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Le canon M1857 NAPOLEON

Publié le par Olivier Millet

Le canon M1857 NAPOLEON

Le canon le plus couramment utilisé durant la guerre civile américaine fut sans aucun doute le M1857 Napoléon. Cette pièce d'artillerie fut présente à presque 1700 exemplaires sur les champs de bataille de la guerre civile américaine. Sa conception robuste et légère en faisait la pièce de campagne idéale capable de tirer une large gamme de projectiles tout en étant suffisamment maniable pour être facilement déployée sur le terrain à pied ou à cheval. Ce canon à tube lisse était également apprécié pour ses capacités à courte distance lorsqu’il tirait des boîtes à mitraille qui infligeaient des dégâts considérables à sa cible pouvant stopper net une charge d'infanterie. Destiné à remplacer le canon de 12 livres M1841, il permettait à portée de tir égale de diminuer le poids du tube de 530 livres.

Le canon de l'Empereur

Nommé "canon Napoléon" en l'honneur de l'empereur Napoléon III empereur de France, ce canon devait remplacer les pièces d'artillerie de l'armée française du système Valée adopté en 1827. Le nouveau canon modéle 1853 fut adopté dans un souci de standardiser tous les calibres existant (8 et 12 livres, 15 et 16cm) en un seul le 12 cm.

Introduit dans l'armée française en 1853, ce canon obusier de 12 était une pièce d'artillerie de campagne de calibre 12. Mais en France le calibre des pièces signifie 12cm et non 12 livres. Ce canon avait un diamètre en sortie de bouche de 12cm soit 4.6 pouces. Une pièce de 12 livres désignait un canon capable d'envoyer un boulet d'un poids de 12 livres. La pièce était tractée selon le principe introduit par le système Valée : un avant train supportant le caisson à munitions et doté de collerons et servantes afin de faciliter la mise en œuvre et le déplacement de la pièce. Le canon en lui-même est fixé bas sous l'avant-train au moyen d'un crochet. Les servants sont assis sur le caisson et se déplacent ainsi avec la pièce.

Le canon pèse 626kg et 1.2 tonnes avec son affût. Les roues de l’affût sont du même diamètre que celles de l'avant-train selon une norme mise en place par les Britanniques depuis les guerres napoléoniennes. Le tube lisse mesurant 1.91 mètres pouvait expédier des boulets, des obus, des boîtes à mitraille et des biscaïens "grapeshot" à une portée effective de 1500 mètres . il était réalisé en bronze mais fut également coulé en fer par les Confédérés.

Les Américains adoptèrent ce système et le dupliquèrent sous le nom de M1857 Napoléon. Les fonderies nordistes construisirent près de 1100 pièces tandis que les Confédérés en réalisèrent environ 600.

Très apprécié des artilleurs américains, le canon Napoléon était polyvalent ; il permettait d'assurer un tir puissant à courte portée grâce aux charges de mitraille que le tube lisse permettait d'envoyer sans souffrir outre mesure, tout en étant suffisamment puissant pour assurer des tirs aux portées moyennes de 1500 mètres. Les pièces rayées de type Parrott plus précises et dont la portée était supérieure ne pouvaient rivaliser avec la capacité destructive à courte portée des Napoléon et étaient en outre plus fragiles.

Plus que tout autre canon, le modèle M1857 fut le canon principal du champ de bataille de la guerre de Sécession

A gauche les différences entre tubes nordistes et confédérés, au centre un canon M1857 de l'union (photo John Anderson), à droite un Napoléon sudiste au tube bien plus lisse et sans bourrelet de bouche (parc national de Gettysburg)
A gauche les différences entre tubes nordistes et confédérés, au centre un canon M1857 de l'union (photo John Anderson), à droite un Napoléon sudiste au tube bien plus lisse et sans bourrelet de bouche (parc national de Gettysburg)
A gauche les différences entre tubes nordistes et confédérés, au centre un canon M1857 de l'union (photo John Anderson), à droite un Napoléon sudiste au tube bien plus lisse et sans bourrelet de bouche (parc national de Gettysburg)

A gauche les différences entre tubes nordistes et confédérés, au centre un canon M1857 de l'union (photo John Anderson), à droite un Napoléon sudiste au tube bien plus lisse et sans bourrelet de bouche (parc national de Gettysburg)

fiche technique:

(canon Napoléon de 12 livres)

type: canon lisse à chargement par la bouche

calibre: 12 cm

poids du projectile: 12.3 livres

poids de la charge : 2.5 livres

poids du tube : 626 kg (1227 livres)

portée maximale à 5° : 1619 yards

année de fabrication : 1857

exemplaires construits aux États-Unis : 1700

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Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Publié le par Olivier Millet

Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Considéré comme l'un, si ce n'est le plus beau discours politique américain, ce texte de deux minutes du président Lincoln prononcé lors de l'inauguration d'un cimetière dédié aux morts (fédéraux) de la bataille de Gettysburg, fut l'occasion pour ce dernier de replacer la guerre civile dans le contexte de l'édification de la nation américaine commencée par les pères fondateurs. En 270 mots seulement, Lincoln résume magnifiquement la lutte du Nord comme un combat pour la liberté, le droit supérieur de la nation sur les revendications des états et la place de chaque américain en son sein.

Après la bataille de Gettysburg qui a fait 7863 morts sur trois jours faisant des champs autour de la petite ville de Pennsylvanie, une zone jonchée de cadavres dont l'inhumation urgente a conduit à l'éparpillement des corps sur plusieurs cimetières de fortune. Dans le but de rassembler dans un même lieu les corps des soldats tombés au champ d'honneur, il fut décidé de créer un cimetière national. Officiellement inauguré le 19 novembre 1863, le discours devant être prononcé par le sénateur de l'état du Massachusetts, Edward Everett, fut accompagné par un petit discours du président Lincoln qui avait accepté de venir à cette occasion. Malgré son emploi du temps surchargé, Lincoln profita de cette tribune pour prononcer un discours propre à redonner le moral aux habitants du Nord dans la conjoncture de cette fin d'année d'année 1863 difficile.

La guerre s'éternisant et ce, malgré les victoires de Gettysburg, Vickburg et Chattanooga et le revirement pro-unioniste à l'international qu'avait suscité la proclamation d'émancipation, il fallait faire une mise au point sur les buts de la guerre pour redonner le cap à la population du Nord qui ne voyait plus la fin du conflit et doutait de l'utilité de le poursuivre.

Le discours d'Everett dura deux heures et fut applaudi par le public présent, Lorsque Lincoln, souffrant de fièvre, prononça le sien, il ne dura que deux minutes et il fallut attendre un peu pour que des applaudissements surgissent et encore de manière moins fournie que pour Everett. La différence de longueur entre les deux discours et le ton amoindri du président, dû à son état de santé, ont certainement joué en sa défaveur et ce n'est que bien plus tard que l'on réalisa la portée réelle de son discours. L'impact dans la presse le lendemain fut d'ailleurs mitigé, négatif pour certains journaux.

Ce discours d'une grande éloquence, encore enseigné aux enfants américains de nos jours, fut pourtant l'un des plus vibrants appels à soutenir la cause de l'Union, un résumé parfait du sens qu'entendait donner le président Lincoln à la guerre civile. Il mesure, en outre, l'importance du conflit dans l'édification d'une nation à part entière et non plus une fédération de 36 états différents brisant en cela la vision des pères fondateurs et des 13 colonies initiales. La guerre civile parachève le travail de ces derniers en effaçant, malheureusement dans la violence, les imperfections inhérentes à la genèse des États-Unis comme l'esclavage tout en imposant le pouvoir centralisateur de Washington.

Il existe 5 versions différentes du discours, toutes écrites par Lincoln lui-même mais la version la plus probable du discours du 19 novembre est celle-ci:

Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Une traduction proche de l'esprit du discours :

" Il y a 87 ans, nos pères ont donné naissance, sur ce continent, à une nouvelle nation conçue dans la liberté, et vouée à l'idée que tous les hommes sont créés égaux.

Maintenant, nous sommes engagés dans une grande guerre civile, pour déterminer si cette nation, ou toute nation ainsi conçue, peut survivre plus longtemps.

Nous sommes rassemblés sur un grand champ de bataille de cette guerre. Nous sommes venus pour consacrer une partie de cette terre comme dernière demeure à ceux qui ont donné leur vie afin que cette nation puisse vivre. Il est convenable et juste que nous le fassions.

Mais plus généralement, nous ne pouvons dédier, nous ne pouvons consacrer, nous ne pouvons sanctifier cette terre. Les braves, vivants et morts, qui ont lutté ici, l'ayant consacrée de manière si haute que nous n'avons plus le pouvoir d'y rien ajouter ni d'en rien retrancher.

Le monde n'accordera pas beaucoup d'importance, ni ne se souviendra longtemps de ce que nous avons dit ici, mais il ne pourra ignorer ce que ces braves ont fait.
C'est plutôt à nous les vivants, d'être voués à la tâche encore inachevée qu'ils ont jusqu'ici si noblement accomplie.

C'est à nous de nous consacrer plus encore à la cause pour laquelle ils ont donné la pleine et entière mesure de leur dévouement.
Que nous soyons ici hautement résolus à ce que ces morts ne soient pas morts en vain ;
Que cette nation, si Dieu le veut, voie renaître la liberté, et que le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne disparaisse pas de la surface de la terre."

(Illustration: The Gettysburg Adress de Mort Kunstler)

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Les "briseurs" de blocus

Publié le par Olivier Millet

Les "briseurs" de blocus

Le chapitre naval de la guerre de Sécession comportait deux grandes phases qui se jouèrent quasiment en même temps. La guerre sur les fleuves et la guerre en mer. Pour la partie maritime l'option qui fut mise en place par la marine du Nord fut le blocus des côtes confédérées. Le blocus demeure depuis longtemps une arme utilisée pour contraindre une puissance, n'ayant pas ou peu de répondant naval, à la négociation ou la reddition si son économie est trop asphyxiée pour continuer la lutte. Cette option envisagée par Scott dès le début du conflit offre l'avantage de ne pas porter physiquement atteinte aux villes côtières tout en infligeant des dégâts considérables à l'économie ennemie. Mais la côte Est du Sud comprend 5600 kilomètres de littoral et une centaine de ports à contrôler. Bien qu'une dizaine seulement soient réellement aptes à accueillir de gros navires de commerce. La flotte de l'Union au début du conflit était trop faible encore pour assurer un dispositif étanche, de plus, ne disposant pas de bases arrière suffisamment loin au Sud, les navires ne pouvaient établir un cordon de contrôle que sur une partie limitée de la côte. Les régions les plus australes demeuraient hors de portée. Néanmoins les différentes opérations qui ont conduit à la capture de site important dans les Caroline du Sud et du Nord et en Louisiane permirent de fournir des bases aux navires nordistes et donc d'allonger le blocus jusqu'au Texas.

L'économie sudiste vit ses capacités d'import/export diminuer de moitié, les prix montèrent en flèche favorisant un marché parallèle mais aussi des entreprises dont le but était de traverser le blocus du Nord afin de continuer les activités commerciales avec le reste du monde et amener les denrées et armements dont le Sud avait désespérément besoin. Les navires civils affrétés pour ces missions étaient appelés "blockade runners" ou briseurs de blocus. Plusieurs milliers de navires de toutes tailles et de tous types participèrent à ces tentatives risquées mais payantes. Les navires les plus efficaces furent construits à l'étranger. Ils offraient un profil bas sur l'eau pour diminuer la signature visuelle ; à voile et à vapeur ils devaient être rapides pour échapper aux navires de guerre de l'Union. Ces navires n'étant pas des corsaires ou des navires de guerre n'étaient pas armés (ce qui aurait inutilement alourdi le bateau et conduit, en cas de combat, à des mesures drastiques de la part des navires de guerre de l'union).

