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La prison d'Andersonville, l'enfer des nordistes

Publié le par Olivier Millet

La prison d'Andersonville, l'enfer des nordistes

Située en Géorgie près de la vile d'Andersonville dans le comté de Macon, officiellement connue sous le nom de camp Sumter, la prison d'Andersonville fut une des prisons établies au sud pour les POW (prisonners of war) et également le pire endroit où pouvait être emmené un prisonnier nordiste après sa capture. On estime à 45000 le nombre de prisonniers de l'union à être passés dans ce sinistre camp et à près de 13000 le nombre de ceux qui n'en sont jamais revenus.

La prison qui commence à entrer en service en février 1864 s'étendra jusqu'à une superficie de plus de 107000 m². De forme rectangulaire, le camp n'a que deux portes à l'ouest. Entouré sur ses quatre côtés par une palissade de plus de 4.5 mètres de hauteur et doublé par une enceinte en rondins de bois à l'intérieur du camp qui délimitait la zone des prisonniers. Tout prisonnier s'approchant trop prés de cette "enceinte de la mort" était abattu par les gardes.

Tout nouveau prisonnier entrant dans le camp, comme le confirmeront des témoignages, était confronté à une vision d'enfer où sur une large étendue on voyait une mer de tentes et d'hommes émaciés qui déambulaient misérablement, le tout dans une odeur pestilentielle sous le regard de gardes brutaux. Devant cette vision d'horreur, "Dieu protégez-nous" s'exclamera-t-il.

Le camp est pratiquement dépourvu d'infrastructures en dur pour abriter les prisonniers et c'est le plus souvent sous des tentes ou à la belle étoile que les prisonniers s'entassent dans des conditions hygiéniques catastrophiques, ce qui explique en partie le grand nombre de morts dû aux maladies. Mais le plus grave problème pour le Sud était l'envoi de leur subsistance alors que la population sudiste commençait à être privée des denrées de base à cause du blocus et de la guerre. Comment nourrir des dizaines de milliers d'hommes plus la garnison avec peu de moyens et encore moins de vivres quand tout est monopolisé pour l'effort de guerre. Plus de 30 000 prisonniers furent internés en même temps, au plus fort de l'activité carcérale du camp, dans cette espace réduit et dépourvu d'abris contre les conditions climatiques.

L'alimentation en eau était assurée par un petit ruisseau qui traversait le camp mais qui fut rapidement souillé par les déjections des prisonniers déclenchant la dysenterie et augmentant le nombre de morts. L'absence de nourriture fraîche déclencha elle des cas de scorbut bien connu des marins qui prélevait également son lot de victimes.

Les difficultés d'approvisionnement firent que les prisonniers souffrirent de malnutrition sévère avec pour résultat des hommes squelettiques dont les photos nous rappellent douloureusement les images d'autres camps plus récents. Les troupes de Sherman qui stationnaient non loin de là en 1864 durant leur marche vers la mer, furent les premières à voir des prisonniers du camp d'Andersonville. Leur réaction devant les squelettes ambulants qui marchaient vers eux fut la colère et l'amplification par la suite de leur destruction dans la Géorgie dans un esprit de vengeance. Les troupes fédérales entrèrent finalement dans le camp en mai 1865.

La vengeance, ce fut la raison pour laquelle le commandant du camp, Henry Wirz, fut capturé et condamné à mort par un tribunal militaire. Il sera pendu et fut l'un des rares condamnés à mort à l'issue de la guerre. Nul doute qu'il servit de bouc émissaire après avoir commis ce qu'il convient d'appeler un crime de guerre. Mais il ne faut pas oublier que le Nord possédait également des camps de prisonniers sordides où les conditions de vie étaient, certes meilleures, mais où les prisonniers sudistes mouraient également en masse. La prison d'Andersonville fait partie des épisodes les plus noirs de la guerre de sécession. Le lieu de la prison est aujourd'hui constellé de monuments rappelant les horreurs qui s'y sont déroulées. Pour l'anecdote on dit que l'homme qui tua l'assassin du président Lincoln, John Wilkes Booth, était un cavalier du 16ème régiment de cavalerie de New-York, Boston Corbett, ancien prisonnier d'Andersonville...

De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.

De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.

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La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

La bataille de Valverde eut lieu dans le cadre de la tentative des forces confédérées de prendre pied depuis le Texas vers le Nouveau-Mexique et la Californie. Ces territoires étaient demeurés hors du conflit depuis le début de la guerre à l'exception de quelques escarmouches entre cavaliers des deux camps qui avaient abouti à l'établissement temporaire du territoire confédéré d'Arizona après la victoire sudiste de Mesilla. Souhaitant pousser plus avant son avantage tactique du moment, le général de brigade sudiste Henry Sibley proposa de prendre la tête d'une petite force composée majoritairement de troupes texanes et nommée "armée Confédérée du Nouveau-Mexique en direction du Nouveau-Mexique et de la ville de Santa Fe.

Partis depuis El Paso, au Texas, Sibley et plus de 2500 hommes suivirent le cours du Rio Grande en direction du premier objectif des Confédérés à savoir le Fort Craigs. Ce fort, construit en 1854, était le plus important poste militaire de toute la région ouest et à ce titre était fortement défendu par plus de 3800 hommes dont un tiers de troupes réellement entraînées. Le reste était composé de volontaires du Nouveau Mexique. En face Sibley choisit de ne pas donner l'assaut au fort une fois arrivé sur zone le 13 février, car il jugea la position trop fortement défendue par de l'artillerie lourde, alors que lui-même n'en possédait pas. En fait Sibley avait été intoxiqué par des manœuvres du chef de la garnison fédérale, le colonel Edward Camby. Ce dernier avait placé dans les différents bastions du fort de faux canons en bois entourés de faux artilleurs donnant l'illusion d'une position lourdement défendue. Sibley n'eut d'autre choix que de se positionner en retrait du fort et en ordre de bataille dans l'espoir que la garnison sortirait pour l'affronter en terrain ouvert. Mais Camby, n'ayant que peu de confiance dans la qualité de ses propres hommes pour affronter les Sudistes ne bougea pas pendant 3 jours. Sibley arrivant à court de provisions leva le camp et traversa le Rio Grande pour se rendre à 10 kilomètres au nord de Fort Craig près de Valverde.

Sur place les Confédérés tentèrent d’établir sur les hauteurs dominant le Fort leur batterie d'artillerie ; en outre leur placement les mettait entre le Fort et leur ligne d’approvisionnement. Le 20 février, les fédéraux tentèrent une mission de sabotage du camp rebelle à l'aide de mules explosives mais la mission échoua semant juste un peu de désordre parmi les éléments nordistes. Le matin suivant, Sibley envoya une force à cheval pour reconnaître les environs immédiats de Valverde et sécuriser le gué pour une future traversée. Tenu informé par ses propres éclaireurs, Camby envoya un détachement mixte sous les ordres du Lieutenant-Colonel Benjamin Roberts afin de sécuriser le gué et empêcher tout mouvement enveloppant au nord de Fort Craig de la part des Confédérés. Les fédéraux arrivèrent les premiers sur place et se déployèrent en ligne prêts à recevoir les Confédérés. Ces derniers n'avaient que deux détachements à cheval, le 2nd, sous les ordres du Major Charles Pryon, et le 4th Texas cavalry, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Scurry, ce dernier restant en retrait prêt à soutenir le premier régiment. Lorsque Pryon arriva au gué de Valverde il trouva les forces nordistes disposées et prêtes au combat. Il demanda immédiatement des renforts au détachement du 4th Texas qui le suivait.

(image du 5th régiment du Texas à la charge)

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

La bataille

Bien que disposant de la supériorité numérique, les forces fédérales choisirent de ne pas attaquer les deux unités de cavalerie adverses qui leur faisaient face. Le reste des troupes confédérées à cheval arrivèrent mais ne pouvaient riposter aux tirs fédéraux leur armement étant trop léger. En effet, le second régiment sudiste se posta à la droite des cavaliers de Pryon et ouvrit le feu avec sa batterie d'obusier à cheval. Malheureusement ses hommes manquaient d'allonge pour leurs armes et ses canons étaient inférieurs en portée aux pièces fédérales. La situation s'aggrava encore quand Camby arriva à son tour avec le gros de ses forces et commença à bombarder les positions sudistes avec ses canons. De son côté Sibley envoya deux autres détachements montés, les 5th et 7th Texas cavalry pour soutenir ses deux unités de cavalerie déjà engagées. Le général Sibley laissa le commandement au Colonel Green du 5th Texas cavalry.

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

Une compagnie armée de lances du 5th Texas attaqua le flanc d'un détachement fédéral mais fut sévèrement repoussée et déplora une vingtaine de morts, les hommes restants revinrent dans les lignes sudistes et combattirent pied à pied avec leurs armes de poing et des fusils "shotgun". Jugeant la situation favorable, Camby lança une attaque sur le flanc gauche des Confédérés mais ce faisant il affaiblit son centre. Pour soutenir l'attaque nordiste, Camby ordonna à la batterie d'artillerie du capitaine MacRay d'avancer pour appuyer l'attaque d'infanterie. Green, ayant vu la menace, lança une attaque sur le flanc droit fédéral pour gagner du temps. Cette attaque fut repoussée à son tour mais Green lança également les cavaliers de Scurry sur le centre ennemi. Les 750 hommes de Scurry en trois vagues frappèrent le centre ennemi, d'abord la batterie de canons du capitaine MacRay et la dispersèrent. Bien que les fédéraux tentèrent de contre-attaquer avec leur propre cavalerie, ils n'empêchèrent pas les Confédérés de tomber sur le flanc gauche des nordistes déclenchant la panique dans leurs rangs. Grâce à cette charge du désespoir, les troupes sudistes avaient réussi à briser le moral de leur adversaire et toute la ligne fédérale dérouta. Le reste des troupes de Camby repartirent vers Fort Craig après avoir perdu 270 morts et blessés et plus de 200 prisonniers. Les troupes confédérées perdirent environ 200 hommes.

Après cette défaite Camby ne tenta plus rien et resta sur la défensive. De son côté Sibley qui manquait de moyens pour prendre le fort n'avait toujours pas la possibilité de réduire les fortifications et ses pertes hypothéquaient grandement ses chances de réussite dans un assaut frontal sur le Fort Craig. Il entreprit de poursuivre sa route vers Albuquerque et Santa Fe. La bataille de Valverde avait vu la dernière charge de lanciers de la guerre civile et une cavalerie confédérée, menée par un colonel Green très offensif, briser une ligne de troupe nordiste supérieure en nombre. Pour sa part Camby reporta la responsabilité de l'échec sur la faible qualité des troupes hispaniques du Nouveau-Mexique dont le moral s'effondra trop vite et que la soudaineté et la violence de la charge de cavalerie confédérés avaient mises à mal bien trop facilement.

