Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les "raiders" confédérés, le CSS ALABAMA

Publié le par Olivier Millet

Lors du déclenchement de la guerre civile, la Confédération se savait particulièrement en infériorité sur le plan naval. Davis et les autres responsables de la stratégie militaire du Sud se doutaient bien qu'un blocus serait mis en place par la flotte de l'union et que les flux commerciaux et logistiques en provenance de l'étranger seraient compromis. Le ministre de la marine sudiste Stephen Mallory avait donc axé sa stratégie sur 3 principes:

- Les IRONCLADS seraient les principaux navires de guerre sudistes pour attaquer les bateaux en bois de l'union.

- les ports et accès fluviaux du Sud seraient protégés par des batteries et des mines flottantes

- la flotte de commerce de l'union devait être attaquée par des navires sudistes dans une guerre de course.

Sur le dernier point, Mallory souhaitait que les navires alloués a cette mission de guerre de course soient des navires de guerre confédérés. La guerre de course est habituellement l'affaire des corsaires, c'est à dire des navires affrétés par des particuliers dotés d'une lettre de marque pour s'attaquer aux navires marchands ennemis et partager avec l'état la recette des prises éventuelles. Les navires de guerre confédérés qui furent désignés pour la guerre de course appartiendraient donc à la marine de guerre sudiste et se nommeraient les " Raiders ".

Illustration le CSS Alabama attaque le USS Hateras par Tom Freeman

Construire les Raiders

Comme le Nord possédait presque tous les arsenaux et chantiers navals, le Sud devait trouver une solution pour construire ou faire construire les navires de guerre de la flotte des raiders. La conversion en unités de ce type de bateaux capturés ou existant au Sud fut la première solution mais très vite, il fallu faire appel à des chantiers navals étrangers pour construire des navires rapides qui seraient mieux à même d’effectuer des attaques sur les bateaux de commerces nordistes et échapper à leur flotte. Ce fut l'Angleterre qui fut choisie comme terre de prédilection pour cette tache, mais d'une manière officieuse puisque la confédération sudiste n'avait pas de reconnaissance internationale et que les chantiers navals anglais n'avaient pas l'autorisation de construire des navires de guerre pour une nation étrangère belligérante (conformément au British Foreign Enlistment Act). Ce fut grâce aux manœuvres de James Bulloch et James North, deux agents sudistes en Angleterre,  que les confédérés réussir à faire construire certains de leur raiders par des chantiers navals de Liverpool ou d’Écosse. Pour contourner la loi britannique, Bulloch faisait construire des navires dont il fournissait le "design" en tant qu'acheteur particulier. Le navire construit ne possédait aucun armement et prenait la mer avec un équipage local réduit pour rejoindre un point de rendez vous hors des eaux territoriales anglaises avec un navire confédéré. Au lieu de rendez vous le navire qui portait un nom temporaire retrouvait un autre bateau sudiste qui transférait à son bord l'armement et l'équipage final. Une fois la mission effectuée, le nouveau navire hissait les couleurs de la marine confédéré et prenait son nouveau nom de raider.

Un moyen plus simple et rapide pour acquérir un Raider était d'acheter directement un navire existant et de le rééquiper par la suite pour sa nouvelle tache. Le premier d'entre eux fut le vapeur Habana qui fut rebaptisé Sumter par les confédérés et qui opéra dès juillet 1861 avant de finir sa carrière dans le port de Gibraltar. Deux autres navires furent mit en chantier à Liverpool les futurs CSS ALABAMA et FLORIDA.

