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Les Français dans la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

Les Français dans la guerre de Sécession

Bien que leur implication soit moins connue que celle des Irlandais ou des Allemands, les immigrants d'origine française ne furent pas en reste dans la guerre civile américaine. Aux États-Unis, les Français sont presque 110000 selon le recensement de 1860 ; la plupart sont d'immigration récente et se sont installés au Nord pour ses industries et ses emplois plus facilement accessibles. Résidant principalement dans les villes comme New-York, Saint-Louis, Philadelphie, San Francisco, Chicago, quelques-uns vont également dans le Mid-West pour tenter de s'installer sur des exploitations ou dans des communautés cabétistes (adeptes du Français Étienne Cabet auteur de "Voyage en Icarie" et utopiste communiste) ou fouriéristes (autre utopiste français, Charles Fourier est un philosophe mort en 1837 dont les idées ont inspiré la création d'autres communautés utopiques au Texas notamment). Lors du déclenchement de la guerre civile, les Français installés aux États-Unis virent dans cet appel aux armes l'occasion de démontrer leur loyauté à leur nouvelle terre d’accueil. Ce fut notamment le cas pour la communauté francophone de la Nouvelle-Orléans, une des plus anciennes du pays, qui fait cause commune avec le combat du Sud devant la menace fédérale. D'autres trouvent tout simplement dans l'armée le moyen d'échapper à la misère sociale ou sont attirés par l'aventure guerrière et ses chimères. A la différence des Allemands par exemple, il semble que les Français se soient battus plus pour défendre leur région d'accueil que par réelle adhésion à la cause abolitionniste du Nord ou indépendantiste du Sud. Bien évidemment parmi la communauté française il y avait d'anciens révolutionnaires de 1848 pour qui la cause de la liberté était un puissant levier, ce qui les fit plus facilement adhérer à l'Union jugée " à tort ou à raison" plus libérale car en majorité non esclavagiste.

La France et sa neutralité

La France impériale de Napoléon III se déclare officiellement neutre le 10 juin 1861 pour des raisons internes et internationales. A l’écoute de la situation américaine , Napoléon qui a de réelles mais officieuses sympathies pour le Sud, est tenu régulièrement informé des événements par son ambassadeur, le ministre de France, à Washington. En outre certains journaux américains sont disponibles sous quinzaine en France. La population est ouvertement hostile à l'esclavage aboli en France depuis 1848 mais l'indécision et le refus de déclarer l'abolition de l'esclavage au Nord exaspèrent également. D'ailleurs la constitution américaine n'interdisant pas l'esclavage, le Nord n'obtiendra un écho réellement favorable qu'à la proclamation d'émancipation de 1862. Quant à l'empereur, sa position envers le Nord est plutôt défavorable. Il n'a pas apprécié les démonstrations en faveur d'Orsini en 1858 à New-York ou l'opposition de Washington contre son intervention au Mexique. Il se contente de suivre les agissements de l'Angleterre et se calque sur la politique de Londres pour ne pas se brouiller plus avant avec les États-Unis.

