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L'année 1861, la fin des illusions

Publié par Olivier Millet

L'année 1861, la fin des illusions

Lorsque la guerre commence par la lutte pour un îlot au large de Charleston, les deux belligérants , comme c'est d'ailleurs souvent le cas, pensent et espèrent que le conflit sera de courte durée. Au Nord comme au Sud on soutient que sa cause est juste et doit être défendue. Le Sud, pays rural dont l'économie est basée sur le travail des esclaves, affirmant haut et fort que son seul désir est qu'on le laisse tranquille et qu'il souhaite vivre selon les principes stipulés dans la constitution tout en protégeant le droit des états à se gouverner eux-mêmes contre la tyrannie du centralisme d'un gouvernement fédéral. Le Nord, industrieux, bourgeois possède une économie puissante mais basée sur le travail d'une classe ouvrière misérable payée au jour le jour, considère la Confédération comme une assemblée de rebelles qui n'a pas hésité à ouvrir le feu sur la bannière étoilée, bafouant justement la vision des pères fondateurs qui souhaitaient le progrès de la nation dans l'union des états. Abolitionniste, le Nord considère que le gouvernement central à Washington a toute autorité pour faire appliquer ses lois dans tout le pays et se trouve par conséquent au-dessus du pouvoir étatique local. Tout est question de point de vue...

L'élection d'Abraham Lincoln, abolitionniste, à la présidence, déclencha la sécession, c'est-à-dire la séparation d'un état de l'union des États-Unis, de la Caroline du Sud le 20 décembre 1860 suivi de l'Alabama, de la Floride, du Mississippi, de la Caroline du Nord, de la Louisiane et du Texas.

Le choc de Fort Sumter:

Sitôt après l'attaque sur Fort Sumter ( http://civil-war-uniforms.over-blog.com/l-attaque-du-fort-sumter-12-et-13-avril-1861http:// ) , la Virginie, l'Arkansas, le Tennessee et la Caroline du Nord rejoignirent la Confédération portant à 11 le nombre d'états sécessionnistes. Avec la Virginie, le dépôt d'Harper's Ferry et le chantier naval de Norfolk tombent entre les mains des confédérés, Richmond devient la capitale de la confédération. La capture des dépôts et forts fédéraux dans les états du Sud, fournit une grande partie de l'arsenal en canons lourds. 1/3 des équipages de la flotte fédérale, rejoignirent le Sud. Beaucoup d'officiers firent de même et en outre sur les 8 académies militaires que compte le pays 7 étaient au Sud. Au moins les armées sudistes ne manqueraient pas d'officiers. Mais l'armée régulière resta en majorité fidèle au gouvernement de Washington. Plus grave encore, le Sud ne disposait presque pas d'arsenaux pour fabriquer ses armements lourds ou légers. Sa flotte de guerre est inexistante et devra être montée de toutes pièces à partir de navires réhabilités, de navires de guerre capturés ou importés d'Angleterre.

L'attaque sudiste scandalisa le Nord et, alimentée par une presse patriotique à l'excès, déclencha dans un premier temps une vague d'enthousiasme parmi les jeunes gens désireux de se lancer dans l'aventure guerrière. Les volontaires ne manquèrent pas, les compagnies de milice furent mises sur pied et se donnaient des noms pompeux. Elles alliaient l'extravagance de leur tenue à l'inexpérience de leurs hommes quant à ce qui les attendait. On ne s’inquiétait pas trop à Washington et la plupart des volontaires qui avaient rejoint l'armée, suite à la décision du Congrès de lever 75000 hommes, n'ont signé que pour trois mois. De toute manière au Nord on était certain que la puissance de l'industrie alliée à la disproportion démographique leur donnerait une victoire facile. Lincoln, pour qui la guerre de Sécession n'existe pas et n'est qu'un problème de maintien de l'ordre américain, estime que la lutte qu'il entreprend doit avoir pour but la préservation de l'Union. Son principal souci en ce mois d'avril 1861 est d'éviter la contagion parmi les autres états indécis. Si lors des négociations pour Fort Sumter il avait cédé aux exigences sudistes, il aurait évité le bain de sang qui allait suivre mais aurait dû certainement faire face à d'autres défections d'états et au final à la totale désagrégation de l'Union voulue par les pères fondateurs. La question de l'esclavage, en 1861, est le problème de fond mais paradoxalement une fois le conflit engagé il n’apparaît comme nullement nécessaire au Nord de promulguer des lois sur son abolition ou même l'émancipation des noirs du Sud. Cela pour une bonne raison : plusieurs états du Nord ne sont pas favorables à une telle décision car esclavagistes, et décréter que tous les noirs d'Amérique seraient désormais libres faisait courir le risque de voir une partie des états du Nord quitter l'union ou pire, rejoindre la Confédération.