Le CSS ALABAMA

L'ALABAMA qui devint le Raider le plus célèbre de la guerre, avait été commandé au chantier naval anglais de John Lairds Sons and Compagny pour la somme de 47500 dollars. Il devait jaugé 1044 tonnes et être bien entendu dépourvu de tout armement militaire. Sa puissance de 1000 CV lui permettait d'atteindre la vitesse de 13 nœuds. Construit en bois afin de lui permettre d'effectuer des réparations dans la plupart des ports du globe, sa quille était en bois d'Orme très solide, sa charpente en chêne et en Pins et ses superstructures en Teck. Doté d'une forme élégante et profilée, le navire sans être révolutionnaire, correspondait aux progrès réalisés dans l'architecture navale de ces dernières années. Il était propulsé par voiles et par une machine à vapeur à quatre chaudières lui conférant une bonne vitesse pour la chasse ou pour échapper à d'éventuel poursuivant tout en lui assurant la possibilité d'un déplacement à voile classique plus lent mais économe pour les grandes distances.

Conformément aux habitudes des britanniques lors de la construction de ce type de bateau et pour ne pas aller à l'encontre de la loi sur la neutralité britannique, la coque lancée le 28 juillet 1862 ne possède qu'un numéro n°290 puis est baptisée Enrica. Précaution inutile car la construction est depuis longtemps surveillée par des agents de l'union qui avertirent le gouvernement fédéral. Ce dernier émettra les protestations d'usage auprès des autorités britanniques mais sans effet. Le navire récupère son équipage aux iles Acores où le navire de commerce est armé et paré pour sa futur guerre de course.

Une carrière opérationnelle courte mais intense:

Armé de 6 canons de 32 livres, d'une pièce centrale de 7 pouces à tube rayé et d'un canon lisse de 8 pouces situé derrière le grand mat, l'Enrica est officiellement baptisé au large des Acores CSS ALABAMA et hisse désormais le drapeau confédéré en lieu et place du pavillon britannique. Il est à noter qu'une partie des hommes de son équipage ne sont pas américain mais britannique et qui devant la promesse de futures primes pour chaque navire fédéral capturé et détruit, s'engagèrent pour la cause sudiste faisant d'eux des mercenaires. Seul le capitaine Semmes et ses 24 officiers étaient des membres de la marine confédérés, les autres faisait partie de l'équipage de l'Agripine, navire auxiliaire qui servi de navire logistique au CSS Alabama.

Filant à pleine vitesse plus de 13 noeuds, le CSS Alabama allait d'abord opérer dans la zone de transit des navires de commerce fédéraux qui naviguent entre L'Europe et les USA ainsi que dans la zone de chasse baleinière nordiste. en deux semaine le croiseur confédéré intercepte et coule 8 navires baleiniers et un schooner. Le navire croise ensuite au large des côtes de nouvelle Angleterre puis redescend vers le Sud et coule d'autres navires de commerce fédéraux gagnant de par la même une réputation sinistre. Ses attaques se déroulant sous pavillon britannique pour ne pas éveiller la méfiance des équipages adverses, le CSS Alabama adopte ainsi le comportement des navires corsaires d'Antan avec une redoutable efficacité, les équipages des navires capturés sont généralement relâchés dans les ports les plus proches et ne manquent pas d'alimenter les histoires sur ce corsaire fantôme. Histoire qui commencent sérieusement à agacer l'amirauté fédérale qui ne tarde pas à envoyer des unités à sa poursuite. L'USS Jacinto et l'USS Vanderbilt échouerons tout deux a intercepter le navire sudiste. Le CSS Alabama croise ensuite près des Antilles où il détruit deux navires de plus avant de filer vers le golfe du Mexique.

Près de Galveston, au Texas, le croiseur sudiste rencontre et combat l'USS Hatteras, le 11 janvier 1863 et remporta son premier combat naval. A cette occasion il se fait passer pour un navire de commerce anglais, se laisse approcher et abat brusquement son pavillon en ouvrant le feu sur le navire nordiste surpris. A si courte portée et avec un armement supérieur le croiseur sudiste inflige rapidement des dégâts importants à son opposant qui ne tarde pas à couler, une infamie de plus au yeux de l'union...

