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Les causes de la guerre de Sécession

Publié par Olivier Millet

Les causes de la guerre de Sécession

Il est difficile de résumer les causes extrêmement complexes de la guerre civile, les racines du mal qui engendrèrent la terrible guerre de Sécession sont à rechercher bien au-delà de la simple question de l'esclavage et de son abolition. La guerre de Sécession est l'aboutissement d'une crise sociale, politique, philosophique et économique qui a débuté à la naissance des États-Unis. Lorsque les treize colonies se rebellèrent contre l'autorité britannique, le Congrès de Philadelphie rédigea une constitution provisoire qui paradoxalement instituait une confédération d'états afin de satisfaire les désirs d'indépendance vis-à-vis d'un pouvoir central de chaque état. Ratifié en 1781 et la guerre terminée en 1783, les États-Unis n'étaient pas encore sortis des troubles politiques qui se faisaient jour entre partisans de la confédération d'états et partisans d'un état fédéral fort. D’âpres luttes politiques et la recherche d'un compromis firent qu'il fallut attendre encore 4 ans pour qu'une assemblée constituante accouche d'un des textes fondamentaux du pays : la Constitution.

Un régime fédéral face à de multiples crises:

"Une petite rébellion de temps en temps c'est comme un orage qui purifie l'atmosphère"

Thomas Jefferson

Les États-Unis devenaient un régime fédéral à deux chambres (le Sénat et la chambre des représentants) mais se posait le problème de la représentativité des états de l'Union et de leur ascendant politique vis-à-vis de l'état central fédéral. La lutte entre les fédéralistes qui voulaient un état fédéral fort capable d'imposer ses vues aux états de l'Union, et les anti-fédéralistes qui voulaient que l'état central soit plus représentatif qu'investi de réels pouvoirs décisionnels quant à la politique interne de chaque état, continuait. La constitution de 1787, promulguée en 1788, est le résultat d'un compromis visant à satisfaire les deux courants politiques. Le pouvoir des fédéralistes est dominant au début mais finalement après la guerre de 1812 ils furent minoritaires et disparurent de la scène politique de par leur opposition à la guerre avec l'Angleterre. La guerre de 1812 avait d'ailleurs démontré que les dissensions entre partisans d'un pouvoir central fort et partisans de la souveraineté des états étaient encore très importantes. La crise engendra d'ailleurs un risque (avéré ou non) de sécession de la part de certains états de Nouvelle-Angleterre, opposés à la guerre contre l’Angleterre, et le reste de l'Union. Le président Madison avait dû mobiliser une partie de l'US army pour mater en cas de besoin la révolte dans l’œuf. Un des points de discorde à cette époque était le refus de certains états d'envoyer au combat leur milice respective, comme la constitution les autorisait à le faire, alors que le pays était menacé d'invasion. Ce ne fut qu'avec les victoires américaines de 1814 que les membres de la convention d'Hartford, dont certains s'étaient montrés ouvertement en faveur d'une séparation avec l'Union, furent rejetés par le congrès et que l'idée même de sécession fut rendue caduque. Mais la menace avait été sérieuse et des crises semblables revinrent plusieurs fois en 1820 avec le problème de l'intégration du Missouri dans l'Union et en 1850 avec la question de l'intégration des états conquis sur le Mexique et l'équilibre représentatif entre états esclavagistes et abolitionnistes.