Une entreprise risquée mais potentiellement très lucrative

La mission-type d'un briseur de blocus consistait à transporter des balles de coton, traverser la ligne de surveillance nordiste et se diriger vers un autre port, généralement dans les Bermudes, les Bahamas ou à Cuba, afin d'échanger le coton contre des fournitures diverses ou de l'armement. Enfin le navire devait ramener son chargement à bon port et retraverser une seconde fois la ligne de blocus ennemie. Le plus souvent les opérations de franchissement se déroulaient de nuit ou par mauvais temps afin de passer le plus inaperçues possible. Les bateaux étaient parfois peints en gris afin de se camoufler ou en blanc pour passer inaperçus au lever du jour. Fonctionnant à la vapeur ils changeaient de combustible pour éviter de générer des traînées de fumée trop voyantes. Mais la guerre avançant, le nombre de port disponibles diminua et les briseurs de blocus n'eurent guère de choix quant à leur port de destination, ce qui du même coup facilita la tâche des navires nordistes qui savaient où les attendre. Les commandants de bâtiments nordistes avaient même mis au point des techniques pour attraper plus facilement les bateaux qui tentaient de franchir leurs lignes au moyen de navires maniables en avant des patrouilleurs qui envoyaient des fusées pour signaler la présence d'un "contrebandier".

(photo : l' ADVANCE, un forçeur de blocus pris en photo à Nassau en 1863 )

Les "briseurs" de blocus

D'une quarantaine de bâtiments en patrouille le long des 5600 kilomètres de côtes sudistes, la marine de l'Union assura une croisière permanente de plus de 150 navires au plus fort de la guerre. On estime que 500 bateaux ont participé à ce blocus et que, malgré les critiques nombreuses au nord comme à l'international, le blocus nordiste eut une influence sur les ressources, les importations de denrées de première nécessité et donc sur la vie quotidienne des habitants du Sud. Comme le blocus en avril 1861 était encore incomplet des régions entières échappaient à tout contrôle naval. Le golfe du Mexique était une zone où les briseurs de blocus opéraient plus facilement à partir des ports de la Nouvelle-Orléans et de Mobile mais en 1862 avec la chute de la capitale de la Louisiane, le blocus devint plus resserré et les briseurs de blocus eurent de plus en plus de difficultés à exercer leur art. Les navires durent opérer depuis le port Texan de Galveston. La chute successive des grands ports sudistes ne ralentit pas particulièrement l'activité des briseurs de blocus qui trouvaient toujours des sites où décharger leur cargaison mais rendait problématique leur ravitaillement ou leur réparation.

Les navires des briseurs de blocus

Le navire idéal pour traverser le blocus aux yeux et à la barbe des marins nordistes devait être avant tout rapide et discret. Les capacités du Sud dans la construction navale étaient réservées à la petite marine de guerre confédérée et les sudistes ont dû faire appel aux privés pour mener à bien ces missions et fournir les bâtiments nécessaires. Les navires trop lents comme les voiliers étaient incapables de distancer les navires à vapeur les plus rapides de la flotte fédérale. Même si ces derniers étaient rares ils pouvaient, en cas de repérage, aisément rattraper les bateaux à propulsion à voile ou les vieux vapeurs. Là encore les sudistes durent faire appel aux chantiers navals étrangers pour construire des nouveaux types de bâtiments au design très particulier aptes à remplir de telles missions. Le Banshee fut l'un des premiers navires répondant au nouveau profil : une propulsion à vapeur récente, un franc-bord bas, une étrave arrondie pour diminuer les vagues, peu de superstructures sur le pont, une mâture basse et démontable au besoin, une peinture grise, noire, bleu foncé pour camoufler le navire dans la nuit, un entrepôt vaste pour accueillir le plus de fret possible, une quille étroite pour gagner en vitesse, une charpente en fer plus solide permettant d'alléger le bateau. Les expérimentations réalisées pour trouver la solution hydrodynamique la plus adaptée au franchissement discret du blocus fédéral permirent à la construction navale anglaise de prendre une avance technologique non négligeable pour l'avenir.

Des compagnies d'import/export comme la John Frazer Compagny qui possédaient une flotte de navires et des relations commerciales étroites en Angleterre notamment furent sollicitées dès le début du conflit pour mener à bien ces dangereuses missions. La marine confédérée acquerra également des navires pour effectuer les missions de ravitaillement clandestines afin de ne plus dépendre entièrement du secteur privé pour assurer l’approvisionnement du Sud. A la fin de la guerre le dernier grand port d'où opéraient ces bateaux fut Wilmington en Caroline du Nord.

Les plus célèbres furent :

Le CSS Sumter de 500 tonneaux le premier d'entre eux qui effectua des missions de briseur de blocus avant d'être transformé en "raider". Le CSS Florida qui fut utilisé comme briseur de blocus puis "raider", le CSS Advance qui réussit 20 missions avant d'être capturé, le CSS Kate construit à New-York effectua lui aussi 20 missions avant de s'échouer vers Cape Bear. Le SS Lynx qui effectua 9 sorties avant d'être détruit par la flotte de l'Union, le SS Laurel qui n'effectua qu'une tentative mais qui survécut à la guerre, le CSS Robert Lee capturé en 1863, le SS Syren qui réalisa le plus grand nombre de tentatives (33)....

Près de 1300 tentatives furent effectuées par les briseurs de blocus et 300 seulement furent réalisées avec succès. On estime à environ 350 le nombre de navires sudistes utilisés pour forcer le blocus, 136 d'entre eux furent capturés et 85 autres détruits. Les briseurs de blocus transportèrent près de 400 000 balles de coton (soit 20% des exportations sudistes d'avant-guerre). On ignore précisément combien d'armes et de munitions furent acheminées dans les ports confédérés par le biais des briseurs de blocus mais on sait que dans les six derniers mois de 1864 ils amenèrent dans les ports de Caroline, 50 000 fusils Enfield, 43 canons et suffisamment de salpêtre pour fabriquer 10 millions de cartouches et 750 tonnes de viande pour nourrir l'armée sudiste de Lee à Petersburg. Malgré le renforcement du blocus, le ratio navires tentant le franchissement et navires capturés fut relativement stable car avec l'augmentation des navires fédéraux autours des ports, le trafic des briseurs de blocus était aussi augmenté par l'arrivée de nouvelles unités. Le nombre de ports disponibles diminuant et l’étanchéité du blocus augmentant, l'activité des briseurs de blocus en fut affectée progressivement au fur et à mesure que l'on s'approchait de la fin du conflit.

à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)
à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)

à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)

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La campagne de la péninsule mars-juillet 1862 (1)

Publié le par Olivier Millet

La campagne de la péninsule  mars-juillet 1862 (1)

McClellan, général en chef de l'armée de l'Union depuis le 1er novembre 1861, tergiversait toujours sur la manière d'attaquer les forces sudistes et prendre la ville de Richmond. Son absence d'initiative stratégique exaspérait Lincoln qui était poussé, lui, par une opinion publique revancharde. L'armée du Potomac que McClellan avait judicieusement organisée était prête à une action d'envergure ; elle regroupait presque 150000 hommes et demeurait la force la plus puissante du continent américain. De son côté Lincoln qui désirait garder sa prérogative de "commander in chief " et inquiet de l'organisation divisionnaire actuelle de l'armée décida de la diviser en corps d'armée plus imposants qu'une division mais aussi plus faciles à coordonner.

La genèse du plan :

McClellan répugnait à lancer une offensive mais, finalement, sous la pression du président il se décida à lui présenter son plan d'action. McClellan avait été observateur durant la guerre de Crimée et il connaissait fort bien ce qu'un débarquement pouvait signifier en terme de choix tactiques et les problèmes logistiques qu'un corps expéditionnaire posait. C'est certainement ce qui l'a poussé à choisir l'action indirecte pour débarquer sur les côtes sudistes. La Russie et la confédération sudiste partageaient d'une certaine manière une géographie difficile qu'un débarquement pouvait en partie surmonter. Ce plan prévoyait de déplacer l'armée du Potomac à Urbanna en Virginie sur les bords de la Rappahannock puis partir vers l'ouest pour prendre la ville de Richmond. C'est un plan qui offrait l'avantage d'assurer une liaison sûre avec l'arrière par l'intermédiaire de la flotte nordiste mais il déplaisait à Lincoln par son manque d'audace et surtout sa difficulté logistique évidente. De plus l'armée sudiste stationnée près de Richmond pouvait fort bien choisir d'attaquer Washington dégarnie de ses troupes au lieu d'affronter la puissante armée de McClellan.

Finalement Lincoln prit les devants et décida une offensive générale en direction de Manassas junction afin de prendre Richmond. McCLellan tomba subitement malade de la typhoïde et ne bougea pas. Le plan "Urbanna" fut néanmoins en partie contrecarré par les mouvements des troupes confédérées qui se redéployèrent plus au sud à Culperer sur la principale voie ferrée allant sur Richmond. Le plan de McClellan était rendu caduc par cette manœuvre inattendue mais, néanmoins, il présenta un autre plan. Ce dernier consistait toujours en une approche indirecte mais cette fois l'armée de l'Union irait jusqu’à Fort Monroe, puissante forteresse nordiste de Virgine. Lincoln, durement éprouvé par la mort de son fils Willy, le 20 février, approuva mais démit McClellan de ses fonctions de général en chef de l'armée pour ne lui laisser que le titre de général de l'armée du Potomac, le 11 mars. Le 17 mars, soit 8 mois après la bataille de Bull Run, l'armée du Potomac embarquait à Alexandria pour Fort Monroe, la campagne de la Péninsule commençait.

La campagne de la péninsule  mars-juillet 1862 (1)

L'ouverture de la campagne :

121500 hommes, 44 batteries d'artillerie, 1150 chariots et un télégraphe mobile devront être amenés par 400 navires, une opération d'une ampleur jamais vue en Amérique, une opération engageant 10 fois plus de troupes que le débarquement de Vera Cruz en 1847. Le reste de l'armée du Potomac soit environ 30 000 hommes restèrent aux alentours de Washington pour éviter de laisser la capitale de l'Union sans défense. La destination du corps expéditionnaire nordiste était la péninsule comprise entre les James et York River, région large d'une vingtaine de kilomètres qui pouvait être facilement barrée pour interdire à l'armée de l'Union la route de Richmond. En outre la marine était sur le qui-vive suite à l'affaire d'Hampton Roads et du CSS Virginia. Un Ironcladsudiste pouvait fort bien menacer la ligne de communication navale que McClellan estimait pouvoir ouvrir.

Sur place les forces sudistes, commandées par John Macgruder, d'environ 11000 hommes attendaient les troupes nordistes à Yorktown, haut lieu de la guerre d'indépendance. Plusieurs détachements confédérés étaient situés à distance relativement réduite ; à Norfolk il y avait une garnison de 9000 hommes, Johnston et 43000 hommes défendaient la Virginie et Richmond, 6000 hommes de plus se trouvaient à Fredericksburg. Macgruder établit une ligne défensive, la ligne Warwick, longue d'une quinzaine de kilomètres pour interdire l'accès au reste de la péninsule aux forces de McClellan. Comme l'avaient craint certains membres de l'état-major nordiste, la péninsule avait été facilement barrée par les Confédérés. De son côté le nouveau général en chef des forces de Virginie, le général Robert Lee, fit établir des lignes de fortifications autour de Richmond. McClellan ayant regroupé ses forces attendit le 4 avril pour entamer sa progression et arriver devant la ligne Warwick, s’arrêta pour y mettre le siège. il disposait de dix fois plus d'hommes que l'ennemi mais estimait que les forces qu'il avait en face de lui devaient être très importantes.

Macgruder, avait eu recours à une vieille ruse de guerre pour faire paraître son armée plus grande qu'elle n'était en réalité en faisant défiler devant les observateurs nordistes les mêmes unités plusieurs fois par jour. McClellan complètement intoxiqué ne bougea plus, Lincoln était encore une fois trahi par ce général en qui il avait pourtant placé de grands espoirs. Les Nordistes passèrent le mois d'avril à s'enterrer face à la ligne Warwick et à y établir des batteries d'artillerie lourde. Les Sudistes, trop heureux du temps offert par le pusillanime général nordiste en firent autant. Les troupes sudistes renforcées par Johnston atteignaient maintenant les 50000 hommes mais ce dernier préféra replier ses troupes afin d'éviter des pertes inutiles dans un bombardement de l'artillerie de siège nordiste qui n'allait pas tarder à commencer. Couverte par sa propre artillerie, l'armée confédérée abandonna la ligne Warwick et se replia contre l'avis du président Davis sur Richmond, McClellan procéda à une poursuite molle et peu coordonnée.

