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La campagne de la péninsule mars-juillet 1862 (1)

Publié le par Olivier Millet

La campagne de la péninsule  mars-juillet 1862 (1)

McClellan, général en chef de l'armée de l'Union depuis le 1er novembre 1861, tergiversait toujours sur la manière d'attaquer les forces sudistes et prendre la ville de Richmond. Son absence d'initiative stratégique exaspérait Lincoln qui était poussé, lui, par une opinion publique revancharde. L'armée du Potomac que McClellan avait judicieusement organisée était prête à une action d'envergure ; elle regroupait presque 150000 hommes et demeurait la force la plus puissante du continent américain. De son côté Lincoln qui désirait garder sa prérogative de "commander in chief " et inquiet de l'organisation divisionnaire actuelle de l'armée décida de la diviser en corps d'armée plus imposants qu'une division mais aussi plus faciles à coordonner.

La genèse du plan :

McClellan répugnait à lancer une offensive mais, finalement, sous la pression du président il se décida à lui présenter son plan d'action. McClellan avait été observateur durant la guerre de Crimée et il connaissait fort bien ce qu'un débarquement pouvait signifier en terme de choix tactiques et les problèmes logistiques qu'un corps expéditionnaire posait. C'est certainement ce qui l'a poussé à choisir l'action indirecte pour débarquer sur les côtes sudistes. La Russie et la confédération sudiste partageaient d'une certaine manière une géographie difficile qu'un débarquement pouvait en partie surmonter. Ce plan prévoyait de déplacer l'armée du Potomac à Urbanna en Virginie sur les bords de la Rappahannock puis partir vers l'ouest pour prendre la ville de Richmond. C'est un plan qui offrait l'avantage d'assurer une liaison sûre avec l'arrière par l'intermédiaire de la flotte nordiste mais il déplaisait à Lincoln par son manque d'audace et surtout sa difficulté logistique évidente. De plus l'armée sudiste stationnée près de Richmond pouvait fort bien choisir d'attaquer Washington dégarnie de ses troupes au lieu d'affronter la puissante armée de McClellan.

Finalement Lincoln prit les devants et décida une offensive générale en direction de Manassas junction afin de prendre Richmond. McCLellan tomba subitement malade de la typhoïde et ne bougea pas. Le plan "Urbanna" fut néanmoins en partie contrecarré par les mouvements des troupes confédérées qui se redéployèrent plus au sud à Culperer sur la principale voie ferrée allant sur Richmond. Le plan de McClellan était rendu caduc par cette manœuvre inattendue mais, néanmoins, il présenta un autre plan. Ce dernier consistait toujours en une approche indirecte mais cette fois l'armée de l'Union irait jusqu’à Fort Monroe, puissante forteresse nordiste de Virgine. Lincoln, durement éprouvé par la mort de son fils Willy, le 20 février, approuva mais démit McClellan de ses fonctions de général en chef de l'armée pour ne lui laisser que le titre de général de l'armée du Potomac, le 11 mars. Le 17 mars, soit 8 mois après la bataille de Bull Run, l'armée du Potomac embarquait à Alexandria pour Fort Monroe, la campagne de la Péninsule commençait.

La campagne de la péninsule  mars-juillet 1862 (1)

L'ouverture de la campagne :

121500 hommes, 44 batteries d'artillerie, 1150 chariots et un télégraphe mobile devront être amenés par 400 navires, une opération d'une ampleur jamais vue en Amérique, une opération engageant 10 fois plus de troupes que le débarquement de Vera Cruz en 1847. Le reste de l'armée du Potomac soit environ 30 000 hommes restèrent aux alentours de Washington pour éviter de laisser la capitale de l'Union sans défense. La destination du corps expéditionnaire nordiste était la péninsule comprise entre les James et York River, région large d'une vingtaine de kilomètres qui pouvait être facilement barrée pour interdire à l'armée de l'Union la route de Richmond. En outre la marine était sur le qui-vive suite à l'affaire d'Hampton Roads et du CSS Virginia. Un Ironcladsudiste pouvait fort bien menacer la ligne de communication navale que McClellan estimait pouvoir ouvrir.

Sur place les forces sudistes, commandées par John Macgruder, d'environ 11000 hommes attendaient les troupes nordistes à Yorktown, haut lieu de la guerre d'indépendance. Plusieurs détachements confédérés étaient situés à distance relativement réduite ; à Norfolk il y avait une garnison de 9000 hommes, Johnston et 43000 hommes défendaient la Virginie et Richmond, 6000 hommes de plus se trouvaient à Fredericksburg. Macgruder établit une ligne défensive, la ligne Warwick, longue d'une quinzaine de kilomètres pour interdire l'accès au reste de la péninsule aux forces de McClellan. Comme l'avaient craint certains membres de l'état-major nordiste, la péninsule avait été facilement barrée par les Confédérés. De son côté le nouveau général en chef des forces de Virginie, le général Robert Lee, fit établir des lignes de fortifications autour de Richmond. McClellan ayant regroupé ses forces attendit le 4 avril pour entamer sa progression et arriver devant la ligne Warwick, s’arrêta pour y mettre le siège. il disposait de dix fois plus d'hommes que l'ennemi mais estimait que les forces qu'il avait en face de lui devaient être très importantes.

Macgruder, avait eu recours à une vieille ruse de guerre pour faire paraître son armée plus grande qu'elle n'était en réalité en faisant défiler devant les observateurs nordistes les mêmes unités plusieurs fois par jour. McClellan complètement intoxiqué ne bougea plus, Lincoln était encore une fois trahi par ce général en qui il avait pourtant placé de grands espoirs. Les Nordistes passèrent le mois d'avril à s'enterrer face à la ligne Warwick et à y établir des batteries d'artillerie lourde. Les Sudistes, trop heureux du temps offert par le pusillanime général nordiste en firent autant. Les troupes sudistes renforcées par Johnston atteignaient maintenant les 50000 hommes mais ce dernier préféra replier ses troupes afin d'éviter des pertes inutiles dans un bombardement de l'artillerie de siège nordiste qui n'allait pas tarder à commencer. Couverte par sa propre artillerie, l'armée confédérée abandonna la ligne Warwick et se replia contre l'avis du président Davis sur Richmond, McClellan procéda à une poursuite molle et peu coordonnée.

Les premiers combats :

Malgré des routes boueuses et escarpées, les Nordistes talonnèrent suffisamment les Sudistes pour forcer Johnston à livrer un combat retardateur à Williamsburg le 5 mai. Les Confédérés avaient établi sur ce point des fortifications dont le Fort Macgruder et furent attaqués par les avant-gardes de l'Union mais les repoussèrent facilement. Le lendemain c'est la division nordiste du général Hooker qui attaqua à son tour mais là encore elle fut repoussée par les renforts ennemis commandés par le général Longstreet. Finalement les troupes de l'Union et particulièrement celles sous le commandement du bouillant général Winfield Scott Hancock prirent l'ascendant sur les Confédérés et les forcèrent au repli. La bataille avait fait 4000 morts et blessés. Victoire tactique, Williamsburg ne fut qu'un combat d'arrière-garde pour les Sudistes. Les Nordistes y virent cependant une grande victoire capable de regonfler le moral des troupes et de l'opinion publique après les désastres de l'année précédente.

Cependant à Etham Landing, les troupes fédérales qui débarquèrent pour couper la route aux Confédérés le 6 mai furent sèchement repoussées par les forces sudistes de Gustavus Smith. La poursuite reprit mais un imprévu sous la forme d'une visite impromptue du président Lincoln vint interrompre McCLellan. Mais ce dernier ne jugea pas opportun de se déplacer pour accueillir ni même rencontrer le président (qui de toute façon n'en prit pas ombrage, habitué à la morgue de son général en chef). Lincoln arrivé à fort Monroe et ne voyant pas le général Mac Clellan décida de s'occuper du port militaire de Norfolk isolé depuis la campagne de la péninsule. Se servant des forces disponibles à fort Monroe et de l'US Navy il fit bombarder la place le 8 mai et envoya des troupes au sol le 9. La garnison sudiste préféra abandonner le port le laissant intact aux mains de l'Union. Le 11 mai préférant détruire leur navire plutôt que de l'abandonner à l'ennemi, les Confédérés sabordèrent le CSS Virginia, le navire héros du combat d'Hampton Roads. Ainsi Lincoln avait pris la première mesure offensive d'importance de la campagne en exécutant sous son propre commandement une opération qui avait fait tomber le plus important arsenal de Virginie et sécurisé l'entrée de la James River. Le président des États-Unis, autodidacte, avait patiemment consulté de nombreux ouvrages et traités sur l'art militaire à une période où l’inactivité de McClellan lui avait fait entrevoir l'hypothèse de conduire lui-même l'armée fédérale. Le fleuve James remontant jusqu'à Richmond, il ne fallut pas attendre longtemps pour qu'une flottille fédérale remonte le cours d'eau et tente de bombarder la capitale ennemie. Ce fut entrepris le 13 mai par l'escadre de Rodgers qui avec 5 navires remonta la James river mais fut arrêtée par la batterie du Fort Darling non loin de Richmond.

A la fin du mois de mai, l'armée fédérale arriva en vue de la capitale sudiste, McClellan étendit sa ligne jusqu'au nord de la ville de l'autre côte de la rivière Chickahominy. Des éléments sous les ordres du général Porter du Vème corps furent attaqués par Johnston le 27 mai à Hanover Court House à une vingtaine de kilomètres au nord de Richmond. Les 12000 fédéraux repoussèrent les 4000 Sudistes dans une bataille désordonnée et l'Union assura son flanc droit tout en ayant coupé la voie ferrée principale du nord de Richmond.

Après cet engagement que McClellan qualifia de "glorieux fait d'arme", l'armée de l'Union s'installa pour assiéger la capitale du Sud. La première phase de la campagne était terminée ; elle avait duré deux mois et avait fait prendre conscience à Lincoln que le général McClellan ne s'était pas révélé comme un de ses choix les plus judicieux. L'armée fédérale tenait l'armée sudiste à sa merci par sa supériorité numérique manifeste et n'en profitait pas. Au lieu de cela, le général nordiste a choisi toujours l'option d'attendre, d’assiéger ou de réclamer des renforts. La deuxième partie de cette campagne allait confirmer les craintes de certains qui voyaient en McClellan le meilleur allié de circonstance de la Confédération. Richmond était assiégée, la confédération semblait être dans une position difficile au regard des évolutions de la guerre dans l'ouest, mais un autre front donnait de l'espoir, la campagne de la Shenandoah menée par le bouillant général Jackson contre des forces fédérales trois fois plus importantes était un modèle du genre. Les victoires de Cross Key et de Port Republic permettaient de soulager un peu la pression sur la capitale virginienne en distrayant des forces qui auraient pu s'ajouter au siège tout en redonnant confiance à la population.

A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.

A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.

