujours émouvants et précieux de ces instants terribles.

Des photographes comme Mathew B Brady, Andrew Russel, George Barnard ou Alexander Gardner furent parmi les plus célèbres reporters photographes de cette période mais bien d'autres partirent sur le front avec leur lourd matériel pour immortaliser les combats et les soldats des deux camps.

La photographie était une technique en plein essor et utilisait désormais le procédé du daguerréotype qui offrait l'avantage de fixer de manière permanente une image sur un support photo sensible. Le processus étant particulièrement délicat à réaliser sur un champ de bataille, le photographe généralement opérait en équipe. Le processus comprenait une plaque de verre sur laquelle étaient versés des produits chimiques afin de rendre la photo sensible. Ce processus nécessitant une obscurité totale, les photographes voyageaient dans des chariots aménagés avec une chambre noire pour la préparation et le développement des plaques de verre. La plaque préparée était ensuite placée dans le lourd appareil photo. Exposée à la lumière, la plaque devait être ensuite rapidement développée dans le chariot. Le temps d'exposition du sujet était long ce qui explique qu'aucune scène dynamique ne fut prise en photos, la plupart du temps il s'agit de portraits ou de paysages.

Mathew Brady et son collègue Alexander Gardner furent les plus célèbres photographes de la guerre, Brady dépensa plus de 100000 dollars pour financer son entreprise, engager des équipes de photographes et couvrir l'ensemble du conflit. Ainsi de nombreux clichés pris par des photographes anonymes portaient la mention Mathew Brady. Son projet était de vendre les milliers de photos qu'ils avait prises mais le gouvernement acheta sa collection pour seulement 25000 dollars et en 1875. Brady finit sa vie ruiné.

(photo : prisonniers sudiste à Gettysburg )

Les photos de la guerre de Sécession

Derrière son entreprise à but lucratif, l'exposition de 1862 qu'il fit sur la bataille d'Antietam qu'il nomma "les morts d'Antietam" fut un choc pour ses contemporains. La photographie militaire des champs de bataille et de leur cortège macabre de morts et de blessés ne pouvait être filtrée et affichait de manière brutale la réalité et l'horreur de la guerre que les articles de journaux édulcoraient et de dont, de toute façon, ils étaient incapables de rendre compte. Les photos de la guerre de Sécession participèrent à la prise de conscience du grand public des tourments ressentis par les soldats, des destructions des villes et de toute l'horreur dans son ensemble que constituait la guerre civile.

Sur le champ de bataille, les soldats commencèrent à être habitués à voir déambuler près d'eux ces équipes de photographes et n'hésitèrent pas à se faire "tirer le portrait" pour la famille restée au pays ou pour la " gloriole ".

De gauche à droite Après la bataille de Fredericksburg, le 114th régiment de pennsylvanie, officiers de marine du CSS AlabamaDe gauche à droite Après la bataille de Fredericksburg, le 114th régiment de pennsylvanie, officiers de marine du CSS AlabamaDe gauche à droite Après la bataille de Fredericksburg, le 114th régiment de pennsylvanie, officiers de marine du CSS Alabama

De gauche à droite Après la bataille de Fredericksburg, le 114th régiment de pennsylvanie, officiers de marine du CSS Alabama

Les photos de la guerre de Sécession

Avec la fin de la guerre, le public se lassa vite de tous ces clichés leur rappelant de douloureux souvenirs et les plaques de verres furent revendues, les jardiniers en feront une ample moisson pour leurs serres. Les photographies de la guerre de Sécession sont encore nombreuses et sont en partie disponibles dans le domaine public, elles constituent un témoignage visuel extraordinaire qui nous éclaire un peu plus sur les hommes et les lieux de cette guerre.

(photo Ulysse S Grant)

( les photos appartiennent à la librairie du Congrès, Washington DC)

De gauche à droite, Grant et Lee (deux photos différentes), Lincoln vient rendre visite à Mac CLellan en 1862, Chariots de photographes.De gauche à droite, Grant et Lee (deux photos différentes), Lincoln vient rendre visite à Mac CLellan en 1862, Chariots de photographes.De gauche à droite, Grant et Lee (deux photos différentes), Lincoln vient rendre visite à Mac CLellan en 1862, Chariots de photographes.

De gauche à droite, Grant et Lee (deux photos différentes), Lincoln vient rendre visite à Mac CLellan en 1862, Chariots de photographes.