Les premiers combats :

Malgré des routes boueuses et escarpées, les Nordistes talonnèrent suffisamment les Sudistes pour forcer Johnston à livrer un combat retardateur à Williamsburg le 5 mai. Les Confédérés avaient établi sur ce point des fortifications dont le Fort Macgruder et furent attaqués par les avant-gardes de l'Union mais les repoussèrent facilement. Le lendemain c'est la division nordiste du général Hooker qui attaqua à son tour mais là encore elle fut repoussée par les renforts ennemis commandés par le général Longstreet. Finalement les troupes de l'Union et particulièrement celles sous le commandement du bouillant général Winfield Scott Hancock prirent l'ascendant sur les Confédérés et les forcèrent au repli. La bataille avait fait 4000 morts et blessés. Victoire tactique, Williamsburg ne fut qu'un combat d'arrière-garde pour les Sudistes. Les Nordistes y virent cependant une grande victoire capable de regonfler le moral des troupes et de l'opinion publique après les désastres de l'année précédente.

Cependant à Etham Landing, les troupes fédérales qui débarquèrent pour couper la route aux Confédérés le 6 mai furent sèchement repoussées par les forces sudistes de Gustavus Smith. La poursuite reprit mais un imprévu sous la forme d'une visite impromptue du président Lincoln vint interrompre McCLellan. Mais ce dernier ne jugea pas opportun de se déplacer pour accueillir ni même rencontrer le président (qui de toute façon n'en prit pas ombrage, habitué à la morgue de son général en chef). Lincoln arrivé à fort Monroe et ne voyant pas le général Mac Clellan décida de s'occuper du port militaire de Norfolk isolé depuis la campagne de la péninsule. Se servant des forces disponibles à fort Monroe et de l'US Navy il fit bombarder la place le 8 mai et envoya des troupes au sol le 9. La garnison sudiste préféra abandonner le port le laissant intact aux mains de l'Union. Le 11 mai préférant détruire leur navire plutôt que de l'abandonner à l'ennemi, les Confédérés sabordèrent le CSS Virginia, le navire héros du combat d'Hampton Roads. Ainsi Lincoln avait pris la première mesure offensive d'importance de la campagne en exécutant sous son propre commandement une opération qui avait fait tomber le plus important arsenal de Virginie et sécurisé l'entrée de la James River. Le président des États-Unis, autodidacte, avait patiemment consulté de nombreux ouvrages et traités sur l'art militaire à une période où l’inactivité de McClellan lui avait fait entrevoir l'hypothèse de conduire lui-même l'armée fédérale. Le fleuve James remontant jusqu'à Richmond, il ne fallut pas attendre longtemps pour qu'une flottille fédérale remonte le cours d'eau et tente de bombarder la capitale ennemie. Ce fut entrepris le 13 mai par l'escadre de Rodgers qui avec 5 navires remonta la James river mais fut arrêtée par la batterie du Fort Darling non loin de Richmond.

A la fin du mois de mai, l'armée fédérale arriva en vue de la capitale sudiste, McClellan étendit sa ligne jusqu'au nord de la ville de l'autre côte de la rivière Chickahominy. Des éléments sous les ordres du général Porter du Vème corps furent attaqués par Johnston le 27 mai à Hanover Court House à une vingtaine de kilomètres au nord de Richmond. Les 12000 fédéraux repoussèrent les 4000 Sudistes dans une bataille désordonnée et l'Union assura son flanc droit tout en ayant coupé la voie ferrée principale du nord de Richmond.

Après cet engagement que McClellan qualifia de "glorieux fait d'arme", l'armée de l'Union s'installa pour assiéger la capitale du Sud. La première phase de la campagne était terminée ; elle avait duré deux mois et avait fait prendre conscience à Lincoln que le général McClellan ne s'était pas révélé comme un de ses choix les plus judicieux. L'armée fédérale tenait l'armée sudiste à sa merci par sa supériorité numérique manifeste et n'en profitait pas. Au lieu de cela, le général nordiste a choisi toujours l'option d'attendre, d’assiéger ou de réclamer des renforts. La deuxième partie de cette campagne allait confirmer les craintes de certains qui voyaient en McClellan le meilleur allié de circonstance de la Confédération. Richmond était assiégée, la confédération semblait être dans une position difficile au regard des évolutions de la guerre dans l'ouest, mais un autre front donnait de l'espoir, la campagne de la Shenandoah menée par le bouillant général Jackson contre des forces fédérales trois fois plus importantes était un modèle du genre. Les victoires de Cross Key et de Port Republic permettaient de soulager un peu la pression sur la capitale virginienne en distrayant des forces qui auraient pu s'ajouter au siège tout en redonnant confiance à la population.

A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.

A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.

Sources:

"Illustrated Atlas of the civil war Echoes of glory"

James Mcpherson "la guerre de Sécession"

John Keegan "La guerre de Sécession"

Ferdinand Lecomte " Campagne de Virginie et du Maryland 1862 "

une sympathique version animée de la campagne de la péninsule (en Anglais)

http://www.historyanimated.com/PeninsulaAnimation.html

( carte de l'auteur tous droits réservés @MILLET2014)

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Les Français dans la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

Les Français dans la guerre de Sécession

Bien que leur implication soit moins connue que celle des Irlandais ou des Allemands, les immigrants d'origine française ne furent pas en reste dans la guerre civile américaine. Aux États-Unis, les Français sont presque 110000 selon le recensement de 1860 ; la plupart sont d'immigration récente et se sont installés au Nord pour ses industries et ses emplois plus facilement accessibles. Résidant principalement dans les villes comme New-York, Saint-Louis, Philadelphie, San Francisco, Chicago, quelques-uns vont également dans le Mid-West pour tenter de s'installer sur des exploitations ou dans des communautés cabétistes (adeptes du Français Étienne Cabet auteur de "Voyage en Icarie" et utopiste communiste) ou fouriéristes (autre utopiste français, Charles Fourier est un philosophe mort en 1837 dont les idées ont inspiré la création d'autres communautés utopiques au Texas notamment). Lors du déclenchement de la guerre civile, les Français installés aux États-Unis virent dans cet appel aux armes l'occasion de démontrer leur loyauté à leur nouvelle terre d’accueil. Ce fut notamment le cas pour la communauté francophone de la Nouvelle-Orléans, une des plus anciennes du pays, qui fait cause commune avec le combat du Sud devant la menace fédérale. D'autres trouvent tout simplement dans l'armée le moyen d'échapper à la misère sociale ou sont attirés par l'aventure guerrière et ses chimères. A la différence des Allemands par exemple, il semble que les Français se soient battus plus pour défendre leur région d'accueil que par réelle adhésion à la cause abolitionniste du Nord ou indépendantiste du Sud. Bien évidemment parmi la communauté française il y avait d'anciens révolutionnaires de 1848 pour qui la cause de la liberté était un puissant levier, ce qui les fit plus facilement adhérer à l'Union jugée " à tort ou à raison" plus libérale car en majorité non esclavagiste.

La France et sa neutralité

La France impériale de Napoléon III se déclare officiellement neutre le 10 juin 1861 pour des raisons internes et internationales. A l’écoute de la situation américaine , Napoléon qui a de réelles mais officieuses sympathies pour le Sud, est tenu régulièrement informé des événements par son ambassadeur, le ministre de France, à Washington. En outre certains journaux américains sont disponibles sous quinzaine en France. La population est ouvertement hostile à l'esclavage aboli en France depuis 1848 mais l'indécision et le refus de déclarer l'abolition de l'esclavage au Nord exaspèrent également. D'ailleurs la constitution américaine n'interdisant pas l'esclavage, le Nord n'obtiendra un écho réellement favorable qu'à la proclamation d'émancipation de 1862. Quant à l'empereur, sa position envers le Nord est plutôt défavorable. Il n'a pas apprécié les démonstrations en faveur d'Orsini en 1858 à New-York ou l'opposition de Washington contre son intervention au Mexique. Il se contente de suivre les agissements de l'Angleterre et se calque sur la politique de Londres pour ne pas se brouiller plus avant avec les États-Unis.

Comme l'Angleterre, la France possédait une industrie textile qui dépendait en majorité des importations de coton sudiste et le blocus mis en place en avril par Washington contrariait les envois de cette matière première vers l'Europe tout comme il gênait les exportations de produits français vers le Sud. Néanmoins, même si la Confédération qui n'a pourtant pas ménagé ses efforts pour inciter les deux puissances à intervenir ne serait- ce que diplomatiquement, la France se contente d'accorder le statut de belligérant au Sud et au Nord, provoquant la colère de Washington, mais sans reconnaître la confédération sudiste comme une nation à part entière. D'ailleurs reconnaître la confédération était difficile : d'une part l’Angleterre dépendait du coton du Sud mais surtout du blé du Nord et, en outre, les stocks de coton étaient encore importants et pouvaient tenir le choc du blocus pour une à plusieurs années. En Europe, s’aliéner définitivement Washington risquait de créer des troubles avec les Russes ou les Prussiens. La Russie, opposée aux Anglais et aux Français depuis la guerre de Crimée, entretenait de bonnes relations avec Washington notamment sur la question de la partie russe en Amérique du Nord, l'Alaska, potentiellement menacée par les Britanniques du Canada, et n'aurait pas manquer de soutenir les Fédéraux. Quant à la Prusse, si elle était pour l'instant occupée à instaurer une unité allemande et était plus gênée par l’Autriche que par la France, elle apparaissait comme l'adversaire continental de Napoléon III pour la décennie à venir. L'empereur français voulait éviter des tensions diplomatiques extérieures, avec une guerre déjà engagée au Mexique ce qui pourrait donner des idées et éventuellement le champ libre pour agir pour une agression prussienne à ses frontières. Napoléon III proposa bien une médiation diplomatique en octobre 1862 et janvier 1863 afin de reprendre le commerce pendant 6 mois avec les États-Unis mais le vice-président Seward s'opposera farouchement à ce projet. Fidèle à la doctrine Monroe, Seward se montrera menaçant envers les français au sujet de leur intervention mexicaine et soutiendra de plus en plus les Juaristes, ennemis de Napoléon, au Mexique. Afin d'éviter d'attiser des tensions en Europe, la France se contenta de copier la position de l'Angleterre et oscilla donc au gré des batailles perdues et gagnées par la Confédération et préféra adopter une position prudente.

En dépit de la position neutre de la France, on assista à des départs pendant la guerre de Sécession de Français en mal d'aventures guerrières ou à la recherche de notoriété militaire alors que Napoléon III avait promulgué un décret en septembre 1861 indiquant que tout Français s'engageant dans une armée étrangère ou prenant part à une guerre à l'étranger sans autorisation impériale perdrait sa qualité de Français. On comprend mieux devant la position neutre de la France et ses sympathies officieuses envers la Confédération, pourquoi les exilés libéraux ou Orléanistes préfèrent la cause de l'Union. Il s'agissait pour eux de continuer la lutte en Amérique contre la position, même officieuse, de l'empereur. Les français résidant dans le Sud qui s'engagèrent dans la lutte le firent plus par obligation locale que réelle motivation politique et combattirent dans l'armée sudiste notamment en Louisiane où les milices urbaines de la "french brigade" se distingueront particulièrement lors de l'occupation de la ville par les fédéraux en 1862.

Les Français dans la guerre de Sécession

Des Français présents au Nord comme au Sud

De la même manière que les Allemands ou les Irlandais, les Français se regroupent dans des unités dont les noms rappellent leur origine. En Louisiane les volontaires de la Nouvelle-Orléans lèvent la légion française puis la brigade française. A New-York, trois régiments où de nombreux francophones vont pouvoir se retrouver sont mis sur pied : " les gardes LaFayette ", " Les zouaves d'Epineuil " et les " Enfant Perdus ", des compagnies à majorité francophones seront également présentes dans les 14th, 39th et 62nd régiments de New-York. Parmi la foule de volontaires on trouve des représentants de l'élite française comme les deux princes de la famille d'Orléans exilés par la fondation du second empire en France. Le Comte de Paris et le Duc de Chartres serviront dans l'état-major de McCLellan. Avec leur oncle, le Prince de Joinville, les deux princes se rendent à Washington où ils sont reçus par Lincoln. A 23 ans, Phillipe d'Orléans, Comte de Paris, va participer activement à la lutte contre les confédérés aux côtés de McClellan. De cette expérience il écrira un journal intitulé "Voyage en Amérique 1861-1862". Plusieurs français obtiendront également le grade de général comme Gustave Cluseret, Régis de Trobriand, Félix Agnus

Dans le camp sudiste on revendique aussi la présence d'un Prince, Camille de Polignac, fils d'un ministre de Charles X, qui deviendra même général de l'armée confédérée et surnommé le " Lafayette du Sud " . Il combat à shilo, Corinth, Mansfield, il commande une brigade texane et obtient le grade de Major général et va même demander audience devant Napoléon III pour plaider la cause du sud, mais sans succès.