La mobilisation des forces:

En avril 1861, le Sud semble avoir pris les devants quant aux mesures militaires en vue d'un conflit. Il a mobilisé bien avant le Nord, dès le 6 mars, et bien que beaucoup ont jugé l'action à Fort Sumter prématurée, le Sud prend l'initiative du combat. 100 000 hommes ayant signé pour 12 mois de service sont disponibles pour l'armée confédérée ; de riches propriétaires financèrent la levée de régiments. Les états sont responsables au début de l'entretien et de l’équipement de leurs hommes, les volontaires des unités montées devaient fournir leurs chevaux. Mais si l’enthousiasme était bien présent, tout était à faire car contrairement à l'armée fédérale qui possédait déjà l'ossature administrative et organisationnelle propre à une armée régulière, le Sud n'avait rien de comparable et ce fut un début chaotique dans la mise sur pied d'une armée. Au milieu de ce désordre, le service le plus important qu'était l'intendance, fut dirigé par un homme d'une très grande efficacité : Joshua Gorgas. Malgré le manque de matières premières et de moyens il parviendra à alimenter en armes et munitions les troupes sudistes, ce qui au vu des capacités manufacturières du Sud était un exploit en soi. Mais en 1861 tout ou presque manquait. Avec une flotte inexistante, Davis accorda à des privés le droit de mener la lutte de course contre les bateaux du Nord. Mesure désespérée propre aux nations dont la faiblesse navale est patente qui conduisit Lincoln à comparer les corsaires sudistes à des pirates puisqu'ils n’appartenaient pas à une nation officielle. Mais le ministre de la Marine sudiste, Stephen Mallory, mit en oeuvre toute une série de mesures pour tenter de contrecarrer la puissance navale nordiste : les Ironclads ou navires cuirassés, les mines flottantes pour protéger les ports, et la guerre de course non pas au moyen de corsaires mais de "raiders" de la marine de guerre.

Le but de guerre du Sud est globalement de faire en sorte que le Nord soit obligé de reconnaître comme légale et officielle l'existence de la Confédération sudiste. Pour cela il n'est pas nécessaire de prendre Washington distant de 140 kilomètres seulement de la capitale sudiste : Richmond. Si l'ensemble des forces sudistes adopte une posture défensive visant à bloquer les armées du Nord, Jefferson Davis espère que l'usure, les pertes et une intervention internationale de la part de l'Angleterre ou la France feront pencher la balance en faveur de son camp. De toute manière lui et son état-major savent qu'ils n'ont que très peu de chances de remporter une guerre offensive face à une nation qui possède plus de moyens militaires, financiers, humains et une flotte qui ne manquera pas de faire le blocus des ports du Sud dans les mois à venir.