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Les mines flottantes

Publié le par Olivier Millet

Les mines flottantes

Faisant partie du système de défense sudiste, les mines flottantes étaient des armes passives utilisées pour protéger les entrées des ports sudistes en empêchant les navires de l'Union de s'approcher sous peine de risquer de provoquer leur explosion. Leur emploi fut appliqué également aux cours d'eau afin de gêner les déplacements des flottilles fédérales.

Le concept des mines flottantes est plutôt ancien et pourrait remonter à la dynastie chinoise Ming au 14ème siècle. Les Russes utilisèrent avec succès un engin explosif flottant à mise à feu électrique et endommagèrent deux navires de guerre, un français et un anglais, durant la guerre de Crimée. Au États-Unis en 1842, Samuel Colt fit la démonstration d'une mine déclenchée électriquement par un opérateur sur la rive et détruisit à cette occasion un navire cible dans le Potomac.

Connu aussi sous le nom impropre de "torpille", le dispositif utilisé par les Confédérés était une charge de poudre flottante placée dans un container en bois ou un cylindre en métal supporté par un flotteur, ou ancré au fond de l'eau ou bien laissée dérivante. La charge explosive était amorcée par contact, lorsqu'un navire touchait la mine, ou bien par déclencheur électrique utilisé par un homme posté sur la rive. Les dispositifs électriques de mise à feu étaient capricieux plus par méconnaissance des principes de l’électricité qui étaient encore relativement nouveaux surtout lorsque le fil était plongé dans l'eau et à une certaine distance de l'engin à commander. Un bureau spécialisé dans la recherche et le développement des systèmes de mise à feu sous-marins fut mis en place sous le nom de "Confederate submarine battery service" dirigé par l'ingénieur sudiste Matthew Maury. Afin de superviser le développement et la construction de ces engins flottants un bureau des torpilles fut créé à son tour à Richmond et dirigé par Gabriel Rains qui mit au point un déclencheur à percussion chimique efficace.

Ces mines bien que peu fiables avaient un énorme avantage pour le Sud : elles étaient faciles et peu chères à construire. Une des mines les plus efficaces de l'arsenal sudiste fut la "Fretwell Singer Mine" du nom de son inventeur. La mine en tôle était remplie de 30 kg de poudre, le déclencheur était un dispositif qui se détachait lors de l'impact avec un navire et qui faisait sauter la charge de poudre par le biais d'une capsule de fulminate ; cette mine avait en outre un dispositif de sécurité pour éviter tout déclenchement accidentel, une première du genre.

La marine de l'Union n'ignorait rien du danger que représentaient les mines. Elle les rencontra pour la première fois dans le Potomac en 1861 et chaque fois qu'elle le pouvait elle utilisait les connaissances des prisonniers sudistes qui savaient comment emprunter sans danger les chenaux sûrs ou les endroits des lieux de minage pour détruire les engins ou les éviter. La plupart du temps il suffisait de tirer avec une arme à feu pour neutraliser les engins mais parfois il fallait plonger et risquer sa vie pour les détacher de leur ancrage. Le premier navire nordiste à être coulé par une mine fut l'USS Cairo sur le Mississippi.

Durant l’expédition de l'Amiral Farragut sur la baie de Mobile, les Sudistes avaient aménagé une triple ligne de défense avec des mines flottantes. Les Nordistes envoyèrent des hommes la nuit pour percer des trous dans les flancs des mines pour les faire couler ou couper leur ligne d'attache. A cette occasion ils constatèrent que nombre des mines avaient leur déclencheur inopérant à cause d'un trop long séjour dans l'eau, ce qui expliquait pourquoi des navires de l'Union ayant touché ces mines auparavant ne les avaient pas fait exploser. Le 5 août 1864, Farragut se croyant à l'abri envoya ses navires dont des cuirassés à l'attaque de Mobile, un sloop chargé de dégager les dernières mines devant le reste de la flotte. Une canonnière, le USS Tecumseh quitta la formation et heurta une mine, active cette fois, et la fit exploser. Le navire américain coula rapidement mais le reste de la flotte parvint sans encombre, un témoin racontant qu'il entendait les mines Fretwell Singer taper contre le bateau mais sans exploser.

On estime à 43 le nombre de navires fédéraux à avoir heurté une mine flottante et à 27 le nombre de ceux qui coulèrent. Les mines furent l'engin confédéré qui détruisit le plus de vaisseaux ennemis en comparaison avec les IRONCLADS, les batteries côtières ou les sous-marins. Prouvant une fois de plus que la solution la plus simple est souvent la plus efficace.

différents types de mines à percussion utilisés par les Confédérésdifférents types de mines à percussion utilisés par les Confédérésdifférents types de mines à percussion utilisés par les Confédérés

différents types de mines à percussion utilisés par les Confédérés

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L'US Marines Corps dans la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

L'US Marines Corps dans la guerre de Sécession

Officiellement créé en 1776, le corps des Marines a passé les 86 années qui le séparaient de la guerre de Sécession à effectuer un grand nombre de missions terrestres ou amphibies durant lesquelles les fusiliers marins des États-Unis ont acquis une réputation et une renommée certaines. Leur action durant les guerres d'indépendance, de 1812 et contre les barbaresques et le Mexique a confirmé tout l’intérêt pour l'US Navy de posséder une infanterie embarquée spécialisée dans les opérations navales. Les nombreux combats contre les Anglais, les Mexicains ou les indiens à terre ont également démontré leur capacité en tant que troupes d'infanterie classique écrivant au passage quelque-unes des plus glorieuses pages de l'histoire du corps. Mais à la fin du conflit avec le Mexique en 1848, les Marines ne furent plus engagés dans des opérations d'importance. On peut citer 1 opération amphibie où les Marines furent confrontés à des forces ennemies hostiles à Pearl River en Chine en 1856. L'absence de réforme dans la doctrine d'utilisation du combat amphibie et la lente léthargie qui s'était installée firent que le corps des Marines entra dans la guerre civile mal préparé et divisé.

Des débuts difficiles

Lorsque une partie des états du sud fit sécession, 16 des 31 officiers du corps rejoignirent la confédération où, pour une partie d'entre eux, ils mirent en place un corps de Marines de la confédération. Parmi les officiers qui désertèrent leur poste au sein de l'Union se trouvaient des vétérans décorés de la guerre du Mexique ce qui affaiblissait dangereusement la qualité de l'encadrement des Marines fédéraux. Heureusement les sous-officiers demeurèrent, en très large majorité, loyaux à l'Union préservant l'expérience générale de la troupe.
Au déclenchement de la guerre civile, le Congrès autorisa une augmentation des effectifs des Marines. Le corps doubla de taille et passa à 3600 hommes, mais devant l'expansion de la marine qui augmenta le nombre de ses navires, l'effectif des Marines fut fractionné en autant de petits détachements.

La première action de combat des Marines eut lieu lors de la bataille de Bull Run durant laquelle le bataillon de 336 Marines commandé par le Major Reynolds fut affecté à la seconde division de l'armée de Virginie du général Macdowel. Arrivé à marche forcée sur le champ de bataille, le bataillon, exténué, participa à l'attaque sur la colline Henry en support d'une batterie d'artillerie. Face à eux se trouvait la brigade de Virginiens du général Jackson. Le bataillon se heurta à la brigade ennemie et échangea avec elle des tirs meurtriers jusqu'à ce que le 33rd régiment de Virginie, habillé de bleu, intervienne et capture la batterie d'artillerie fédérale. Le bataillon de Marines recula, se reforma et fit front de nouveau pour assurer le retrait des troupes de l'Union qui se débandaient. Bien que composé pour une grande partie de nouvelles recrues, le bataillon fit partie des dernières unités d'arrière-garde présentes sur le champ de bataille pour assurer la retraite de l'armée fédérale. Au prix de 8 tués, 12 blessés et 16 disparus, la première expérience malheureuse du bataillon montra l'inexpérience de ses hommes mais aussi leur capacité à affronter le pire quand ils étaient bien encadrés. Dans la déroute générale qui suivit la bataille, les Marines maintinrent un ordre et une discipline dignes des plus vieilles troupes.

L'US Marines Corps dans la guerre de Sécession

Les actions de combat amphibie

La première opération amphibie des Marines de la guerre eut lieu à Fort Clark en Caroline du Nord le 28 août 1861. L'opération de débarquement d'un détachement de Marines permit de faciliter la prise de fort Hatteras par la Marine. Deux semaines après la défaite de Bull Run, 300 Marines sous les ordres du major John Reynolds furent envoyés à Port Royal en vue de préparer le débarquement des 13000 hommes de l'armée de terre devant s'emparer d'une tête de pont dans la région. Les marines prirent place dans un vapeur le USS Governor et quittèrent Hampton Roads fin octobre. Malheureusement le navire fut pris dans une tempête et fut gravement endommagé à tel point que les Marines l'évacuèrent en prenant place sur une frégate venue à leur secours : l'USS Sabine. 7 Marines moururent dans cet événement. Le commandement exemplaire de Reynolds permit d'éviter plus de pertes et sauva le bataillon. Le bataillon de Reynolds arriva hélas trop tard pour participer au combat et débarqua à Port royal glanant au passage un blâme de la part du chef de la flotte, le commodore Du Pont, qui dut effectuer sa mission sans leur concours. Le très bon comportement de Reynolds durant les opérations de sauvetage sur la Sabine redorèrent un tant soit peu le blason du bataillon mais l'occasion pour les Marines de démontrer leur valeur était passée. Le bataillon effectua de petites opérations en Floride mais aucune action d'envergure ne devait leur être confiée.
En 1862, les Marines ou du moins de petits détachements embarqués firent parler d'eux dans les combats qui opposèrent les navires de l'Union aux Ironclads et aux forts confédérés. Lors du combat d'Hampton roads où le Virginia fit sa première sortie, les Marines embarqués sur le USS Cumberland, servant comme artilleurs, se montrèrent dignes de l'exemple montré par leur prédécesseur durant les batailles de Bladensburg ou de la Nouvelle-Orléans en combattant jusqu'au bout et au prix de 13 des leurs. En avril 1862, la flotte du Commodore Farragut en route pour la Nouvelle-Orléans, livra un furieux combat nocturne contre deux forts défendant l'accès à la ville : les Forts Jackson et St Phillip. La flotte de l'Union parvint à réduire les fortifications ennemies au prix de 186 marins dont 28 US marines. Lors de la prise de la Nouvelle-Orléans un bataillon de 300 marines s'empara sans combat de la capitale de la Louisiane désarmée, hissant la bannière étoilée au sommet de l’hôtel de ville.
Le 15 mai 1862 à Drewry's Bluff, à une dizaine de kilomètres de Richmond, les Marines des deux camps s'affrontèrent dans une escarmouche opposant des Monitors fédéraux à une batterie côtière en partie armée par des Marines confédérés. Les Marines embarqués ripostèrent aux tirs d'artillerie et de mousqueterie en remplaçant au fur et à mesure des pertes les servants des canons embarqués. A cette occasion, le caporal Mackie reçut la médaille d'honneur pour son action à bord de l'Ironclad USS Galena, la première décoration de cette importance obtenue durant la guerre civile pour le corps des US Marines.
En décembre un détachement de 136 marines, embarqués sur le vapeur Ariel, fut intercepté et capturé par le CSS Alabama , un Raider confédéré. Après avoir capturé 200 fusils Enfield et des munitions, les confédérés relâchèrent les Marines dans un échange de prisonniers.