Les plus célèbres unités francophones du Nord

Encore une fois New-York, grand port d'accueil de l'immigration européenne vit le plus grand nombre d'unités francophones. Le 55th régiment de volontaires de New-York communément appelé les gardes Lafayette, existait depuis 1824 et possédait 6 compagnies françaises et 4 américaines ; mais lors de l'appel aux armes de Lincoln, le régiment mit trop de temps à être "opérationnel" par la faute de son colonel. Les Français déjà présent partirent rejoindre d'autres compagnies plus désireuses d'aller au combat. Ainsi le 14th régiment de Brooklyn et le 62nd régiment de volontaires de New-York reçurent une compagnie en renfort en provenance du 55th et donc francophones. Finalement le 55th partit lui aussi mais pour pallier les défections, on dut faire appel à un recrutement qui ne fut pas exclusivement français. Régis de Trobriand, aristocrate français, fut élu Colonel du 55th le jour de la bataille de Bull Run. Sous son impulsion, le régiment gagna en effectif et récupéra une partie de ses premiers volontaires partis dans d'autres unités. Soutenu financièrement par la minorité francophone pour son habillement, le régiment passa finalement le 28 août 1861 sous service fédéral pour une durée de trois ans.

Toujours à New-York au sein de l'unité multiculturelle : le 39th régiment de volontaires ou les gardes de Garibaldi, il y avait une compagnie de français qui était équipée, comme le reste du régiment, avec la belle tenue des Bersaglieri italiens. Le 53rd régiment des Zouaves plus connu sous le nom de Zouaves d'Epineuil fut formé à Brooklyn en août 1861 par le Colonel Lionel D'Epineuil. Ce dernier ancien officier de l'armée française donna à son unité une réplique de la tenue du 6ème régiment de Zouave français. Attiré par cette spécificité française, le régiment attira d'autres cadres issus de l'armée française donnant une expérience non négligeable à l'unité. Autre particularité, en plus de ses membre, francophones, ou d'origine française, le régiment accueillait une compagnie d'indiens de la réserve de Tusca Rora. Bien qu'ayant été initialement recruté pour un service de trois ans, le régiment souffrit de troubles internes et fut dissous en 1862, ses membres reversés dans différentes unités comme les 132nd ou 162nd régiments de New-York.

L'unité des "Enfants perdus" était un bataillon indépendant de New-York levé par le colonel Felix Confort, ancien capitaine de l'armée française. Le nom "enfants perdus" fait allusion aux petits détachements utilisés dans les missions périlleuses pour l'assaut des brèches des villes assiégées et provient certainement de l'expérience de la guerre de Crimée de son colonel. L'unité fut affectée au 18ème corps et participa entre autres aux opérations de la Charleston près de Morris Island. L'unité composée de 6 compagnies était à majorité franco-germanique. Leur tenue était celle des chasseurs français bleu foncé à parement jaune jonquille. Un shako ressemblant au modèle français et pantalon large. Une belle tenue faisant clairement ressortir l'influence française de l'unité et qui changeait des sempiternels uniformes de zouaves.

(illustration : 55th New-York par Don Troiani )

Les Français dans la guerre de Sécession

Les Français du Sud

La Louisiane vieille colonie francophone vendue aux États-Unis en 1803 par Napoléon comportait la plus grande minorité francophone du Sud d'environ 15000 personnes. La Louisiane et la ville de la Nouvelle-Orléans voient plusieurs unités de volontaires au recrutement essentiellement français et totalisant presque 3000 hommes. Il est bon de rappeler que l'engagement des Français de Louisiane ne répondait pas forcément à une adhésion pure et dure envers les principes de la confédération et fut hélas teinté de contrainte. Les officiers et soldats de ces détachements furent parfois forcés d'intégrer leur unité sous peine de devoir quitter l'état rompant ainsi leur droit à la neutralité comme l'exigeait leur souverain Napoléon III. Si les Français de Louisiane désiraient aider leur pays d'adoption cela ne signifiait pas nécessairement qu'ils étaient prêts à combattre contre l'Union.

Parmi les unités françaises de la ville, citons la légion française regroupant 6 compagnies et 1200 hommes, la garde d'Orléans, les volontaires français soit 800 hommes et les volontaires indépendants. Financés et équipés aux frais des notables et de la minorité francophone de la ville, ces hommes ont porté une tenue proche de celle du soldat de ligne français de l'armée impériale soit une capote gris de fer bleuté (et non bleu horizon) un pantalon rouge garance et un képi mou rouge et bleu.

Ces unités furent amalgamées avec d'autres détachements de volontaires et de milices étrangères comme les Belges, les Suisses, les Espagnols, les Allemands et les Italiens et formèrent une brigade européenne. Des officiers français refusant d'adhérer à ce recrutement multiculturel se regroupèrent au sein de la "french brigade" dont les membres étaient exclusivement français ou d'origine française. Ces unités étrangères et particulièrement les Français vont se comporter admirablement dans le maintien de l'ordre de la ville durant l'attaque de la flotte nordiste et la retraite des troupes confédérées de la Nouvelle-Orléans en empêchant que les émeutiers mettent la ville à feu et à sang en saccageant et en pillant les réserves de nourriture. Devant l’efficacité de ces milices, les troupes fédérales commandées par le général Butler insistèrent pour qu'elles demeurent en activité et continuent d'assurer le maintien de l'ordre. Mais les volontaires étrangers refusèrent et furent dissous. Encore en Louisiane des régiments tels le 10th ou le 18th Louisiana, surnommé le régiment créole, comprenaient un nombre important de Français et francophones. Le 10th régiment était d'ailleurs commandé par le colonel Antoine Jaques Philippe de Mandeville de Marigny, ancien officier de l'armée française, et secondé par de nombreux officiers français ou d'origine française. Même si la majorité des hommes du régiment n'étaient pas français, l'entraînement était basé sur un règlement français et les ordres étaient donnés en français.

Mais la Louisiane demeure le seul exemple où des unités constituées à majorité francophone ont pu se concrétiser. La plupart du temps les Français du Sud qui s'engagèrent pour la cause confédérée le firent de manière isolée dans n'importe quelle unité. Les tentatives de mettre sur pied d'autres unités françaises ne purent aboutir faute de volontaires suffisants ou de trop grosses dissensions dans l'encadrement. Des Français se firent aussi remarquer comme officiers en commandant des régiments comme le colonel Felix Dumonteil de la Greze du 14th régiment de cavalerie ou au Texas où un immigrant français, Xavier Blanchard Debray leva le 26th régiment de cavalerie du Texas plus connu sous le nom de lancier de Debray avec ses hommes équipés et entrainés à la française.

Il est vraisemblable que près de 15000 Français se soient battus dans la guerre civile américaine, soit un apport quasi négligeable sur les trois millions d'hommes qui ont participé au conflit. Mais cette participation symbolique qui représentait une part nettement moins anecdotique de la population francophone présente aux États-Unis, a permis de confirmer l'attachement des Français aux valeurs américaines, initié avec l'intervention de La Fayette en son temps pour l'indépendance des 13 colonies américaines. En outre le prix du sang a certainement joué en la faveur de la minorité francophone pour une meilleure intégration future au sein de la nation américaine, les faisant mériter leur place au même titre que les Allemands ou les Irlandais par le sacrifice consenti sur les champs de bataille et dans les deux camps. Même si l'intervention de ces hommes n' a en rien décidé de l'issue du combat, elle apparaît comme un besoin ressenti par cette petite minorité de prouver quelque chose. Un but qui se situe entre la perpétuation des exploits militaires de la France à l'étranger et l'affirmation de sa petite présence en Amérique par une contribution guerrière.

( illustration : Le Prince Philippe d'Orléans Comte de Paris, membre de l'état-major de McClellan )

Les Français dans la guerre de Sécession

Nota Bene: la planche ne représente que des uniformes d'unités francophones du Nord ou des régiments comme le 39th New-York où une compagnie était à majorité francophone.

Sources:

Don Troiani " Regiments and Uniforms of the civil war "

Ron Field Men At Arms "The Confederate army Louisiane and Texas"

Annick Foucrier "La France et la guerre de Sécession"

http://www.univ-paris1.fr/autres-structures-de-recherche/ipr/les-revues/bulletin/tous-les-bulletins/bulletin-n-28/au-nom-de-la-france-restons-unis-les-milices-francaises-de-la-nouvelle-orleans-pendant-la-guerre-de-secession/

http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article1750

(illustration : général Régis de Trobriand )

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"L'ange des marais" le canon Parrott de Morris Island

Publié le par Olivier Millet

"L'ange des marais" le canon Parrott de Morris Island

Charleston, ancienne capitale de l'état de Caroline du Sud et sa plus grosse ville, fut le théâtre du premier combat de la guerre de Sécession lors du siège du Fort Sumter. Depuis la prise de la place forte fédérale par les troupes rebelles, la Caroline du sud fut relativement calme jusqu’à ce que les troupes et la marine fédérale débarquent en novembre 1861 à Port Royal et occupent la zone. Remontant vers le nord, les troupes de l'union prennent Beaufort, Saint Helena et en 1863 les troupes fédérales arrivent enfin aux abords sud de la baie de Charleston.

Charleston n'est pas à proprement parler un objectif de la plus haute importance, en tant que port il n'est pas plus vital que Mobile ou Savannah et le port de Wilmington a pris bien plus d'importance. Mais Charleston est la ville ou la Sécession a commencé et de ce fait est une cible plus symbolique que stratégique. Le port est défendu par les Forts Moultrie, Ripley, Johnson et bien sûr le Fort Sumter. Plusieurs batteries côtières ont été aménagées le long des deux rives nord et sud qui bordaient la baie de Charleston. Les fédéraux arrivant par le Sud, il n'existait qu'un seul accès le long d'une étroite bande de terre de cinquante mètres de largeur et verrouillé au nord par la batterie Wagner. Le terrain autour de Fort Wagner n'est qu'un vaste marécage où toute progression est presque impossible. Pourtant en mai 1863, le général nordiste Gillmore qui ne voit de menace que dans les canons lourds de Fort Sumter décida d'établir au cœur de ces marécages , sur l'île Morris, une batterie d'artillerie lourde afin de prendre sous son feu la ville de Charleston. Deux assauts sur le Fort Wagner, les 13 et 18 juillet, furent durement repoussés par la garnison confédérée malgré le soutien de 41 canons et de 4 monitors. Néanmoins, le projet d'établir un canon au milieu des marais prit forme.

Une mise en place et une mise en œuvre difficile

Le 10 août débuta la construction d'une zone asséchée vers l'île Morris afin d'y établir une position capable de supporter un canon de siège. Sur une zone rectangulaire, plus de 120 pieux de bois furent enfoncés dans la terre gorgée d'eau, selon une nouvelle technique, afin de soutenir une plate-forme de rondins surmontés de sacs de sable. Cette masse pesait près de 800 tonnes sur laquelle allait être installé un canon Parrott de 8 pouces de plus de 10 tonnes.

Le sol de la plate-forme était rempli de toiles imperméables, de sable et d'herbes intercalées entres des planches. La position fut terminée le 17 août et le canon fut amené en deux éléments, le tube d'un côté et l’affût de l'autre, par bateaux. Sous les ordres du lieutenant Charles Sellmer, le canon est surnommé "l'Ange des marais" mais le site est officiellement appelé "batterie Marsh". Les munitions arrivent le lendemain et le 22 août à 1h30 du matin la pièce ouvre le feu directement sur la ville de Charleston. La pièce est servie par un détachement du 11th régiment de volontaires du Maine affectés spécialement à cette tache. La ville ne représentait pas un objectif militaire particulier et les tirs, étant réalisés de nuit et à plus de 6 kilomètres de distance, furent réalisés autant dans un but de terreur que de destruction de site, en particulier afin de briser le moral des habitants. Le lieutenant Sellmer prépara ses calculs de tir selon une méthode par triangulation et se servit du clocher de l'église de Saint Michaël à Charleston pour ses calculs. Le premier tir tomba dans une rue et mit le feu à une maison. Les canons confédérés qui le pouvaient encore ripostèrent mais sans faire de mal à la pièce fédérale. Cette nuit-là, 16 obus tombèrent sur la ville dont 10 du type "feu grec" incendiaires, un obus explosif rempli d'un mélange incendiaire composé de térébenthine et de pétrole et qui incendie tout autour de l'obus une fois que ce dernier a explosé. Il est possible que l'intention de Gillmore ait été de provoquer une sortie de la garnison sudiste de Fort Wagner, dans le but de faire cesser les tirs sur la ville donnant l'occasion aux fédéraux plus nombreux de les tailler en pièce. Les buts précis de cette opération sont encore à éclaircir... Après les 16 premiers tirs, les vibrations de la plate-forme sont telles que la pièce avait reculé d'un mètre et devait être remise en position ce qui obligea à cesser le tir pour la nuit.

