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Les formations de l'infanterie de la guerre de Sécession

Publié par Olivier Millet

Les formations de l'infanterie de la guerre de Sécession

Depuis l'antiquité les soldats professionnels combattaient en formation serrée ou lâche, mais sur le champ de bataille de la guerre civile les régiments continuaient à être employés sur le champ de bataille dans des dispositions qui nous paraitraient suicidaire aujourd'hui. Les officiers de la guerre de sécession ne faisait qu'appliquer les règlements d'infanterie en vigueur qui stipulaient les formations à adopter au combat. Au 18ème, siècle, les formations denses qui caractérisaient les affrontements qui ébranlèrent l'Europe pendant les deux siècles qui suivirent, étaient dues à l'arme du fantassin : le mousquet. Ce fusil à canon lisse était peu précis au-delà de 80 mètres et n'était réellement efficace que lorsqu'il était utilisé groupé en feu de salve. L'impact d'un tel tir dans une formation serrée était bien plus important que si des groupes isolés s'affrontaient en tirailleurs. C'est pourquoi depuis l'introduction du mousquet dans les armées, l'on combattait de la sorte. Le feu ne pouvait être dissocié de la masse pour avoir un impact sur le champ de bataille. Le combat en tirailleurs, c'est à dire en petit groupe espacés, était toujours pratiqué dans le but de harceler la ligne ennemie ou d'éclairer les régiments cependant la formation de combat principale de l'infanterie demeurait la formation serrée. Mais au début de 1840 le canon rayé qui triplaient la portée utile des mousquets et fusil avait fait son apparition et le déploiement de telles formations denses sur le champ de bataille risquait de multiplier les pertes, les troupes pouvant tirer trois fois plus loin. Pourtant il n'en fut rien et les armées de la guerre de Sécession continuaient a se battre de la même manière malgré le progrès constant des armes à feu. Mais ces armes n'eurent que peu d'incidence dans les faits car la distance d'engagement entre les lignes n'évolua quasiment pas et était la même que durant les guerres napoléoniennes ; si les armes avaient fait un bond technologique, leur capacité de portée supérieure s'en trouvait réduit à néant par l'utilisation de telles tactiques obsolètes. Les blessures par contre étaient bien plus graves que celles infligés par les mousquets à balles rondes par l'emploi des nouvelles balles cylindro-conique comme la balle Minié.

Une tactique désuète

D'un point de vue tactique, la guerre civile américaine fut le choc entre une conception traditionaliste de l'art de la manœuvre militaire dont les manuels tiraient leur science des guerres du début du 19ème siècle qui avait si bien marché durant la guerre contre le Mexique et l'emploi d'arme d'infanterie moderne qui nécessitait une refonte de la doctrine d'utilisation de l'infanterie au combat. L'ordre linéaire utilisé par les deux belligérants fut utilisé dans le plus pur style napoléonien, les fusils avaient vu leur puissance et leur portée multipliés par 5 par rapport aux vieux mousquets utilisés par les soldats de Napoléon mais étaient utilisés aux mêmes distances de tir qui pouvait commencé vers 200m et finir à une cinquantaine de mètres de la ligne ennemie. Pourtant la conception traditionnelle de l'engagement des masses d'infanterie n'évolua pratiquement pas durant tout le conflit et se résuma à des échanges de tirs entre lignes à moins de 200 mètres de distance, une portée où les différents fusils rayés à balle Minié faisaient mouche à coup sûr si le tireur visait bien et avait correctement réalisé les 17 à 18 mouvements nécessaires pour charger et tirer avec son fusil à chargement par la bouche. Les armes à chargement par la culasse diminuèrent le nombre de mouvements nécessaires au rechargement. Or dans les faits les tireurs n'étaient pas forcément correctement entraînés et le stress du combat, la fumée, la présence relativement proche de l'ennemi et surtout de son feu faisait que les tirs n'était pas plus efficaces qu'au temps du mousquet à âme lisse. On estime qu'un soldat avait une chance sur 65 d'être tué au combat, 1 sur 10 d'être blessé. Dans bien des affrontements les taux de pertes atteignaient les 30% et bien souvent les armées vainqueurs avaient à peine moins de morts que les armées vaincues.

Les régiments d'infanterie devaient apprendre à former les rangs pour être utiles au combat. C'était un apprentissage fastidieux et long que seul le "drill", ou l'entrainement répétitif, permettait d’acquérir. Pour qu'un régiment soit pleinement opérationnel il faut compter une période d'entraînement d'environ un an, ce qui en temps de guerre est un luxe qu'aucun des belligérants ne pouvait s'offrir. A l'exception des soldats réguliers qui étaient bien entrainés, le plus souvent les recrues apprenaient à marcher en formation, un peu de tir et le régiment partait au combat. De plus, le nord préférait envoyer des régiments entièrement nouveaux plutôt que d'amalgamer les recrues aux vétérans et se retrouvait avec des unités entières de novices au front. Le sud pratiquant le comblement des pertes par de nouvelles recrues dans les anciens régiments put maintenir un meilleur niveau opérationnel.