Désastre à Charleston


En 1863, la ville de Charleston, capitale de la Caroline du Sud, fut la cible d'une opération amphibie qui visait à s'emparer du Fort Sumter. Le major Jacob Zeppelin fut désigné pour mener un détachement de Marines dans ce but. L'opération devait également comprendre la capture de la batterie Fort Wagner située au sud. Un assaut fédéral fut sévèrement repoussé par le Fort Wagner et une double attaque menée conjointement par l'armée à terre et les Marines depuis la mer fut proposée. Zeppelin alarmé par le manque d'expérience de ses hommes refusa ce projet à la grande colère de l'amiral John Dahlgren, responsable de la flotte de l'Atlantique Sud. Ce dernier dans son rapport se demanda à quoi pouvait bien servir les Marines si ces derniers refusaient de se lancer à l'attaque des fortifications côtières ennemies. Mais les événements sauvèrent la réputation du corps, Zeppelin, malade, fut remplacé par le fraîchement promu Colonel Reynolds dont la réputation avait favorablement atteint l'amiral Dahlgren. En outre les confédérés avaient évacué Fort Wagner laissant la voie libre aux fédéraux pour s'emparer plus facilement de Fort Sumter. Le 8 septembre 500 marins et Marines dans 25 embarcations attaquèrent de nuit le fort ennemi. Malheureusement outre la difficulté que représentait une attaque amphibie nocturne tout ce qui aurait pu mal se passer, se passa mal. Les confédérés furent mis au courant de l'attaque car ils connaissaient les codes des signaux des fédéraux. Tous les canons des défense côtière furent braqués vers Fort Sumter prêt à recevoir l'assaut des Marines. L'Ironclad CSS Chicoras s'approcha du fort prêt à soutenir ses défenseurs de ses pièces. Lorsque les canons sudistes ouvrirent le feu, les Marines furent décimés, 11 navires seulement purent débarquer leur cargaison humaine, les autres avaient été coulés ou s'étaient perdus dans l'obscurité. Les survivants furent arrêtés par le feu et les grenades ennemis et stoppèrent l'assaut au bout de 20 minutes. Les navires restants furent détruits les uns après les autres et finalement les 105 soldats restants se rendirent aux confédérés. Pour la plupart d'entre eux la capture signifiait une longue agonie à Andersonville.

Les succès des troupes embarquées

L'heure de la revanche avait sonné pour les Marines qui purent laver l'affront de la capture de l'Ariel. Embarqué à bord de la frégate à vapeur USS Kearsarge, un détachement de Marines participa à la chasse et à la destruction du fameux Raider confédéré CSS Alabama. au large de Cherbourg . Le 14 juin, le navire fédéral intercepte le bâtiment sudiste et après une heure de combat, parvient à le désemparer et à lui faire hisser le drapeau blanc. Le canon de pivot manié par les Marines fit mouche à plusieurs reprises endommageant le bunker du bâtiment confédéré. Le détachement de Marines fut cité en exemple pour la bravoure des hommes qui manièrent les canons totalement exposés aux tirs confédérés. Le navire confédéré, aussi célèbre et redouté soit-il, ne bénéficiait pas de la protection blindée qui équipait le Kearsarge et le combat tourna rapidement à l'avantage des fédéraux dont le navire était mieux protégé des coups.

Après la chute de la Nouvelle-Orléans, le port cible suivant fut celui de Mobile et en août 1864, la flotte de l'amiral Farragut se présenta devant la ville confédérée, essuya des pertes du fait de minese flottantee et affronta la petite flottille sudiste dont le cuirassé CSS Tennessee. La puissance des canons embarqués, en partie maniés par des Marines eut raison des défenses confédérées et les Marines furent encore une fois cités pour leur action de combat à bord des bâtiments de la marine.

Durant les opérations autour d'Atlanta avec l'armée du général Sherman, une brigade marine "fleet brigade" fut mise sur pied, comprenant 157 Marines et 350 marins pour les opérations fluviales et amphibies durant la marche vers Savannah. Organisés en un unique bataillon de 3 compagnies, les Marines de la brigade marine étaient commandés par le lieutenant George Stoddard. Pour les opérations de la campagne, le lieutenant prit le grade temporaire équivalent à lieutenant-colonel. Embarqué à bord de canonnières, le bataillon remonta le fleuve Broad en vue d'action dans la région de Savannah. Ils débarquèrent fin novembre 1864, appuyés par le bataillon de marins et une batterie d'obusiers et en avant-garde d'une division de 5500 hommes appelée division côtière". Mais les hommes se perdirent en chemin et finalement affrontèrent une force confédérée à Honey Hill. Gardés un temps en réserve, les Marines attaquèrent depuis l'aile droite des fédéraux et affrontèrent deux heures durant l'artillerie et l'infanterie adverses. Mais la position ennemie était trop forte et l'armée fédérale se replia laissant 750 morts et blessés dont une dizaine de Marines. Après cet échec la "Flette brigade" fut transportée sur la rivière Tullifinny. Les troupes débarquèrent à Gregory's Landing dans le but de détruire un pont sur lequel passait la ligne de chemin de fer reliant Savannah à Charleston. Mais là encore ce fut un échec et le combat dura plusieurs jours jusqu'à ce que la prise de Savannah par les troupes de Sherman rende caduque la défense de cette zone par les confédérés.

L'attaque de fort Fisher

Les Marines dans leur opération côtière ont gagné beaucoup d'expérience et il fut décidé de leur confier une mission difficile la prise de Fort Fisher. Le Fort Fisher défendait le dernier port sudiste d'importance : Wilmington en Caroline du Nord. Un précédent assaut en décembre 1864 avait été repoussé avec pertes par la garnison et en janvier 1865 il fut décidé de lancer une seconde tentative. Le général Benjamin Butler commandait la plus importante force amphibie jamais rassemblée de toute la guerre, Le 24ème corps fut chargé d'attaquer les retranchements sudistes par la terre tandis que la brigade navale et ses marines s'en prendrait à la partie faisant face à l'océan. 1600 marins et 400 marines furent lancés contre les fortifications. Les canonnières de la flotte réduisirent au silence nombre de canons mais les troupes ne purent débarquer en nombre et la brigade navale se retrouva quasiment seule à attaquer le bastion nord-est. Les marins devaient attaquer en trois vagues soutenues par le tir à plus longue portée des Marines. Mais menés par le lieutenant Kidder Breese, les Marines chargèrent en masse désorganisée et furent facilement repoussés. Les marins et Marines furent cloués sur place par l'artillerie du fort tirant à mitraille leur interdisant d'avancer plus avant mais aussi de reculer. Les hommes fixés sur place se retranchèrent du mieux qu'ils purent mais leur assaut détourna l'attention des défenseurs et permit aux troupes fédérales venant de terre d'attaquer plus facilement la position ennemie. La deuxième division du général Adelbert Ames comprenant 180 Marines réussit au prix de lourdes pertes à s'emparer du fort confédéré. Cette action coûta 60 morts et blessés aux Marines mais 6 d'entre eux , les sergents Fry, Binder, les caporaux Tomlin, Rannahan et les soldats Shivers et Thompson reçurent la médaille d'honneur pour leurs actions au combat. La prise de Fort Fisher fut la dernière bataille du corps des Marines.

A la fin de la guerre, 3882 US Marines servaient dans l'armée fédérale, 102 moururent au combat et 233 autres des suites d'accidents ou de maladie. Fidèles à leur devise ils furent parmi les premières troupes régulières à être au combat dans ce qui fut la plus frustrante des guerres qu'ils eurent à mener, car ils ne furent pas toujours bien dirigés ou employés et eurent le malheur de combattre leurs frères d'armes du corps des Marines de la confédération à maintes reprises. Bien que peu nombreux ils apportèrent une contribution non négligeable dans les combats amphibies et côtiers et devaient gagner en importance dans les décennies qui suivront.

A gauche, caporal des Marines en grande tenue avec le shako M1859 (centre historique naval USA ), au centre un groupe de 5 Marines avec un officier, toujours en grande tenue. Marines en tenue de débarquement pour zone chaude par Don TroianiA gauche, caporal des Marines en grande tenue avec le shako M1859 (centre historique naval USA ), au centre un groupe de 5 Marines avec un officier, toujours en grande tenue. Marines en tenue de débarquement pour zone chaude par Don TroianiA gauche, caporal des Marines en grande tenue avec le shako M1859 (centre historique naval USA ), au centre un groupe de 5 Marines avec un officier, toujours en grande tenue. Marines en tenue de débarquement pour zone chaude par Don Troiani

A gauche, caporal des Marines en grande tenue avec le shako M1859 (centre historique naval USA ), au centre un groupe de 5 Marines avec un officier, toujours en grande tenue. Marines en tenue de débarquement pour zone chaude par Don Troiani

L'US Marines Corps dans la guerre de Sécession

L'uniforme:

La grande tenue est adoptée en 1859. Elle comprend pour les officiers une grande veste bleu foncé à deux rangées de 7 boutons en métal jaune (8 pour les officiers). Les épaulettes des soldats sont jaunes et or pour les officiers, le col est galonné d'or ou de lacet jaune et passepoilé de rouge. Les manches sont pourvues de lacets jaunes ou or au nombre de deux pour les hommes de troupe, trois pour les officiers subalternes et les sous-officiers supérieurs et quatre pour un commandant ou supérieur. Le pantalon est bleu clair avec une bande rouge sur le côté dont l'épaisseur dépend du grade ; un pantalon blanc est autorisé pour les zones chaudes et les officiers détachés peuvent porter un pantalon bleu foncé. Le couvre-chef des officiers supérieurs est un chapeau bicorne avec plume jaune pour un commandant et rouge pour les autres officiers. Les officiers subalternes, sous-officiers et les hommes portent un shako de feutre de 5.5 pouces de haut devant et 6.5 derrière avec un pompon rouge et une plaque de cuivre à sa base entourée de cuir rouge pour les hommes et jaune pour les officiers. La plaque de shako représente un bouclier entouré de laurier avec au centre un cor de chasse entourant un "M" blanc sur fond rouge. Les musiciens portent une tenue identique mais entièrement rouge et avec une bande rouge sur le pantalon bleu clair.

La tenue de combat ou de débarquement pour les hommes est une longue veste attachée par une simple rangée de 7 boutons jaunes, un pantalon bleu clair en zone froide et blanc en zone chaude ; le col est passepoilé de rouge, les manches ont deux boutons jaunes. Le couvre-chef est la forage cap avec le cor de chasse et son "M" à fond rouge au centre. Les officiers portent une veste de la même longueur que les hommes mais attachée par deux rangées de 8 boutons ; en guise d'épaulettes, ils portent des trèfles ou nœuds russes, dont l'épaisseur dépend du grade.