Le chef de la place de Charleston, le général Beauregard, fit parvenir au général Gillmore une missive où il exprimait son indignation devant les tirs d'une pièce lourde directement sur la ville et en pleine nuit alors que très peu de troupes étaient présentes dans la zone résidentielle. Gillmore se contenta de demander la reddition de Fort Wagner et devant l'absence de réponse de la part des Sudistes fit reprendre le feu.
Le lendemain le tir recommence mais, après plusieurs incidents de tir, le 20ème coup fait exploser la culasse du Parrott blessant 3 artilleurs. L'Ange des marais est inutilisable après avoir réalisé seulement 36 tirs sur Charleston. Gillmore exigea que l'on enterre sur place la pièce avec le sable du parapet. Une des explications possibles de l'explosion était que les charges de poudre prévues pour le tir étant normalement de 16 livres furent remplacées par des charges de 20 livres et ont sans doute accéléré le processus qui a conduit à la destruction de la pièce. Plus tard, deux mortiers de 10 pouces occuperont la position occupée par l'Ange des marais.

Quant au Fort Wagner, il sera abandonné par la garnison après que cette dernière ait constaté les progrès réalisés par les sapeurs fédéraux et leurs travaux de siège qui s'approchaient de plus en plus de l'enceinte. Le Fort Sumter devait subir encore des assauts avant d'être réduit par les tirs d'artillerie des batteries fédérales nouvellement installées. Les murs en maçonnerie ne faisant pas le poids face à la puissance dévastatrice des canons de siège. Finalement la ville de Charleston fut abandonnée le 15 février 1865 par la garnison devant l'arrivée de l'armée du général Sherman et l’inéluctable chute de la confédération.

Officiellement l'Ange des marais fut le premier canon à tirer des obus incendiaires sur une ville. Les dégâts occasionnés sur la ville furent minimes mais Charleston fut l'une des premières villes à être attaquée par l'artillerie lourde sans qu’aucun objectif militaire ne soit particulièrement visé. Il s'agit vraisemblablement plus d'un tir à l'aveugle dans un but de démonstration de force, de perturbation de l'activité portuaire, d'expérimentation technique dans le domaine de l'emploi de l'artillerie lourde et d'une tentative de porter un coup au moral des habitants. Quant au canon lui-même, le modèle Parrott révéla un défaut récurrent chez ce type de pièce rayée à savoir une fissure en arrière de la bande de renfort entourant la culasse qui provoquait l'explosion de la partie arrière du canon voire son éjection partielle. Durant le siège de Charleston plusieurs autres Parrott de gros calibre connaîtront des problèmes similaires après un nombre variable de tirs. Le canon fut retrouvé après guerre et est aujourd'hui exposé dans le parc Cadwalader à Trenton dans le New-Jersey.

fiche technique du canon Parrott de 8 pouces

fabricant : West Point Foundry

type : canon rayé à chargement par la bouche

calibre : 8 pouces

poids du projectile : 91 kg (200 livres)

poids de la charge : 7.3 kg (16livres ) mais des charges de 20 livres ont été utilisées pour les tirs

poids du tube : 7500 kg (tube en acier )

portée maximale à 5° : 2380 mètres

portée maximale à 35° : 7300 mètres

année de fabrication : 1860 - 1865

exemplaires construits aux États-Unis : inconnu

vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.

vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.

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Le Blocus de l'union

Publié le par Olivier Millet

Le Blocus de l'union

Faisant partie intégrante de la stratégie du Nord visant à étouffer la rébellion, le blocus naval des côtes sudistes fut une idée de Winfield Scott qui eut à subir en son temps (guerre de 1812) les effets d'un tel blocus. Le blocus naval nordiste décrété par le président Abraham Lincoln le 19 avril 1861 devait verrouiller l'accès aux ports confédérés de la côte atlantique et du Golfe du Mexique soit 4500 km de littoral. La marine de l'union qui ne comportait que 42 navires disponibles au début du conflit avait reçu pour mission de bloquer 12 grands ports ( Charleston, la Nouvelle-Orléans, Savannah, Wilmington, Mobile, Richmond...), d'intercepter tout navire en provenance de ces ports ou se dirigeant vers eux et quelle que soit leur nationalité. La marine de guerre de l'union continuait cependant sa mission de combat en mer à savoir intercepter et détruire tout navire confédéré, soutenir les troupes de l'armée de terre dans les opérations fluviales et côtières.


Mais n'étant pas signataires de la déclaration de Paris du 16 avril 1851, les Etats-Unis ne pouvaient arraisonner un navire neutre ou commerçant entre des ports neutres même si la cargaison était vraisemblablement destinée à la Confédération. Le seul moyen pour la flotte de l'union d'intercepter un navire était au moment où ce dernier tentait de franchir le blocus des ports sudistes en entrant ou en sortant. La raison d'être du blocus était de stopper toute exportation de coton vers l'Europe ou un port neutre qui permettrait d'acheter, par la revente de cette matière première, des armes de l'équipement ou des denrées susceptibles d'aider l'effort de guerre confédéré. Légalement le blocus n'était pas reconnu comme tel par Washington pour éviter d'accorder un statut de belligérant à la confédération.
La mise en place du blocus était loin d'être une tâche aisée pour le ministre de la marine Gideon Welles. Comment assurer un verrouillage étanche des principaux ports confédérés de l'Atlantique et la surveillance d'un littoral long de plus de 4500 km avec une flotte comprenant moins d'une soixantaine de navires dont la moitié était immédiatement disponibles. Les côtes sudistes avec leurs embouchures nombreuses, leurs zones insulaires connues des seuls marins locaux, leurs systèmes de fortifications côtières capables de repousser tout navire s'approchant trop près, étaient en outre trop étendues pour assurer une continuité de la surveillance vers les ports les plus au Sud comme ceux de Louisiane ou du Texas.
La première chose à faire pour Welles fut de mettre en place une marine suffisamment forte pour commencer les opérations du blocus. Heureusement la guerre mit un coup d'arrêt au commerce maritime du Nord qui dépendait en partie des exportations sudistes pour ses voyages transatlantiques et de ce fait de nombreux navires étaient au chômage technique faute de produits à exporter et par crainte des actions de corsaires confédérés. Une véritable aubaine pour la marine qui acheta nombre de vapeurs civils pour en faire des unités propres à étoffer la marine de guerre. Pour ce faire Welles désigna son propre beau-frère et un armateur de New-York pour affréter les premiers navires. Malgré de vives critiques et des accusations de népotisme envers Welles, Morgan acquit près de 89 navires de tous types et tous tonnages. Mais l'acquisition de navires civils hâtivement transformés ne suffirait pas. Il fallut mettre en oeuvre un véritable programme de construction navale afin de lancer des navires de guerre capables d'assurer l'ensemble des missions que l'on pourrait confier à la marine en plus du blocus.
Dans la mise en place de ce programme Welles fut efficacement secondé par l' ingénieur Benjamin Isherwood et le responsable du département de la construction navale. Architecte naval, John Lenthall. Isherwood s'est avéré être un bon choix car il avait l'expérience récente de la construction de frégates à roues à aubes lors d'un partenariat avec la Russie pour une flottille sur le fleuve Amour. Les navires construits pour le fleuve russe étaient des canonnières à vapeur à propulsion par roues à aubes sur les flancs, jaugeant 690 tonnes et capables de filer à 10 nœuds. En un temps record de 90 jours le premier modèle sortit des chantiers navals américains suivi par 23 autres navires de ce type avant la fin du conflit. Isherwood mit également en chantier des vapeurs à doubles roues à aubes de 1100 tonnes, idéals pour le travail près des côtes en eau peu profonde. Bien armés ces navires pouvaient se déplacer jusqu'à 11 nœuds. Welles put compter aussi sur le renfort de 4 frégates classiques de 1600 tonnes dont le fameux USS Kearsarge fit partie. La construction de 10 frégates de presque 2000 tonnes fut autorisée par le congrès en 1861. Ces mesures firent que rapidement la flotte de l'union gagnait en taille et en potentiel, Welles pouvait compter pour le blocus à la fin de l'année 1861 sur une flotte de 160 navires.


En plus de la marine de guerre, Welles put également compter sur un soutien précieux non pas par le nombre, mais par l'excellente connaissance des côtes et leur expérience dans la lutte contre les contrebandiers : les gardes-côtes. Cette agence civile dépendant directement du Congrès employait une douzaine de navires dont les capitaines connaissaient très bien les côtes traîtresses du littoral du Sud des États-Unis. Ils étaient dirigés par le superintendant de la surveillance des côtes : Alexander Dallas Bache.
Le blocus des côtes posait un autre problème pour les navires : le ravitaillement en charbon pour les vapeurs était trop distant de leur secteur d'opération. Seuls les voiliers pouvaient opérer loin car dépendant du vent mais ils se révélaient incapables de rattraper les briseurs ( blockade runners) de blocus bien plus rapides. La solution était de mettre en place des bases intermédiaires pour diminuer le temps de voyage des navires entre leur base de soutien logistique et leur lieu d'affectation. Plusieurs zones furent choisies pour établir en force des bases avancées capables de soutenir la flotte et l'ensemble du littoral sudiste fut divisé en secteurs afin de rationaliser le blocus, chaque secteur possédant son propre commandement, sa base opérationnelle et ses navires regroupés en escadre. Les différents secteurs étaient les suivants :

- La flottille du Potomac dont la base était à Hampton roads
- L'escadre de l'Atlantique Nord de l'Amiral Goldsborrough avec sa base au cap Hatteras
- L'escadre de l'Atlantique Sud de l'Amiral Du Pont et sa base à Port Royal
- L'escadre du golf Est de l'amiral McKlean et sa base à Key West
- L'escadre du golf Ouest de l'Amiral Farragut et sa base de Ship island