La stratégie du sud va donc être purement défensive, la géographie des États-Unis dans cette région va imposer aux stratèges des deux camps une guerre sur plusieurs fronts. Le front "Est" est la zone comprise entre l'océan atlantique et la chaîne des Appalaches que la guerre va restreindre au nord par la ville de Washington et au sud par celle de Richmond. Le front "Ouest" globalement centré sur le Mississippi et ses affluents. Pour le Sud il suffit de contenir aux portes de ces deux fronts, est et ouest, les forces fédérales pour éviter qu'elles ne s'enfoncent au cœur de la confédération. Un troisième front, maritime cette fois, échappe presque complètement aux Sudistes car cantonné à défendre leurs ports face à une flotte nordiste hors d'atteinte pour eux pour le moment. Face à cette approche strictement défensive, certains chefs de corps confédérés se révéleront étonnamment agressifs et mobiles, appliquant ainsi le concept d'offensive / défensive qui vise à exploiter toutes les failles temporairement offertes par l'ennemi pour porter des coups sur son propre terrain tout en évitant un engagement trop important de ses forces en se repliant sur ses bases une fois atteint le point d'avancée maximale. Ce concept se révélera comme une gageure car trop gourmand en hommes, ressource dont le Sud manque, et n'apportant réellement aucun avantage concret hormis temporel pour la confédération. En 1861, il apparaît que le Sud est conscient de ses faiblesses et que la partie sera difficile mais des chefs de talent, militaires comme administrateurs, vont permettre au Sud de se battre au-delà de toute espérance.

Le temps joue également contre le Nord ; il faut forcer rapidement le Sud à revenir dans le giron fédéral sous peine de risquer de voir d'autres états ou territoires indécis suivre leur exemple. Washington est conscient de l'importance des relations commerciales entre l'Europe et les exportateurs de coton du Sud qui alimentent l'industrie textile des états européens. Lincoln garda toujours à l'esprit de ne pas faire passer aux yeux du reste du monde la Confédération de Jefferson Davis comme un état ennemi sous peine de lui accorder le statut de nation belligérante à part entière et lui permettre de bénéficier du même coup d'importation massive d'armement, de soutiens diplomatiques et pire que tout d'une aide militaire éventuelle de la part de nations étrangères. L’Angleterre ne cache pas sa sympathie officieuse et intéressée pour la cause sécessionniste d'autant plus que les tensions avec Washington depuis la guerre de 1812 ont connu des hauts et des bas sur divers sujets : la reconnaissance des frontières avec les provinces canadiennes, les droits commerciaux ou de pêche, la doctrine Monroe et la guerre du Mexique. Londres, concurrent économique, a souvent vu d'un mauvais œil l'influence commerciale et diplomatique grandissante des États-Unis tout comme la montée en puissance de sa flotte marchande. Une partition de cette nation ne serait sans doute pas pour lui déplaire. Mais les opinions publiques européennes sont majoritairement opposées à l'esclavage et obligent leurs gouvernements respectifs à la prudence quant à leur attitude vis-à-vis de la confédération sudiste.

En avril 1861, l'armée fédérale est commandée par le vieux général Winfield Scott, vétéran de la guerre de 1812 et du Mexique, plus grand héros américain vivant comme l'a écrit Wellington en son temps. Scott, originaire de Virginie, propose un plan indirect qui allie un blocus des côtes sudistes à une série de manœuvres visant à s'emparer du fleuve Mississippi pour couper la Confédération en deux. Ce plan compliqué décrié par la presse fut symboliquement surnommé "Anaconda". De toute manière il est impossible pour le Nord de le mettre en œuvre pour des question de moyens insuffisants mais ce sera pourtant la vision stratégique de Scott qui sera appliquée sur le long terme. Washington mobilise également, son industrie qui se met lentement, mais surement, en marche pour soutenir la demande en armes des troupes fédérales. Mais le Nord, à la différence du Sud, possédait déjà l'ossature administrative et organique d'une armée. Malgré la confusion, propre à toute armée mal préparée au début d'un conflit ajoutée aux défections d'une partie de l'encadrement militaire pro-sudiste, la mise en œuvre de tous les services nécessaires à la bonne marche des armées se fit relativement rapidement. L'intendance fut le point fort du Nord car dirigée de manière optimale par Montgomery Meigs qui fournira tout ce qu'il faut au soldat durant toute la guerre. A la différence des soldats confédérés, les soldats du Nord eurent accès en quantité suffisante aux différentes fournitures nécessaires. Même si des spéculateurs peu scrupuleux au Nord comme au Sud profitaient du conflit pour faire parvenir aux services du matériel des produits de mauvaise qualité : vêtements qui se détérioraient très vite, des chevaux invalides etc etc.