Une tenue entièrement blanche existe pour les zone chaudes pour les officiers

Les grades pour les sous-officiers sont jaune passepoilés de rouge ; contrairement à l'armée de terre les pointes sont pointe vers le haut. Deux chevrons pour un caporal, trois pour un sergent, trois chevrons et un diamant pour un premier sergent, trois chevrons et une bande pour un sergent quartier-maître, trois chevrons et trois arcs pour un sergent-major, trois chevrons, trois arcs et une étoile pour un tambour-major.

Les premier lieutenant, lieutenant et capitaine ont un nœud russe d'épaule à trois cordes, une étoile est brodée dessus pour un lieutenant, deux étoiles pour un capitaine. Les officiers supérieurs ont un nœud à quatre cordes avec une feuille de chêne argent pour un lieutenant-colonel, un aigle pour un colonel et une étoile argent pour le commandant. Officiers et sous-officiers supérieurs portent l'écharpe de commandement en soie cramoisie ou laine rouge autour de la taille.

Les hommes sont armés de mousquets M1861 ou M1855 et une baïonnette M1842, une cartouchière M1855, une boîte à capsule fulminate M1855. La gourde est du modèle œil de buffle peinte en noir, le havresac est du modèle de l'armée de terre. Les baudriers sont en cuir blanchi, une modèle noir fut parfois utilisé pour les missions nocturnes comme lors de l'assaut sur Fort Sumter en 1863.

Les officiers et les sous-officiers supérieurs portent le pistolet Navy Model de chez Colt et un sabre M1850.

L'US Marines Corps dans la guerre de Sécession

Sources:

Ron Field Elite Osprey " American Civil War Marines 1861 - 1865"

Don Troiani "" Regiments and uniforms of the civil war "

Ron Field Brassey's history of uniforms "american civil war Union Army"

Ron Field Brassey's history of uniforms "american civil war Confederate Army"

La gazette des Marines

http://www.mca-marines.org/gazette/photogallery/marines-american-civil-war

Les Marines dans la guerre civile au jour le jour :

http://www.navyandmarine.org/historicalref/Compendium_USMC.htm

Echoes of glory " illustrated atlas of the civil war "

Special thanks to Colonel Daniel Geisenhof USMC for his helpful documentation

( illustration: les Marines à bord du USS Galena lors du combat de Drewry's Bluff )

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La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

Après sa victoire facile à Fort Henry, le général Grant devait maintenant s'en prendre au Fort Donelson situé 18 kilomètres plus à l'est et dont les fortifications et la garnison étaient autrement plus conséquentes qu'à Fort Henry. La prise de Fort Donelson donnerait cette fois le contrôle de la rivière Cumberland et leur permettrait de mener des attaques jusqu'à Nashville en liaison avec les forces du général Don Carlos Buell, chef du département de l'Ohio. Après la prise de Fort Henry Grant annonce à son supérieur son intention d'attaquer immédiatement le Fort Donelson sans attendre un renfort ou un soutien de l'armée du général Buell. " Le Fort Henry est à nous, je compte prendre et détruire le Fort Donelson le 8 " . Mais contrairement à ce qu'il avait annoncé, Grant se met en route le 12 février soit 4 jours après sa victoire à Fort Henry car le mauvais temps gênait le ravitaillement des troupes de Grant et sa flottille avait besoin de réparations suite au dernier combat.

La situation des Confédérés et Fédéraux

Le général Sydney Johnston était dans une mauvaise position : ses forces principales situées à Columbus et Bowling Green étaient coupées en deux par la chute du Fort Henry et la destruction du pont de chemin de fer enjambant la rivière Tennessee, détruit par la flottille de Grant. De ce fait les garnisons de Columbus comme de Donelson étaient menacées par les forces de Grant supérieures en nombre. Les forces de Johnston à Bowling Green étaient, en outre, susceptibles de subir un assaut à la fois des forces de Buell et de Grant. Le général sudiste était confronté à des forces deux fois supérieures en nombre et devait soit abandonner le Kentucky, soit tenter une contre-attaque sur Fort Henry, soit s'établir en défense ferme à Fort Donelson avec l'ensemble de ses forces.

Finalement il opta pour un redéploiement de sa ligne sur Nashville afin de protéger ses industries d'armement en laissant une faible garnison à Donelson pour un combat retardateur. Ce choix était certainement le plus judicieux ; il évitait une défense sur plusieurs points qui de toute façon n'aurait certainement pas tenu. A la place il regroupait ses forces vers une zone plus facile à défendre et à soutenir. Mais contre toute attente il détacha un tiers de ses forces pour renforcer la garnison de Fort Donelson et les plaça sous le commandement du général John Floyd.

Grant savait qu'il allait avoir à faire à plus forte partie qu'à Fort Henry. Le fort en lui-même n'était qu'un vaste camp entouré d'une palissade mais deux batteries situées sur une hauteur dominant la rivière Cumberland de 30 mètres et pourvues de 12 canons lourds assuraient la défense du site. La flottille fédérale risquait d'avoir à subir un puissant tir de barrage. Les forces terrestres se verraient quant à elles obligées de traverser des tranchées qui entouraient tout le camp au sud que les troupes sudistes s'activaient à renforcer.

Les premières attaques de Donelson

Arrivé sur place le 12 février, Grant put se rendre compte de l'étendue de la zone à attaquer. Il lance sans tarder deux attaques de faible envergure menées par 2 brigades sur la droite et 3 régiments sur une batterie confédérée afin de tester les défenses ennemies. L'échec de ces premiers assauts fait comprendre à Grant que la partie sera autrement plus délicate qu'à Fort Henry mais les renforts sont en route et les cuirassés vont bientôt arriver sur la rivière.

Le 14 février Grant a reçu 10 000 hommes et ses bateaux de combat sont en position. Comme à Fort Henry il demande à la flottille de bombarder les positions confédérées tandis que ses troupes assuraient un siège étanche pour empêcher la garnison de s'échapper. Mais les bateaux fédéraux s'approchèrent trop des défenses sudistes et subirent de plein fouet le feu des canons lourds qui les surplombaient. Situés bien plus haut, les canons sudistes envoyaient leurs projectiles dans les zones les moins protégées des cuirassés tandis que ces derniers ne pouvaient répondre au feu, la hausse de leurs pièces étant insuffisante pour ces cibles en hauteur. Les boulets confédérés firent de gros dégâts dans les bâtiments nordistes détruisant les cheminées, brisant les postes situés en hauteur et infligeant des pertes à l’intérieur des bateaux. Les navires furent mis hors de combat et se retirèrent de la zone des combats après avoir perdu une cinquantaine de marins morts ou blessés. La flottille de Grant était KO pour aucun résultat notable sur les défenses sudistes. Mais la situation de Donelson était inchangée : le fort était toujours assiégé et aucun secours ne pouvait venir. Il fallait soit se rendre, soit tenter une percée.

Les différents généraux sudistes présents s'accordèrent tous à vouloir risquer un assaut des lignes fédérales le lendemain.

(illustration : peinture d'Andy Thomas " Fort Donelson " )

une pièce Columbiad dominant le Cumberland

une pièce Columbiad dominant le Cumberland

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

La sortie des Confédérés

La nuit du 14 au 15 février fut particulièrement dure pour les soldats de l'union qui avaient été habitués à des températures douces pour la saison et qui durent faire face à une aggravation du climat sans moyen de se protéger du froid. Cherchant à se réchauffer du mieux qu'ils le pouvaient, ils ne firent pas attention aux mouvements de troupes sudistes qui massaient une partie de leurs forces sur la droite de leur position. Au matin les rebelles passèrent à l'attaque. Les troupes fédérales de la division McClernand furent complètement prises par surprise. Malgré une résistance opiniâtre, les forces nordistes reculèrent devant l'assaut et se replièrent laissant un trou béant dans leur ligne sur le flanc droit.

De son côté Grant était avec Foote sur ses bateaux et discutait de la marche à suivre sans se douter le moins du monde que la bataille avait déjà commencé. En effet plus d'une fois on remarqua que le bruit des combats était partiellement, voire totalement masqué par le relief et le sens du vent créant ce que l'on appela une "ombre acoustique". Une fois averti, Grant se précipita sur le champ de bataille et constata avec surprise que les troupes confédérées reculaient elles aussi. La désorganisation et les pertes de la vague d'assaut confédérée avaient persuadé le général Pillow de renoncer à sa tentative de sortie et de faire rebrousser chemin à ses troupes malgré leur succès initial. Avec la vitesse et le sang-froid qui le caractériserait tout le long de la guerre, Grant lança des renforts pour colmater la brèche et récupéra tout le terrain perdu avec le soutien des canons des cuirassés. Près de 4000 hommes avaient été tués ou blessés pour un gain nul, mais le moral des sudistes était au plus bas. Nombre des blessés laissés sur le terrain gelé mourront dans d'effroyables conditions à cause du froid. Les généraux confédérés Floyd, Buckner et Pillow arrivèrent à la conclusion que risquer une nouvelle sortie serait suicidaire face à des troupes renforcées et sur leurs gardes. Floyd fit embarquer 1500 de ses hommes aux yeux et à la barbe des Yankees et fila sur un vapeur en redescendant le fleuve. Pillow choisit de se sauver seul avec son état-major dans une barque et confia le commandement du fort à Buckner désabusé. Mais avant de réaliser la seule chose qui lui restait à faire, Buckner laissa une partie de ses hommes sous les ordres du commandant Nathan Bedford Forrest s'échapper à cheval par un gué au matin du 16 février.

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

La reddition de Fort Donelson

Pour le reste de la garnison, il n y avait plus d'espoir et Buckner fit connaître au général Grant son désir de se rendre sous condition. La réponse de Grant fut catégorique "Reddition inconditionnelle". Ecoeuré Buckner n'eut d'autre choix que d'accepter. Fort Donelson et ses 12000 hommes étaient tombés.

Pour le général Grant c'était un nouveau triomphe, 10 jours après sa victoire à Fort Henry, il parvenait à neutraliser un tiers des forces du Tennessee et à s'ouvrir le chemin en direction du cœur de la confédération vers Nashville. L'armée de Buell pouvait avancer sans crainte sur la capitale du Tennessee qui ne pouvait lui opposer que des forces 4 fois moins importantes. De son côté l'armée fédérale de John Pope pouvait elle aussi avancer vers Colombus faiblement défendue. La brèche dans la ligne défensive de la confédération avait été réalisée, le Tennessee allait être envahi. Lincoln nomma Grant au grade de général de division le hissant au deuxième rang de l'armée de l'Ouest après le général Halleck. Alors que le front de l'Est n'était source que de déconvenues pour les fédéraux, l'Ouest offrait une grande victoire stratégique, la plus importante depuis le début de la guerre.

