Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'infanterie de la Confédération (1)

Publié le par Olivier Millet

L'infanterie de la Confédération (1)

Lors du déclenchement de la guerre civile, la Confédération sudiste avait mobilisé 100 000 volontaires dans tous les états. L'infanterie sudiste à l'origine devait comprendre un noyau de troupes régulières dont l’effectif théorique devait atteindre les 15000 hommes (mais ce ne fut jamais le cas). L'essentiel des troupes de la Confédération serait fourni par la milice et les volontaires des différents états. L'infanterie sudiste monopolisait l'essentiel des recrues mais il est difficile d'avoir des chiffres précis quant à leur nombre exact. Fin 1861, le ministère de la guerre fait état d'un effectif théoriquement sous les drapeaux de près de 326000 hommes mais on ignore dans quelles proportions ils furent répartis entre les trois armes et la marine et combien étaient réellement sous les drapeaux.

Puisque les officiers d'infanterie sudistes venaient de l'armée fédérale, l'organisation des régiments d'infanterie était la même qu'au Nord. Le régiment d'infanterie sudiste regroupait 10 compagnies. Chaque compagnie totalisant théoriquement 100 hommes et commandée par un capitaine. Théoriquement un régiment à plein effectif comportait 1000 hommes plus l'état-major du régiment. Les pertes firent que les régiments affichaient en campagne un effectif moyen de 400 hommes. Comme au Nord, les volontaires étaient amalgamés en régiments de volontaires du même état. Chaque régiment portant le numéro correspondant à sa date de création ; ainsi le premier régiment de volontaires levé en Virginie s'appellerait le 1st regiment of Virginia et ainsi de suite. Mais à la différence du Nord, le régiment comblait ses pertes par l'apport de nouvelles recrues au lieu d'être dissous et recréé. L'avantage de ce système est qu'un fort esprit de corps régnait au sein de chaque régiment et que l’amalgame entre anciens soldats et nouvelles recrues permettait de garder un bon potentiel tactique.

Le Sud étant peuplé par 4 millions d'esclaves, put envoyer un nombre conséquent de soldats blancs sans avoir à perdre de main-d’œuvre. Néanmoins, aussi étonnant que cela puisse paraître, des soldats noirs furent enrôlés dans l'armée sudiste mais le plus souvent pour des taches subalternes et presque jamais dans les unités de combat. Bien qu'un drapeau propre à toute l'armée sudiste existât, les régiments n'emmenaient souvent qu'un seul drapeau au combat : leur emblème national agrémenté de symboles propres à leur régiment ou le "battle flag" confédéré à croix de Saint-André avec le nom du régiment et ses honneurs de bataille dans ses plis.

Au début du conflit, chaque compagnie de volontaires était habillée selon ses propres goûts vestimentaires et une grande disparité de tenue pouvait exister au sein d'un même régiment. La bataille de Bull Run et le désordre dû aux confusions sur le champ de bataille fit que progressivement les soldats du Sud portèrent un uniforme de couleur grise. La difficulté pour obtenir du tissu gris fit que des uniformes aux teintes marron clair apparurent (le pigment était obtenu à partir de brou de noix). Cette tenue fut dénommée "butternut".

Malheureusement pour les soldats sudistes, l'intendance eut du mal à fournir des tenues complètes et, campagne après campagne, l'armée sudiste ressemblait de plus en plus à un ensemble de soldats dépenaillés vêtus d'uniformes rapiécés ou en loques et parfois pieds nus.

Pire encore, les magasins des états gardaient les fournitures pour leur milice et refusèrent parfois de fournir l'armée "régulière". Ainsi lorsque l'armée de Virginie du Nord du général Lee réclama du matériel elle reçut une fin de non-recevoir de la part des subsistances de certains états qui préféraient garder leurs réserves pour leurs milices respectives. Le droit des états demeurait...