Les événements de Mai à décembre 1861:

Le Front Ouest et le Centre:

Lincoln et Davis préparent leurs armes et vont tenter de faire basculer les états indécis qui font office de zone tampon entre l'Union et la Confédération. Le Kentucky, neutre, refusa à Washington la demande qui lui était faite d'envoyer des troupes soutenir l'Union, mais bien que souhaitant respecter cette neutralité le Nord comme le Sud massèrent des troupes aux frontières de cet état. Mais des élections internes donnèrent aux pro-unionnistes du Kentucky la majorité permettant à Lincoln de couper les envois d'armement du Kentucky vers le Tennessee par l'intermédiaire d'une proclamation interdisant tout commerce avec la Confédération. L'invasion du Kentucky par le nord ou le sud se profilait à l'horizon.

Autre état neutre important, le Maryland dont les frontières entouraient Washington et où les partisans de la confédération étaient nombreux, particulièrement à Baltimore. Seulement la position géographique de cet état était telle que tout mouvement de troupes en provenance du nord, de l'ouest et de l'est devait passer par lui. Afin de sécuriser cet accès important, Washington envoya fin avril des troupes à Baltimore ce qui déclencha des mouvements de révolte qui firent des dizaines de morts civils et militaires. Un envoi conséquent de troupes fédérales en mai et l'instauration de la loi martiale força les habitants du Maryland à se tenir tranquilles et empêcha tout basculement de cet état en faveur de la Confédération.

Plus à l'ouest, le Missouri, neutre, avait débattu sur la possibilité de rejoindre ou non la Confédération. Son gouverneur, Clairborn Jackson, esclavagiste, dut faire face à un rejet de la sécession mais mobilisa la milice de l'état et demanda de l'aide à la Confédération pour s'emparer du principal arsenal fédéral de l'état à Saint Louis. Sur place, les forces fédérales, commandées par le capitaine Nathaniel Lyon, dupèrent les milices sudistes et transférèrent les armes de l'arsenal en sécurité. Lyon reçut de Washington le commandement temporaire des forces fédérales du Missouri. Mais après avoir facilement capturé des miliciens pro-sudistes, il dut faire face à une émeute à Saint Louis qui comme à Baltimore fit de nombreuses victimes. Cet événement fit basculer l'opinion des législateurs en faveur de la sécession après l'échec des négociations entre leaders des deux camps. Les forces pro-unionnistes et sécessionnistes du Missouri s'affrontèrent en juin. Lyon força Jackson à se replier vers les forces confédérées de l'Arkansas puis fut battu à son tour à Carthage. Mais les forces fédérales occupaient l'état chassant le précédent gouvernement en exil dans l'Arkansas, puis Lyon mit en place son nouveau gouverneur et fit pencher définitivement le Missouri dans le camp de l'Union.
Cependant l'état demeurait ravagé par des groupes de guérilla pro-sudistes tels les "Quantril Raiders" ou un certain Jesse James et nécessitait de maintenir des troupes nombreuses pour assurer un semblant de stabilité.