Pour les Confédérés bien évidemment c'est une catastrophe. Le 23 février, Johnston est contraint d'évacuer Nashville sans combat, abandonnant un centre de production d'armement important et provoquant la colère de Davis. Plus tard ce fut Colombus qui fut désertée de sa garnison, le Tennessee semblait bel et bien perdu.

(illustration : " la reddition du Fort Donelson " Harper's Weekly )

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La prise de Fort Henry 6 février 1862

Publié le par Olivier Millet

La prise de Fort Henry 6 février 1862

Le Fort Henry assurait avec le Fort Donelson la défense Nord de l'état du Tennessee sur les rivières Cumberland et Tennessee. Les récents évènements dans le Kentucky, plus au nord, avaient permis aux forces fédérales, commandées par Ulysse S Grant, de prendre pied dans cet état tampon. Le Kentucky avait tenté de maintenir sa neutralité face aux visées du Nord comme du Sud mais avait été envahi par les forces sudistes du général Gideon Pillow en septembre 1861 provoquant la réponse armée du général Grant. Il s'en était suivi la capture de la ville de Paducah par les forces de l'union, point important situé sur les rivières Cumberland, Tennessee et Mississippi. Le 10 décembre le Kentucky est admis dans la confédération en tant que 13ème état mais les forces fédérales, plus nombreuses et continuant d'envahir le Kentucky, donnèrent peu de crédibilité à cette décision politique.

L'armée confédérée dans la région était commandée par le général Albert Sidney Johnston et faisait face à des forces fédérales supérieures en nombre. Forte de 35000 hommes, elle était dispersée entre le col du Cumberland à l'ouest du Kentucky qui permettait le passage dans les reliefs des montagnes du Cumberland, à Colombus avec les 12000 hommes du général Polk et à Bowling Green. Pour le contrôle fluvial du
Tennessee et de du Cumberland, les sudistes avaient mis en place les Forts Henry et Donelson en 1861.

Les forces de l'union, bien que disposant de la supériorité numérique étaient encore circonspectes quant à la stratégie à employer. Le général Grant qui dépendait du Major général Halleck, chef du département du Missouri, proposa d'attaquer les forts défendant les deux cours d'eau et qui permettraient en cas de capture de s'enfoncer profondément dans le Tennessee sur ces deux fleuves. Halleck accepta l'idée de Grant et ce dernier quitta la ville de Cairo, dans l'Illinois, avec ses deux divisions et sa flottille de navires, sous les ordres d'Andrew Foote, qui comprenait entre autres 4 ironclads fluviaux : les USS Cincinnati, Carondelet, Essex et Saint-Louis.

Placé sur la rive droite du Tennessee, le Fort Henry fut construit en 1861, sa superficie couvrait 4 hectares et le fort en lui-même avait 5 côtés. Son armement était de 17 pièces d'artillerie dont deux puissants Columbia de 250 mm et des canons de 32 et 24 livres. Les murs au plus bas du niveau du cours d'eau s'élevaient à 6 mètres de hauteur et avaient une épaisseur à leur base de 6 mètres. En plus de la position terrestre, les confédérés renforcèrent la défense de la rivière en mouillant des mines flottantes ancrées sous la surface et prêtes à exploser au moindre contact. Un petit poste fortifié, le Fort Heiman fut installé de l'autre côté du fleuve à Stewart's Hill et ses feux couvraient en partie le fort principal. La garnison de plus de 3000 hommes était commandée par les Colonels Adolphus Heiman et Joseph Drake. Mais, mal équipés ils ne devaient pas faire le poids face aux forces conséquentes de Grant. Le commandement des Fort Henry et Donelson fut confié au général Llyod Tilghman. Ce dernier avait placé le gros de ses forces à Fort Donelson plus à l'Est sur la rivière Cumberland.

(illustration : peinture d'Andy Thomas " battle of Fort Henry "

http://andythomas.com/battle-of-ft-henry.aspx )

La prise de Fort Henry 6 février 1862

L'attaque de Grant

Le 5 février, après avoir descendu le fleuve Tennessee, Grant débarqua avec l'une de ses divisions à 5 kilomètres au nord de Fort Henry tandis que la seconde débarquait sur la rive opposée du fort pour s'en prendre au Fort Heiman. Dans le Fort Henry, la situation n'est pas bonne car, le fleuve est haut et avait déjà inondé une partie des installations, ne laissant que 9 pièces aptes au tir. Le général Tilghman, sur place, réalisant l'impossibilité de défendre correctement cette position décida de replier la majeure partie de la garnison de Fort Henry ne lui laissant qu'un détachement d'artilleur pour un combat d'arrière-garde. Poursuivie par la cavalerie fédérale, la garnison sudiste de Fort Henry réussit à rejoindre Fort Donelson, distant d'une vingtaine de kilomètres au prix de quelques prisonniers. Pour les artilleurs restés dans le Fort leur sort était scellé. La flottille de Grant avec ses 4 cuirassés et 3 canonnières entreprend de bombarder méthodiquement le fort confédéré. Les sudistes, désavantagés par le niveau haut du fleuve, ripostent comme ils peuvent et endommagent l'USS Essex. Une de ses chaudières fut en effet touchée et explosa, tuant ou blessant une trentaine d'hommes.

Mais malgré ce succès, le bombardement de plus d'une heure força Tilghman à se rendre. Les sudistes eurent 35 tués et blessés et abandonnèrent le fort et tous ses canons aux fédéraux. Grant envoya immédiatement un message signalant son succès au général Halleck et son intention d'attaquer Fort Donelson. Si la prise du fort fut un succès indéniable, il était d'abord dû à la très mauvaise situation de l'ouvrage complètement inondé et qui sera d'ailleurs complètement recouvert par les eaux deux jours plus tard. La flottille, depuis cette position, effectua des raids sur les positions sudistes non défendues le long du fleuve Tennessee. Des navires confédérés sont capturés, ainsi qu'un pont de chemin de fer, sur lequel circulait la liaison entre Louisville et Memphis. La flottille atteignit les villes de Florence et Muscle Shoals, dans l'état de l'Alabama mais les fédéraux ratèrent l'opportunité d'isoler une partie de la confédération en épargnant un ouvrage sur le fleuve permettant à la ligne de chemin de fer reliant Stevenson et Memphis de passer. Cette ligne était pourtant la seule voie est-ouest de la confédération et sa coupure aurait causé d'importants problèmes logistiques aux Confédérés.

La capture de Fort Henry permettait aux fédéraux d'opérer vers l'Alabama et plus au Sud encore, mais la capture de l'ouvrage de Fort Donelson allait mettre à mal durablement toute la défense confédérée protégeant le Tennessee. Premier vrai succès à l'Ouest de l'union , elle allait en outre faire connaître le général Grant et lui ouvrir la porte de commandements plus conséquents.

A gauche un Columbiad de 10 pouces défendant Fort donelson (image site historique de Fort Donelson) et à droite l' USS Essex qui fut endommagé pendant la batailleA gauche un Columbiad de 10 pouces défendant Fort donelson (image site historique de Fort Donelson) et à droite l' USS Essex qui fut endommagé pendant la bataille

A gauche un Columbiad de 10 pouces défendant Fort donelson (image site historique de Fort Donelson) et à droite l' USS Essex qui fut endommagé pendant la bataille

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Les drapeaux de la Confédération (2)

Publié le par Olivier Millet

Les drapeaux de la Confédération (2)

Texas

Le Texas, dont le drapeau est surnommé "Lone star", l'étoile solitaire, possède un emblème national depuis 1839 soit bien avant son adhésion aux États-Unis en 1845. Le bleu représentant la loyauté, le rouge la bravoure et le blanc la pureté ; l'étoile solitaire représenterait selon diverses sources le désir d'indépendance face au Mexique, l'esprit révolutionnaire du Texas, le désir d'adhésion aux États-Unis. Il n'en demeure pas moins que l'étoile solitaire est un des symboles les plus importants au cœur des Texans.

Les unités texanes qui participèrent à la guerre de Sécession possédaient plusieurs types d’emblèmes dont le fameux drapeau "lone star". Les unités de l'armée de Virginie du Nord possédaient la plupart du temps l'emblème caractéristique de cette armée à savoir une croix de Saint André sur fond rouge dans un drapeau carré. Les soldats furent très nombreux à arborer sur leur chapeau, une étoile solitaire fabriquée avec le laiton de leur boîte à ration, mais les Texans ne furent pas les seuls à pratiquer cette décoration de leurs chapeaux. au combat. La réputation des troupes texanes était avérée et l'apparition du drapeau à l'étoile solitaire était souvent de bon augure pour les troupes sudistes ; le général Lee les considérait d'ailleurs comme parmi ses meilleures troupes.

Le " Bonnie BLue Flag "

Encore un drapeau avec une étoile solitaire, le "Bonnie Blue Flag". Il fut le drapeau de l’éphémère révolte des habitants de Floride contre leurs colons espagnols en 1810. Il fut hissé pour la première fois à Bâton rouge mais la Floride occidentale eut une brève existence et fut à son tour annexée par les États-Unis en 1810. Ce drapeau a certainement inspiré les emblèmes du Texas et de la Caroline du Sud. En 1861 il fut hissé de nouveau sur le capitole du Mississippi à Jackson lors de la sécession de cet état. C'est à cette occasion que la chanson "bonnie blue flag" aurait été écrite par un témoin occulaire regardant le drapeau être hissé sur le mât des couleurs du capitole de Jackson. Lorsque le Mississippi se trouva un nouvel emblème, le bonnie blue flag fut inséré dans le canton du drapeau de l'état. Bien que la Confédération ait adopté différents emblèmes (voir http://civil-war-uniforms.over-blog.com/2013/11/les-drapeaux-de-la-confédération-1.htmlhttp:// ), le Bonnie blue flag devint un symbole officieux et très populaire de la cause sudiste.

Caroline du Sud

L'état de Caroline du Sud a adopté son emblème le 28 janvier 1861. Il s'agit d'un drapeau bleu avec un croissant de lune dans le coin supérieur gauche et un palmier "palmetto" en son centre. Le palmetto est une espèce de petit palmier présente en Caroline. Avant l'adoption de ce drapeau plusieurs versions ont coexisté. Parmi elles, le drapeau de la sécession ou le " Sovereignity Flag ". Ce drapeau à fond rouge possède une croix de saint Georges bleue en son centre, constellée de 15 étoiles blanches. Le croissant de lune et le petit palmier figurent dans le coin supérieur gauche. Ce drapeau aurait flotté à Charleston peu de temps après la sécession avant d'être remplacé par le nouveau modèle de janvier 1861 appelé aussi 2 day model, qui eut également une existence éphémère et finalement, fin janvier 1861, le modèle officiel de la Caroline du Sud était adopté. Il s'agissait d'un drapeau rectangulaire à fond bleu sur lequel figurait dans le coin supérieur gauche le croissant de lune et au centre une version du "Palmetto" entièrement blanche.