Dans les années 1820/1830, la doctrine du président Monroe qui visait à faire de l’Amérique du nord la chasse gardée des États-Unis, permit aux Américains de s'enfoncer vers l'ouest et le sud. Malgré des tensions avec les Anglais qui voyaient d'un mauvais œil l'accroissement de la puissance de leur voisin du sud (depuis le Canada). Ces derniers, par une succession d'accords, avaient finalement tracé les contours définitifs de la frontière nord entre le Canada et les États-Unis. Au sud, le Mexique fit les frais de l’appétit territorial féroce des Américains boostés par une immigration énorme qui augmentait considérablement la population américaine. La guerre avec le Mexique en 1846/1848 permit aux États-Unis d’intégrer les immenses territoires de la Californie et du Nouveau-Mexique ( voir guerre avec le Mexique : http://thehallsofmontezuma.over-blog.com/ ) Mais l'intégration de ces nouveaux territoires au sein de l'Union posait le problème de l'adoption ou non dans ces états du système esclavagiste. Les états du sud moins dynamiques démographiquement parlant, perdaient du terrain à la chambre car la représentation des états basée sur le nombre d'habitants donnait de plus en plus de pouvoir aux états du Nord. Une solution avec l'intégration pour 3/5 de chaque esclave dans le décompte permit de rétablir l'équilibre mais la croissance démographique était telle que le nord retrouverait rapidement son ascendant représentatif. Une lutte entre états abolitionnistes du nord et esclavagistes du sud allait s'engager pour permettre à chaque état nouvellement intégré d'établir ou non l'esclavage sur son sol. Cette lutte de pouvoir et d'influence allait émailler les décennies avant la guerre civile. Le compromis de 1850 permit un temps d’apaiser les tensions, mais il apparaissait comme évident que les états du sud perdaient peu à peu leur influence au Congrès et les risques de déstabilisation, à leur yeux, de leur système économique basé sur l'esclavage, augmentaient.

La lutte de pouvoir prit un tournant de plus en plus dramatique au Kansas en 1856 lorsque les affrontements entre pro et anti esclavagistes firent plus de 50 morts dans ce qui fut appelé la guerre du Kansas. Même aux plus hautes marches de l'état, au Congrès, le sénateur Brooks de la Caroline du Sud roua de coups de canne le sénateur Summer abolitionniste. Cette image déplorable des luttes intestines entre les deux courants ennemis fut récompensée au Sud par une canne d'honneur.

Lorsque Abraham Lincoln fut choisi comme le candidat du parti républicain et qui s'était déjà fait connaître par ses discours sur les risques que faisait courir l'esclavage sur l'union, le Sud vit une menace certaine en cas de victoire de ce dernier. Lorsqu'il remporta les élections, la Caroline du Sud qui avait menacé de mettre un terme à son appartenance à l'union si Lincoln devenait président, fit sécession.

Les causes de la guerre de Sécession

L'esclavage cœur du problème:

"A chaque fois que j'entends quelqu'un défendre l'esclavage, j'ai une énorme envie de lui voir appliqué personnellement"

A. Lincoln discours au 140 ème régiment de l'Indiana 1865

Pratiqué bien avant l'indépendance et principalement dans le sud des 13 colonies, l'esclavage des noirs permit la mise en culture de vastes zones et le développement de l'économie rurale. Suivant le fameux système triangulaire, les noirs africains étaient transportés dans des conditions déplorables vers l'Amérique et les colonies espagnoles ou anglaises. Avec l'arrivée de nouveaux colons et de nouveaux territoires à défricher, le besoin en esclaves augmenta. L'industrie se développant au nord, les esclaves ne furent bientôt plus utilisés que dans le sud qui basait son économie sur la culture vivrière et pour l'export. Une société très particulière s'était mise en place au sud où les blancs riches profitaient de plus en plus de l'esclavage des noirs et accumulaient une grande richesse. Plus que l'or, la terre et les esclaves qui travaillaient dessus demeuraient le véritable trésor de la caste dominante des planteurs du sud. L'asservissement d'une population (noire) permettait l'amélioration des conditions de vie d'une autre (blanche), mais bien peu de Sudistes blancs bénéficiaient des revenus de l'esclavage et la plupart des habitants du sud ne possédaient pas d'esclaves. Devant la demande importante des industries européennes, du textile notamment, le sud se couvrit de champs de tabac, de coton, de rizières et... d'esclaves. L'apparition de la machine à égrener le coton en 1793 multiplia la production et le besoin en esclaves; En 1860 aux États-Unis 1 américain sur 7 était la propriété d'un autre. La frontière entre les états pratiquant l'esclavage et les autres avait été fixée sur la ligne Mason-Dixon jusqu'en 1820. En 1820 le compromis avait établi une limite sur le 36eme parallèle entre états esclavagistes et abolitionnistes, puis le compromis du Missouri décidait de laisser le choix aux nouveaux arrivants dans les territoires pour installer ou non un système esclavagiste dans tous les nouveaux états de l'union. Cette souveraineté populaire fut à l'origine des conflits du Kansas.