En campagne:

L'armée confédérée en général et l'infanterie en particulier étaient habituées à vivre sur le terrain de manière très rustique, les tentes étaient rares et la plupart des fantassins dormaient à la belle étoile ou sous des abris de fortune. Il était d'ailleurs difficile d'estimer le nombre de soldats sudistes pour un éclaireur ennemi qui souvent se contentait de comptabiliser les tentes des camps observés pour évaluer la force d'une armée. La nourriture était un problème car la déficience des services d'intendance faisait que les hommes devaient passer beaucoup de temps à rechercher de la nourriture (bétail capturé le plus souvent). Les soldats emmenaient dans leur musette de la farine de maïs, du lard et parfois des fruits et des légumes glanés sur le chemin. Bien souvent, ils avaient pour habitude de faire cuir le lard, récupérer la graisse, la mélanger à la farine et enrouler la pâte obtenue autour d'un bâton qu'ils faisaient griller au-dessus d'un feu. Mais c'est parfois le ventre vide que le soldat allait au feu en criant son fameux "rebel Yell". Ce cri terrifiant pour les hommes du Nord qui fut entendu la première fois à Bull Run et dont on ignore aujourd'hui à quoi il pouvait exactement ressembler. La nuit dans les camps si le régiment en possédait un, il n'était pas rare d'entendre jouer par des fanfares militaires, des airs d'opéra, de polka ou populaires pour remonter le moral des hommes. Courageux à l’extrême au combat, les Confédérés étaient parfois réduits à récupérer les armes et le matériel de l'ennemi sur le champ de bataille. Vers la fin de la guerre ils s'habillaient même avec les tuniques bleues de leur adversaire tellement leur uniforme étaient en haillons. Les canons et les fusils étaient les bienvenus tellement le Sud manquait de moyens pour les produire, d'autant que, plus le conflit avançait, plus le blocus empêchait les armes achetées à l’étranger de parvenir à la Confédération. Dans l'infanterie sudiste les unités du Texas ou de Virginie étaient considérées comme les plus aguerries, le général Lee avait une très grande confiance dans les capacités de sa brigade texane commandée par John Bell Hood, tandis que la brigade de Virginie de Jackson était auréolée de la gloire de ses victoires à Manassas ou dans la campagne de la Shenandoah. "Johnny Reb" ou Johnny le rebelle comme les appelaient les Nordistes était un fantassin solide habitué à la dure mais ne pouvait soutenir un combat contre une armée suréquipée comme celle de l'Union. Payé 11 dollars avec une monnaie qui ne cessait de se dévaluer, la volonté de combattre du soldat sudiste est à rechercher dans la certitude de la justesse de sa cause, la défense de son foyer contre des armées nordistes de plus en plus destructrices et certainement pas pour protéger un système qui ne profitait qu'aux plus aisés. Ne possédant aucun esclave et peu de biens de valeur, le soldat d'infanterie confédéré était bien le reflet de cette guerre : une guerre de riches menée par les pauvres. Mais quand tout fut terminé, l'armée nordiste témoigna, en général, un profond respect envers ces hommes courageux sans triomphalisme déplacé.
Les régiments dépenaillés qui défilèrent à Appomatox le 9 avril 1865, le firent non pas sous les "hurray" des vainqueurs mais dans un silence teinté du respect que l'on doit même à l'ennemi qui a partagé les mêmes souffrances pendant quatre ans.

Le gris des uniformes de l'armée régulière n'étant pas toujours de très bonne qualité les teintes ne se fixaient pas très bien sur les tenues, l'usage plus anecdotique que régulier de la teinte Butternut donnait un aspect marron aux uniformes mais le gris ou les gris demeuraient la norme pour toute l'armée après 1861.

Le gris des uniformes de l'armée régulière n'étant pas toujours de très bonne qualité les teintes ne se fixaient pas très bien sur les tenues, l'usage plus anecdotique que régulier de la teinte Butternut donnait un aspect marron aux uniformes mais le gris ou les gris demeuraient la norme pour toute l'armée après 1861.

L'uniforme :