Sources:

"Illustrated Atlas of the civil war Echoes of glory"

James Mcpherson "la guerre de Sécession"

John Keegan "La guerre de Sécession"

Ferdinand Lecomte " Campagne de Virginie et du Maryland 1862 "

une sympathique version animée de la campagne de la péninsule (en Anglais)

http://www.historyanimated.com/PeninsulaAnimation.html

( carte de l'auteur tous droits réservés @MILLET2014)

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Le Blocus de l'union

Publié le par Olivier Millet

Le Blocus de l'union

Faisant partie intégrante de la stratégie du Nord visant à étouffer la rébellion, le blocus naval des côtes sudistes fut une idée de Winfield Scott qui eut à subir en son temps (guerre de 1812) les effets d'un tel blocus. Le blocus naval nordiste décrété par le président Abraham Lincoln le 19 avril 1861 devait verrouiller l'accès aux ports confédérés de la côte atlantique et du Golfe du Mexique soit 4500 km de littoral. La marine de l'union qui ne comportait que 42 navires disponibles au début du conflit avait reçu pour mission de bloquer 12 grands ports ( Charleston, la Nouvelle-Orléans, Savannah, Wilmington, Mobile, Richmond...), d'intercepter tout navire en provenance de ces ports ou se dirigeant vers eux et quelle que soit leur nationalité. La marine de guerre de l'union continuait cependant sa mission de combat en mer à savoir intercepter et détruire tout navire confédéré, soutenir les troupes de l'armée de terre dans les opérations fluviales et côtières.


Mais n'étant pas signataires de la déclaration de Paris du 16 avril 1851, les Etats-Unis ne pouvaient arraisonner un navire neutre ou commerçant entre des ports neutres même si la cargaison était vraisemblablement destinée à la Confédération. Le seul moyen pour la flotte de l'union d'intercepter un navire était au moment où ce dernier tentait de franchir le blocus des ports sudistes en entrant ou en sortant. La raison d'être du blocus était de stopper toute exportation de coton vers l'Europe ou un port neutre qui permettrait d'acheter, par la revente de cette matière première, des armes de l'équipement ou des denrées susceptibles d'aider l'effort de guerre confédéré. Légalement le blocus n'était pas reconnu comme tel par Washington pour éviter d'accorder un statut de belligérant à la confédération.
La mise en place du blocus était loin d'être une tâche aisée pour le ministre de la marine Gideon Welles. Comment assurer un verrouillage étanche des principaux ports confédérés de l'Atlantique et la surveillance d'un littoral long de plus de 4500 km avec une flotte comprenant moins d'une soixantaine de navires dont la moitié était immédiatement disponibles. Les côtes sudistes avec leurs embouchures nombreuses, leurs zones insulaires connues des seuls marins locaux, leurs systèmes de fortifications côtières capables de repousser tout navire s'approchant trop près, étaient en outre trop étendues pour assurer une continuité de la surveillance vers les ports les plus au Sud comme ceux de Louisiane ou du Texas.
La première chose à faire pour Welles fut de mettre en place une marine suffisamment forte pour commencer les opérations du blocus. Heureusement la guerre mit un coup d'arrêt au commerce maritime du Nord qui dépendait en partie des exportations sudistes pour ses voyages transatlantiques et de ce fait de nombreux navires étaient au chômage technique faute de produits à exporter et par crainte des actions de corsaires confédérés. Une véritable aubaine pour la marine qui acheta nombre de vapeurs civils pour en faire des unités propres à étoffer la marine de guerre. Pour ce faire Welles désigna son propre beau-frère et un armateur de New-York pour affréter les premiers navires. Malgré de vives critiques et des accusations de népotisme envers Welles, Morgan acquit près de 89 navires de tous types et tous tonnages. Mais l'acquisition de navires civils hâtivement transformés ne suffirait pas. Il fallut mettre en oeuvre un véritable programme de construction navale afin de lancer des navires de guerre capables d'assurer l'ensemble des missions que l'on pourrait confier à la marine en plus du blocus.
Dans la mise en place de ce programme Welles fut efficacement secondé par l' ingénieur Benjamin Isherwood et le responsable du département de la construction navale. Architecte naval, John Lenthall. Isherwood s'est avéré être un bon choix car il avait l'expérience récente de la construction de frégates à roues à aubes lors d'un partenariat avec la Russie pour une flottille sur le fleuve Amour. Les navires construits pour le fleuve russe étaient des canonnières à vapeur à propulsion par roues à aubes sur les flancs, jaugeant 690 tonnes et capables de filer à 10 nœuds. En un temps record de 90 jours le premier modèle sortit des chantiers navals américains suivi par 23 autres navires de ce type avant la fin du conflit. Isherwood mit également en chantier des vapeurs à doubles roues à aubes de 1100 tonnes, idéals pour le travail près des côtes en eau peu profonde. Bien armés ces navires pouvaient se déplacer jusqu'à 11 nœuds. Welles put compter aussi sur le renfort de 4 frégates classiques de 1600 tonnes dont le fameux USS Kearsarge fit partie. La construction de 10 frégates de presque 2000 tonnes fut autorisée par le congrès en 1861. Ces mesures firent que rapidement la flotte de l'union gagnait en taille et en potentiel, Welles pouvait compter pour le blocus à la fin de l'année 1861 sur une flotte de 160 navires.


En plus de la marine de guerre, Welles put également compter sur un soutien précieux non pas par le nombre, mais par l'excellente connaissance des côtes et leur expérience dans la lutte contre les contrebandiers : les gardes-côtes. Cette agence civile dépendant directement du Congrès employait une douzaine de navires dont les capitaines connaissaient très bien les côtes traîtresses du littoral du Sud des États-Unis. Ils étaient dirigés par le superintendant de la surveillance des côtes : Alexander Dallas Bache.
Le blocus des côtes posait un autre problème pour les navires : le ravitaillement en charbon pour les vapeurs était trop distant de leur secteur d'opération. Seuls les voiliers pouvaient opérer loin car dépendant du vent mais ils se révélaient incapables de rattraper les briseurs ( blockade runners) de blocus bien plus rapides. La solution était de mettre en place des bases intermédiaires pour diminuer le temps de voyage des navires entre leur base de soutien logistique et leur lieu d'affectation. Plusieurs zones furent choisies pour établir en force des bases avancées capables de soutenir la flotte et l'ensemble du littoral sudiste fut divisé en secteurs afin de rationaliser le blocus, chaque secteur possédant son propre commandement, sa base opérationnelle et ses navires regroupés en escadre. Les différents secteurs étaient les suivants :

- La flottille du Potomac dont la base était à Hampton roads
- L'escadre de l'Atlantique Nord de l'Amiral Goldsborrough avec sa base au cap Hatteras
- L'escadre de l'Atlantique Sud de l'Amiral Du Pont et sa base à Port Royal
- L'escadre du golf Est de l'amiral McKlean et sa base à Key West
- L'escadre du golf Ouest de l'Amiral Farragut et sa base de Ship island

Intercepter les briseurs de blocus


Si le blocus fut d'une efficacité relative dans ses débuts, rapidement avec l'expérience les capitaines des navires nordistes surent appliquer des méthodes de plus en plus efficaces pour capturer les bateaux tentant de franchir la limite. Les fédéraux utilisaient parfois des navires plus petits en guise de sonnette afin d'avertir les navires à vapeur, seuls aptes à l'interception, de l'arrivée imminente d'une cible au moyen de fusées tirées en l'air. Les voiliers étaient des proies faciles car ils dépendaient du vent et de ses caprices et ne filaient guère plus vite que 6 à 8 nœuds. Les vapeurs filant jusqu'à parfois 12 nœuds avaient tôt fait de les rattraper ou des les forcer à s'échouer. Les briseurs de blocus qui avaient été spécifiquement réalisés pour percer la ligne nordiste étaient plus délicats à intercepter. Rapides, ayant un profil bas sur l'eau et peints dans des couleurs les faisant confondre avec leur environnement et utilisant du charbon à faible dégagement de fumée, ils pouvaient distancer les navires fédéraux en terme de vitesse pure. Mais les navires de guerre nordistes avaient encore la possibilité de tirer des coups de semonce en avant des navires confédérés ou bien directement dessus pour les forcer à s’arrêter. Aucun navire civil ou gouvernemental confédéré n'aurait tenté de combattre avec les navires nordistes car les mesures de représailles auraient été terribles pour les équipages assimilés à de véritables pirates dans ces conditions. Opérant le plus souvent à bonne distance des ports sudistes à cause de leur défense rapprochée ou des risques liés aux récifs et à des hauts-fonds, les navires fédéraux étaient disposés sur deux lignes, la première s'occupant des abords immédiats du port et la seconde plus en retrait surveillait un secteur plus large. Ce faisant ils doublaient leurs chances de capturer un navire ennemi tentant de franchir leur périmètre. Pour contrer la surveillance fédérale, les briseurs de blocus entreprirent de passer durant la nuit multipliant les risques de s'échouer ou de détruire leurs navires sur des récifs non repérés mais ils diminuaient nettement les risques d'interception. D'autres hissaient le drapeau nordiste dans l'espoir de passer pour un vapeur civil affecté à la surveillance des côtes confédérées. Une fois intercepté, le navire mettait en panne et se faisait aborder par un détachement de marins armés embarqués dans une chaloupe. Pour éviter la capture, la plupart du temps l'équipage des briseurs de blocus s'échappait au moyen des chaloupes laissant leur navire et sa précieuse cargaison aux mains de l'ennemi. Lorsque le navire s'échouait, les hommes s’efforçaient de décharger au plus vite la cargaison pour la mettre en lieu sûr. Parfois des batteries confédérées appuyaient de leur feu les briseurs de blocus jusqu'à la limite de portée de leurs pièces mais les bâtiments fédéraux ne se risquaient pas à se mettre sous le feu de tels canons et laissaient échapper leur proie quand cette dernière était parvenue à s'approcher suffisamment près de son port d'attache. En mer les navires fédéraux ne pouvaient intercepter un bâtiment battant pavillon étranger selon les conditions de la déclaration de Paris ; les briseurs de blocus une fois en haute mer étaient à l’abri jusqu'à leur prochaine tentative. L'un des ports les plus actifs pour les briseurs de blocus était celui de Wilmington, qui fut aussi l'un des derniers à tomber. La plupart des capitaines et une grande partie des équipages étaient étrangers et ne risquaient rien en cas de capture sous peine d'incident diplomatique. La perte d'un navire et de son équipage pouvait être facilement remplacée par un voyage réussi vers un des nombreux ports de commerce de Cuba, des Bermudes ou de Nassau. Le coton que transportait ces bâtiments était revendu 10 fois plus cher qu'au début du conflit et la somme récoltée était utilisée pour acheter matériel et fourniture qui seraient revendus dans un port confédéré. Il faudra l'intervention du gouvernement confédéré qui instaura des quotas de matériel de guerre pour éviter que les capitaines des forceurs de blocus ne ramènent que des produits de luxe à leur retour au détriment des armes.

En 1862 le blocus monopolisait près de 300 navires, 400 en 1863, 470 en 1864 et plus de 600 en 1865. Les corsaires et raiders confédérés ne furent pas la cible principale de cette opération. Les navires marchands qui tentaient de franchir le blocus en emportant des armes ou en exportant du coton demeuraient la cible privilégiée des navires fédéraux. Lorsque le blocus prit fin le 23 juin 1865, on estima que les briseurs de blocus avaient opéré plusieurs milliers de tentatives mais le nombre exact reste obscur. Les briseurs de blocus pouvaient être des navires spécialement affrétés ou construits dans cette optique et transportant plusieurs centaines de balles de coton (une balle de coton pesant en moyenne dans les 180 kg) ou bien des petits voiliers ne transportant que des dizaines de balles de coton. On estime que la confédération a expédié entre 400 000 et 500 000 balles de coton (soit 5% des exportations sudistes avant guerre) et que 350 navires briseurs de blocus opérèrent le long des côtes sudistes. Près de 136 vapeurs furent capturés par la marine de l'union et 85 autres détruits. Les navires s'étant échoués ou ayant coulé après une fortune de mer firent monter le chiffre total et approximatif à 300 navires perdus (estimation de G.Welles).