De gauche à droite, scénes de camp à Washington en 1862 au 31th régiment de Pennsylvanie,  l'intérieur de Fort Sumter après sa capture par les Confédérés, soldats fédéraux et obusier de 32 livres à Seven Pines en 1862De gauche à droite, scénes de camp à Washington en 1862 au 31th régiment de Pennsylvanie,  l'intérieur de Fort Sumter après sa capture par les Confédérés, soldats fédéraux et obusier de 32 livres à Seven Pines en 1862De gauche à droite, scénes de camp à Washington en 1862 au 31th régiment de Pennsylvanie,  l'intérieur de Fort Sumter après sa capture par les Confédérés, soldats fédéraux et obusier de 32 livres à Seven Pines en 1862

De gauche à droite, scénes de camp à Washington en 1862 au 31th régiment de Pennsylvanie, l'intérieur de Fort Sumter après sa capture par les Confédérés, soldats fédéraux et obusier de 32 livres à Seven Pines en 1862

De gauche à droite, le grand défilé de l'armée de l'union à la fin de la guerre, le mortier Dictator, équipage d'un monitor sur le pontDe gauche à droite, le grand défilé de l'armée de l'union à la fin de la guerre, le mortier Dictator, équipage d'un monitor sur le pontDe gauche à droite, le grand défilé de l'armée de l'union à la fin de la guerre, le mortier Dictator, équipage d'un monitor sur le pont

De gauche à droite, le grand défilé de l'armée de l'union à la fin de la guerre, le mortier Dictator, équipage d'un monitor sur le pont

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Noël dans la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

Noël dans la guerre de Sécession

La fête de noël n'était pas particulièrement populaire aux États-Unis en ce début du 19ème siècle, c'est surtout avec l'arrivée progressive d'une immigration européenne et catholique que les festivités de la nativité furent célébrées en Amérique. Noël ne devint un jour férié pour la première fois en Alabama qu'en 1836. Santa claus était plus associé au nouvel an qu'au jour de Noël ; selon la tradition il s'agirait d'un évêque chrétien venu distribuer des cadeaux à ses voisins pour les aider à passer l'hiver. La période des fêtes commence d'ailleurs avec Thanksgiving le 4ème jeudi de novembre. Au 17ème siècle, les colons hollandais apportèrent en Amérique la tradition de Saint Nicolas fêté le 6 décembre. Selon la tradition, le pasteur américain Clement Clarke Moore rédigea un poème en 1823 sur Saint Nicolas le décrivant comme distribuant des cadeaux sur un traineau tiré par des rennes, Santa Claus était né. L'arbre de noël dont l'existence en Europe remonte au 16ème siècle, n'est introduit que dans les années 1840 tout comme les principaux symboles qui sont associés à cette fête aujourd'hui. A la période de la guerre civile, Noël est est une fête bien établie aux États-Unis et est célébrée dans les deux camps. La dinde est dévorée dans les casernes et camps, tandis qu'au front les soldats devront faire preuve de plus d'imagination pour marquer le coup. Le Sud commençant à subir les pénuries dues au blocus fera la fête avec des mets moins rares et moins coûteux. Les journaux comme le Harper's Weekly affichaient des représentations bon enfant du père Noël visitant les troupes au front et leur distribuant des cadeaux avant d'associer à cette fête des messages politiques plus clairs et sans ambiguïté. Même si elle n'est jamais encouragée par le haut commandement, une trêve de Noël officieuse fut parfois respectée. Sur l'ensemble des fronts, durant les Noël 1861 à 1864 on se bat toujours.

Des combats et des escarmouches eurent lieu le 25 décembre en mer comme à terre. Pour beaucoup, Noël ne devait pas interrompre les opérations militaires. Des briseurs de blocus tentèrent de profiter de cette journée pour effectuer des tentatives afin de traverser le blocus nordiste. Le général confédéré Morgan effectua même un raid durant cette période dans le Kentucky contre les dépôts et autres convois nordistes et détruisant ponts et rails. Son raid est resté dans les mémoires comme le "Christmas raid".

A Noël 1861, Le général Haleck, en pleine retraite dans le Missouri, n'entendait pas perdre un jour pour rejoindre une zone plus sécurisée dans l'Arkansas. En 1862 Dans le Kentucky, en Virginie ou au Tennessee ont lieu de violents accrochages. En 1863, les combats ont lieu à Charleston, en Caroline du Nord, en Floride près de Fort Brooke, sur la rivière Sono, en Caroline du Sud, entre canonnières fédérales et batteries confédérées. En 1864 les fédéraux tentent un débarquement sur Fort Fisher mais sont sévèrement repoussés tandis qu'au même moment dans le Tennessee, le général John Bell Hood et ses troupes font face dans un combat désespéré à des forces supérieures. En Virginie le siège de la ville de Petersburg continue...