Intercepter les briseurs de blocus


Si le blocus fut d'une efficacité relative dans ses débuts, rapidement avec l'expérience les capitaines des navires nordistes surent appliquer des méthodes de plus en plus efficaces pour capturer les bateaux tentant de franchir la limite. Les fédéraux utilisaient parfois des navires plus petits en guise de sonnette afin d'avertir les navires à vapeur, seuls aptes à l'interception, de l'arrivée imminente d'une cible au moyen de fusées tirées en l'air. Les voiliers étaient des proies faciles car ils dépendaient du vent et de ses caprices et ne filaient guère plus vite que 6 à 8 nœuds. Les vapeurs filant jusqu'à parfois 12 nœuds avaient tôt fait de les rattraper ou des les forcer à s'échouer. Les briseurs de blocus qui avaient été spécifiquement réalisés pour percer la ligne nordiste étaient plus délicats à intercepter. Rapides, ayant un profil bas sur l'eau et peints dans des couleurs les faisant confondre avec leur environnement et utilisant du charbon à faible dégagement de fumée, ils pouvaient distancer les navires fédéraux en terme de vitesse pure. Mais les navires de guerre nordistes avaient encore la possibilité de tirer des coups de semonce en avant des navires confédérés ou bien directement dessus pour les forcer à s’arrêter. Aucun navire civil ou gouvernemental confédéré n'aurait tenté de combattre avec les navires nordistes car les mesures de représailles auraient été terribles pour les équipages assimilés à de véritables pirates dans ces conditions. Opérant le plus souvent à bonne distance des ports sudistes à cause de leur défense rapprochée ou des risques liés aux récifs et à des hauts-fonds, les navires fédéraux étaient disposés sur deux lignes, la première s'occupant des abords immédiats du port et la seconde plus en retrait surveillait un secteur plus large. Ce faisant ils doublaient leurs chances de capturer un navire ennemi tentant de franchir leur périmètre. Pour contrer la surveillance fédérale, les briseurs de blocus entreprirent de passer durant la nuit multipliant les risques de s'échouer ou de détruire leurs navires sur des récifs non repérés mais ils diminuaient nettement les risques d'interception. D'autres hissaient le drapeau nordiste dans l'espoir de passer pour un vapeur civil affecté à la surveillance des côtes confédérées. Une fois intercepté, le navire mettait en panne et se faisait aborder par un détachement de marins armés embarqués dans une chaloupe. Pour éviter la capture, la plupart du temps l'équipage des briseurs de blocus s'échappait au moyen des chaloupes laissant leur navire et sa précieuse cargaison aux mains de l'ennemi. Lorsque le navire s'échouait, les hommes s’efforçaient de décharger au plus vite la cargaison pour la mettre en lieu sûr. Parfois des batteries confédérées appuyaient de leur feu les briseurs de blocus jusqu'à la limite de portée de leurs pièces mais les bâtiments fédéraux ne se risquaient pas à se mettre sous le feu de tels canons et laissaient échapper leur proie quand cette dernière était parvenue à s'approcher suffisamment près de son port d'attache. En mer les navires fédéraux ne pouvaient intercepter un bâtiment battant pavillon étranger selon les conditions de la déclaration de Paris ; les briseurs de blocus une fois en haute mer étaient à l’abri jusqu'à leur prochaine tentative. L'un des ports les plus actifs pour les briseurs de blocus était celui de Wilmington, qui fut aussi l'un des derniers à tomber. La plupart des capitaines et une grande partie des équipages étaient étrangers et ne risquaient rien en cas de capture sous peine d'incident diplomatique. La perte d'un navire et de son équipage pouvait être facilement remplacée par un voyage réussi vers un des nombreux ports de commerce de Cuba, des Bermudes ou de Nassau. Le coton que transportait ces bâtiments était revendu 10 fois plus cher qu'au début du conflit et la somme récoltée était utilisée pour acheter matériel et fourniture qui seraient revendus dans un port confédéré. Il faudra l'intervention du gouvernement confédéré qui instaura des quotas de matériel de guerre pour éviter que les capitaines des forceurs de blocus ne ramènent que des produits de luxe à leur retour au détriment des armes.

En 1862 le blocus monopolisait près de 300 navires, 400 en 1863, 470 en 1864 et plus de 600 en 1865. Les corsaires et raiders confédérés ne furent pas la cible principale de cette opération. Les navires marchands qui tentaient de franchir le blocus en emportant des armes ou en exportant du coton demeuraient la cible privilégiée des navires fédéraux. Lorsque le blocus prit fin le 23 juin 1865, on estima que les briseurs de blocus avaient opéré plusieurs milliers de tentatives mais le nombre exact reste obscur. Les briseurs de blocus pouvaient être des navires spécialement affrétés ou construits dans cette optique et transportant plusieurs centaines de balles de coton (une balle de coton pesant en moyenne dans les 180 kg) ou bien des petits voiliers ne transportant que des dizaines de balles de coton. On estime que la confédération a expédié entre 400 000 et 500 000 balles de coton (soit 5% des exportations sudistes avant guerre) et que 350 navires briseurs de blocus opérèrent le long des côtes sudistes. Près de 136 vapeurs furent capturés par la marine de l'union et 85 autres détruits. Les navires s'étant échoués ou ayant coulé après une fortune de mer firent monter le chiffre total et approximatif à 300 navires perdus (estimation de G.Welles).


Le blocus fut-il efficace ?

Les historiens débattent toujours de l'impact réel du blocus sur la guerre de Sécession. Force est de constater que l’étanchéité du blocus de l'union fut loin d'être parfaite car en 1861 une tentative sur 10 était interceptée par les fédéraux ; en 1862 ce chiffre tombait à une sur huit puis une sur quatre en 1863 et finalement une sur trois en 1864. En fait c'est la combinaison de l'augmentation du nombre de bâtiments disponibles pour assurer le blocus et la prise successive des principaux ports sudistes comme la Nouvelle-Orléans, Mobile, Savannah et des ports plus petits qui diminuèrent le potentiel d'exportation illégale des confédérés. D'un autre côté l'attractivité de la réalisation de forts profits en tentant l'aventure de forcer le blocus incita toujours plus de capitaines à risquer la traversée. C'est pourquoi jusqu'à à la chute des derniers ports confédérés, des briseurs de blocus opéraient toujours. Certains navires eurent de beaux palmarès en réalisant des dizaines de traversées avant de tomber dans les mailles du filet comme le Syren qui réalisa 33 tentatives ou le Denbigh qui en fit 26.


Il est très difficile de savoir combien de matériel les briseurs de blocus ont réussi à introduire dans les ports confédérés. Entre 500 et 600000 armes furent importées pour la confédération auxquelles s'ajoutent 235 tonnes de poudre, 6.15 millions de cartouches, et entre 1861 et 1863 140 canons (principalement anglais). Durant la même période pour les ports de Wilmington et Charleston on peut noter l'envoi de 750000 paires de chaussures, 23000 capotes, 13800 pantalons, 6700 chemises, 34000 sacs à dos, 35400 baudriers, 79 km de draps, 3340 rouleaux de tissu, 16200 sabres etc etc...Les 3/4 du salpêtre, 1/3 du plomb , 1350 tonnes de nitrate de potassium, 1000 tonnes de fer, 20 tonnes de cuivre, 7 tonnes d'acier, 1.5 tonnes de chlorate de potassium vinrent s'ajouter aux stocks du bureau de l'Ordonnance. Ces chiffres prouvent que l'action des briseurs de blocus fut gênée mais loin d'être stoppée par le blocus et que l'apport des matières premières importées était loin d'être négligeable et a sans aucun doute permis aux armées de la confédération de poursuivre le combat. Néanmoins la population eut à souffrir du blocus car l'essentiel des denrées importées était réservé à l'armée. Les produits de luxe continuaient à être acheminés via les briseurs de blocus dans le but de permettre aux armateurs de faire de substantiels bénéfices auprès de l'aristocratie sudiste très friande de ce genre de produits. Les gens du peuple quant à eux furent livrés aux spéculateurs que la diminution des importations de produits de première nécessité favorisait. Le kilo de bœuf en 1861 qui valait 0.26$ passa à 6.8$, en 1864, un kilo de beurre coûtait 24$, une dinde 100$, un baril de farine, 50$ quand la paye moyenne d'un ouvrier ne dépassait guère 30$ mensuels. D'autres produits vitaux comme les médicaments furent de plus en plus difficiles à trouver et le peuple comme les soldats blessés en furent encore les premières victimes. Le blocus, allié aux déficiences logistiques de la confédération et de la corruption de nombre de ses fonctionnaires, eut un impact certain sur la population sudiste.

L'impact du blocus sur les relations étrangères.

L'impact diplomatique était également important et ce fut un des points litigieux sur lequel les sudistes voulaient jouer pour une intervention en leur faveur. Pour être respecté par les autres nations, un blocus doit être effectif c'est-à-dire qu'il doit empêcher efficacement toute liaison entre le monde et les ports bloqués. C'est sur ce point que la diplomatie sudiste allait tenter d'influer sur les états européens en leur faisant admettre que ce blocus n'était pas efficace car en 1861 un navire sur 10 seulement était stoppé par la marine fédérale. Ce faisant, ils voulaient que l’Angleterre décrète que ce blocus était fictif ; en outre les sudistes n'hésitèrent pas à utiliser la menace de l'embargo sur le coton pour forcer la main aux Français et aux Anglais, dont les industries textiles étaient fortement dépendantes du coton sudiste, afin qu'ils interviennent et fassent cesser le blocus. Mais l'Angleterre comme la France ne voulaient pas se risquer dans un conflit avec les États-Unis. Londres dépendait aussi grandement des importations de céréales américaines en provenance du Nord et avait bien plus à perdre dans une guerre contre Washington. Même l' affaire du Trent et la capture de navires marchands anglais ne furent pas suffisants pour déclencher un véritable conflit. Mais l'embargo sudiste sur le coton, finalement mis en œuvre en 1862, eut pour effet de braquer les Européens et les forcer à chercher d'autres fournisseurs pour leurs industries textiles respectives (notamment en Égypte et en Inde). D'autre part c’était un aveu de la part des confédérés sur l'efficacité du blocus puisque le coton ne parvenait plus en Europe du fait justement du blocus. Le blocus était de ce fait reconnu comme officiel et devant être respecté par les pays neutres. Finalement, la conjoncture favorisa le Nord car le besoin en céréales augmenta en Europe du fait de mauvaises récoltes accroissant encore la dépendance aux exportations du Nord. Grâce à cette dépendance et à l'habileté des diplomates nordistes, le Nord maintint des relations avec Londres et put en échange de ses céréales recevoir le salpêtre, nécessaire à la fabrication de la poudre, qui lui faisait défaut.


Le seul succès notable du sud en terme de diplomatie, fut la reconnaissance de la confédération par l'Angleterre et la France comme nation belligérante du fait de l'existence d'un blocus dirigé contre elles et qui constituait, au regard de tous, un acte de guerre. La proclamation de neutralité anglaise du 13 mai 1861 entraînait d'office la reconnaissance du sud comme nation belligérante et ce malgré celle du président Lincoln déclarant que les Sudistes étaient des insurgés (ce qui leur dénuait le droit de posséder le statut de nation belligérante). Concrètement en tant que nation belligérante, le sud pouvait souscrire des emprunts à l'étranger, acheter des armes et posséder des navires de guerre. Mais jamais les deux puissances dominantes d'Europe ne reconnurent officiellement la confédération.

Nota Bene: le terme "blockade runner" peut être traduit par briseur ou forceur de blocus

Sources:

William M Fowler "Under two flags, the american navy in the civil war"

James McPherson "La guerre de Sécession"

John Keegan " la guerre de sécession"

Osprey "the blockade Runners"

Osprey "confederate Raiders"

"Hampton Roads 1862"

Serge Noirain "La confédération sudiste mythes et réalités"

The Naval Institute Historical Atlas of the U.S. Navy :

http://books.google.fr/books?id=q_HIcc8n3K4C&pg=PA80&lpg=PA80&dq=union+blockade&source=bl&ots=KvX3buwHTW&sig=7XqXiCD0krAVspNgNFj-hMbHTXs&hl=fr&sa=X&ei=7CD-UufTEqSM0AWi6ICoBQ&ved=0CIEBEOgBMAk4Cg#v=onepage&q=union%20blockade&f=false

un bon résumé du blocus:

http://history.state.gov/milestones/1861-1865/blockade

(carte réalisée par l'auteur : olivier MILLET@2014 )

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La conscription

Publié le par Olivier Millet

La conscription

Alors que les premières grandes batailles de la guerre avaient commencé leur moisson de milliers de morts, il devint de plus en plus ardu pour le Nord comme pour le Sud de trouver des volontaires pour le conflit. La continuation de la guerre ne pouvant souffrir d'un manque de soldats, le Nord comme le Sud furent amenés à mettre en place un système extrêmement impopulaire et inédit aux États-Unis : la conscription. La conscription est tout simplement le moyen pour un état de réquisitionner des hommes d'une tranche d'âge donnée afin de fournir un contingent militaire. Elle a pris différentes formes dans l'histoire militaire du monde mais cette mesure fut toujours impopulaire, les populations voyant partir les jeunes hommes en masse à la guerre sans possibilité, hormis la fuite et l’illégalité, d'échapper à ce service obligatoire. Les hommes étaient appelés par classe d'âge ou par tranche d'âge et devaient répondre à un minimum médical pour être déclarés aptes au service et devenir un conscrit si ils étaient tirés au sort. Les guerres du premier empire ont très fortement marqué la France par les différentes conscriptions qui alimentaient la machine de guerre napoléonienne et décimèrent la fine fleur de la population masculine.