Le blocus fut-il efficace ?

Les historiens débattent toujours de l'impact réel du blocus sur la guerre de Sécession. Force est de constater que l’étanchéité du blocus de l'union fut loin d'être parfaite car en 1861 une tentative sur 10 était interceptée par les fédéraux ; en 1862 ce chiffre tombait à une sur huit puis une sur quatre en 1863 et finalement une sur trois en 1864. En fait c'est la combinaison de l'augmentation du nombre de bâtiments disponibles pour assurer le blocus et la prise successive des principaux ports sudistes comme la Nouvelle-Orléans, Mobile, Savannah et des ports plus petits qui diminuèrent le potentiel d'exportation illégale des confédérés. D'un autre côté l'attractivité de la réalisation de forts profits en tentant l'aventure de forcer le blocus incita toujours plus de capitaines à risquer la traversée. C'est pourquoi jusqu'à à la chute des derniers ports confédérés, des briseurs de blocus opéraient toujours. Certains navires eurent de beaux palmarès en réalisant des dizaines de traversées avant de tomber dans les mailles du filet comme le Syren qui réalisa 33 tentatives ou le Denbigh qui en fit 26.


Il est très difficile de savoir combien de matériel les briseurs de blocus ont réussi à introduire dans les ports confédérés. Entre 500 et 600000 armes furent importées pour la confédération auxquelles s'ajoutent 235 tonnes de poudre, 6.15 millions de cartouches, et entre 1861 et 1863 140 canons (principalement anglais). Durant la même période pour les ports de Wilmington et Charleston on peut noter l'envoi de 750000 paires de chaussures, 23000 capotes, 13800 pantalons, 6700 chemises, 34000 sacs à dos, 35400 baudriers, 79 km de draps, 3340 rouleaux de tissu, 16200 sabres etc etc...Les 3/4 du salpêtre, 1/3 du plomb , 1350 tonnes de nitrate de potassium, 1000 tonnes de fer, 20 tonnes de cuivre, 7 tonnes d'acier, 1.5 tonnes de chlorate de potassium vinrent s'ajouter aux stocks du bureau de l'Ordonnance. Ces chiffres prouvent que l'action des briseurs de blocus fut gênée mais loin d'être stoppée par le blocus et que l'apport des matières premières importées était loin d'être négligeable et a sans aucun doute permis aux armées de la confédération de poursuivre le combat. Néanmoins la population eut à souffrir du blocus car l'essentiel des denrées importées était réservé à l'armée. Les produits de luxe continuaient à être acheminés via les briseurs de blocus dans le but de permettre aux armateurs de faire de substantiels bénéfices auprès de l'aristocratie sudiste très friande de ce genre de produits. Les gens du peuple quant à eux furent livrés aux spéculateurs que la diminution des importations de produits de première nécessité favorisait. Le kilo de bœuf en 1861 qui valait 0.26$ passa à 6.8$, en 1864, un kilo de beurre coûtait 24$, une dinde 100$, un baril de farine, 50$ quand la paye moyenne d'un ouvrier ne dépassait guère 30$ mensuels. D'autres produits vitaux comme les médicaments furent de plus en plus difficiles à trouver et le peuple comme les soldats blessés en furent encore les premières victimes. Le blocus, allié aux déficiences logistiques de la confédération et de la corruption de nombre de ses fonctionnaires, eut un impact certain sur la population sudiste.

L'impact du blocus sur les relations étrangères.

L'impact diplomatique était également important et ce fut un des points litigieux sur lequel les sudistes voulaient jouer pour une intervention en leur faveur. Pour être respecté par les autres nations, un blocus doit être effectif c'est-à-dire qu'il doit empêcher efficacement toute liaison entre le monde et les ports bloqués. C'est sur ce point que la diplomatie sudiste allait tenter d'influer sur les états européens en leur faisant admettre que ce blocus n'était pas efficace car en 1861 un navire sur 10 seulement était stoppé par la marine fédérale. Ce faisant, ils voulaient que l’Angleterre décrète que ce blocus était fictif ; en outre les sudistes n'hésitèrent pas à utiliser la menace de l'embargo sur le coton pour forcer la main aux Français et aux Anglais, dont les industries textiles étaient fortement dépendantes du coton sudiste, afin qu'ils interviennent et fassent cesser le blocus. Mais l'Angleterre comme la France ne voulaient pas se risquer dans un conflit avec les États-Unis. Londres dépendait aussi grandement des importations de céréales américaines en provenance du Nord et avait bien plus à perdre dans une guerre contre Washington. Même l' affaire du Trent et la capture de navires marchands anglais ne furent pas suffisants pour déclencher un véritable conflit. Mais l'embargo sudiste sur le coton, finalement mis en œuvre en 1862, eut pour effet de braquer les Européens et les forcer à chercher d'autres fournisseurs pour leurs industries textiles respectives (notamment en Égypte et en Inde). D'autre part c’était un aveu de la part des confédérés sur l'efficacité du blocus puisque le coton ne parvenait plus en Europe du fait justement du blocus. Le blocus était de ce fait reconnu comme officiel et devant être respecté par les pays neutres. Finalement, la conjoncture favorisa le Nord car le besoin en céréales augmenta en Europe du fait de mauvaises récoltes accroissant encore la dépendance aux exportations du Nord. Grâce à cette dépendance et à l'habileté des diplomates nordistes, le Nord maintint des relations avec Londres et put en échange de ses céréales recevoir le salpêtre, nécessaire à la fabrication de la poudre, qui lui faisait défaut.


Le seul succès notable du sud en terme de diplomatie, fut la reconnaissance de la confédération par l'Angleterre et la France comme nation belligérante du fait de l'existence d'un blocus dirigé contre elles et qui constituait, au regard de tous, un acte de guerre. La proclamation de neutralité anglaise du 13 mai 1861 entraînait d'office la reconnaissance du sud comme nation belligérante et ce malgré celle du président Lincoln déclarant que les Sudistes étaient des insurgés (ce qui leur dénuait le droit de posséder le statut de nation belligérante). Concrètement en tant que nation belligérante, le sud pouvait souscrire des emprunts à l'étranger, acheter des armes et posséder des navires de guerre. Mais jamais les deux puissances dominantes d'Europe ne reconnurent officiellement la confédération.

Nota Bene: le terme "blockade runner" peut être traduit par briseur ou forceur de blocus

Sources:

William M Fowler "Under two flags, the american navy in the civil war"

James McPherson "La guerre de Sécession"

John Keegan " la guerre de sécession"

Osprey "the blockade Runners"

Osprey "confederate Raiders"

"Hampton Roads 1862"

Serge Noirain "La confédération sudiste mythes et réalités"

The Naval Institute Historical Atlas of the U.S. Navy :

http://books.google.fr/books?id=q_HIcc8n3K4C&pg=PA80&lpg=PA80&dq=union+blockade&source=bl&ots=KvX3buwHTW&sig=7XqXiCD0krAVspNgNFj-hMbHTXs&hl=fr&sa=X&ei=7CD-UufTEqSM0AWi6ICoBQ&ved=0CIEBEOgBMAk4Cg#v=onepage&q=union%20blockade&f=false

un bon résumé du blocus:

http://history.state.gov/milestones/1861-1865/blockade

(carte réalisée par l'auteur : olivier MILLET@2014 )

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La bataille navale de Hampton Roads 8 et 9 mars 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille navale de Hampton Roads 8 et 9 mars 1862

La bataille de Hampton Roads a fait date comme étant le premier combat entre navires cuirassés de l'histoire. Il prend place dans la région de la baie de la Chesapeake près de Norfolk alors que la flotte de l'Union fait le blocus des ports sudistes. Afin de contrer la puissante flotte nordiste, les Confédérés n'ont d'autre choix que de recourir à l'improvisation pour mettre sur pied un semblant de flotte et une des solutions pour eux fut l'emploi de navires cuirassés, les Ironclads. Le Nord bien qu'étant au courant des travaux confédérés dans ce domaine, ne s'inquiète pas outre mesure et fait confiance à sa supériorité numérique pour emporter la décision. Lorsque le nouveau cuirassé sudiste CSS Virginia, anciennement Merrimack, sort de Norfolk pour affronter la flotte de l'Union le choc sera d'autant plus grand que les Nordistes n'ont aucun navire capable de s'opposer à la machine de guerre confédérée. L'arrivée en urgence d'un cuirassé fédéral, le USS Monitor, allait donner lieu à un combat d'un genre nouveau qui révolutionnera le domaine de la guerre navale.

Le Virginia est un navire cuirassé construit sur une coque d'une vieille frégate à vapeur le USS Merrimack, capturée par les Sudistes lors de la prise du port de Norfolk en 1861, et c'est d'ailleurs sous ce nom que le navire de guerre confédéré fut appelé par les Nordistes. Mis en chantier dans les cales sèches de la base de Norfolk en Virginie, le Virginia est lancé le 8 mars 1862 contre les navires du Nord qui mouillent devant le chenal d'Hampton Roads qui ouvre l'entrée vers la baie de la Chesapeake. Les rumeurs de la construction d'un navire cuirassé dans la région étaient connues de la part des autorités fédérales et c'est dans le but de mettre en place son propre programme de cuirassés que la marine de l'Union fit appel aux services d'un ingénieur innovant : John Ericsson. Ce dernier bien qu'ayant été en froid avec la marine américaine accepte de superviser la construction d'un cuirassé très moderne le USS Monitor. En Virginie, le CSS Virginia terminé, est lancé contre les navires fédéraux barrant le port au large le 8 mars 1862.

Une bataille inégale :

Lorsque les navires nordistes voient arriver cette forme étrange sur l'eau, ils ne réalisent pas à quelle menace ils ont affaire, mais très vite le navire confédéré qui renvoie bordées sur bordées à son premier opposant "Yankee" la frégate Cumberland, se montre invulnérable aux tirs du navire unionniste. La frégate Cumberland jauge pourtant 1700 tonnes et emporte à son bord plus de 24 canons de 9 à 10 pouces. Malgré plusieurs tirs au but dont certains auraient causé des dommages notables au navire sudiste, l'équipage du Cumberland se rend vite compte qu'à la différence de leur frégate en bois, l'Ironclad sudiste semble quasiment invulnérable. Finalement après s'être approché, le Virginia éperonne la frégate avec son rostre de fer prévu à cet effet et le Cumberland coule en eau peu profonde.