Les formations de l'infanterie de la guerre de Sécession

Les formations:

L'infanterie avait adopté un règlement en partie adapté, par le major Hardee, d'un règlement du combat d'infanterie légère français
Formée sur deux rangs la ligne reste la formation de combat la plus employée sur le champ de bataille. Cette formation offre l'avantage de maximiser la puissance de feu du régiment. Le régiment fait feu de droite à gauche par rang, compagnie ou file. Mais ces dispositions demandait de l'entrainement et bien souvent le feu à volonté lui était préféré. L'armée professionnel était la seule à réaliser a peu près correctement l'ensemble des manœuvres, formations, marche, changement de formations, tirs etc, les officiers et encadrements des unités de volontaires firent ce qu'ils purent avec des civils transformés en soldats en si peu de temps.


Le régiment combat le plus souvent sur deux rangs, six compagnies sont utilisées à cette fin tandis que deux autres sont positionnées plus en avant déployées en tirailleurs. Les deux dernières sont placées en réserve à 200 mètres derrière. En 1862 un nouveau règlement "l'infantry tactics" est adopté par l'US Army. Il prône l'attaque en colonne par division à deux compagnies de front avec une compagnie en tirailleur et une autre en réserve. Déployé en brigade, un régiment combat entièrement en tirailleur en avant des autres qui sont déployés en ligne classique et espacés de 50 à 300 mètres les uns des autres. Pour l'attaque la formation en colonne est préférée à la ligne. Il en existe de 4 types : la colonne par division qui comporte comme on l'a déjà vu deux compagnies de front, la colonne par compagnie ou la largeur du régiment est d'une compagnie, la colonne de route de deux ou 4 hommes de front et qui n'est pas employée pour l'assaut et enfin la colonne ouverte avec un espacement entre chaque compagnie lui permettant de se mettre en ligne rapidement par simple pivot d'un quart de tour.

La division se déploie également en ligne mais généralement des régiments sont placés en réserve ou sur les flancs en colonne par division ce qui rappelle l'ordre mixte utilisé par les troupes napoléoniennes.

Les formations de l'infanterie de la guerre de Sécession
Les formations de l'infanterie de la guerre de Sécession

De telles formations denses permettent de mieux contrôler les troupes, surtout si elles sont inexpérimentées, mais elles offrent une surface cible importante à l'artillerie, particulièrement lorsqu'elles sont disposées en colonnes. Lorsque deux lignes se fusillent à 200 ou 100 mètres les pertes sont terribles et très souvent l'un des deux adversaires craque avant qu'une charge ne soit lancée. Car le principe reste toujours le même : l'unité se déplace en ordre lâche sur le champ de bataille pour limiter les pertes dues à l'artillerie puis se déploie en ligne, s'approche de l'adversaire pour faire usage de son feu de salve ou alors avance en tirant, la charge à la baïonnette n'est pas souvent tentée les deux ligne s’arrêtant à une certaine distance et se fusille jusqu’à ce que l'une d'entre elle cède.

Seulement sur le terrain les régiments en défensive infligeaient des pertes terribles aux attaquants lors de leur avance et rarement la charge pouvait être lancée faute de combattants moralement ou physiquement apte, les lignes, trop ébranlées, se repliaient. Certaine préféraient se retrancher sur une position du terrain mieux protéger pour échanger des tirs avec l'adversaire jusqu’à épuisement des munitions. D'une manière générale, l'adversaire retranché en défensive statique avait potentiellement plus de chance de prendre le dessus dans le résultat du combat.