Le palmier est un symbole qui date de la période révolutionnaire de l'état de Caroline du Sud. Cet arbre aurait permis, par sa densité, de faciliter la défense de l'île Sullivan durant la guerre d'indépendance par les troupes caroliniennes du Colonel Moultrie. Le croissant de lune est également un symbole datant de la guerre révolutionnaire mais sa signification exacte reste sujette à débat. Ce drapeau demeura comme un symbole officieux de la Sécession de la Caroline du Sud. Les unités de Caroline du Sud emportaient des versions personnalisées de ce drapeau bleu, comme par exemple le premier régiment de rifles de Caroline du Sud.

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Les armes d'infanterie (1)

Publié le par Olivier Millet

Les armes d'infanterie  (1)

Le nombre d'armes utilisées pendant le conflit fut particulièrement important car la durée de la guerre a permis le développement de nouveaux types de fusils qui sont venus s'ajouter à ceux déjà existant. En outre les états avaient des stocks d'armes plus ou moins anciens et firent appel aux importations étrangères augmentant encore le nombre d'armes. Dans le panel des armes de l'infanterie on trouvait les mousquets qui étaient des fusils à chargement par la bouche et à mise à feu par silex ou par percussion de cartouche de fulminate. Les modèles anciens avaient un canon lisse et une portée de tir comprise entre 100 et 150 mètres mais étaient utilisés à des distances proches de 50 mètres. Les mousquets plus récents avaient un canon rayé qui pouvait tirer plus loin que le canon lisse, En outre il offrait la possibilité d'utiliser des balles modernes comme la balle Minié qui augmentait encore la précision et la portée de l'arme. Mais en dépit de ces améliorations balistiques, les armes d'infanterie étaient utilisées à des distances inférieures à 100 mètres et la précision ou la puissance ne servaient plus à grand chose dans de telles configurations du combat linéaire.

Pour utiliser correctement un fusil au combat il fallait un entraînement long et répétitif que seuls les régiments réguliers possédaient. La plupart des soldats volontaires ou de milice n'avaient pas d'entraînement suffisant pour tirer vite et bien avec de telles armes. Certains apprirent même sur le tas, c'est-à-dire dans le feu du combat. Il fallait 17 à 18 mouvements différents pour charger et tirer avec un mousquet. Un bon tireur pouvait théoriquement tirer jusqu’à trois coups par minute, mais dans le stress du combat il était plus réaliste de compter deux voire un coup par minute. Viser juste était encore une autre paire de manches. Le stress était d'ailleurs tel, que certains fusils retrouvés après la bataille de Gettysburg montrèrent 10 balles, ou plus, entassées dans le canon, le soldat n'ayant pas ou mal placé de cartouches fulminate, dans la fureur du combat, et rechargeait frénétiquement alors que les coups précédents n'étaient pas partis.

Les mousquets et fusils

Le mousquet ou le fusil était l'arme principale du soldat d'infanterie. Son maniement n'était guère différent de celui effectué par les soldats du premier empire à quelques détails près. Son chargement était effectué par la bouche du canon et nécessitait généralement que le soldat se tienne debout. La cartouche généralement en papier était déchirée et son contenu versé dans le canon puis tassé au moyen d'une baguette accrochée sous le fusil. Le soldat équipé d'une arme à silex devait ensuite verser une petite quantité de poudre dans le bassinet puis armer le chien qui tenait un morceau de silex entre ses mâchoires d'acier. Lors du départ du coup le chien frappait la platine provoquant une pluie d'étincelles qui enflammait la charge de poudre du bassinet et dont la flamme se communiquait à la chambre du canon par un petit trou appelé la lumière. Sous la pluie cette arme était capricieuse, son chargement était malaisé. Les mousquets de la guerre civile furent principalement équipés du système à percussion qui nécessitait de placer une cartouche de fulminate sur un emplacement adapté puis d'armer le chien et tirer. L'avantage est de pouvoir tirer sous la pluie (bien que le fulminate soit sensible à l'eau), d'éliminer les risques de projections de poudre enflammée dans les yeux du tireur et de faciliter l'armement du fusil.

L'autre grosse différence était que le canon soit ou lisse ou rayé. Le canon lisse tirait une balle ronde à des distances ne dépassant pas les 150 mètres, le canon rayé tirait plus de projectiles dont les balles coniques et à de plus grandes distances. Il convient de rappeler que la distance d'engagement la plus courante se situait entre 50 et 100 mètres. La principale innovation qui apparut durant le conflit fut le chargement par la culasse des fusils. Les carabines furent les principales bénéficiaires de ce changement mais quelques fusils eurent également le privilège d'être conçus de la sorte simplifiant davantage le rechargement et permettant de le faire dans n'importe quelle position.

Voici une liste non exhaustive d'armes d'infanterie d'origine américaine ainsi que du fusil britannique Enfield. Nous traiterons des armes de cavalerie, des autres armes d'importation et des armes spéciales ultérieurement. En fonction de la munition utilisée, la plupart de ces armes pouvaient encore blesser au-delà de 650 mètres mais la portée pratique était bien moindre. Au-delà de 300 mètres la plupart des mousquets devenaient imprécis, le Enfield, le Sharp et le Remington demeurant au-dessus de la norme.

Le fusil le plus utilisé par le Nord, à environ 1 million d'exemplaires, fut le Springfield modèle 1861. D'un calibre de 15mm (0.58) d'un poids de 4.1 kg et d'une longueur de 140cm, le M1861 est une version améliorée du M1855. Équipé d'un canon rayé il est précis jusqu’à 400 m environ ; sa mise à feu est assurée par le système à percussion à cartouche de fulminate. Le modèle précédent était équipé d'une bande d'amorces en rouleau afin d’éviter la manipulation d'amorce en cuivre pour chaque tir mais qui s'avéra décevante à l'usage car sensible à l'humidité.

Pendant la guerre le M1861 fut amélioré et donna la version M1863 qui fut le dernier fusil à chargement par la bouche de l'US Army. Fabriqué en deux types à 700 000 exemplaires, il ne différait du M1861 que par quelques petits détails comme les ressorts du fût de canon, la baguette pour le chargement, le pontet ou la chambre et le marteau de percussion. 520 000 exemplaires environ furent produits. Le Navy model "Plymouth" 1861 fabriqué à 10000 exemplaire, d'un calibre 0.69 fut commandé pour la marine et possédait les caractéristiques générales du M1861 de l'armée de terre mais avec un canon plus court.

Le second mousquet le plus utilisé pendant le conflit fut le Enfield P1853 (P pour pattern). Cette arme britannique produite pour les troupes coloniales indiennes de l'empire britannique servit durant plusieurs conflits dont la guerre de Crimée. Commandé en grand nombre auprès de contractuels par les sudistes, ce mousquet fut utilisé durant toute la guerre de Sécession. D'un calibre de 0.58, d'un poids de 4.3 kg et d'une longueur de 140cm, cette arme était excellente et meilleure que le Springfield à la plupart des distances de tir.

Le modèle précédent était donc le M1855 qui reprenait les spécifications du M1861 mais qui avait été pourvu d'un système original de bande amorçable enroulée dans un boîtier. Ce système est connu sous le nom de Maynard : des gouttes de fulminate était encachetées dans un rouleau de papier qui se déroulait au fur et à mesure des tirs évitant la manipulation des amorces. Mais le papier était sensible à la moisissure et fut abandonné au profit du système classique à amorce en cuivre. 60 000 mousquets M1855 furent produits. L'arsenal de Richmond fit sa propre copie de ce modèle ainsi que du M1861 et fut dénommé fusil "Richmond", L'arsenal de Fayetteville fit de même et produisit plusieurs types du M1855/1861. Entre 1857 et 1861, 59273 fusils M1855 furent fabriqués à Harper's Ferry et Springfield, les deux principaux arsenaux américains.

Le Springfield M1842 était encore largement répandu, il s'agissait d'un mousquet à percussion mais dont le canon était lisse et ne tirait donc que des balles sphériques au lieu de la balle Minié ou assimilée. Il existait plusieurs modèles qui furent fabriqués dans différent arsenaux aux États-Unis, dont 14000 modèles qui furent modifiés pour avoir un canon rayé.

Le Springfield M1816 était le plus ancien modèle dérivé d'un fusil datant de la guerre de 1812. Son système de mise à feu par silex avait été progressivement remplacé par un système à percussion. On trouvait dans certains dépôts du sud des armes encore plus anciennes comme le M1808, la plupart de ces fusils furent utilisés tels quels ou modifiés pour tirer avec le système à percussion.

Le Mississippi rifle M1841, utilisé pendant la guerre du Mexique était encore populaire. Pesant 4.2 kg, mesurant 1.23 mètres, ce fusil était pourvu d'un canon rayé et d'un système de tir à percussion. En 1855 il évolua en M1855, son calibre de 0.54 passa à 0.58 afin de pouvoir tirer la balle Minié. Ancien mais efficace ce fusil fut surtout utilisé par les confédérés, spécialement leur cavalerie, mais des unités fédérales ne dédaignèrent pas se servir de cette arme qui avait fait ses preuves.

L'artisan armurier Remington fabriqua en plus petit nombre un mousquet très précis, le Remington M1863 appelé aussi le fusil Zouave. D'un calibre de 0.58 à chargement par la bouche, ce mousquet mesure 1.2 mètre. Le canon rayé de cette arme possédait de petites rayures qui conféraient une précision redoutable au tireur et firent de lui le mousquet rayé le plus précis de la guerre.

En haut à gauche un Springfield M1855, à droite un M1861 et en bas un M1863 En haut à gauche un Springfield M1855, à droite un M1861 et en bas un M1863 En haut à gauche un Springfield M1855, à droite un M1861 et en bas un M1863

En haut à gauche un Springfield M1855, à droite un M1861 et en bas un M1863

Les armes d'infanterie  (1)

Les fusils et carabines à répétition

Les armuriers américains produisirent aussi des types de fusils qui se chargeaient non plus par la bouche mais par la culasse. Parmi les nombreux modèles, un des plus fiables et des plus produits fut le Sharps aussi appelé Berdan Sharps car utilisé par les tireurs d'élite de Berdan. Conçu en 1848, ce fusil est un modèle dit à culasse à bloc tombant, il se chargeait balle par balle au niveau de la culasse que l'on ouvrait en basculant l'arcade de pontet vers l'avant. D'un calibre de 0.52 (13.2 mm ) il tirait une balle avec précision jusqu'à 450 mètres. Équipé d'organes de visée micrométriques Creedmore il était idéal pour les tireurs d'élite et fit des ravages entre les mains des "Sharpshooters". Les Sharps capturés par les sudistes se retrouvaient rapidement au sein des unités de tireurs d'élite confédérés. D'une cadence de tir de 8 coups à la minute, cette arme, assemblée à Hartford dans le Connecticut, fut produite à 10 000 exemplaires (dont 2800 pour la marine et 6000 M1863) ainsi qu'une version courte pour la cavalerie qui fut très populaire.