Après cette première victoire, le Virginia se dirige vers une autre frégate, le USS Congress, une frégate de 52 canons de plus de 1900 tonnes. Là encore les canons lourds qui équipent le navire confédéré mettent à mal le navire nordiste et un incendie s'allume bientôt à bord du navire en bois. Le Virginia, portant des plaques de 2 pouces d'acier empilées sur deux couches et inclinées demeure invulnérable aux tirs. Le Congress incendié, file s'échouer sur les fonds peu profonds de la baie et le navire sudiste décide d'attaquer une troisième frégate le USS Minnesota un navire de 5000 tonnes et 54 canons. Le navire fédéral ouvre le feu sur l'Ironclad et deux petits bateaux sudistes qui l'accompagnent les CSS Patrick Henry et Jameston. La flottille confédérée bombarde le navire nordiste qui manœuvre pour éviter le monstre de fer confédéré et s'échoue à son tour. Mais heureusement pour le navire nordiste la marée descendante et la nuit contraignent l'Ironclad sudiste à rebrousser chemin de peur de s'échouer lui aussi. De toute façon, le navire fédéral est bloqué et sera une cible de choix le lendemain. La soirée met un terme au massacre. La marine de l'Union a été balayée par la machine infernale de Norfolk, mais ce que les Sudistes ignorent c'est que depuis le 6 mars, un autre navire cuirassé, battant pavillon de l'Union a quitté son port d'attache pour rejoindre Hampton Roads. Ce cuirassé c'est le USS Monitor, un navire encore plus étrange que le Virginia, plus petit, entièrement recouvert de fer et armé de seulement deux énormes canons de 11 pouces dans une tourelle géante capable de pivoter à 360°. Le 9 mars à 1 heure du matin, le petit navire de métal nordiste est en vue de Hampton Roads et un marin à bord du Minnesota échoué aurait signalé par le travers avant une plaque surmontée d'une boîte à fromage sans voile ni cheminée qui filait en direction de Norfolk. Le monitor se place bord à bord avec le Minnesota ; ce faisant il donne de loin l'impression que les Nordistes ont amarré un pont flottant pour tenter de dégager, d'ailleurs d'autres navires tentent durant la nuit de dégager la lourde frégate mais en vain.

Un combat d'un genre nouveau :

C'est avec confiance et le sentiment que la journée allait être encore plus éclatante que la veille que les marins du Virginia se lancent à l'attaque de la frégate Minnesota toujours échouée et faisant une cible idéale. D'ailleurs le navire sudiste s’aperçoit que la frégate est entourée de petits navires-ateliers ayant échoué dans leur tentative de la dégager. Mais parmi ces petits navires il y en a un encore plus étrange qui se dirige vers eux, une sorte de barge avec une cloche à fromage par-dessus. Le plus étrange et effrayant c'est que ce navire est armé et ouvre le feu sur l'Ironclad sudiste, le Virginia revenu achever son travail de la veille, se rue au combat... à 8 nœuds.

La deuxième phase de la bataille commence. Les deux navires réalisent très vite que leur blindage les rend invulnérables aux canons de leur adversaire. Les pièces de 11 pouces font résonner les plaques de blindage du Virginia, plusieurs d'entre elles seront même fendues (sans que l'on puisse dire s'il s'agit des tirs du Monitor ou des autres frégates qui ont provoqué ces dégâts). Les canons confédérés font de même sur la tourelle d'acier épaisse de 20 cm du Monitor qui encaisse mieux semble-t-il. Ils se heurtent même à 5 reprises dans des tentatives d’éperonnage. Mais le navire nordiste plus petit et plus maniable esquive toutes les tentatives ennemies. Ayant un tirant d'eau deux fois plus petit que le navire sudiste il peut aller là où le Virginia ne peut suivre sous peine de s'échouer. Le Virginia place alors un coup sur le poste d'observation du Monitor blessant aux yeux le capitaine du navire nordiste. Ce dernier bat en retraite en eau peu profonde avant de revenir avec le commandant en second à sa tête. De son côté le Virginia a été légèrement endommagé, ses superstructures non protégées ont été ravagées et ses munitions baissent dangereusement. Plus grave, la marée basse approche, risquant d'échouer le bateau. C'est cette dernière raison qui va provoquer la retraite définitive du Virginia donnant l'illusion aux Nordistes qu'ils sont vainqueurs.

Quoi qu'il en soit la bataille de Hampton Roads est terminée, elle vient de mettre un terme à la suprématie de la marine traditionnelle en bois et à voile et annonce l’ère des cuirassés. Les Ironclads, comme on les appelle, voient le triomphe de la cuirasse sur le boulet pour un temps et annoncent les cuirassés des décennies à venir. Le Monitor est également la première machine de guerre entièrement mécanique faisant entrer la guerre dans une nouvelle phase, celle de la guerre moderne et industrielle où la puissance de l'industrie lourde a été mise en œuvre pour donner rapidement les éléments d'acier nécessaires à sa construction.

Désormais la fièvre des "Monitor" va voir le Nord et sa puissance industrielle se lancer dans la construction de ces navires aussi laids qu'efficaces. Le Sud, quant à lui, est dans l'incapacité de suivre un tel programme. La construction du Virginia a demandé à la fonderie de Richmond un effort extraordinaire pour fournir les plaques d'acier de son blindage. Néanmoins le Sud parviendra à mettre sur pied ses propres "ironclads" et en comptant le Virginia aura 33 navires cuirassés, soit deux fois moins que l'Union. Le Virginia sera finalement sabordé deux mois après la bataille de mars 1862 quand Norfolk tombera aux mains des Nordistes. Le Monitor n'eut guère plus de chance ; ses piètres qualités nautiques eurent raison de lui et il coulera suite à un coup de mer le 31 décembre avec 16 hommes d'équipage.

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La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

La bataille de Valverde eut lieu dans le cadre de la tentative des forces confédérées de prendre pied depuis le Texas vers le Nouveau-Mexique et la Californie. Ces territoires étaient demeurés hors du conflit depuis le début de la guerre à l'exception de quelques escarmouches entre cavaliers des deux camps qui avaient abouti à l'établissement temporaire du territoire confédéré d'Arizona après la victoire sudiste de Mesilla. Souhaitant pousser plus avant son avantage tactique du moment, le général de brigade sudiste Henry Sibley proposa de prendre la tête d'une petite force composée majoritairement de troupes texanes et nommée "armée Confédérée du Nouveau-Mexique en direction du Nouveau-Mexique et de la ville de Santa Fe.

Partis depuis El Paso, au Texas, Sibley et plus de 2500 hommes suivirent le cours du Rio Grande en direction du premier objectif des Confédérés à savoir le Fort Craigs. Ce fort, construit en 1854, était le plus important poste militaire de toute la région ouest et à ce titre était fortement défendu par plus de 3800 hommes dont un tiers de troupes réellement entraînées. Le reste était composé de volontaires du Nouveau Mexique. En face Sibley choisit de ne pas donner l'assaut au fort une fois arrivé sur zone le 13 février, car il jugea la position trop fortement défendue par de l'artillerie lourde, alors que lui-même n'en possédait pas. En fait Sibley avait été intoxiqué par des manœuvres du chef de la garnison fédérale, le colonel Edward Camby. Ce dernier avait placé dans les différents bastions du fort de faux canons en bois entourés de faux artilleurs donnant l'illusion d'une position lourdement défendue. Sibley n'eut d'autre choix que de se positionner en retrait du fort et en ordre de bataille dans l'espoir que la garnison sortirait pour l'affronter en terrain ouvert. Mais Camby, n'ayant que peu de confiance dans la qualité de ses propres hommes pour affronter les Sudistes ne bougea pas pendant 3 jours. Sibley arrivant à court de provisions leva le camp et traversa le Rio Grande pour se rendre à 10 kilomètres au nord de Fort Craig près de Valverde.

Sur place les Confédérés tentèrent d’établir sur les hauteurs dominant le Fort leur batterie d'artillerie ; en outre leur placement les mettait entre le Fort et leur ligne d’approvisionnement. Le 20 février, les fédéraux tentèrent une mission de sabotage du camp rebelle à l'aide de mules explosives mais la mission échoua semant juste un peu de désordre parmi les éléments nordistes. Le matin suivant, Sibley envoya une force à cheval pour reconnaître les environs immédiats de Valverde et sécuriser le gué pour une future traversée. Tenu informé par ses propres éclaireurs, Camby envoya un détachement mixte sous les ordres du Lieutenant-Colonel Benjamin Roberts afin de sécuriser le gué et empêcher tout mouvement enveloppant au nord de Fort Craig de la part des Confédérés. Les fédéraux arrivèrent les premiers sur place et se déployèrent en ligne prêts à recevoir les Confédérés. Ces derniers n'avaient que deux détachements à cheval, le 2nd, sous les ordres du Major Charles Pryon, et le 4th Texas cavalry, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Scurry, ce dernier restant en retrait prêt à soutenir le premier régiment. Lorsque Pryon arriva au gué de Valverde il trouva les forces nordistes disposées et prêtes au combat. Il demanda immédiatement des renforts au détachement du 4th Texas qui le suivait.

(image du 5th régiment du Texas à la charge)

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

La bataille

Bien que disposant de la supériorité numérique, les forces fédérales choisirent de ne pas attaquer les deux unités de cavalerie adverses qui leur faisaient face. Le reste des troupes confédérées à cheval arrivèrent mais ne pouvaient riposter aux tirs fédéraux leur armement étant trop léger. En effet, le second régiment sudiste se posta à la droite des cavaliers de Pryon et ouvrit le feu avec sa batterie d'obusier à cheval. Malheureusement ses hommes manquaient d'allonge pour leurs armes et ses canons étaient inférieurs en portée aux pièces fédérales. La situation s'aggrava encore quand Camby arriva à son tour avec le gros de ses forces et commença à bombarder les positions sudistes avec ses canons. De son côté Sibley envoya deux autres détachements montés, les 5th et 7th Texas cavalry pour soutenir ses deux unités de cavalerie déjà engagées. Le général Sibley laissa le commandement au Colonel Green du 5th Texas cavalry.

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

Une compagnie armée de lances du 5th Texas attaqua le flanc d'un détachement fédéral mais fut sévèrement repoussée et déplora une vingtaine de morts, les hommes restants revinrent dans les lignes sudistes et combattirent pied à pied avec leurs armes de poing et des fusils "shotgun". Jugeant la situation favorable, Camby lança une attaque sur le flanc gauche des Confédérés mais ce faisant il affaiblit son centre. Pour soutenir l'attaque nordiste, Camby ordonna à la batterie d'artillerie du capitaine MacRay d'avancer pour appuyer l'attaque d'infanterie. Green, ayant vu la menace, lança une attaque sur le flanc droit fédéral pour gagner du temps. Cette attaque fut repoussée à son tour mais Green lança également les cavaliers de Scurry sur le centre ennemi. Les 750 hommes de Scurry en trois vagues frappèrent le centre ennemi, d'abord la batterie de canons du capitaine MacRay et la dispersèrent. Bien que les fédéraux tentèrent de contre-attaquer avec leur propre cavalerie, ils n'empêchèrent pas les Confédérés de tomber sur le flanc gauche des nordistes déclenchant la panique dans leurs rangs. Grâce à cette charge du désespoir, les troupes sudistes avaient réussi à briser le moral de leur adversaire et toute la ligne fédérale dérouta. Le reste des troupes de Camby repartirent vers Fort Craig après avoir perdu 270 morts et blessés et plus de 200 prisonniers. Les troupes confédérées perdirent environ 200 hommes.

Après cette défaite Camby ne tenta plus rien et resta sur la défensive. De son côté Sibley qui manquait de moyens pour prendre le fort n'avait toujours pas la possibilité de réduire les fortifications et ses pertes hypothéquaient grandement ses chances de réussite dans un assaut frontal sur le Fort Craig. Il entreprit de poursuivre sa route vers Albuquerque et Santa Fe. La bataille de Valverde avait vu la dernière charge de lanciers de la guerre civile et une cavalerie confédérée, menée par un colonel Green très offensif, briser une ligne de troupe nordiste supérieure en nombre. Pour sa part Camby reporta la responsabilité de l'échec sur la faible qualité des troupes hispaniques du Nouveau-Mexique dont le moral s'effondra trop vite et que la soudaineté et la violence de la charge de cavalerie confédérés avaient mises à mal bien trop facilement.