Paradoxalement la guerre de Sécession que l'on qualifie souvent de premier conflit moderne reste incroyablement obsolète dans le déploiement tactique des masses dans le plus pur style napoléonien sans tenir compte du développement de la puissance de feu des armes d'infanterie qui aurait pu donner une tactique plus ouverte et a des distances plus grandes. Les armes d'infanterie commencent à atteindre leur efficacité optimale entre le canon rayé, le chargement rapide par la culasse ou les armes à répétition, seul la portée et la rapidité du tir n'aura de cesse de progresser dans les années qui suivent. Il faut toutefois nuancer ce tableau, car dans le stress de la bataille les soldats ne tiraient pas forcément mieux que leurs ancêtres continentaux ou du Mexique, certains rechargeaient frénétiquement sans se rendre compte qu'ils avaient oublié de placer la capsule fulminate pour le départ du coup entassant les balles dans le canon. Le système de feu à percussion aura néanmoins pour effet de limiter les non feu comme le fusil à silex qui avait un raté pour une quinzaine de tir. De plus la portée supérieure des armes fut plus utiles au sharpshooter et autres tirailleurs qu'aux soldats en ligne qui continuaient à se fusiller à courte distance comme on le faisait au début du 19ème siècle. Par contre la zone létale ou un homme pouvait être atteint avait augmentée, les tireurs d'élites, équipés des premiers fusils à lunette, firent des "cartons" mémorables dans les rangs des cadres adverses, malheur au commandant trop visible sur son cheval.

Néanmoins les Américains firent parfois preuve d'innovation en utilisant de nouvelles tactiques comme par exemple l'attaque en bonds successifs pour limiter l'impact d'un tir ennemi trop important. Lors de la bataille de Spotsylvania en mai 1864, le Colonel Upton mena ses hommes en leur intimant l'ordre de ne pas faire de pause pour recharger et tirer mais de se ruer en avant de positions retranchées en positions retranchées. L'unité avance en ligne, se retranche, tire puis repart dans une succession de bonds en avant. Malgré un succès initial, le manque de soutien fit échouer cette attaque d'un genre nouveau et résolument moderne. On peut citer aussi, au fur et à mesure de l'avancé du conflit, l'emploi de fortifications de campagne lors des sièges mais aussi pour fortifier une position dans les batailles rangées, les tranchées font leur apparition autour de Vicksburg ou Petersburg de même qu'apparaissent les mines et l'explosion de charges importantes enterrées sous les positions ennemies au moyen de tunnel comme lors de la guerre de Crimée (dont McClellan fut un observateur officiel). A côté des formations classiques, l'improvisation eu une part non négligeable dans les combats de la guerre civile. Au final, ce n'est pas par entêtement que les officiers menaient leurs hommes dans ces conditions au combat mais par défaut d'une meilleure doctrine. Seul les plus audacieux se risquèrent à changer les règles des dogmes du combat linéaire sans toutefois forcément obtenir des succès sur le terrain.

Conclusion

La guerre de Sécession ne révolutionna pas l'emploi de l'infanterie, le fusil à canon rayé ne put s'exprimer dans toute sa puissance par le fait des tactiques employées qui réduisaient ses capacités. Pourtant la guerre de Crimée avait déjà montré la puissance de telles armes mais peu de leaders militaires surent en tirer les enseignements et aux États-Unis la facile victoire sur le Mexique avait déformé la vision de l'offensive. Les troupes mexicaines équipées de fusils à âme lisse n'avaient pas tenu face aux troupes américaines équipées d'arme à canons rayés. Une nouvelle vision doctrinale aurait du être mise en place mais il n'en fut rien. On assistera souvent à de futiles attaques de ligne d'infanterie sur des positions retranchées avec la plupart du temps toujours le même résultat. Pire encore, l'hécatombe de la guerre civile américaine ne servira pas plus aux chefs militaires européens qui commettront les mêmes erreurs dans la guerre de 1870 ou les masses en ligne se feront massacrer par les tirs précis des armes à chargement par la culasse et à canon rayé mais à des portées bien plus grandes: Le Chassepot français pouvant tuer à 1200 mètres.

Les batailles de la guerre de Sécession sont le trait d'union sanglant entre les guerres napoléoniennes de par la tactique utilisée et les guerres modernes de la fin du 19ème siècle de par la puissance de feu de l'infanterie. Enfin il faut encore relativiser le point de vue "américain" du conflit, décrit comme la véritable "grande guerre" de l’Amérique par James Mcpherson (éminent spécialiste de la guerre civile) 700 000 morts sur 4 ans est le plus grand nombre de pertes consenties par les États-Unis dans un conflit toutes guerres confondues. Mais cela reste peu face aux 2 à 4 millions de morts des guerres napoléoniennes qui se sont déroulées 50 ans plus tôt ou la révolte des Taiping en Chine qui se termine en 1864 avec un bilan effarant de 20 à 30 millions de morts. Rappelons également que les maladies feront bien plus de morts que les combats, tout comme il faut relativiser le concept de première guerre moderne quand la guerre de Crimée avait déjà montré la puissance des nouvelles armes. La première grande guerre industrielle serait plus juste tant les capacités techniques et technologiques des deux camps ont été poussé à leurs extrêmes (pour le sud en particulier).

Les formations de l'infanterie de la guerre de Sécession