Comme l'Angleterre, la France possédait une industrie textile qui dépendait en majorité des importations de coton sudiste et le blocus mis en place en avril par Washington contrariait les envois de cette matière première vers l'Europe tout comme il gênait les exportations de produits français vers le Sud. Néanmoins, même si la Confédération qui n'a pourtant pas ménagé ses efforts pour inciter les deux puissances à intervenir ne serait- ce que diplomatiquement, la France se contente d'accorder le statut de belligérant au Sud et au Nord, provoquant la colère de Washington, mais sans reconnaître la confédération sudiste comme une nation à part entière. D'ailleurs reconnaître la confédération était difficile : d'une part l’Angleterre dépendait du coton du Sud mais surtout du blé du Nord et, en outre, les stocks de coton étaient encore importants et pouvaient tenir le choc du blocus pour une à plusieurs années. En Europe, s’aliéner définitivement Washington risquait de créer des troubles avec les Russes ou les Prussiens. La Russie, opposée aux Anglais et aux Français depuis la guerre de Crimée, entretenait de bonnes relations avec Washington notamment sur la question de la partie russe en Amérique du Nord, l'Alaska, potentiellement menacée par les Britanniques du Canada, et n'aurait pas manquer de soutenir les Fédéraux. Quant à la Prusse, si elle était pour l'instant occupée à instaurer une unité allemande et était plus gênée par l’Autriche que par la France, elle apparaissait comme l'adversaire continental de Napoléon III pour la décennie à venir. L'empereur français voulait éviter des tensions diplomatiques extérieures, avec une guerre déjà engagée au Mexique ce qui pourrait donner des idées et éventuellement le champ libre pour agir pour une agression prussienne à ses frontières. Napoléon III proposa bien une médiation diplomatique en octobre 1862 et janvier 1863 afin de reprendre le commerce pendant 6 mois avec les États-Unis mais le vice-président Seward s'opposera farouchement à ce projet. Fidèle à la doctrine Monroe, Seward se montrera menaçant envers les français au sujet de leur intervention mexicaine et soutiendra de plus en plus les Juaristes, ennemis de Napoléon, au Mexique. Afin d'éviter d'attiser des tensions en Europe, la France se contenta de copier la position de l'Angleterre et oscilla donc au gré des batailles perdues et gagnées par la Confédération et préféra adopter une position prudente.

En dépit de la position neutre de la France, on assista à des départs pendant la guerre de Sécession de Français en mal d'aventures guerrières ou à la recherche de notoriété militaire alors que Napoléon III avait promulgué un décret en septembre 1861 indiquant que tout Français s'engageant dans une armée étrangère ou prenant part à une guerre à l'étranger sans autorisation impériale perdrait sa qualité de Français. On comprend mieux devant la position neutre de la France et ses sympathies officieuses envers la Confédération, pourquoi les exilés libéraux ou Orléanistes préfèrent la cause de l'Union. Il s'agissait pour eux de continuer la lutte en Amérique contre la position, même officieuse, de l'empereur. Les français résidant dans le Sud qui s'engagèrent dans la lutte le firent plus par obligation locale que réelle motivation politique et combattirent dans l'armée sudiste notamment en Louisiane où les milices urbaines de la "french brigade" se distingueront particulièrement lors de l'occupation de la ville par les fédéraux en 1862.

Les Français dans la guerre de Sécession

Des Français présents au Nord comme au Sud

De la même manière que les Allemands ou les Irlandais, les Français se regroupent dans des unités dont les noms rappellent leur origine. En Louisiane les volontaires de la Nouvelle-Orléans lèvent la légion française puis la brigade française. A New-York, trois régiments où de nombreux francophones vont pouvoir se retrouver sont mis sur pied : " les gardes LaFayette ", " Les zouaves d'Epineuil " et les " Enfant Perdus ", des compagnies à majorité francophones seront également présentes dans les 14th, 39th et 62nd régiments de New-York. Parmi la foule de volontaires on trouve des représentants de l'élite française comme les deux princes de la famille d'Orléans exilés par la fondation du second empire en France. Le Comte de Paris et le Duc de Chartres serviront dans l'état-major de McCLellan. Avec leur oncle, le Prince de Joinville, les deux princes se rendent à Washington où ils sont reçus par Lincoln. A 23 ans, Phillipe d'Orléans, Comte de Paris, va participer activement à la lutte contre les confédérés aux côtés de McClellan. De cette expérience il écrira un journal intitulé "Voyage en Amérique 1861-1862". Plusieurs français obtiendront également le grade de général comme Gustave Cluseret, Régis de Trobriand, Félix Agnus

Dans le camp sudiste on revendique aussi la présence d'un Prince, Camille de Polignac, fils d'un ministre de Charles X, qui deviendra même général de l'armée confédérée et surnommé le " Lafayette du Sud " . Il combat à shilo, Corinth, Mansfield, il commande une brigade texane et obtient le grade de Major général et va même demander audience devant Napoléon III pour plaider la cause du sud, mais sans succès.