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La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

Après sa victoire facile à Fort Henry, le général Grant devait maintenant s'en prendre au Fort Donelson situé 18 kilomètres plus à l'est et dont les fortifications et la garnison étaient autrement plus conséquentes qu'à Fort Henry. La prise de Fort Donelson donnerait cette fois le contrôle de la rivière Cumberland et leur permettrait de mener des attaques jusqu'à Nashville en liaison avec les forces du général Don Carlos Buell, chef du département de l'Ohio. Après la prise de Fort Henry Grant annonce à son supérieur son intention d'attaquer immédiatement le Fort Donelson sans attendre un renfort ou un soutien de l'armée du général Buell. " Le Fort Henry est à nous, je compte prendre et détruire le Fort Donelson le 8 " . Mais contrairement à ce qu'il avait annoncé, Grant se met en route le 12 février soit 4 jours après sa victoire à Fort Henry car le mauvais temps gênait le ravitaillement des troupes de Grant et sa flottille avait besoin de réparations suite au dernier combat.

La situation des Confédérés et Fédéraux

Le général Sydney Johnston était dans une mauvaise position : ses forces principales situées à Columbus et Bowling Green étaient coupées en deux par la chute du Fort Henry et la destruction du pont de chemin de fer enjambant la rivière Tennessee, détruit par la flottille de Grant. De ce fait les garnisons de Columbus comme de Donelson étaient menacées par les forces de Grant supérieures en nombre. Les forces de Johnston à Bowling Green étaient, en outre, susceptibles de subir un assaut à la fois des forces de Buell et de Grant. Le général sudiste était confronté à des forces deux fois supérieures en nombre et devait soit abandonner le Kentucky, soit tenter une contre-attaque sur Fort Henry, soit s'établir en défense ferme à Fort Donelson avec l'ensemble de ses forces.

Finalement il opta pour un redéploiement de sa ligne sur Nashville afin de protéger ses industries d'armement en laissant une faible garnison à Donelson pour un combat retardateur. Ce choix était certainement le plus judicieux ; il évitait une défense sur plusieurs points qui de toute façon n'aurait certainement pas tenu. A la place il regroupait ses forces vers une zone plus facile à défendre et à soutenir. Mais contre toute attente il détacha un tiers de ses forces pour renforcer la garnison de Fort Donelson et les plaça sous le commandement du général John Floyd.

Grant savait qu'il allait avoir à faire à plus forte partie qu'à Fort Henry. Le fort en lui-même n'était qu'un vaste camp entouré d'une palissade mais deux batteries situées sur une hauteur dominant la rivière Cumberland de 30 mètres et pourvues de 12 canons lourds assuraient la défense du site. La flottille fédérale risquait d'avoir à subir un puissant tir de barrage. Les forces terrestres se verraient quant à elles obligées de traverser des tranchées qui entouraient tout le camp au sud que les troupes sudistes s'activaient à renforcer.

Les premières attaques de Donelson

Arrivé sur place le 12 février, Grant put se rendre compte de l'étendue de la zone à attaquer. Il lance sans tarder deux attaques de faible envergure menées par 2 brigades sur la droite et 3 régiments sur une batterie confédérée afin de tester les défenses ennemies. L'échec de ces premiers assauts fait comprendre à Grant que la partie sera autrement plus délicate qu'à Fort Henry mais les renforts sont en route et les cuirassés vont bientôt arriver sur la rivière.

Le 14 février Grant a reçu 10 000 hommes et ses bateaux de combat sont en position. Comme à Fort Henry il demande à la flottille de bombarder les positions confédérées tandis que ses troupes assuraient un siège étanche pour empêcher la garnison de s'échapper. Mais les bateaux fédéraux s'approchèrent trop des défenses sudistes et subirent de plein fouet le feu des canons lourds qui les surplombaient. Situés bien plus haut, les canons sudistes envoyaient leurs projectiles dans les zones les moins protégées des cuirassés tandis que ces derniers ne pouvaient répondre au feu, la hausse de leurs pièces étant insuffisante pour ces cibles en hauteur. Les boulets confédérés firent de gros dégâts dans les bâtiments nordistes détruisant les cheminées, brisant les postes situés en hauteur et infligeant des pertes à l’intérieur des bateaux. Les navires furent mis hors de combat et se retirèrent de la zone des combats après avoir perdu une cinquantaine de marins morts ou blessés. La flottille de Grant était KO pour aucun résultat notable sur les défenses sudistes. Mais la situation de Donelson était inchangée : le fort était toujours assiégé et aucun secours ne pouvait venir. Il fallait soit se rendre, soit tenter une percée.

Les différents généraux sudistes présents s'accordèrent tous à vouloir risquer un assaut des lignes fédérales le lendemain.

(illustration : peinture d'Andy Thomas " Fort Donelson " )

une pièce Columbiad dominant le Cumberland

une pièce Columbiad dominant le Cumberland

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

La sortie des Confédérés

La nuit du 14 au 15 février fut particulièrement dure pour les soldats de l'union qui avaient été habitués à des températures douces pour la saison et qui durent faire face à une aggravation du climat sans moyen de se protéger du froid. Cherchant à se réchauffer du mieux qu'ils le pouvaient, ils ne firent pas attention aux mouvements de troupes sudistes qui massaient une partie de leurs forces sur la droite de leur position. Au matin les rebelles passèrent à l'attaque. Les troupes fédérales de la division McClernand furent complètement prises par surprise. Malgré une résistance opiniâtre, les forces nordistes reculèrent devant l'assaut et se replièrent laissant un trou béant dans leur ligne sur le flanc droit.

De son côté Grant était avec Foote sur ses bateaux et discutait de la marche à suivre sans se douter le moins du monde que la bataille avait déjà commencé. En effet plus d'une fois on remarqua que le bruit des combats était partiellement, voire totalement masqué par le relief et le sens du vent créant ce que l'on appela une "ombre acoustique". Une fois averti, Grant se précipita sur le champ de bataille et constata avec surprise que les troupes confédérées reculaient elles aussi. La désorganisation et les pertes de la vague d'assaut confédérée avaient persuadé le général Pillow de renoncer à sa tentative de sortie et de faire rebrousser chemin à ses troupes malgré leur succès initial. Avec la vitesse et le sang-froid qui le caractériserait tout le long de la guerre, Grant lança des renforts pour colmater la brèche et récupéra tout le terrain perdu avec le soutien des canons des cuirassés. Près de 4000 hommes avaient été tués ou blessés pour un gain nul, mais le moral des sudistes était au plus bas. Nombre des blessés laissés sur le terrain gelé mourront dans d'effroyables conditions à cause du froid. Les généraux confédérés Floyd, Buckner et Pillow arrivèrent à la conclusion que risquer une nouvelle sortie serait suicidaire face à des troupes renforcées et sur leurs gardes. Floyd fit embarquer 1500 de ses hommes aux yeux et à la barbe des Yankees et fila sur un vapeur en redescendant le fleuve. Pillow choisit de se sauver seul avec son état-major dans une barque et confia le commandement du fort à Buckner désabusé. Mais avant de réaliser la seule chose qui lui restait à faire, Buckner laissa une partie de ses hommes sous les ordres du commandant Nathan Bedford Forrest s'échapper à cheval par un gué au matin du 16 février.

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

La reddition de Fort Donelson

Pour le reste de la garnison, il n y avait plus d'espoir et Buckner fit connaître au général Grant son désir de se rendre sous condition. La réponse de Grant fut catégorique "Reddition inconditionnelle". Ecoeuré Buckner n'eut d'autre choix que d'accepter. Fort Donelson et ses 12000 hommes étaient tombés.

Pour le général Grant c'était un nouveau triomphe, 10 jours après sa victoire à Fort Henry, il parvenait à neutraliser un tiers des forces du Tennessee et à s'ouvrir le chemin en direction du cœur de la confédération vers Nashville. L'armée de Buell pouvait avancer sans crainte sur la capitale du Tennessee qui ne pouvait lui opposer que des forces 4 fois moins importantes. De son côté l'armée fédérale de John Pope pouvait elle aussi avancer vers Colombus faiblement défendue. La brèche dans la ligne défensive de la confédération avait été réalisée, le Tennessee allait être envahi. Lincoln nomma Grant au grade de général de division le hissant au deuxième rang de l'armée de l'Ouest après le général Halleck. Alors que le front de l'Est n'était source que de déconvenues pour les fédéraux, l'Ouest offrait une grande victoire stratégique, la plus importante depuis le début de la guerre.

Pour les Confédérés bien évidemment c'est une catastrophe. Le 23 février, Johnston est contraint d'évacuer Nashville sans combat, abandonnant un centre de production d'armement important et provoquant la colère de Davis. Plus tard ce fut Colombus qui fut désertée de sa garnison, le Tennessee semblait bel et bien perdu.

(illustration : " la reddition du Fort Donelson " Harper's Weekly )

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La prise de Fort Henry 6 février 1862

Publié le par Olivier Millet

La prise de Fort Henry 6 février 1862

Le Fort Henry assurait avec le Fort Donelson la défense Nord de l'état du Tennessee sur les rivières Cumberland et Tennessee. Les récents évènements dans le Kentucky, plus au nord, avaient permis aux forces fédérales, commandées par Ulysse S Grant, de prendre pied dans cet état tampon. Le Kentucky avait tenté de maintenir sa neutralité face aux visées du Nord comme du Sud mais avait été envahi par les forces sudistes du général Gideon Pillow en septembre 1861 provoquant la réponse armée du général Grant. Il s'en était suivi la capture de la ville de Paducah par les forces de l'union, point important situé sur les rivières Cumberland, Tennessee et Mississippi. Le 10 décembre le Kentucky est admis dans la confédération en tant que 13ème état mais les forces fédérales, plus nombreuses et continuant d'envahir le Kentucky, donnèrent peu de crédibilité à cette décision politique.

L'armée confédérée dans la région était commandée par le général Albert Sidney Johnston et faisait face à des forces fédérales supérieures en nombre. Forte de 35000 hommes, elle était dispersée entre le col du Cumberland à l'ouest du Kentucky qui permettait le passage dans les reliefs des montagnes du Cumberland, à Colombus avec les 12000 hommes du général Polk et à Bowling Green. Pour le contrôle fluvial du
Tennessee et de du Cumberland, les sudistes avaient mis en place les Forts Henry et Donelson en 1861.

Les forces de l'union, bien que disposant de la supériorité numérique étaient encore circonspectes quant à la stratégie à employer. Le général Grant qui dépendait du Major général Halleck, chef du département du Missouri, proposa d'attaquer les forts défendant les deux cours d'eau et qui permettraient en cas de capture de s'enfoncer profondément dans le Tennessee sur ces deux fleuves. Halleck accepta l'idée de Grant et ce dernier quitta la ville de Cairo, dans l'Illinois, avec ses deux divisions et sa flottille de navires, sous les ordres d'Andrew Foote, qui comprenait entre autres 4 ironclads fluviaux : les USS Cincinnati, Carondelet, Essex et Saint-Louis.