Une mesure impopulaire au Nord comme au Sud

Aux États-Unis, ce fut le Sud qui dut faire appel le premier à ce moyen radical pour faire face aux besoins de l'armée et compenser les énormes pertes enregistrées dans l'année 1862. Le 16 avril 1862 la loi sur le recrutement de l'armée stipulait que tous les volontaires étaient mobilisés pour une période de trois ans et que le recours à la conscription était institué. Les hommes des états confédérés de 18 à 35 ans étaient tous soumis à la conscription mais ils avaient la possibilité d'engager un remplaçant. Devant l'impopularité de ce système, le Congrès confédéré à la fin de 1863 annula le droit au remplaçant et ainsi tous les sudistes se retrouvaient égaux devant la conscription. Des catégories de personnes étaient également exemptées de la conscription : les ouvriers industriels, les mineurs, les fonctionnaires d'état, les instituteurs et toute personne dont le travail était reconnu d'utilité publique. Des exemptions plus élitistes furent également appliquées aux propriétaires de plus de 20 esclaves. Plus tard la conscription fut étendue aux hommes de 17 à 50 ans. La conscription dans le Sud eut un effet négatif sur l'économie car affaiblissant la main d’œuvre, en nuisant gravement aux droits individuels ; le "conscription act" impacta fortement le moral des sudistes qui acceptaient mal l'obligation qui leur était faite de combattre pour une cause qu'ils espéraient autrement plus noble et surtout garante du droit avant tout. La conscription allait à l'encontre de la cause pour laquelle tant de volontaires se battaient. Les sudistes voyaient dans cette décision du président Davis une nouvelle forme de tyrannie alors que justement ils combattaient pour le droit des états contre la dictature de Washington et du fédéralisme à outrance. Des gouverneurs allèrent même jusqu'à déclarer que cette loi était une usurpation d'autorité contre le droit de chacun des états de la confédération. Le président Jefferson Davis de son côté ne pouvait rien faire d'autre pour assurer la défense de la Confédération et promettait que tout rentrerait dans l'ordre une fois la guerre terminée. Mais ils comprenaient bien qu'il était difficile de concilier le droit des états et la guerre contre les États-Unis. La conscription permit d'apporter 90000 recrues supplémentaires aux armées confédérées. Bien que plus équitable que la loi décidée au Nord, la conscription du Sud fut aussi impopulaire par le nombre de classes privilégiées qui étaient exemptées de service. De nombreux cas de désertion eurent pour cause principale cette impression d'injustice qui régnait dans la confédération, les plus pauvres n'acceptant plus de se battre pour éviter aux classes aisées de le faire. Ainsi les riches pouvaient continuer à vivre avec leur famille dans une situation relativement confortable alors que les gens du peuple qui ne possédaient ni esclaves ni terre partaient au front en laissant leur famille dans le dénouement ne pouvant plus travailler pour subvenir à leur besoin. Une situation d'injustice qui ressort des lettres envoyées au gouvernement pour demander un retour temporaire des hommes afin d'aider leur famille. Déjà impopulaire la guerre de Sécession devenait haïssable aux yeux de la majorité des confédérés au vu des lois socialement injustes promulguées par le gouvernement de Richmond. Avec la conscription, le gouvernement de la confédération perdit le peu de crédit qui lui restait aux yeux du peuple qui voyait sa situation générale se dégrader.

La conscription

Dans le Nord, l'afflux de volontaires se tarit lui aussi et l'appel à la conscription fut décidé par le président Lincoln en mars 1863 avec l'enrollment act. A la différence du Sud, l'état fédéral avait toute autorité pour imposer une loi aussi impopulaire et surtout ne pouvait souffrir de la même fronde des gouverneurs des états que le Sud. Les états furent séparés en districts comprenant un bureau de recrutement. Chaque état avait un "Marshall" à sa tête pour faire appliquer la loi. La Pennsylvanie et l'état de New-York furent les seuls à en posséder plusieurs. La conscription touchait les hommes de 20 à 45 ans. Chaque conscrit devait se rendre dans un bureau de recrutement de son district et passer le tirage au sort : s'il tirait un bon numéro il était exempté dans le cas contraire il avait le choix entre plusieurs options

- il devait se rendre dans son lieu d'affectation pour y recevoir son fourniment et être engagé dans un régiment.

- il pouvait payer pour échapper à la conscription ; la somme était de 300 dollars.

- il pouvait aussi payer un remplaçant pour que ce dernier parte à sa place (voir l' affiche d'illustration). Ce système injuste favorisa en outre un système illicite, celui des chasseurs de primes. Des hommes se proposaient comme remplaçant, touchaient la prime et s'enfuyaient avant de recommencer dans un autre état.

Une efficacité relative

En définitive ce système fut assez inefficace car sur les 168000 hommes appelés seuls 50000 rejoignirent effectivement leurs affectations, les autres avaient payé ou s'étaient fait remplacer. De plus ce système était extrêmement inégalitaire car seuls les riches pouvaient payer les 300 dollars pour se faire exempter ou s'acheter un remplaçant, les pauvres n'avaient pas le choix. Le slogan, une guerre de riche faite par les pauvres, vient de cette période. Les migrants venus d'Europe furent également soumis à un système injuste car pour venir s'installer aux États-Unis et obtenir la citoyenneté américaine certains durent s'engager dans l'armée afin d'acheter par leur sang ce droit d'asile. Ce fut le cas de nombreux immigrés allemands et irlandais. Les noirs n'étant pas considérés comme des citoyens à part entière étaient écartés de ce système, mais de toute façon après la proclamation d'émancipation et la possibilité qui leur était offerte de rejoindre un régiment comme volontaire, ils affluèrent en masse sans avoir à passer par la conscription. Dans le nord la conscription très impopulaire du fait notamment du système favorisant les riches, déclencha des émeutes dont les plus célèbres eurent lieu à New-York entre le 13 et le 16 juillet 1863 et qui firent 120 morts et plus de 2000 blessés.

En 1864 un amendement stipulait que même les personnes ayant payé les 300 dollars ne pouvaient être exemptées plus d'une année. Cette clause avait été motivée par les émeutes populaires et l'impression (justifiée) que seuls les riches échappaient au service. Un second amendement en 1865 durcissait la loi ; l'enrollment act de 1865 précisait que toute personne refusant la conscription en ne se soumettant pas à l'autorité fédérale dans ce cadre perdrait sa citoyenneté.

En définitive, cette mesure très risquée sur le plan politique à cause de son impopularité n'a pas permis de remplir les régiments au Nord comme au Sud. L'essentiel des 2 millions d'hommes qui combattirent durant la guerre civile étaient des volontaires, 2% seulement étaient des conscrits et 6% des remplaçants.

A gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sortA gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sort

A gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sort

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Les Irlandais au service de la Confédération

Publié le par Olivier Millet

Les Irlandais au service de la Confédération

Les États-Unis, terre d'immigration par excellence au 19ème siècle, reçurent de nombreux nouveaux arrivants en provenance d'Irlande, deuxième groupe ethnique le plus important de la guerre derrière les Allemands. Les Irlandais furent présents dans les rangs des troupes du Sud comme dans celles de l'Union. La terrible bataille de Fredericksburg vit une tragique rencontre : celle des deux brigades irlandaises qui combattaient face à face. Ce tragique événement, véritable guerre civile dans la guerre civile, demeure un des épisodes les plus connus de la bataille.

Ayant rejoint l'un ou l'autre des deux camps, les soldats des différentes unités irlandaises combattirent bravement pour leur bannière qu'elle soit verte ou ornée de la harpe celtique. Au sud Les Irlandais représentaient un nombre de volontaires bien moins important qu'au nord, environ 30000 contre 150 000. Les Irlandais formèrent plus d'une dizaine d'unités entièrement irlandaises de la compagnie au régiment. Des villes comme Savannah, la Nouvelle-Orléans, Mobile, Galveston, Memphis, Charleston, Nashville possédaient une forte minorité irlandaise qui se retrouva dans les unités locales. En plus de la troupe, sur les 425 généraux de l'armée sudiste, 6 étaient Irlandais. L'un d'entre eux, le général de cavalerie James MacIntosh, eut pour son malheur son jeune frère qui avait rejoint le camp de l'Union en tant que second lieutenant et se retrouva donc son ennemi.

Les noms très typés de ces unités évoquaient sans mal l'origine de ses membres. Le 10ème régiment du Tennessee à Nashville, les "Emerald Guards" du 8éme régiment d'Alabama, Les "Emett Guards du 24ème régiment d'Alabama, les "Irish Jasper Greens" de Savannah, ou les "Emerald Light infantry" de Caroline ou encore les dragons légers de Mobile. Mais aucune ville ne fournit plus de soldats d'origine irlandaise que la ville de la Nouvelle-Orléans en Louisiane. Près de 4000 partirent renforcer les troupes sudistes. Mais si des compagnies entièrement irlandaises furent mises sur pied, dans les faits la plupart des régiments locaux de Louisiane comportèrent des volontaires de souche irlandaise comme le 7ème régiment qui avait un tiers de ses effectifs composé d'Irlandais, le 6ème régiment était en majorité composé de soldats irlandais et fut surnommé "la brigade irlandaise du Sud", le 13ème régiment, quant à lui, fut surnommé les "southern Celts". Longtemps espérée, une véritable brigade irlandaise ne vit pas le jour en Louisiane et les soldats furent répartis dans les différents régiments dans des proportions différentes. Les célèbres "Louisiana Tigers" n'échappèrent pas à la règle et de nombreux Irlandais portèrent l'uniforme des zouaves de ce régiment très particulier.

La brigade irlandaise confédérée fut celle de Géorgie qui faisait partie de l'armée de Virginie du Nord dans la brigade et essentiellement le 24ème régiment de Géorgie. C'est cette unité qui selon la légende lutta face à face avec les Irlandais de la Irish brigade de l'armée de l'Union à Fredericksburg. Mais ces combats fratricides ne furent hélas pas uniques et il arriva à plusieurs reprises que des unités irlandaises se retouvent face à face comme à Malvern Hill où la brigade irlandaise de l'Union combattit le 10th régiment de Louisiane composé d'une grande proportion d'Irlandais lui aussi.

Les Irlandais au service de la Confédération

(liste non exhaustive) :

Alabama :

La compagnie I du 8th Alabama est appelée Emerald Guard, un nom qui revient souvent et dont l’étendard vert reprend la devise "Erin Go Bragh" (Irlande Pour toujours) et "Faugh A Ballagh" (dégagez le chemin) les cris de guerre celtiques traditionnels. Leur uniforme était vert sombre.

La compagnie B du 21st d'infanterie d'Alabama "Montgomery Guards"

La compagnie B du 9th d'infanterie d'Alabama "The RailRoad Guards" qui tire son nom du fait qu'elle comportait des cheminots, irlandais bien sûr.

En outre, les 1er et 15th régiments d'Alabama comportaient un grand nombre de volontaires irlandais dans leurs rangs, notamment la compagnie K du 15th les "Eufaula City Guards" ou Eufaula Zouave considérée comme compagnie irlandaise.

Arkansas :

La compagnie B du 2nd d'infanterie d'Arkansas

La compagnie A du 13th d'infanterie d'Arkansas comportait au moins une quarantaine d'Irlandais.