De son côté, le nord avait une population deux fois plus importante que le sud, son industrie était de plus en plus développée et une nouvelle classe avait fait son apparition : l'ouvrier des manufactures. L'ouvrier du nord et l'esclave du sud vivaient tous les deux misérablement mais le noir était privé de sa liberté et en outre risquait de voir sa famille vendue. Au nord les ouvriers risquaient leur vie dans des conditions de travail terribles et pouvaient perdre leur emploi du jour au lendemain. Des noirs vivaient également au nord mais aucun en esclave. Parmi eux des intellectuels, comme Frédéric Douglas, firent beaucoup pour amener la question de la condition humaine ou plutôt inhumaine, des esclaves sur la table des débats publics et faire progresser la cause de l’abolitionnisme.

Les débats au Congrès furent houleux lors de la question de la guerre du Mexique et de l'intégration des nouveaux états. Dans les années 1850, la question de l'abolition de l'esclavage prit de plus en plus d'importance. Au nord des sociétés anti-esclavagistes firent leur apparition, des publications, journaux ou livres, firent se propager en Amérique comme en Europe les idées abolitionnistes. "La case de l'oncle Tom" fut un succès mondial en 1852 et se classait en numéro 2 derrière la bible quant au nombre d'exemplaires vendus.

Des esclaves, aidés parfois par des hommes du nord, s'échappèrent de leurs plantations et se réfugièrent au nord. Mais une loi protégeait leurs propriétaires et leur permettait de venir les récupérer même si les esclaves avaient trouvé refuge dans un état abolitionniste. La population américaine était en majorité opposée à l'idée-même de l'esclavage mais dans le sud, on critique plus les tentatives d'ingérence du Nord dans leurs affaires internes que les conditions humaines misérables des esclaves dans leurs plantations.

Au congrès, le nouveau parti républicain proposa la fin de l'esclavage dans l'Union et une diminution de l'autonomie des états. A l'affrontement verbal, parfois musclé, à la chambre des représentants viennent s'ajouter des affrontements armés. En 1856, John Brown, abolitionniste forcené, massacra avec ses fils et à coups de sabre cinq colons esclavagistes dans le Kansas. Au Kansas, l'intégration dans l'Union de ce nouvel état dégénéra en affrontement entre pro et anti esclavagistes et fit 56 morts. En 1859 à Harper Ferry en Virginie, le même John Brown, avec ses fidèles, s'empara d'un dépôt d'armes et envisagea une rébellion d'esclaves. Après un court combat, il est arrêté et ses hommes survivants emprisonnés. John Brown fut pendu et devint un martyr à la cause de l'abolitionnisme.

La tension était à son paroxysme et l'arrivée du nouveau président, Abraham Lincoln en 1860, n'allait pas calmer les ardeurs. Lincoln et son programme anti-esclavage fut ressenti comme une menace par les états du sud qui risquaient de perdre leur influence au Congrès, mais - plus important que tout - leur moyen de maintenir leur économie entièrement bâtie sur le travail des esclaves. Ce fut la goutte d'eau qui déclencha la sécession de la Caroline du Sud le 20 décembre 1860 dans un premier temps puis d'autres états du sud. Dès lors la guerre avec l'Union n'était plus qu'une question de temps car la détermination de Lincoln à ne pas céder ne laissa plus d'autres alternatives.