Pour certains soldats, il était néanmoins important moralement de marquer cette journée en fabriquant des autels de fortunes ou autres représentations de la nativité. Certains déguisèrent des mules pour en faire les rennes du père Noël. D'autres accrochaient des denrées aux arbres pour en faire des sapins de Noël, certains distribuaient de la nourriture aux civils démunis (principalement dans le Sud par les troupes de l'Union). Pour les plus chanceux, généralement les soldats dans les camps, ils avaient droit à un repas spécial. Mais parfois il leur fut interdit de faire la moindre manifestation festive.

En 1862 et 1863, le président Lincoln profita de l'occasion pour rencontrer les blessés dans les hôpitaux distribuant des cadeaux sous forme de livres au nom de son fils Tad qui fut profondément ému lors de sa première visite aux blessés avec son père en 1862. Abraham Lincoln serait aussi à l'origine du gâteau du président que l'on sert à Noël à la maison blanche, tradition qui perdure aujourd'hui.

Les journaux du pays publiaient des dessins montrant un père Noël soutenant la cause du Nord ou, bien sur, du Sud. "Santa" servait aussi la propagande des belligérants. Les difficultés croissantes rencontrées par le Sud, les destructions et les privations rendirent les Noël 1863 et 1864 particulièrement difficiles pour les habitants des régions dévastées de Géorgie, Virginie ou de la caroline du Sud. Certains enfants ne voyant plus rien venir ce jour sacré se demandèrent si le père Noël n'était pas lui aussi un "Yankee".

" C'est Noël, et mon esprit erre vers cette maison laissée vide par mon absence tandis que loin de la paix et de la tranquillité de la vie civile pour subir les privations des camps et du champ de bataille, je pense aux nombreuses vies qui sont mises en danger et qui espèrent que le temps de la paix reviendra bientôt avec ses innombrables bénédictions et rétablira encore une fois notre nation dans le bonheur et la prospérité "

Caporal J.C Williams du 14th régiment du Vermont

(peinture illustrant l'article " My Friend, the Enemy Rappahannock River, Noël 1862 de Mort Künstler)

Santa Claus visitant les troupes par le journal de New-York le Harper's Weekly

Santa Claus visitant les troupes par le journal de New-York le Harper's Weekly

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L'affaire du Trent

Publié le par Olivier Millet

L'affaire du Trent

Le 8 novembre 1861, à 430 kilomètres environ des côtes cubaines, le navire de la marine de l'union, l'USS San Jacinto, oblige le navire britannique, le Trent, à stopper ses machines pour une inspection à bord. Ayant été semoncé par un coup de canon devant l'étrave, le paquebot anglais est arraisonné et fouillé, deux de ses passagers emmenés de force sur le navire américain bien qu'ayant embarqué sur un navire anglais et donc neutre vis-à-vis du conflit.

Le navire anglais avait accueilli à son bord à la Havane deux agents confédérés, James M Mason et John Slidel, dont la mission officieuse était de négocier la reconnaissance par les gouvernements français et anglais de la Confédération sudiste. Ce renseignement est parvenu au commandant de la frégate de 1500 tonnes USS San Jacinto, le commodore Charles Wilkes. Ce dernier prit la décision de poursuivre le navire sur lequel les agents avaient pris place et de les récupérer par la force. L'action en elle-même était une violation de la liberté maritime et du droit des navires à circuler librement. De plus il était particulièrement audacieux de la part du capitaine de s'en prendre à un navire britannique dont la nation était la plus puissante nation navale du monde. Une fois capturés, les agents sudistes sont emmenés à Fort Monroe en Virginie. Quant à Wilkes il est particulièrement félicité pour l'audace de son action. A Washington l’accueil de la nouvelle est plus froid car Lincoln comme son gouvernement sait bien que l'Angleterre ne va pas laisser passer un tel affront diplomatique.

Des risques d'une intervention à l'horizon ?