En septembre, le Kentucky, état neutre est envahi par les forces sudistes commandées par Polk et appelle l'union à l'aide. Un certain général Ulysse S Grant est envoyé à son secours et s'empare de l'embouchure de la rivière Tennessee. L'agression sudiste est condamnée provoquant une scission au sein de l'état. Les pro-sudistes créèrent un gouvernement provisoire confédéré et se firent accueillir en tant que 13ème état dans la confédération sudiste. Mais Grant avait marqué des points et le Kentucky fut occupé par les deux belligérants, les sudistes établissant une ligne défensive qui d'Ouest en Est passait par Columbus sur le Mississippi, les Forts Henry et Donelson, Bowling Green, Mill's Spring et Cumberland Gap le long de la rivière Cumberland. La situation resta figée un temps sur cette ligne mais l'année suivante, Grant s'ouvrirait les portes du Sud en s'emparant des deux forts situés sur les rivières Tennessee et Cumberland. Fin 1861 les états neutres ne l'étaient plus, et avaient basculé de gré ou de force dans la guerre, le plus souvent partagés entre les deux camps dans une guerre civile à l'intérieur de la guerre civile.

Le front Est:

A Washington, Lincoln suspend temporairement l'habeas Corpus qui défend les libertés individuelles "mais qui sert plus souvent à défendre les voyous" selon Lincoln. Ce faisant il muselle en partie les opposants les plus durs à la cause de l'Union.

Sur le front Est, la guerre est marquée par une série de combats de petite taille en Virginie et par la bataille de Bull Run ou Manassas pour les Confédérés ( http://civil-war-uniforms.over-blog.com/la-première-bataille-de-bull-run-ou-manassas-21-juillet-1861 ) qui voit la première grande bataille de la guerre et la défaite des forces de l'Union. Malgré son succès le Sud ne poussa pas son avantage là non plus et se contenta de temporiser laissant le Nord reconstituer ses forces. Le général en chef de l'Union, Winfield Scott, trop vieux et infirme assuma la responsabilité de la défaite de Bull Run et ne finira pas l'année à son poste. Il sera remplacé par un général pompeux et pusillanime : George McClellan. Ce dernier se révèlera paradoxalement le meilleur et le pire choix de Lincoln. D'un côté il mettra peu d'entrain à exécuter des actions offensives même en ayant une supériorité numérique importante, mais de l'autre, McClellan fut néanmoins déterminant pour la mise en place et la préparation de l'armée du Potomac après sa défaite de Bull Run, la plupart des officiers et dirigeants reconnaissant d'ailleurs ses talents de meneur d'hommes.

3 mois après Bull Run McClellan a permis à l'armée de recouvrer ses forces. Baptisée armée du Potomac, elle est construite par McClellan sur le modèle de l'armée napoléonienne avec ses corps d'armée comprenant de 3 à 4 divisions de 3 à 4 brigades de 3 à 4 régiments. Avec cette organisation sans précédent en Amérique du Nord le "jeune Napoléon" ainsi que fut surnommé McClellan avait l'outil militaire le plus formidable de la guerre : plus de 100 000 hommes pas encore aguerris mais confiants en leur chef et bien équipés. Seulement la comparaison avec Napoléon s'arrête là, le général en chef de l'armée de l'Union refuse de prendre l'offensive et ne bouge pas. Lincoln qui demeure le commandant en chef, poussé par une pression populaire qui crie vengeance après Bull Run force son général à lancer une attaque. Ce dernier entamera de timides reconnaissances en Virginie qui aboutiront à la bataille de Ball's Bluff qui fut un nouveau désastre pour l'Union. Durant ce combat un ami personnel du président Lincoln, le général Baker, trouva la mort. Cette défaite de faible importance sur le plan stratégique et qui coûta 1400 hommes à l'Union déclencha la fureur du Congrès qui décida la mise en place d'un comité sur la conduite de la guerre le 9 décembre 1861. Cette mesure qui se voulait salutaire au vu de la situation fut une gêne supplémentaire pour les officiers de l'Union dont la motivation pour ne pas dire la loyauté était passée au crible par les membres du comité. La guerre à l'est était bloquée autant par un McClellan qui refusait tout engagement d'envergure que par les forces confédérées qui adoptaient une stature défensive préférant laisser le soin aux nordistes d'attaquer.