Placé sur la rive droite du Tennessee, le Fort Henry fut construit en 1861, sa superficie couvrait 4 hectares et le fort en lui-même avait 5 côtés. Son armement était de 17 pièces d'artillerie dont deux puissants Columbia de 250 mm et des canons de 32 et 24 livres. Les murs au plus bas du niveau du cours d'eau s'élevaient à 6 mètres de hauteur et avaient une épaisseur à leur base de 6 mètres. En plus de la position terrestre, les confédérés renforcèrent la défense de la rivière en mouillant des mines flottantes ancrées sous la surface et prêtes à exploser au moindre contact. Un petit poste fortifié, le Fort Heiman fut installé de l'autre côté du fleuve à Stewart's Hill et ses feux couvraient en partie le fort principal. La garnison de plus de 3000 hommes était commandée par les Colonels Adolphus Heiman et Joseph Drake. Mais, mal équipés ils ne devaient pas faire le poids face aux forces conséquentes de Grant. Le commandement des Fort Henry et Donelson fut confié au général Llyod Tilghman. Ce dernier avait placé le gros de ses forces à Fort Donelson plus à l'Est sur la rivière Cumberland.

(illustration : peinture d'Andy Thomas " battle of Fort Henry "

http://andythomas.com/battle-of-ft-henry.aspx )

La prise de Fort Henry 6 février 1862

L'attaque de Grant

Le 5 février, après avoir descendu le fleuve Tennessee, Grant débarqua avec l'une de ses divisions à 5 kilomètres au nord de Fort Henry tandis que la seconde débarquait sur la rive opposée du fort pour s'en prendre au Fort Heiman. Dans le Fort Henry, la situation n'est pas bonne car, le fleuve est haut et avait déjà inondé une partie des installations, ne laissant que 9 pièces aptes au tir. Le général Tilghman, sur place, réalisant l'impossibilité de défendre correctement cette position décida de replier la majeure partie de la garnison de Fort Henry ne lui laissant qu'un détachement d'artilleur pour un combat d'arrière-garde. Poursuivie par la cavalerie fédérale, la garnison sudiste de Fort Henry réussit à rejoindre Fort Donelson, distant d'une vingtaine de kilomètres au prix de quelques prisonniers. Pour les artilleurs restés dans le Fort leur sort était scellé. La flottille de Grant avec ses 4 cuirassés et 3 canonnières entreprend de bombarder méthodiquement le fort confédéré. Les sudistes, désavantagés par le niveau haut du fleuve, ripostent comme ils peuvent et endommagent l'USS Essex. Une de ses chaudières fut en effet touchée et explosa, tuant ou blessant une trentaine d'hommes.

Mais malgré ce succès, le bombardement de plus d'une heure força Tilghman à se rendre. Les sudistes eurent 35 tués et blessés et abandonnèrent le fort et tous ses canons aux fédéraux. Grant envoya immédiatement un message signalant son succès au général Halleck et son intention d'attaquer Fort Donelson. Si la prise du fort fut un succès indéniable, il était d'abord dû à la très mauvaise situation de l'ouvrage complètement inondé et qui sera d'ailleurs complètement recouvert par les eaux deux jours plus tard. La flottille, depuis cette position, effectua des raids sur les positions sudistes non défendues le long du fleuve Tennessee. Des navires confédérés sont capturés, ainsi qu'un pont de chemin de fer, sur lequel circulait la liaison entre Louisville et Memphis. La flottille atteignit les villes de Florence et Muscle Shoals, dans l'état de l'Alabama mais les fédéraux ratèrent l'opportunité d'isoler une partie de la confédération en épargnant un ouvrage sur le fleuve permettant à la ligne de chemin de fer reliant Stevenson et Memphis de passer. Cette ligne était pourtant la seule voie est-ouest de la confédération et sa coupure aurait causé d'importants problèmes logistiques aux Confédérés.

La capture de Fort Henry permettait aux fédéraux d'opérer vers l'Alabama et plus au Sud encore, mais la capture de l'ouvrage de Fort Donelson allait mettre à mal durablement toute la défense confédérée protégeant le Tennessee. Premier vrai succès à l'Ouest de l'union , elle allait en outre faire connaître le général Grant et lui ouvrir la porte de commandements plus conséquents.

A gauche un Columbiad de 10 pouces défendant Fort donelson (image site historique de Fort Donelson) et à droite l' USS Essex qui fut endommagé pendant la batailleA gauche un Columbiad de 10 pouces défendant Fort donelson (image site historique de Fort Donelson) et à droite l' USS Essex qui fut endommagé pendant la bataille

A gauche un Columbiad de 10 pouces défendant Fort donelson (image site historique de Fort Donelson) et à droite l' USS Essex qui fut endommagé pendant la bataille

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La bataille de Port Royal 3 - 7 novembre 1861

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Port Royal 3 - 7 novembre 1861

Désirant s'emparer de positions importantes le long des côtes de la Confédération, la marine américaine entreprit d'attaquer les ports et positions fortifiées confédérés des états de la Caroline du Sud et du Nord dans le but de fournir une base logistique permanente pour des opérations futures à l'intérieur des terres, contrer la menace des raiders et autres corsaires sudistes et d'étendre le blocus vers le Sud. Le site de Port Royal était à l'estuaire de plusieurs rivières le long des côtes de Caroline du Sud. Cet endroit était protégé par deux forts : le Fort Walker sur Hilton Head island et le Fort Beauregard sur l'île Philippe.

La flotte de l'Union, sous les ordres de Samuel Du Pont, se rassembla avec les transports des forces terrestres qui devaient débarquer à Hampton Roads. La flotte regroupait 77 navires de guerre et transports ce qui en faisait la plus grande escadre navale de l'histoire militaire américaine. La cible était connue du seul Commodore Du Pont, les officiers devaient attendre d'être en mer pour ouvrir les ordres et connaître leur destination dans le but de garder le secret de l'attaque. Malgré les précautions de Du Pont, les Sudistes connaissaient vraisemblablement le lieu de l'attaque à cause de fuites dans la presse nordiste. Lors du voyage, la flotte nordiste traversa des zones de mauvais temps qui endommagèrent plusieurs bâtiments, 4 transports furent coulés mais la plupart des hommes purent être sauvés. Le 3 novembre, la flotte arriva tant bien que mal devant Port Royal. Une reconnaissance de canonnières rencontra une petite flottille sudiste de 5 navires, mais cette dernière dut rebrousser chemin devant la puissance de feu de l'union. Deux jours plus tard une seconde reconnaissance permit aux Nordistes d'évaluer la puissance de feu des forts qui les attendait. L'attaque aurait lieu le 7 novembre mais sans débarquement de troupes car les navires transportant les munitions des soldats avaient été perdus lors du voyage. La profondeur de la passe de Port Royal étant suffisante pour les grosses unités de combat, la flotte d'attaque se scinda en deux colonnes. Dans la principale le navire amiral, la frégate USS Wabash suivi de 8 autres bateaux le USS Susquehanna et ses 15 canons, dont 12 de 230mm, les Sloop Mohican, Seminole, Pawnee, les canonnières Unadilla, Pembina, Ottawa et le vapeur armé Isaac Smith. La seconde colonne comprenait 9 canonnières.

Lorsque la marine américaine arriva sur place elle se mit à appliquer la même tactique récemment utilisée lors de la bataille pour Fort Hatteras. Les navires bombarderaient les deux forts en effectuant des boucles afin de ne pas rester statiques sous le feu ennemi. A 9h26 le Fort Walker, première cible de la flotte ouvrit le feu, les canons des navires nordistes répondirent et la bataille devint générale. Les canons confédérés avaient du mal à ajuster les navires qui se déplaçaient tout le temps mais de la même manière les bâtiments nordistes tiraient trop haut et rataient le plus souvent le fort ennemi. Finalement et en dépit des ordres du Commodore Du Pont des navires jetèrent l'ancre dans une position apparemment sécurisée et tirèrent sur le fort en position statique. Les dégâts furent cette fois bien plus sévères et à 14h00 les défenseurs sudistes, à court de munitions, quittèrent le fort. Cette fuite n'ayant pas échappé aux marins de l'Union, ces derniers dépêchèrent sur les lieux un détachement dans le but de parlementer mais ils ne trouvèrent plus personne dans le fort avec qui négocier. A la place ils hissèrent la bannière étoilée. Le Fort Bauregard, moins atteint, vit également la retraite de leurs frères d'armes. Craignant d'être débordés, le commandant sudiste Dunovant et sa garnison préfèrent quitter les lieux à leur tour. A la fin de la journée le drapeau de l'Union flottait au-dessus des deux forts ennemis, Port Royal était tombé.

Démontrant une fois de plus la supériorité d'une flotte mobile sur une position fortifiée, la position de Port Royal tomba en une demi-journée ; moins de 60 hommes avaient été tués ou blessés dans les deux garnisons sudistes et ce en dépit de l'énorme quantité de projectiles. La flotte de l'Union qui fut rejointe par le USS Pocahontas durant la bataille avait subi une trentaine de morts et blessés. Immédiatement après avoir fait sauter le verrou de Port Royal, les troupes de l'Union s'emparèrent des localités de Beaufort et de Sainte Hélène puis progressèrent vers le nord en direction de Charleston qui subirait un siège en bonne et due forme jusqu'à février 1865. La flotte nordiste put bénéficier d'installations afin de se ravitailler dans ce secteur tout en poursuivant ses opérations de blocus et de siège sur Charleston. La bataille de Port Royal eut un impact important pour la poursuite des opérations amphibies vers le sud de la Confédération tout en redonnant un peu de baume au cœur du Nord habitué aux défaites depuis Bull Run.

Encore une fois, comme durant la guerre de 1812, l'US Navy contrebalançait les défaites de l'armée de terre par des victoires successives.

(dessin : collection de la librairie du Congrès)

sources:

william M Fowler "Under Two Flags" BlueJacket Books

John Keegan "La guerre de Sécession" édition Pour l'Histoire Perrin

James McPherson " La guerre de Sécession" éditions Robert Lafont

La frégate de 2500 tonnes USS Susquehanna, un des plus gros navires de guerre de la flotte qui attaqua Port Royal, armé de 15 canons, il était propulsé par ses voiles et ses machines à vapeur lui donnant une vitesse de 19 km/h

La frégate de 2500 tonnes USS Susquehanna, un des plus gros navires de guerre de la flotte qui attaqua Port Royal, armé de 15 canons, il était propulsé par ses voiles et ses machines à vapeur lui donnant une vitesse de 19 km/h

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La bataille de Ball's bluff 21 octobre 1861

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Ball's bluff 21 octobre 1861

Connue aussi sous le nom de la bataille d'Harrison's Island, ce fut la deuxième bataille la plus importante de l'année 1861 après Bull Run. Elle a eu lieu le 21 octobre 1861 en Virginie, 3 mois après Bull Run.

Sommé par le président Lincoln d'agir, le général en chef des armées de l'Union, George Mc Clellan, se contenta de lancer des actions de reconnaissance des positions confédérées en Virginie dans le but de confirmer leur position et de juger de leur capacité de réaction à une éventuelle offensive plus appuyée. Pour ce faire il dépêcha le corps du général Mc Call, fort d'une division, en territoire virginien vers la ville de Dranesville. Mais ayant trouvé l'ennemi retranché aux environs de Leesburg, MC Call fut rappelé par Mc Clellan afin d'éviter une confrontation hasardeuse. Dans le but d'intoxiquer l'adversaire sur sa manœuvre de dégagement, Mc Clellan chargea dans le même temps, le général Stone d’effectuer des manœuvres de diversion tout en essayant de glaner des renseignements sur la position et l'attitude de l'ennemi. Une des brigades du général Stone, commandée par le colonel Baker, sénateur et ami personnel du président Lincoln, fut également chargée de faire des manœuvres de diversion le long du Potomac.