En effet une fois parvenue à Londres la nouvelle de l’arraisonnement du Trent fit l'effet d'une bombe. Alimentée par une presse vindicative, l'opinion publique se laissa aller à ses penchants bellicistes contre les États-Unis. Ironiquement l'Angleterre se trouvait, à une échelle bien différente, dans la même situation que les États-Unis en 1812 qui subissaient une pression en mer sur leur flotte marchande de la part de la Royal Navy. Pour l'heure, Londres mobilisa une partie de ses troupes et expédia un détachement de 8000 hommes au Canada pour renforcer la garnison ; la Royal Navy était mise sur le pied de guerre. Une évaluation des forces permettait de voir que la Grande Bretagne bénéficiait d'un net avantage sur la marine de l'Union en terme de bateaux de guerre car beaucoup de navires nordistes n'étaient que des navires civils réarmés. En outre les plus puissantes unités britanniques surclassaient de beaucoup les frégates de ligne américaines. Une éventualité d'actions combinées avec la marine sudiste avait été envisagée par certains mais l'implication de la Grande Bretagne aux côtés de la Confédération aurait pu avoir des conséquences funestes sur l'opinion publique européenne opposée à l'esclavage. En outre la marine anglaise devait prendre en considération les progrès effectués par les américains dans le domaine des Ironclads et des Monitors capables d'opérer en eau peu profonde et qui auraient détruit avec facilité les navires en bois anglais incapables d'être soutenus par leur navires cuirassés au fort tirant d'eau. La possibilité de mettre en place un blocus naval demeurait la seule option de la part de la Grande Bretagne mais une option qui pouvait a terme, comme pour la confédération, géné considérablement Washington. Quant à la guerre sur terre, même en renforçant la garnison du Canada, en faisant appel à la milice et en multipliant les raids côtiers c'est face à une armée de près d'un demi--million d'hommes entraînés et lourdement équipés en artillerie qu'il allait falloir se frotter. Autant dire que la campagne terrestre était inaccessible aux Anglais et qu'il leur fallait se cantonner à une défense ferme du Canada comme en 1812 et a un blocus des côtes américaines. Bien que montrant les dents, les Anglais n'avaient pas réellement l'envie ni les moyens de se lancer dans une telle entreprise au seul but de laver leur honneur même si il est probable que la Grande Bretagne aurait bénéficié du soutien militaire et diplomatique de la France déjà présente au Mexique depuis le 8 décembre 1861.

(peinture illustrant l'article appartenant à la collection Southampton City Art Gallery)

caricature montrant le capitaine Wilkes s'emparant des deux agents confédérés parue dans le Harper's Weekly, magazine publié à New-York

caricature montrant le capitaine Wilkes s'emparant des deux agents confédérés parue dans le Harper's Weekly, magazine publié à New-York

Néanmoins, des explications et la menace d'une déclaration de guerre furent sur le point d'être envoyées à Washington dans des termes qui laissaient peu de place à la diplomatie. Il fallut la réécriture du texte officiel diplomatique britannique adressé à Washington par la reine Victoria elle-même pour éviter le pire. Du point de vue diplomatique l'embarras entre la Grande-Bretagne et les États-Unis plaisait particulièrement à la France de Napoléon III qui profiterait de l'occasion pour renforcer sa position au Mexique où se battait un corps expéditionnaire français au grand mécontentement des Américains. Mais on n'en était pas encore là, et la France qui reconnaissait comme illégitime l'action de la marine américaine assurait l'Angleterre de son soutien en cas de conflit.

Il apparaissait que l'action de Wilkes avait eu lieu de son propre chef et qu'elle n'avait pas reçu l'assentiment du président Lincoln lui-même. D'une certaine manière le gouvernement américain ne pouvait être tenu comme responsable dans cette affaire même si le commandant d'un navire de guerre de l'US NAVY est un représentant à l'étranger du pouvoir exécutif américain. Les négociations commencèrent et ce fut le vice-président américain Seward qui fut chargé de mener la délicate mission de sauver la face du président Lincoln. Ce dernier savait qu'il ne pouvait mener deux guerres de front avec succès mais ne voulait pas montrer un instant le moindre signe de faiblesse à l'heure où l'Union était en danger de désagrégation. L'Angleterre n'était pas encore l'ennemi des État-Unis ni l'ami de la Confédération. Il fallait faire en sorte que les relations entre les deux pays se normalisent au plus vite et éviter de faire du Royaume-uni un allié pour le Sud par la faute d'un commandant de navire trop zélé.

Finalement il fut décidé de libérer les prisonniers sudistes mais sans pour autant présenter d'excuses officielles au gouvernement britannique. Les deux agents furent renvoyés vers l'Angleterre. L'Angleterre retrouva des relations plus cordiales avec Washington grâce à la diplomatie inattendue de Seward. La résolution pacifique de cette crise aura pour conséquence d'aplanir les différents entre Londres et Washington et surtout permettre de nouer des liens plus solides lorsqu'une autre crise, celle du Roi Coton, éclatera. Le Sud, qui avait tout à gagner d'une confrontation militaire entre le Nord et l'Angleterre, finit au contraire par se retrouver avec une situation diplomatique bien meilleure entre ces deux pays, ce qui réduira fortement l'effet majeur de l'embargo qu'ils mettront en place sur les exportations de coton et permettra au Nord de devenir un partenaire de premier ordre de l'Angleterre, qui, en échange, lui fournira tout le salpêtre nécessaire à la fabrication de la poudre.

Les deux agents sudistes au coeur de l'affaire.

Les deux agents sudistes au coeur de l'affaire.

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