Citons également les fabricants :

Henry qui fit une carabine en petit nombre mais très populaire parmi ses utilisateurs. Arrivée tardivement dans le conflit, cette carabine à répétition et chargement par la culasse manquait de "punch" mais possédait aussi de remarquables qualités : 16 coups en magasin, chargement rapide par la culasse au moyen d'un levier. Ses cartouches étaient métalliques et donc plus faciles à stocker mais plus dures à fabriquer particulièrement par le sud qui manquait des métaux nécessaires.

Spencer fabriqua lui aussi un fusil et une carabine à répétition manuelle et à chargement par levier de sous garde. Les balles étaient contenues dans un étui tubulaire situé dans la crosse de l'arme. La carabine équipa naturellement la cavalerie de l'union donnant une puissance de feu supérieure à son homologue sudiste en terme de rapidité de tir plus que de puissance d'arrêt. Le calibre du fusil était le 0.56-56.

A gauche un enfield P1853, à droite un Springfield M1816 et en bas le springfield M1842A gauche un enfield P1853, à droite un Springfield M1816 et en bas le springfield M1842A gauche un enfield P1853, à droite un Springfield M1816 et en bas le springfield M1842

A gauche un enfield P1853, à droite un Springfield M1816 et en bas le springfield M1842

Paddy Griffith : battle tactics of the civil war

Gazette des Armes HS n°11

John Langelier Warrior Osprey " Union infantryman 1861 - 1865 "

Philip R N Katcher Men at arms 37 " the army of northern virginia "

Philip R N Katcher Men at arms 177 " american civil war armies Union troops "

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La Caroline du Sud dans la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

La Caroline du Sud dans la guerre de Sécession

La Caroline du Sud fut le premier état à déclarer sa sécession de l'union. La Caroline du Sud était surnommée l'état palmier ou "palmetto state" du nom d'un petit palmier local. Cet état peuplé d’à peine 700 000 habitants, se sépara des États-Unis le 20 décembre 1860, conformément aux menaces qu'il avait proférées en cas de réussite aux élections du candidat Abraham Lincoln. C'est encore en Caroline du Sud que le premier tir de la guerre fut déclenché lorsque les canons entourant Fort Sumter, ouvrirent le feu le 12 avril 1861 précipitant le pays dans la guerre civile ( http://civil-war-uniforms.over-blog.com/l-attaque-du-fort-sumter-12-et-13-avril-1861 ). Pour le Nord, Charleston devint la ville symbole de la Confédération, le berceau de la rébellion et l'objectif de sa capture répondait plus à un impératif moral que réellement stratégique pour les forces de l'union.

Relativement épargné par l'invasion des troupes fédérales, l'état de Caroline du Sud vit assez peu d'engagements sur son sol en comparaison des états frontaliers ou de la Virginie, Mais les troupes fédérales essayèrent très tôt de s'emparer du grand port de l'état , Charleston, qui était également la plus grosse ville de l'état et 22ème ville la plus importante des États-Unis. Les côtes de Caroline du Sud furent la cible de l'US Navy qui remporta de beaux succès comme à Port Royal en novembre 1861, permettant à la flotte fédérale de détenir des bases afin d'allonger son blocus et le rendre plus efficace. Remontant vers le nord les troupes de l'union s'en prirent au port de Charleston qui fut plusieurs fois attaqué par la marine et l'armée de terre américaines en s'attaquant aux défenses entourant la ville. Parmi elles le Fort Wagner qui fut le théâtre d'un des affrontements les plus sanglants de la bataille pour Charleston en juillet 1863. Les Fort Sumter et Lamar furent également attaqués en 1862 ou 1863 et les environs de Charleston virent de multiples opérations visant à terme à s'emparer de la ville comme lors de la bataille de Honey Hill ou sur Johns island. Ce fut également à Charleston qu’eut lieu la première attaque sous-marine réussie au monde lorsque le CSS Hunley coula le USS Housatonic le 17 février 1864. Après avoir repoussé toutes les attaques fédérales, le général Beauregard, commandant la garnison, dut se résoudre à abandonner la ville en février 1865 et se replia avec ce qui restait de sa garnison pour rejoindre le gros des troupes du général Lee en Virginie. Les forces de l'union, sous les ordres du général Sherman, entrèrent finalement dans la ville, le 21 février 1865. Le 14 avril 1865, soit 4 ans après la chute de Fort Sumter, une cérémonie des couleurs fut organisée pour restaurer la bannière étoilée au-dessus du Fort Sumter. La boucle était bouclée...

L'armée de Caroline du sud a levé un grand nombre d'unités tout au long du conflit :

51 régiments d'infanterie, 17 régiments ou bataillons de cavalerie, 22 compagnies ou escadrons indépendants de cavalerie dont la légion de Hampton et de Holcombe, 8 régiments ou bataillons d'artillerie, 7 régiments ou bataillons de rifles et sharpshooters et un grand nombre d'unités de réserve et de milices locales et même une petite armée régulière. Parmi les unités les plus fameuses citons la légion de Hampton, le premier régiment de rifle qui fut aussi la première unité de l'armée confédérée à être mise sur pied, les cadets de Charleston qui firent partie de troupes assaillantes du Fort Sumter en avril 1861...

La Caroline du Sud dans la guerre de Sécession

Les milices et unités de volontaires d'avant guerre.

La milice de l'état qui avait été instituée en 1784, comprenait en 1860 : 5 divisions de 2 brigades chacune. Chaque brigade comprenant entre 5 ou 6 régiments d'infanterie. Un régiment de cavalerie était ajouté à chaque brigade dont les membres devaient fournir eux -mêmes la monture et son équipement. En plus de ces régiments de miliciens dont très peu possédaient un quelconque uniforme, s'ajoutaient de multiples compagnies de volontaires aux uniformes fantasques et chamarrés répondant plus au goût de ses membres qu'à l'observation d'un quelconque règlement.

Parmi les unités de volontaires, de nombreuses minorités, comme les Allemands, les Écossais, les Irlandais ou les Français, établirent des détachements reflétant leurs origines. Les volontaires écossais formèrent plusieurs compagnies dont la plus ancienne "l'union Light Infantry" créée en 1807 qui adopta le tartan et le bonnet du 42nd régiment de highlander de l'armée britannique le fameux "Black Watch " ou garde noire en référence à son motif tartan très sombre. The Highland Guard, établie en 1857 reprenait un uniforme presque identique au 42nd Highlanders britannique, décidément très en vogue. La communauté française fonda l'unité d'artillerie " the Lafayette artillery ", les Allemands, eux, eurent les Germans riflemen, Germans Hussards, Germans Fusiliers, Germans artillery et Palmetto riflemen. L'unité des Germans Fusiliers semblait être la plus ancienne de l'état car créée en 1775. Leur uniforme était composé d'une tunique bleu foncé à parements rouges avec un shako de cuir à plumet noir et rouge et un pantalon bleu. L’unité des Germans Artillery portait un uniforme proche de celui porté par les artilleurs prussiens avec un casque en cuir muni d'une pointe de cuivre. Les "Palmetto riflemen portaient quant à eux en 1858 une tunique noire avec parement blanc et passepoils argent, casque de cuir avec queue de cheval à symbole de tête de mort, très en vogue chez les hussards prussiens du 19ème siècle. Mais les unités américaines n'étaient pas en reste, avec par exemple l'unité des Washington Light infantry, fondée en 1807, qui portait une veste bleu foncé à trois rangées de boutons, un pantalon bleu foncé à bande rouge et un chapeau modèle 1856 avec une bande en peau de léopard. Les autres compagnies de natifs étaient les Washington artillery, les Palmetto guards, Therichland Volunteer Rifle company, The Ricland Light dragoons, the Brooks rifle guards, the Pickens riflemen, the Marion Riflemen, The watchesaw riflemen, la Légion de Hampton..

A Charleston, à la nouvelle de la Sécession, les unités de volontaires se rassemblèrent et se préparèrent pour le combat à venir. Les fabricants d'uniformes locaux fournirent les tenues de la plupart des compagnies de volontaires. Parmi eux C.F.Jackson & Co qui équipa les "Palmetto Light Dragoon", les "Vigilant rifles", Les Cadets de Charleston et l'AEtna guards". Bien que la plupart de ces tenues soient confectionnées en gris, la coupe et les parements demeuraient très différents. Dans la plupart des états de la confédération comme ceux du Nord, l'année 1861 était synonyme d'une très grande variété d'uniformes ou aucune réglementation particulière ne semblait s'appliquer pour les unités de volontaires.

Il fut décidé de mettre en place un uniforme réglementaire pour les unités de volontaires. Ce dernier était basé sur l'uniforme réglementaire mis en vigueur pour la milice de l'état le 17 décembre 1860. Les officiers généraux portaient une tunique bleu foncé à boutons jaunes ornés du symbole Palmetto, un pantalon bleu foncé également avec une bande or et une ceinture en cuir blanchi. Les officiers subalternes portaient la même tenue avec des parements blancs pour signifier leur statut d'infanterie volontaire, une bande blanche sur le pantalon et des boutons couleur métal blanc au lieu de jaune. Sur le képi, le Palmetto argent avec la lettre R et le numéro du régiment. Dans la grande tenue le képi était remplacé par le bicorne à plumes modèle 1839. Les hommes de troupes portaient des tenues fabriquées localement et qui consistaient la plupart du temps en une veste de différentes couleurs avec une doublure de couleur sur les bords de la poitrine et descendant jusqu'en bas dans un style propre à la Caroline du sud. Les Rhett's Guards de Newburry portaient par exemple une veste de chasse grise avec de la fourrure verte en guise de parement, un chapeau à bord large et surmonté d'une plume d'autruche noire.

Les volontaires et la milice n'étaient pas les seuls à pouvoir défendre l'état. La Caroline du sud mit sur pied une petite armée régulière fin 1860 qui comprenait un régiment d'infanterie (désigné 3rd infantry), un escadron de cavalerie, un bataillon d'artillerie (1st artillery) et une compagnie du génie. En plus de cette petite troupe, l'état se chargeait également de fournir des tenues aux unités de volontaires par l'intermédiaire des fabricants locaux et des tailleurs contractuels. Il apparaît que de nombreuses unités portaient des tenues variées et que malgré la diffusion du nouveau règlement sur l'uniforme de Richmond édicté en 1861, peu d'unités le suivirent scrupuleusement. Le commissariat aux fournitures de Caroline du sud continua jusqu'en 1864 de fournir des tenues à toutes les unités de l'état y compris à celles à l'extérieur de l'état. Le gris remplaça la variété de couleurs des tenues de volontaires au début du conflit.