La guerre sur Mer

C'est finalement la marine qui apporta le plus de satisfaction à l'Union en cette fin d'année 1861. A l'été 1861 le blocus des ports sudistes se met en place, des positions importantes en Caroline du Nord sont capturées par la marine et l'armée de l'union comme l'ile Hatteras le 29 août. Puis les troupes de l'Union prennent pied en Caroline du Sud en s'emparant de Port royal le 7 novembre. Des positions fortifiées demeurent également sous contrôle de l'Union comme le Fort Monroe en Virginie, le Fort Pickens en Floride ou dans les Keys permettant ainsi à la marine d'étendre son blocus. A la fin de l'année 1861, la marine de l'Union possédait déjà plus de 260 navires dont 3 cuirassés encore en expérimentation et si le blocus était encore loin d'être étanche il commençait doucement à faire effet et à sonner le glas du commerce extérieur du Sud.

L'année 1861 marque aussi le premier heurt diplomatique avec la Grande-Bretagne quand l'USS Jacinto arraisonna un navire anglais : le Trent, transportant deux plénipotentiaires sudistes en partance pour l'Europe. La capture de ces deux passagers sur un navire battant pavillon britannique provoqua la fureur de Londres. Attisée par une presse populiste et va-t-en guerre, l'Angleterre mobilise et envoie au Canada des renforts de troupes afin d'être prêt à tout. La crise diplomatique risquant de déboucher sur un véritable conflit ouvert entre Washington et Londres s'atténua relativement rapidement quand le gouvernement américain céda aux exigences anglaises. "Une guerre à la fois" avait dit Lincoln et cédant devant les menaces, le Nord relâcha les deux agents du Sud mais sans pour autant présenter la moindre excuse. L'important pour Lincoln comme pour Londres était de sauver la face, du moins en apparence. Les États-Unis de 1861 ne sont pas encore à l'apogée de leur puissance militaire, les choses seront bien différentes en 1865. La fin de cette affaire faisant, au passage, valoir les qualités de négociateur du vice président américain Seward, paradoxalement renforça la confiance entre Washington et Londres. Les négociateurs britanniques remarquant les qualités diplomatiques du vice président furent positivement surpris par l'attitude de Washington. Attitude par encore cordiale mais qui n'aura de cesse de s'améliorer particulièrement lorsque la crise du "Roi Coton" débutera.

L'année 1861 s'achevait donc sur la prise de conscience pour les deux belligérants que la guerre de Sécession ne serait pas une affaire de quelques mois. A ce stade tout était encore envisageable pour le Nord comme pour le Sud mais rien ne les avait préparé aux sanglantes hécatombes qui marqueront l'année 1862. L'affaire du Trent avait montré aux Nordistes que l'Angleterre qui refusait pour l'instant de reconnaître l'existence officielle du Sud gardait une capacité de nuisance et pouvait faire ingérence dans la guerre civile, ce dont Lincoln n'avait absolument pas besoin. Le Sud de son côté gardait en réserve son levier diplomatique suprême le "roi coton". C'est-à-dire la rupture de l'alimentation en coton des marchés européens. Bien que le blocus fut mis en place dès avril 1861, il n'était guère efficace et la plupart des navires qui tentaient de briser le blocus y parvinrent. L'avenir montrera à quel point le Sud se trompait sur la dépendance de l'Europe envers les exportations de coton américain. Si l'année 1861 marque la fin des illusions pour beaucoup, l'année 1862 va être celle de la prise de conscience de ce que la guerre civile signifie vraiment. L’ère des grandes hécatombes était sur le point de commencer.

(illustration : peinture de Frederic Edwin Church "our banner in the sky" 1861)