L'uniforme était réglementé par l'ordonnance de 1861 mais cette dernière fut très peu suivie par manque de moyens. La couleur grise fut choisie en lieu et place du bleu des fédéraux. Le gris était une couleur très populaire dans tous les États-Unis, c'était la couleur des cadets des académies militaires et il revêtait une connotation de troupe d'élite depuis la guerre de 1812 et la brigade grise de Scott durant la campagne du Niagara. La coupe de la tunique était d'inspiration germanique (jäger autrichien) L'uniforme du fantassin comportait un frock coat gris à double rangée de 7 boutons en cuivre. Le col et les manches étaient bleu clair ainsi que le pantalon. La partie amovible de la tunique était passepoilée de bleu clair. Le chapeau était le képi mou ou "forage cap". Les baudriers et ceintures étaient en cuir noir, la boucle de ceinture en cuivre était marquée du sigle "CS" "Confederate States" la baïonnette était portée sur la ceinture ainsi que l'étui à capsule à fulminate. Bien que le fantassin puisse porter un sac à dos en cuir noir, très vite, le soldat sudiste apprit à utiliser sa couverture roulée comme un sac dans lequel il rangeait son nécessaire vital. Le cuir marron remplaça peu à peu le cuir noir pour l’équipement. Au début la confédération fournissait à chaque soldat 21 dollars tous les six mois afin que ce dernier puisse s'habiller ; ce système perdura jusqu'en 1862. En décembre 1862 il fut établi que chaque soldat recruté pour 3 ans devait recevoir 2 vestes dans la première année et une les autres années, deux casquettes par an et trois paires de pantalon. Plus les années passèrent et plus le Sud raccourcit l'uniforme : le Frock coat fit place au "sack coat" et à la "shell jacket" de la même manière qu'au Nord. Le gris céda parfois la place à un marron fade le "butternut". De toute façon la longue tunique en laine était particulièrement inconfortable surtout sous les climats les plus chauds de la Louisiane ou de la Géorgie. Tous les régiments des différents états étaient plus ou moins semblables vers le milieu du conflit ; les exubérances vestimentaires de certaines unités de volontaires ont laissé la place à une uniformisation des tenues. Bien que certains régiments, comme au Nord, gardaient un uniforme typique, le soldat confédéré vêtu de gris demeurait la norme.

Les sous-officiers portaient des chevrons bleu clair sur les deux bras ainsi qu'une écharpe bleue autour de la taille sous la ceinture. Ils emmenaient une épée droite ou une sorte d'épée courte ou glaive. Les pantalons bleu clair étaient ornés d'une bande bleu foncé. Les chevrons furent parfois réalisés dans un tissu sombre (noir ou gris foncé).

Les officiers portaient la même tenue mais possédaient une écharpe rouge et non bleu clair et leurs manches étaient relevées d'un entrelacement de nœuds décoratifs dont le nombre indiquait le grade. Au lieu de chevrons, les grades étaient indiqués sur le col en lacets d'or. Ils portaient l'épée mais préféraient un pistolet : le modèle français Le Mat 1859 avec double canon pour une décharge de chevrotine en plus des balles ordinaires introduit en Amérique par le major Beauregard (futur général). Comme les sous-officiers, ils portaient une bande bleu foncé sur le pantalon. Les officiers généraux portaient un pantalon bleu foncé à double bande dorée. Très souvent les officiers préféraient porter des tenues personnalisées pour refléter leur individualisme et l'esprit indépendant envers toutes normes. Le chapeau mou, appelé aussi "slouch hat", fut aussi populaire que le képi, les texans aimaient à avoir une étoile sur le devant de ce genre de coiffure et un des côtés relevé.

Les différentes fabriques au sud fournirent des tenues variées dans la couleur, il existait des dizaines de gris différents, plus ou moins foncés, plus ou moins colorés qui ressemblaient parfois à du bleu. La qualité des teintures n'étant pas toujours au rendez vous, elles virèrent dans des teintes marron fade. Quand l'absence de dépôt ou de ravitaillement se faisait trop longtemps sentir, le soldat n'hésitait pas a se servir sur les ennemis pour parer au plus pressé. Ce genre de pratique étaient le plus souvent interdite par les officiers qui craignaient de voir la confusion s'installer entre des tenues grise et bleues. Il est arrivé également que les dépôts des états refusent d'envoyer du matériel et des uniformes préférant les conserver pour les troupes basées sur leur sol. La logistique plus tendue au sud qu'au nord et surtout dans les derniers mois laissa parfois des unités dans des situation difficile leur donnant un aspect largement moins soigné qu'a l'accoutumé.