La Caroline du Sud dans la guerre de Sécession

les ateliers de l'état

Principal fournisseur en uniforme des unités de l'état, le commissariat possédait deux ateliers/dépôt principaux à Charleston et à Columbia. Il était dirigé par le Colonel Lewis Hatch. Pour la confection des tenues ce dernier fit appel à une soixantaine de couturières qui opéraient sur des machines à coudre tandis que 350 ouvriers cousaient à la main le reste des tenues. La coupe et la préparation des tenues étaient réalisés par les tailleurs de la ville. Une école de jeunes filles, dirigée par le révérant A.Toomer, prêta même son assistance à la réalisation des uniformes, le révérend fut en charge entre autres d'habiller la légion de Hampton en octobre 1861. La tenue de la légion était un pantalon bleu à bande jaune pâle, une veste longue marron à garniture verte.
Jusqu'à fin 1864, les dépôts et ateliers de l'état de Caroline du sud furent capables de fournir des uniformes à leurs troupes. Fin 1861 et début 1862, la tenue principale était une veste longue grise (frock coat) à 6 ou 7 boutons avec demi-col gris ou de la couleur de l'arme, pantalon gris, képi, modèle forage cap, bleu ( début 1862) ou gris foncé avec des parements sur les manches. La veste fut remplacée par une veste plus courte entièrement grise sans parements à 6 boutons avec le col gris ou coloré et en 1864, cette veste fut à son tour remplacée par une veste shell jacket à 5 boutons.

Les associations patriotiques

A travers tout l'état, des associations patriotiques, essentiellement féminines, furent d'un grand secours pour fournir uniformes et autres effets d'habillements aux différentes unités de l'état en attendant que le commissariat aux fournitures de Caroline du sud soit pleinement opérationnel. A Charleston on trouvait par exemple la "Ladies clothing association" créée le 24 juillet 1861, qui fournit des centaines d’effets pour le dépôt principal de l'état ou directement à des unités de volontaires. Entre le 29 juillet et le 26 aout 1861, cette association ainsi que le "Relief soldier Association" confectionna 2301 vêtements dont 1676 furent expédiés au responsable d'état aux fournitures, le reste fut livré à des compagnies de volontaires. Le tissu venant à manquer, on utilisa celui des draps de lit pour réaliser des pantalons, la plupart du temps de teinte bleue mais parfois dans une couleur proche du "rose bonbon". Ce système permit à l'état de pallier efficacement au manque de temps pour mettre en place une organisation complète pour la distribution des uniformes de toutes les unités de Caroline du sud à l'intérieur et en dehors des frontières de l'état.

L'armement de l'état

Les deux arsenaux de l'état étaient situés dans la citadelle de Charleston et Colombia. L'état des lieux était critique car le stock de la citadelle ne contenait que 200 armes à feu en 1860. La capture de l'arsenal fédéral de Charleston le 27 décembre 1860 ajouta plus de 20 000 nouvelles armes dont plus de 4000 fusils rayés. Le principal armurier civil de la ville de Charleston fut contacté pour commencer la production de projectiles d'artillerie ainsi que le rayurage de mousquets à canon lisse. Les cloches des principales églises de la ville de Colombia fournirent le fer nécessaire à la production de deux obusiers réalisés par la firme "Congaree Iron Works" de Colombia. Le reste des fournitures d'armes, d'équipements, de baudriers, baïonnettes et autres chaussures fut fourni par différents ateliers.

Loin d'être idéals au début de la guerre, les stocks de fournitures nécessaires au conflit à venir purent être alimentés grâce aux mesures prises par la Caroline du sud. Les ateliers d'état et les manufactures privées permirent non seulement d’équiper et d'armer la plupart des unités de volontaires, et réguliers de l'état mais de maintenir la fourniture de ces matériels la majeure partie de la guerre. Le nombre exact de soldats de Caroline du Sud à avoir participé à la guerre est, comme souvent pour le Sud, inconnu ; des unités disparaissant et réapparaissant sous un autre nom ajoutèrent à la confusion. L'état "Palmetto" fournira presque le quart de sa population blanche pour l'armée confédérée, environ 13000 d'entre eux ne reviendront pas.

(les planches, issues d'une modification du travail d'Alexis Cabaret, représentent un panel de troupes de Caroline du Sud et les tenues qu'ils portaient à la date indiquée)

Sources:

Philip Katcher Men at Arms 37 "The army of Northern Virginia"

Ron Fields Men at arms 423 "The confederate Army 1861 - 865 " South Carolina, Mississippi

Ron Fields "American civil war Confederate Armiy"

Don Troiani "soldiers in america"

Don Troiani "Regiments & Uniforms of the civil war"

https://familysearch.org/learn/wiki/en/South_Carolina_in_the_Civil_War

http://www.museum.state.sc.us/exhibits/civilwar.aspx

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Les photos de la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

Les photos de la guerre de Sécession

La guerre de Sécession fut considérée comme un des premiers conflits modernes de par l'utilisation des moyens technologiques les plus en pointe de l'époque comme le train, le télégraphe, les sous-marins et autres cuirassés de fer, mais on oublie souvent que ce fut un des premiers conflits depuis la guerre de Crimée à être couvert quotidiennement par des photographes et reporters sur tous les fronts. Plus d'un million de photographies furent prises durant le conflit, témoins toujours émouvants et précieux de ces instants terribles.

Des photographes comme Mathew B Brady, Andrew Russel, George Barnard ou Alexander Gardner furent parmi les plus célèbres reporters photographes de cette période mais bien d'autres partirent sur le front avec leur lourd matériel pour immortaliser les combats et les soldats des deux camps.

La photographie était une technique en plein essor et utilisait désormais le procédé du daguerréotype qui offrait l'avantage de fixer de manière permanente une image sur un support photo sensible. Le processus étant particulièrement délicat à réaliser sur un champ de bataille, le photographe généralement opérait en équipe. Le processus comprenait une plaque de verre sur laquelle étaient versés des produits chimiques afin de rendre la photo sensible. Ce processus nécessitant une obscurité totale, les photographes voyageaient dans des chariots aménagés avec une chambre noire pour la préparation et le développement des plaques de verre. La plaque préparée était ensuite placée dans le lourd appareil photo. Exposée à la lumière, la plaque devait être ensuite rapidement développée dans le chariot. Le temps d'exposition du sujet était long ce qui explique qu'aucune scène dynamique ne fut prise en photos, la plupart du temps il s'agit de portraits ou de paysages.

Mathew Brady et son collègue Alexander Gardner furent les plus célèbres photographes de la guerre, Brady dépensa plus de 100000 dollars pour financer son entreprise, engager des équipes de photographes et couvrir l'ensemble du conflit. Ainsi de nombreux clichés pris par des photographes anonymes portaient la mention Mathew Brady. Son projet était de vendre les milliers de photos qu'ils avait prises mais le gouvernement acheta sa collection pour seulement 25000 dollars et en 1875. Brady finit sa vie ruiné.

(photo : prisonniers sudiste à Gettysburg )

Les photos de la guerre de Sécession

Derrière son entreprise à but lucratif, l'exposition de 1862 qu'il fit sur la bataille d'Antietam qu'il nomma "les morts d'Antietam" fut un choc pour ses contemporains. La photographie militaire des champs de bataille et de leur cortège macabre de morts et de blessés ne pouvait être filtrée et affichait de manière brutale la réalité et l'horreur de la guerre que les articles de journaux édulcoraient et de dont, de toute façon, ils étaient incapables de rendre compte. Les photos de la guerre de Sécession participèrent à la prise de conscience du grand public des tourments ressentis par les soldats, des destructions des villes et de toute l'horreur dans son ensemble que constituait la guerre civile.

Sur le champ de bataille, les soldats commencèrent à être habitués à voir déambuler près d'eux ces équipes de photographes et n'hésitèrent pas à se faire "tirer le portrait" pour la famille restée au pays ou pour la " gloriole ".

De gauche à droite Après la bataille de Fredericksburg, le 114th régiment de pennsylvanie, officiers de marine du CSS AlabamaDe gauche à droite Après la bataille de Fredericksburg, le 114th régiment de pennsylvanie, officiers de marine du CSS AlabamaDe gauche à droite Après la bataille de Fredericksburg, le 114th régiment de pennsylvanie, officiers de marine du CSS Alabama

De gauche à droite Après la bataille de Fredericksburg, le 114th régiment de pennsylvanie, officiers de marine du CSS Alabama

Les photos de la guerre de Sécession

Avec la fin de la guerre, le public se lassa vite de tous ces clichés leur rappelant de douloureux souvenirs et les plaques de verres furent revendues, les jardiniers en feront une ample moisson pour leurs serres. Les photographies de la guerre de Sécession sont encore nombreuses et sont en partie disponibles dans le domaine public, elles constituent un témoignage visuel extraordinaire qui nous éclaire un peu plus sur les hommes et les lieux de cette guerre.

(photo Ulysse S Grant)

( les photos appartiennent à la librairie du Congrès, Washington DC)

De gauche à droite, Grant et Lee (deux photos différentes), Lincoln vient rendre visite à Mac CLellan en 1862, Chariots de photographes.De gauche à droite, Grant et Lee (deux photos différentes), Lincoln vient rendre visite à Mac CLellan en 1862, Chariots de photographes.De gauche à droite, Grant et Lee (deux photos différentes), Lincoln vient rendre visite à Mac CLellan en 1862, Chariots de photographes.

De gauche à droite, Grant et Lee (deux photos différentes), Lincoln vient rendre visite à Mac CLellan en 1862, Chariots de photographes.

De gauche à droite, scénes de camp à Washington en 1862 au 31th régiment de Pennsylvanie,  l'intérieur de Fort Sumter après sa capture par les Confédérés, soldats fédéraux et obusier de 32 livres à Seven Pines en 1862De gauche à droite, scénes de camp à Washington en 1862 au 31th régiment de Pennsylvanie,  l'intérieur de Fort Sumter après sa capture par les Confédérés, soldats fédéraux et obusier de 32 livres à Seven Pines en 1862De gauche à droite, scénes de camp à Washington en 1862 au 31th régiment de Pennsylvanie,  l'intérieur de Fort Sumter après sa capture par les Confédérés, soldats fédéraux et obusier de 32 livres à Seven Pines en 1862

De gauche à droite, scénes de camp à Washington en 1862 au 31th régiment de Pennsylvanie, l'intérieur de Fort Sumter après sa capture par les Confédérés, soldats fédéraux et obusier de 32 livres à Seven Pines en 1862

De gauche à droite, le grand défilé de l'armée de l'union à la fin de la guerre, le mortier Dictator, équipage d'un monitor sur le pontDe gauche à droite, le grand défilé de l'armée de l'union à la fin de la guerre, le mortier Dictator, équipage d'un monitor sur le pontDe gauche à droite, le grand défilé de l'armée de l'union à la fin de la guerre, le mortier Dictator, équipage d'un monitor sur le pont

De gauche à droite, le grand défilé de l'armée de l'union à la fin de la guerre, le mortier Dictator, équipage d'un monitor sur le pont

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