Repartant au large du Brésil, le navire sudiste fait 29 prises de plus, son record, puis file vers les côtes africaine en compagnie du CSS Tuscaloosa, navire de prise incorporé a la flotte confédérée par l'équipage du CSS Alabama. La campagne est moins bonne, le navire confédéré ne capture que 4 bateaux avant d'arriver au Cap en Afrique du Sud pour réarmer. L'USS Vanderbilt toujours en chasse ne parvient toujours pas a approcher l'insaisissable corsaire. Ce dernier repart vers l'océan indien, la mer de chine, Singapour, toujours talonné par des unités nordistes. Repartant vers l'ouest, Semmes décide de mettre le Cap vers la France pour faire réparer son navire, décision funeste car si le navire déjoue tous les pièges tendus par la marine de l'union, en arrivant à Cherbourg pour effectuer ses réparations il se signale et se trouve ainsi pris au piège par les navires fédéraux qui arrivent pour le bloquer dans le port français. Semmes va alors tenter le tout pour le tout et essayer de forcer le blocus nordiste. Le 14 juin 1864, le CSS ALabama sort du port pour affronter l'USS Kearsarge qui lui barre le passage. Sous le regards d'une foule de milliers de spectateurs le combat s'engage entre les deux navires. L'USS Kearsarge est un sloop de guerre armé de 7 canons dont deux Dahlgreen de 280 mm. Ce que Semmes ignore, c'est que le navire fédéral a ses flancs renforcés de chaines de fer. Ouvrant rapidement le feu, le croiseur sudiste enchaine les tirs de loin mais ce faisant au détriment de la précision. En outre il semble que ses munitions ne furent pas d'une grande efficacité , certain obus n'explosant pas à l'impact, les tirs du USS Kearsarge, plus tardifs mais implacable trouvèrent leur cible et infligèrent des dégâts irréparable au CSS Alabama. Les machines noyées, le gouvernail brisé, le navire corsaire est méthodiquement rasé par les canons de 11 pouces du navire fédéral. Ayant abattu son pavillon le CSS ALabama cesse le combat, et les survivants sont recueillis par le navire de l'union mais aussi par un petit navire anglais. Ainsi Semmes embarque sur le bateau britannique et parvient a échapper aux marins nordistes a la grande colère du capitaine du USS Kearsarge.

Après avoir effectué 7 campagnes, détruit ou capturé 502 navires, le CSS Alabama fini coulé au large de Cherbourg. Par ses actions, il a infligé une perte financière sèche au gouvernement de Washington de 123 millions de dollars, mobilisé d'important moyens maritimes pour le détruire et inspiré une peur panique aux armateurs nordistes. A la suite d'actions en justice de la part du gouvernement des USA contre la Grande Bretagne pour son soutient officieux de la confédération, une somme de 15.5 millions de dollars sera versée aux USA comme dédommagement suite aux pertes de sa flotte de commerce. Les Américains reprochant aux anglais d'avoir construit les corsaires qui ont attaqué leur commerce maritime. Bien qu'emblématique, le CSS Alabama et ses frères corsaires ne sont qu'une piètre réponse à la puissance navale de l'union. Les corsaires même si ils possèdent une capacité de nuisance non négligeable n'ont pu influer de manière décisive sur la guerre navale et commerciale. Tout comme les corsaires français du début du 18ème siècle ou la guerre de course allemande des deux guerres mondiales, l'impact psychologique et économique fut bien plus important que l'impact militaire. Option stratégique des marines faibles, la guerre de course, si elle n'est pas soutenu par une marine de guerre conséquente, se révélera au final a chaque fois : un échec.

 

Le CSS ALABAMA fut le plus célèbre raider confédéré de la guerre il fut coulé au large de Cherbourg par le Sloop USS Kearsarge

Le CSS ALABAMA fut le plus célèbre raider confédéré de la guerre il fut coulé au large de Cherbourg par le Sloop USS Kearsarge

Voir les commentaires