Le 18th d'infanterie d'Arkansas comportait deux compagnies (D et H) entièrement irlandaises les "Swamp Rangers" et les "Shamrock Guards"

La compagnie C du 15th régiment d'Arkansas comportait une forte minorité irlandaise

Géorgie :

Les compagnies A et B ( Irish Jaspers) du 1st Georgia Volunteers. Uniforme initial intégralement bleu avec bandes vertes sur le pantalon, puis gris comme le reste du régiment. Deux autres compagnies du 1st Georgia, la C (Republican blues) et la E furent à majorité irlandaise ou d'origine irlandaise.
La compagnie E et F du 22nd Gerogia
La compagnie B "Emmett Rifles" du 1st Georgia regulars
La compagnie C du 5th Georgia
La compagnie K ( Montgomery Guards) du 20th Georgia
La compagnie F (the Lochrane Guards) légion d'infanterie de Phillips
La compagnie B "Jackson Guards" du 19th Georgia
La compagnie K "Lochrane Guards" du 24th Georgia

Louisiane :
Les compagnies D et E du 1st Louisiana
1st Lousiana Special Battalion "Wheat's Tigers" comprenait une majorité de soldats d'origine Irlandaise dont la compagnie B "Tiger Rifles"
La compagnie F "Orléans Light Guards" du 1st Louisiana
La compagnie B "Moore Guards" du 2nd Louisiana
Le 6th Louisiana était composé pour moitié d'Irlandais
(compagnies B, I, F ) de souche ainsi qu'un tiers du 7th Louisiana (compagnies C, D, F, I)
La compagnie H "Cheneyville Rifles" du 8th Louisiana

La très forte présence d'Irlandais en Lousiane se retrouvait dans les brigades de Louisiane de l'armée de Virginie du Nord dont les brigades de Starke
(2nd, 9th, 10th et 15th Louisiana) et de Hays ( 5th, 6th, 7th, 8th et 14th Louisiana)
Les compagnies A et G du 13th Louisiana de l'armée du Tennessee

Mississippi :
Les compagnies B et D du 9th Mississippi
La compagnie C du 10th Mississippi
La compagnie F ( Jasper Grays) du 16th Mississippi

Missouri :
Les compagnies "Washington Blues, washington Grays et Saint Louis Grays, Emmet guards" de Saint Louis furent intégrées dans le 1st Missouri en tant que compagnies A, C et D
La compagnie F (Fighting Irish company) du 5th Missouri

Caroline du Nord :
Deux compagnies ( G et H) du 3rd North Carolina artillery

Caroline du Sud :
La compagnie C du 27th south Carolina infantry
La compagnie K du 1st South Carolina volunteers

Tennessee :
Le 2nd Tennesse (Irish Regiment)
La compagnie C " Memphis' Jackson Guards", la compagnie H " The Crockett Rangers" et La compagnie F "The Henry Guards" du 154th Tennessee
La compagnie E du 2nd Tennessee
Les compagnies B, C et H du 15th Tennessee
Le 10th Tennesse "Sons of Erin" était considéré comme un régiment Irlandais tellement ils étaient nombreux dans ses rangs.

Texas :
La compagnie F du 1st Texas heavy artillery

Virginie :
1st Virginia battalion "Irish Battalion"
La compagnie C "Montgomery Guards" du 1st Virginia
La compagnie C du 19th battalion of heavy artillery
Les compagnies G " Emmet Guards" et I "O'Connell Guards"du 17th Virginia
La compagnie H " Jeff Davis Guards" du 11th Virginia
La compagnie F "Montgomery Guards" du 19th Virginia
La compagnie B "Virginia Hibernians"du 27th Virginia
La compagnie E "Emerald Guards"du 33rd Virginia, ces deux derniers régiments faisant partie de la célèbre Stonewall Brigade

La célèbre brigade Irlandaise confédérée présente à la bataille de Fredericksburg était la brigade du général Thomas R Cobb de l'armée de Virginie du Nord. Elle comprenait:
la légion de Cobb, les 16th, 18th et 24th régiments de Géorgie et enfin la légion de Phillips.
Mais lors de cette bataille était présente une autre brigade irlandaise confédérée à savoir la brigade du général Harry T Hays et ses Louisianais.

Les Irlandais au service de la Confédération

Sources:

Thomas G Rodgers : Men At Arms 448 "Irish American units in the civil war"

Don Troiani "Regiments and Uniforms of the civil war"

Carl Smith Osprey Campaign 63 "Fredericksburg"

Ron Field OSprey 441 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Ron Field OSprey 446 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Ron Field OSprey 430 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Ron Field OSprey 435 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Ron Field OSprey 426 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Sites internets

un site dédié aux Irlandais durant la guerre civile:

http://irishamericancivilwar.com/

Une belle sélection de drapeaux Irlandais du Nord et du Sud:

http://www.gettysburgflag.com/Irish-Brigades-Regiments.php

Les généraux du Sud et du Nord d'origine irlandaise:

http://www.aoh61.com/history/generals.htm

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La bataille navale de Hampton Roads 8 et 9 mars 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille navale de Hampton Roads 8 et 9 mars 1862

La bataille de Hampton Roads a fait date comme étant le premier combat entre navires cuirassés de l'histoire. Il prend place dans la région de la baie de la Chesapeake près de Norfolk alors que la flotte de l'Union fait le blocus des ports sudistes. Afin de contrer la puissante flotte nordiste, les Confédérés n'ont d'autre choix que de recourir à l'improvisation pour mettre sur pied un semblant de flotte et une des solutions pour eux fut l'emploi de navires cuirassés, les Ironclads. Le Nord bien qu'étant au courant des travaux confédérés dans ce domaine, ne s'inquiète pas outre mesure et fait confiance à sa supériorité numérique pour emporter la décision. Lorsque le nouveau cuirassé sudiste CSS Virginia, anciennement Merrimack, sort de Norfolk pour affronter la flotte de l'Union le choc sera d'autant plus grand que les Nordistes n'ont aucun navire capable de s'opposer à la machine de guerre confédérée. L'arrivée en urgence d'un cuirassé fédéral, le USS Monitor, allait donner lieu à un combat d'un genre nouveau qui révolutionnera le domaine de la guerre navale.

Le Virginia est un navire cuirassé construit sur une coque d'une vieille frégate à vapeur le USS Merrimack, capturée par les Sudistes lors de la prise du port de Norfolk en 1861, et c'est d'ailleurs sous ce nom que le navire de guerre confédéré fut appelé par les Nordistes. Mis en chantier dans les cales sèches de la base de Norfolk en Virginie, le Virginia est lancé le 8 mars 1862 contre les navires du Nord qui mouillent devant le chenal d'Hampton Roads qui ouvre l'entrée vers la baie de la Chesapeake. Les rumeurs de la construction d'un navire cuirassé dans la région étaient connues de la part des autorités fédérales et c'est dans le but de mettre en place son propre programme de cuirassés que la marine de l'Union fit appel aux services d'un ingénieur innovant : John Ericsson. Ce dernier bien qu'ayant été en froid avec la marine américaine accepte de superviser la construction d'un cuirassé très moderne le USS Monitor. En Virginie, le CSS Virginia terminé, est lancé contre les navires fédéraux barrant le port au large le 8 mars 1862.

Une bataille inégale :

Lorsque les navires nordistes voient arriver cette forme étrange sur l'eau, ils ne réalisent pas à quelle menace ils ont affaire, mais très vite le navire confédéré qui renvoie bordées sur bordées à son premier opposant "Yankee" la frégate Cumberland, se montre invulnérable aux tirs du navire unionniste. La frégate Cumberland jauge pourtant 1700 tonnes et emporte à son bord plus de 24 canons de 9 à 10 pouces. Malgré plusieurs tirs au but dont certains auraient causé des dommages notables au navire sudiste, l'équipage du Cumberland se rend vite compte qu'à la différence de leur frégate en bois, l'Ironclad sudiste semble quasiment invulnérable. Finalement après s'être approché, le Virginia éperonne la frégate avec son rostre de fer prévu à cet effet et le Cumberland coule en eau peu profonde.

Après cette première victoire, le Virginia se dirige vers une autre frégate, le USS Congress, une frégate de 52 canons de plus de 1900 tonnes. Là encore les canons lourds qui équipent le navire confédéré mettent à mal le navire nordiste et un incendie s'allume bientôt à bord du navire en bois. Le Virginia, portant des plaques de 2 pouces d'acier empilées sur deux couches et inclinées demeure invulnérable aux tirs. Le Congress incendié, file s'échouer sur les fonds peu profonds de la baie et le navire sudiste décide d'attaquer une troisième frégate le USS Minnesota un navire de 5000 tonnes et 54 canons. Le navire fédéral ouvre le feu sur l'Ironclad et deux petits bateaux sudistes qui l'accompagnent les CSS Patrick Henry et Jameston. La flottille confédérée bombarde le navire nordiste qui manœuvre pour éviter le monstre de fer confédéré et s'échoue à son tour. Mais heureusement pour le navire nordiste la marée descendante et la nuit contraignent l'Ironclad sudiste à rebrousser chemin de peur de s'échouer lui aussi. De toute façon, le navire fédéral est bloqué et sera une cible de choix le lendemain. La soirée met un terme au massacre. La marine de l'Union a été balayée par la machine infernale de Norfolk, mais ce que les Sudistes ignorent c'est que depuis le 6 mars, un autre navire cuirassé, battant pavillon de l'Union a quitté son port d'attache pour rejoindre Hampton Roads. Ce cuirassé c'est le USS Monitor, un navire encore plus étrange que le Virginia, plus petit, entièrement recouvert de fer et armé de seulement deux énormes canons de 11 pouces dans une tourelle géante capable de pivoter à 360°. Le 9 mars à 1 heure du matin, le petit navire de métal nordiste est en vue de Hampton Roads et un marin à bord du Minnesota échoué aurait signalé par le travers avant une plaque surmontée d'une boîte à fromage sans voile ni cheminée qui filait en direction de Norfolk. Le monitor se place bord à bord avec le Minnesota ; ce faisant il donne de loin l'impression que les Nordistes ont amarré un pont flottant pour tenter de dégager, d'ailleurs d'autres navires tentent durant la nuit de dégager la lourde frégate mais en vain.

Un combat d'un genre nouveau :

C'est avec confiance et le sentiment que la journée allait être encore plus éclatante que la veille que les marins du Virginia se lancent à l'attaque de la frégate Minnesota toujours échouée et faisant une cible idéale. D'ailleurs le navire sudiste s’aperçoit que la frégate est entourée de petits navires-ateliers ayant échoué dans leur tentative de la dégager. Mais parmi ces petits navires il y en a un encore plus étrange qui se dirige vers eux, une sorte de barge avec une cloche à fromage par-dessus. Le plus étrange et effrayant c'est que ce navire est armé et ouvre le feu sur l'Ironclad sudiste, le Virginia revenu achever son travail de la veille, se rue au combat... à 8 nœuds.

La deuxième phase de la bataille commence. Les deux navires réalisent très vite que leur blindage les rend invulnérables aux canons de leur adversaire. Les pièces de 11 pouces font résonner les plaques de blindage du Virginia, plusieurs d'entre elles seront même fendues (sans que l'on puisse dire s'il s'agit des tirs du Monitor ou des autres frégates qui ont provoqué ces dégâts). Les canons confédérés font de même sur la tourelle d'acier épaisse de 20 cm du Monitor qui encaisse mieux semble-t-il. Ils se heurtent même à 5 reprises dans des tentatives d’éperonnage. Mais le navire nordiste plus petit et plus maniable esquive toutes les tentatives ennemies. Ayant un tirant d'eau deux fois plus petit que le navire sudiste il peut aller là où le Virginia ne peut suivre sous peine de s'échouer. Le Virginia place alors un coup sur le poste d'observation du Monitor blessant aux yeux le capitaine du navire nordiste. Ce dernier bat en retraite en eau peu profonde avant de revenir avec le commandant en second à sa tête. De son côté le Virginia a été légèrement endommagé, ses superstructures non protégées ont été ravagées et ses munitions baissent dangereusement. Plus grave, la marée basse approche, risquant d'échouer le bateau. C'est cette dernière raison qui va provoquer la retraite définitive du Virginia donnant l'illusion aux Nordistes qu'ils sont vainqueurs.

Quoi qu'il en soit la bataille de Hampton Roads est terminée, elle vient de mettre un terme à la suprématie de la marine traditionnelle en bois et à voile et annonce l’ère des cuirassés. Les Ironclads, comme on les appelle, voient le triomphe de la cuirasse sur le boulet pour un temps et annoncent les cuirassés des décennies à venir. Le Monitor est également la première machine de guerre entièrement mécanique faisant entrer la guerre dans une nouvelle phase, celle de la guerre moderne et industrielle où la puissance de l'industrie lourde a été mise en œuvre pour donner rapidement les éléments d'acier nécessaires à sa construction.

Désormais la fièvre des "Monitor" va voir le Nord et sa puissance industrielle se lancer dans la construction de ces navires aussi laids qu'efficaces. Le Sud, quant à lui, est dans l'incapacité de suivre un tel programme. La construction du Virginia a demandé à la fonderie de Richmond un effort extraordinaire pour fournir les plaques d'acier de son blindage. Néanmoins le Sud parviendra à mettre sur pied ses propres "ironclads" et en comptant le Virginia aura 33 navires cuirassés, soit deux fois moins que l'Union. Le Virginia sera finalement sabordé deux mois après la bataille de mars 1862 quand Norfolk tombera aux mains des Nordistes. Le Monitor n'eut guère plus de chance ; ses piètres qualités nautiques eurent raison de lui et il coulera suite à un coup de mer le 31 décembre avec 16 hommes d'équipage.

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