Le 20 octobre, n'ayant observé aucune réaction, Stone ordonna une reconnaissance de la rive ennemie. Une patrouille traversa la rivière Potomac qui séparait la Virginie du Maryland et effectua une reconnaissance sur la rive sudiste. Mais l'inexpérience du chef de la patrouille nordiste et l'obscurité fourvoyèrent les forces de l'Union qui crurent avoir localisé un camp confédéré. Stone ordonna qu'une unité traverse la rivière pour attaquer le camp ennemi. S'étant rendu compte de l'erreur de la patrouille, les 300 soldats nordistes du 15th régiment du Massachusetts envoyés sur la rive sudiste restèrent sur place puis de leur propre chef s'enfoncèrent en territoire sudiste. Stone désireux de faire revenir ses hommes envoya, en désespoir de cause, des troupes sous les ordres du colonel Baker pour renforcer et soutenir l'initiative des soldats nordistes et éventuellement les recueillir en cas de repli. Arrivé sur place, Baker apprit que le régiment nordiste de 300 hommes avait rencontré et engagé l'ennemi. Sans attendre, Baker décida d'engager à son tour toutes ses forces et fit traverser la rivière à ses hommes. Malheureusement le nombre insuffisant de bateaux pour entreprendre la traversée fit que le transport des soldats de Baker se fit lentement. Les troupes confédérées commençaient à se renforcer, les soldats nordistes risquaient de se faire submerger. Finalement confrontés à plus forte partie et ayant subi des pertes sensibles, les soldats nordistes firent retraite vers les forces de Baker qui avaient enfin fini de traverser. C'est à ce moment que le colonel Baker fut tué d'une balle en pleine tête jetant la confusion parmi ses troupes. Les Nordistes traversèrent dans le plus grand désordre la rivière Potomac, beaucoup se noyèrent. Il est dit que des corps flottèrent jusqu’à Washington les jours suivant la bataille

L'attaque avait fait 223 tués et 226 blessés dans les rangs nordistes, 533 soldats n'ayant pu traverser furent faits prisonniers. Les troupes sudistes accusèrent une perte de 36 tués et 117 blessés.

Les défaites de Ball's Bluff et de Wilson Creek conduisirent le Congrès à mettre sur pied un comité sur la conduite de la guerre qui contribua à générer une ambiance néfaste parmi les officiers de l'Union. La mort du colonel Baker, ami de Lincoln et surtout sénateur eut un impact considérable. Ce fut le premier et seul sénateur tué au combat. Lincoln qui apprit au quartier général de Mc Clellan le sort du sénateur Baker pleura la mort de son ami. Sans autre conséquence que d'affecter un peu plus le moral de l'Union, la bataille de Ball's Bluf révélait bon nombre d'erreurs de la part du commandement nordiste : la reconnaissance inefficace de la patrouille nordiste conduisit à envoyer 300 hommes sur une rive ennemie. Ces derniers s’enfoncèrent en dépit de leur ordre initial en territoire ennemi sans connaître la position des forces confédérées et dos à la rivière. Le nombre insuffisant de bateaux fit que les renforts de Baker n'arrivèrent qu'au compte-gouttes aux troupes déjà engagées contre l'ennemi et ne permirent pas un rembarquement d'urgence une fois le repli engagé.

Le fait le plus notable fut l'établissement le 9 décembre du comité du congrès pour superviser les actions de l'armée et de la marine dans la guerre. Essentiellement dirigé par des républicains, ce comité suscita la méfiance parmi le commandement militaire et particulièrement chez les officiers d'un bord politique différent.

L'année 1861 se terminait bien mal pour le Nord.

(carte du champ de bataille de Ball's Bluff collection : librairie du Congrés )

les forces nordistes se replient en désordre et traversent à nouveau le Potomac (Charles Carleton Coffin Drum-Beat of the Nation (New York, NY: Harper & Brothers, 1915), à droite le colonel Baker est tué (dessin de Paul F Mottelay et T Campbell-Copeland) .les forces nordistes se replient en désordre et traversent à nouveau le Potomac (Charles Carleton Coffin Drum-Beat of the Nation (New York, NY: Harper & Brothers, 1915), à droite le colonel Baker est tué (dessin de Paul F Mottelay et T Campbell-Copeland) .

les forces nordistes se replient en désordre et traversent à nouveau le Potomac (Charles Carleton Coffin Drum-Beat of the Nation (New York, NY: Harper & Brothers, 1915), à droite le colonel Baker est tué (dessin de Paul F Mottelay et T Campbell-Copeland) .

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La bataille de Wilson's Creek 10 août 1861

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Wilson's Creek 10 août 1861

La bataille de Wilson's Creek (Oak's Hill pour les Confédérés) se déroula le 10 juillet 1861 près de Springfield dans le Missouri. Ce fut le premier affrontement d'importance sur le théâtre ouest des opérations. Elle s'inscrit dans les luttes d'influence que se sont livrées le Nord et le Sud dans les états neutres afin de les faire adhérer à leur camp. Le Missouri ayant déclaré sa neutralité devant la guerre civile devint néanmoins un champ de bataille de la guerre de Sécession car ni le Nord ni le Sud n'accepteraient que cet état tombe sous la domination de l'autre. A l’intérieur de l'état du Missouri, la faction pro-sudiste tenta de déstabiliser l'état afin de lui faire rejoindre la cause rebelle en s'emparant notamment d'un dépôt d'armes déclenchant la réaction immédiate des autorités fédérales et de leur représentant militaire sur place, le capitaine Lyon qui mit au pas les rebelles mais força l'assemblée du Missouri à mettre en place une garde nationale pour lutter contre tout envahisseur qu'il soit du Sud ou du Nord. Bien que s'étant déclarés neutres les belligérants forcèrent le Missouri à choisir son camp. Lyon promu général des forces de l'Union du Missouri s'empara de Springfield et força le gouvernement local à s'enfuir et à rechercher l'appui confédéré.

En juillet 1861, Lyon et ses 6000 hommes étaient disposés près de Springfield lorsque les forces de la garde nationale du Missouri et les renforts confédérés commandés par le général Mc Culloch ainsi que des miliciens de l'Arkansas soit 12000 hommes se décidèrent à les attaquer. Une première escarmouche eut lieu près de Dug Springs le 2 août. Bien que vainqueur, Lyon décida de battre en retraite vers Springfield car il prit conscience de la supériorité numérique de l'ennemi. Il campa à Wilson's Creek toujours talonné par les forces du Missouri et du Sud. Bien qu'ayant décidé de poursuivre sa retraite, Lyon tenta une attaque sur la base de la garde du Missouri pour se donner plus de temps dans sa manœuvre de retraite. Mission qui serait facilitée par la surprise de son attaque à l'aube et par le fait que la garde du Missouri était de piètre qualité face à ses troupes qui comprenaient beaucoup de réguliers.

Le 10 août à l'aube les forces de l'Union attaquèrent et s'emparèrent facilement du camp ennemi mais très vite les canons sudistes de la brigade de l'Arkansas stoppèrent l'avance nordiste laissant le temps aux troupes de Mc Culloch de se disposer en ligne. Ce fut au tour de Lyon d'être repoussé par les forces confédérées qui échouèrent à leur tour dans une contre-attaque.

La situation se stabilisa un temps avant que les deux adversaires ne tentent des manœuvres. Le subordonné de Lyon, le général Sigel, et sa brigade réussirent à percer la ligne sudiste, faisant fuir leur cavalerie au moyen de leurs canons puis poursuivant leur adversaire ; mais ce faisant il laissa son flanc dangereusement exposé. Mc Culloch perçut une opportunité et lança contre Sigel une division du Missouri et le 3ème régiment de Louisiane et de l'Iowa. A ce moment de la guerre la plupart des unités de milices et de volontaires portaient un uniforme qui leur était propre et qui ne facilitait pas leur reconnaissance sur le terrain. Les soldats confédérés portaient bien un uniforme gris mais les volontaires du Missouri aussi et les hommes de Sigel prirent les troupes sudistes qui attaquaient leur flanc pour des soldats amis. Ayant pu s'approcher facilement les unités confédérées balayèrent les troupes de Sigel par leur flanc les forçant à fuir et à abandonner le général Lyon et ses hommes.

Lyon, isolé et blessé, ne put se maintenir devant les forces ennemies trop nombreuses. Il se décida à se replier lui aussi quand il fut frappé en plein cœur et mourut aussitôt. Son adjoint fut frappé également et le commandement des forces de l'Union revint au Major Sturgis qui réussit à stabiliser sa ligne au sommet d'une colline repoussant les attaques confédérées. Après avoir repoussé trois attaques ennemies, Sturgis fit décrocher ses hommes laissant le champ de bataille aux troupes confédérées. La bataille de Wilson 's Creek était terminée. Elle fit 1300 morts et blessés dans les rangs de l'Union et un peu plus de 1200 parmi les Confédérés. Lyon fut le premier général de brigade nordiste à être tué au combat, mais, plus important, le Missouri du nord, favorable à l'Union, était menacé d'invasion. Le gouvernement pro-sudiste put revenir en place mais ne put influencer la plupart des habitants du Missouri qui étaient en faveur de l'Union. Désespérant d'obtenir l'appui local et ce, malgré sa victoire à Lexington, Mc Culloch sera bientôt amené à abandonner le terrain conquis aux troupes de l'Union qui reviendraient bientôt en force.

Pour l'heure la bataille de Wilson's Creek est un nouveau coup dur au moral du Nord qui après la défaite de Ball's Bluff, deux mois plus tard, sera amené à se pencher plus sérieusement sur la conduite de la guerre et comprendre pourquoi elle enregistrait tant d'insuccès.

La bataille de Wilson's Creek 10 août 1861

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La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

Publié le par Olivier Millet

La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

Le premier combat d'importance qui opposa les forces de l'Union à celles de la Confédération eut lieu à Manassas Junction en Virginie à une quarantaine de km de Washington.

Malgré une série d'escarmouches de faible importance à Philippi, Bethel church, Boonville, Hoke's Run, Dry Fork, Rich Mountain ou encore Blackburn's Ford, les forces de l'Union et de la Confédération ne s'étaient pas encore rencontrées dans une bataille que chacun des états-majors espérait décisive. Imprégnés de la culture militaire napoléonienne, les généraux des deux camps étaient encore convaincus de la possibilité de gagner la guerre en une seule bataille. La recherche de la bataille décisive, chère à Napoléon Premier, força l’état-major de l'Union à adopter une stratégie directe en direction de la capitale sudiste dont la chute entraînerait inévitablement, selon eux, la fin de la Confédération. Les Confédérés, conscients dès le début du conflit de leur infériorité numérique, espéraient obtenir la fin des combats par l'usure du moral du Nord en adoptant une stratégie globalement défensive tout en prenant en compte la possibilité de s'attaquer également à Washington. Une reconnaissance de la part de la France et de l’Angleterre était espérée, voire même une intervention navale contre un éventuel blocus nordiste si le sud mettait fin aux livraisons de coton essentiel à l'industrie textile de ces deux nations européennes.