L'uniforme est standardisé dès la fin 1861 et le département du "quatermaster" à Richmond qui stipule organise et diffuse les patrons d'uniformes préconise une solde de 21 dollars (25 à la fin du conflit) par semestre à chaque soldat afin de l'équiper d'un uniforme gris dont le schéma type est diffusé aux ateliers et fabriques de chaque état confédéré.
En 1862 la situation se dégrade et oblige certaines unités a recourir a des expédient locaux pour habiller les hommes (apparition de la fameuse teinture marronâtre butternut pour pallier au plus pressé). Mais en 1863 la situation se stabilise, notamment pas l'arrivé de fournitures d'importations, et les troupes sont dans la majorité correctement habillées. Néanmoins certains états refusent de répondre favorablement aux demandes croissantes en uniformes et fournitures préférant garder leurs stock, pourtant abondamment pourvus, pour leurs régiments locaux. Certaines unités sont décrites comme étant mieux habillés que leurs homologues de l'union mettant à mal le mythe du soldats sudiste en haillons. Les deux principales armées, celle de Virginie du Nord et celle du Tennessee sont totalement pourvues d'uniforme du même standard à défaut de la même couleur ou teinte de gris. La situation sur le front se dégradant avec la chute d'Atlanta et de Vicksburg les fournitures de tenues ralentissent. Le blocus devenant de plus en plus étanche, le Mississippi, véritable autoroute du sud, est tombé aux mains des fédéraux et nombre de dépôts sont perdus rendant de plus en délicat l'envoi des tenues aux hommes de troupes. L'utilisation de tenues sur les soldats ennemis tant a se généraliser, bien que formellement défendue par le commandement qui a peur des confusions. Les pantalons bleu-clair sont souvent d'anciens vêtements de soldats nordistes. Néanmoins il semble que les troupes autour de Richmond fin 1864 soient toujours correctement habillées comme l'atteste des photos prises après la chute de Petersburg. Le reste des armées perdues et en cours de dissolution affrontent une situation bien différente et sont souvent démunies de tout car coupés de leurs voies d’approvisionnement. Paradoxalement à la fin du conflit, certains dépôts comme ceux de Caroline du Nord regorgent d'uniformes neufs et ont refusé de les distribuer à d'autres troupes que les leurs même quand la situation générale devenait alarmante pour la cause du Sud. Les ateliers de confections qui n'étaient pas tombés entre les mains des forces de l'union continuèrent jusqu’à la fin de produire des tenues mais furent incapable de les envoyer a ceux à qui ils étaient destinés.

Les bureaux de Richmond produisirent différent types d'uniformes réglementaires
le premier en 1861, réalisé dans du tissus de bonne qualité avait 9 boutons et était ornés d'un col et de manches bleu clair a parement en pointe, d'un lacet bleu clair sur la poitrine et les pattes d'épaule
Le second type diffusé en 1862 était généralement dépourvu de lacets bleu clair et d'ornement sur le col et les manches, la taille demeurait identique, le tissus est de qualité moindre en laine ou Kersey mais toujours gris.
Un dernier et troisième type apparu, dépourvu de pattes d'épaule et de tout ornement, une partie de cet uniforme était fabriquée en Angleterre et parvint à franchir le blocus, sa couleur variait entre le gris foncé et le bleu gris et était attaché avec 5 boutons au lieu de 9.

Les principaux ateliers étaient Colombus, Richmond, Atlanta, Athens, Tallassee, Montgomery, Tuscaloosa, Graniteville ils produisait des tenues aux même standard quand à la taille et la coupe mais les teintes variaient et étaient de qualité parfois médiocre qui viraient au marron avec l'usure, mais des fournisseurs envoyait également à Richmond du textile en jean naturel ou teint en marron dont le fameux "Butternut" une teinture végétale qui servait le plus souvent pour les pantalons mais qui ne correspondait pas à la norme chromatique des principaux ateliers qui teignait le tissus en gris. A noter l'utilisation de coton brute non teint pour fabriquer des uniformes blancs portés par le 3éme régiment de Louisiane en 1863 par exemple. De nombreuses tenues survivantes dans les musées présentent un aspect marron plus ou moins clair mais pour nombre d'entre elles il s'agit d'une variation de la teinte grise originelle trop longtemps exposé. Le soldat sudiste de 1861 à 1865 est majoritairement habillé en gris.

grades des officiers, dans l'infanterie c'est le bleu clair qui est la couleur distinctive du col et des manches.

grades des officiers, dans l'infanterie c'est le bleu clair qui est la couleur distinctive du col et des manches.

Commenter cet article