L'armée fédérale était composée d'un noyau de 15000 soldats de métier et 75000 volontaires ayant signé pour 3 mois. Cette inexpérience de l'armée avait conduit le général en chef de l'Union, Winfield Scott, à proposer à Lincoln un plan d'action indirecte axé sur des attaques navales combinées à des actions de débarquement, un blocus des côtes sudistes et une offensive terrestre par l'ouest visant à couper la Confédération en deux le long du Mississippi. Ce plan offrait l'avantage d'être prudent et moins risqué qu'une attaque directe sur la capitale ennemie avec de mauvaises troupes. Mais il était long à mettre en place et le nombre de navires nécessaires dépassait largement les capacités actuelles de la marine de l'Union. En ce début d'été 1861, les forces de l'Union comprenaient 4 principales forces. La plus imposante sous les ordres du général Irwin McDowell près du Potomac comprenait 35000 hommes, la seconde était sous les ordres du général Patterson près de Harper's Ferry en Virginie puis les armées des généraux Butler et McClellan en Virginie soit 35000 hommes de plus. En face les confédérés alignaient plusieurs armées dont celle du Potomac ( à ne pas confondre avec l'armée du Potomac de l'Union) du général Beauregard et qui comprenait près de 20000 hommes, l'armée de la Shenandoah du général Johnston totalisant 8000 hommes et des unités dispersées en Virginie. Le sud accusait une infériorité en hommes de deux pour un.

Le général McDowell, commandant l'armée de Virginie du nord-ouest, fut choisi pour diriger les forces de l'Union dans la campagne contre Richmond. Son plan consistait en une attaque en trois colonnes : la plus petite à droite ferait diversion pour attirer une partie des forces confédérées tandis que les deux autres attaqueraient au centre et sur le flanc droit de l'ennemi. Le but étant de s'emparer du carrefour de Manassas et de couper la route de Richmond aux forces rebelles.

Dans le camp adverse, la stratégie demeurait strictement défensive et visait à affaiblir l'ennemi et à saper son moral afin de l'obliger à accepter la confédération comme entité politique viable. Il n'est pas réellement question de s'emparer de Washington ce qui de toute façon ne changerait pas le cours de la guerre. Par contre l'objectif prioritaire est bien la défense de Richmond. Davis, seul responsable de la stratégie du Sud, insista pour que l'armée de Beauregard, installée près de Manassas junction, défende la capitale plutôt que de tenter une manœuvre sur les arrières de l'ennemi qui nécessiterait de puiser dans les réserves de l'armée de la vallée de la Shenandoah.

La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

Pressé par une opinion publique revancharde depuis Fort Sumter, Lincoln impose une attaque directe sur Richmond et au plus tôt au général McDowell et ce malgré l'impréparation de l'armée. Le général nordiste s’exécuta et se mit en branle avec l'armée le 16 juillet. Toute une foule de civils, incluant des sénateurs, des journalistes et des députés ainsi que leur famille emboîta le pas des troupes nordistes. Le 18 juillet, les forces nordistes d'avant-garde se heurtèrent à des éléments sudistes du général Longstreet près du gué de Blacburn faisant une centaine de morts en tout. Le général Beauregard, commandant des forces sudistes défendant la voie de Richmond se préparait à recevoir chaudement l'armée de McDowell et ses 35000 hommes. Beauregard ne disposait que de 20000 soldats mais dès qu'il apprend la mise en route de l'armée nordiste il envoie des messages au général Johnston, commandant l'armée sudiste de la vallée de la Shenandoah afin que ce dernier effectue un mouvement tournant pour frapper l'aile droite de McDowell. Cette manœuvre est d'autant plus délicate qu'une armée nordiste de 18000 hommes sous les ordres du général Patterson est en route pour s'attaquer directement aux forces de Johnston.

Le 21 juillet, les forces de McDowell arrivèrent devant la rivière Bull Run et les forces sudistes qui se sont établies au-delà. La bataille commença vers 2h30, deux divisions nordistes partirent vers le nord-ouest dans un mouvement circulaire pour attaquer la ligne confédérée face au Sud, dans le même temps une autre force nordiste attaquerait face à l'ouest dans le flanc droit de la première ligne sudiste. Un encerclement de la position confédérée se dessina et les Sudistes furent attaqués par un ennemi presque 10 fois plus nombreux. Les forces sudistes qui défendaient l'accès Est qui passait par un pont de pierre partirent renforcer les forces sudistes du nord-ouest qui se trouvaient écrasées par les deux divisions nordistes. Beauregard qui comprit rapidement la manœuvre ennemie, envoya des renforts au nord comme à l'est pour contenir les troupes ennemies. Le flanc droit confédéré se trouva renforcé de deux brigades mais un certain colonel W. T. Sherman traversa le Bull Run à gué et attaqua le flanc droit des Sudistes.

La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

A 11h30, submergée, la première ligne confédérée dérouta et partit plus en arrière sur la colline Henry. Les renforts sudistes arrivaient au compte-gouttes, notamment la batterie de 4 pièces du capitaine Imboden qui ralentit un peu les Nordistes. Mais les forces de l'Union ne profitèrent pas de leur avantage et se contentèrent de bombarder la colline Henry avec deux batteries d'artillerie. Mais plus en arrière la bataille s'apprête à basculer, les renforts sudistes arrivent par voie ferrée , premier exemple de l'histoire de l'utilisation du train à des fins militaires. Les forces de l'Union sont toujours plus nombreuses mais elles se battent depuis le matin et n'obtiennent pas de renfort alors que leur adversaire allait recevoir un flot de nouvelles troupes fraîches avides d'en découdre. Vers midi, la brigade de Virginie du général T. Jackson arriva sur les lieux et se déploya en ligne soit 5 régiments et 13 canons. Les Virginiens avaient même emmené avec eux les canons d'exercice de l'académie militaire de Virginie peints en rouge car plus légers et ne devant pas être confondus avec les canons standard. En contrebas, les débris des brigades Bee et Evans étaient poursuivis par l'infanterie de l'Union tandis que les canons nordistes engageaient un duel d'artillerie avec l'artillerie confédérée pour une fois supérieure en nombre. Le général Bee aperçut alors le général Jackson à cheval, impassible sous les balles et aurait crié, selon la légende, à l'adresse de ses troupes qui fuyaient : "Regardez Jackson qui tient comme un mur de pierre. Ralliez-vous derrière les Virginiens". La légende de "Stonewall" Jackson était née (on ne sait pas vraiment si la remarque de Bee était ironique ou sincère, mais le surnom est resté à Jackson). Les canons nordistes les plus au sud furent approchés par le 33ème régiment de Virginie habillé de bleu ce qui trompa la vigilance des artilleurs qui crurent avoir affaire à leurs propres troupes et laissèrent ce régiment s'approcher pour finalement se faire foudroyer et capturer. La cavalerie sudiste de Jeb Stuart chargeait de flanc les troupes nordistes, le régiment des pompiers volontaires de New-York, les Fire Zouaves, furent anéantis.

La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

Jackson dans le même temps repoussa une première attaque nordiste et fit donner de la baïonnette, il fit charger sa brigade en hurlant pour la première fois le fameux "rebel Yell" le terrifiant cri de guerre sudiste et chassa les troupes de l'Union de Henry Hill. Vers 16h00, sur l'aile gauche de Jackson, deux brigades confédérées de l'armée de la Shenandoah venaient de se déployer ajoutant leur troupes fraîches dans la bataille. Avançant avec la brigade de Jackson, la ligne confédérée repoussa les troupes nordistes plus nombreuses mais épuisées. Devant cette dernière attaque les forces de l'Union craquent et reculent. D'abord organisé, le repli se transforma en déroute et ce fut la débandade entraînant dans leur déroute les civils paniqués qui étaient venus assister à la victoire de l'armée fédérale dont les voitures et calèches ajoutaient à la désorganisation. La fuite des troupes fédérales ne s’arrêta que devant la capitale. Jefferson Davis, qui venait d'arriver sur le champ de bataille réclamait à grands cris une poursuite vers Washington. Mais la prise de la capitale n'aurait en aucun cas signifié la fin de la guerre (elle fut déjà prise par les Anglais et brûlée en partie durant la guerre de 1812 sans pour autant mettre fin au conflit)

Les Sudistes devant cette victoire entamèrent une poursuite relativement molle qui leur apporta encore des prisonniers mais les forces sudistes désorganisées ne se dirigèrent pas vers la capitale fédérale. Les troupes de l'Union mirent bien quelques unités en position d'arrière-garde pour couvrir la retraite notamment les troupes de Sherman, mais finalement les troupes mises en place par McDowel derrière le Potomac ne virent jamais d'attaque, les Sudistes avaient abandonné l'idée de prendre la ville. De toute manière la prise de la capitale semble presque impossible, les routes sont transformées en bourbier par la pluie dans la nuit, la traversée du Potomac aurait pris un temps considérable et la capitale fédérale reçoit elle aussi des renforts nombreux en provenance du Nord.

Il est presque 17h00, la première bataille de Bull Run est terminée ; elle marque le premier grand succès confédéré de la guerre.

L'Amérique et le monde sont stupéfaits par la victoire sudiste. Alors que tous les pronostics donnaient l'armée de l'Union vainqueur, les forces fédérales subirent une écrasante défaite qui leur coûta près de 3000 morts, blessés, prisonniers et disparus. Les Sudistes vainqueurs déploraient la perte de presque 2000 hommes. Cette bataille est un véritable choc pour le Nord qui va orienter son industrie vers la guerre comme jamais elle ne l'a fait auparavant. George McClellan va prendre le commandement de l'armée du Potomac et l'a transformée en un redoutable instrument de guerre. Le Nord prend conscience que la guerre ne sera pas si courte que ça et que de réels efforts seront nécessaires pour inverser le cours du conflit. Un véritable syndrome défaitiste lié à cette bataille était né dans l'esprit des commandants nordistes.

Pour le Sud paradoxalement la victoire de Manassas eut un impact psychologique trompeur car elle suscita durant les prochains mois de la guerre l'illusion qu'ils étaient supérieurs à l'armée fédérale, jouant certainement sur la manière dont les confédérés devaient faire évoluer la situation stratégique. Un "syndrome Bull Run" frappa également les Nordistes qui déclencha une sorte de fatalisme tactique aggravé par les défaites qui s'accumulèrent peu de temps après. Ce qui est sûr c'est que cet affrontement marqua longtemps les esprits de tous les combattants, mais curieusement le Nord trouva dans le défaitisme du syndrome Bull Run la volonté de mettre en place les mesures les plus efficaces qui aboutiront à sa victoire finale. A commencer par l'application du plan Anaconda de Scott qui consistait à établir un blocus des côtes et une attaque sur le front ouest vers le Mississippi et ensuite vers une préparation méticuleuse de l'armée fédérale afin d'entraîner au mieux les hommes et leurs officiers trop novices. Lincoln, le lendemain de la bataille, signa un décret appelant sous les drapeaux 500 000 volontaires pour trois ans. il fit remplacer McDowel par McClellan. Ce dernier disposait d'un réel talent d'organisateur mais en même temps il ne montra pas un entrain extraordinaire à entamer une action offensive avant mars 1862 soit 8 mois après la bataille de Bull Run.

Les affrontements avaient également montré le besoin de changer le drapeau confédéré qui se confondait avec le star and stripes fédéral ainsi que de supprimer toutes les tenues trop ressemblantes avec celles de l'ennemi. La guerre des amateurs volontaires dans leurs uniformes rutilants et chamarrés propres à chaque régiment était terminée, la standardisation devait être la norme : les Nordistes seront en bleu et les Sudistes en gris.

la charge de Jeb Stuart dans les rangs des fire Zouaves de New-York

la charge de Jeb Stuart dans les rangs des fire Zouaves de New-York

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