Les plus célèbres unités francophones du Nord

Encore une fois New-York, grand port d'accueil de l'immigration européenne vit le plus grand nombre d'unités francophones. Le 55th régiment de volontaires de New-York communément appelé les gardes Lafayette, existait depuis 1824 et possédait 6 compagnies françaises et 4 américaines ; mais lors de l'appel aux armes de Lincoln, le régiment mit trop de temps à être "opérationnel" par la faute de son colonel. Les Français déjà présent partirent rejoindre d'autres compagnies plus désireuses d'aller au combat. Ainsi le 14th régiment de Brooklyn et le 62nd régiment de volontaires de New-York reçurent une compagnie en renfort en provenance du 55th et donc francophones. Finalement le 55th partit lui aussi mais pour pallier les défections, on dut faire appel à un recrutement qui ne fut pas exclusivement français. Régis de Trobriand, aristocrate français, fut élu Colonel du 55th le jour de la bataille de Bull Run. Sous son impulsion, le régiment gagna en effectif et récupéra une partie de ses premiers volontaires partis dans d'autres unités. Soutenu financièrement par la minorité francophone pour son habillement, le régiment passa finalement le 28 août 1861 sous service fédéral pour une durée de trois ans.

Toujours à New-York au sein de l'unité multiculturelle : le 39th régiment de volontaires ou les gardes de Garibaldi, il y avait une compagnie de français qui était équipée, comme le reste du régiment, avec la belle tenue des Bersaglieri italiens. Le 53rd régiment des Zouaves plus connu sous le nom de Zouaves d'Epineuil fut formé à Brooklyn en août 1861 par le Colonel Lionel D'Epineuil. Ce dernier ancien officier de l'armée française donna à son unité une réplique de la tenue du 6ème régiment de Zouave français. Attiré par cette spécificité française, le régiment attira d'autres cadres issus de l'armée française donnant une expérience non négligeable à l'unité. Autre particularité, en plus de ses membre, francophones, ou d'origine française, le régiment accueillait une compagnie d'indiens de la réserve de Tusca Rora. Bien qu'ayant été initialement recruté pour un service de trois ans, le régiment souffrit de troubles internes et fut dissous en 1862, ses membres reversés dans différentes unités comme les 132nd ou 162nd régiments de New-York.

L'unité des "Enfants perdus" était un bataillon indépendant de New-York levé par le colonel Felix Confort, ancien capitaine de l'armée française. Le nom "enfants perdus" fait allusion aux petits détachements utilisés dans les missions périlleuses pour l'assaut des brèches des villes assiégées et provient certainement de l'expérience de la guerre de Crimée de son colonel. L'unité fut affectée au 18ème corps et participa entre autres aux opérations de la Charleston près de Morris Island. L'unité composée de 6 compagnies était à majorité franco-germanique. Leur tenue était celle des chasseurs français bleu foncé à parement jaune jonquille. Un shako ressemblant au modèle français et pantalon large. Une belle tenue faisant clairement ressortir l'influence française de l'unité et qui changeait des sempiternels uniformes de zouaves.

(illustration : 55th New-York par Don Troiani )

Les Français dans la guerre de Sécession

Les Français du Sud

La Louisiane vieille colonie francophone vendue aux États-Unis en 1803 par Napoléon comportait la plus grande minorité francophone du Sud d'environ 15000 personnes. La Louisiane et la ville de la Nouvelle-Orléans voient plusieurs unités de volontaires au recrutement essentiellement français et totalisant presque 3000 hommes. Il est bon de rappeler que l'engagement des Français de Louisiane ne répondait pas forcément à une adhésion pure et dure envers les principes de la confédération et fut hélas teinté de contrainte. Les officiers et soldats de ces détachements furent parfois forcés d'intégrer leur unité sous peine de devoir quitter l'état rompant ainsi leur droit à la neutralité comme l'exigeait leur souverain Napoléon III. Si les Français de Louisiane désiraient aider leur pays d'adoption cela ne signifiait pas nécessairement qu'ils étaient prêts à combattre contre l'Union.

Parmi les unités françaises de la ville, citons la légion française regroupant 6 compagnies et 1200 hommes, la garde d'Orléans, les volontaires français soit 800 hommes et les volontaires indépendants. Financés et équipés aux frais des notables et de la minorité francophone de la ville, ces hommes ont porté une tenue proche de celle du soldat de ligne français de l'armée impériale soit une capote gris de fer bleuté (et non bleu horizon) un pantalon rouge garance et un képi mou rouge et bleu.

Ces unités furent amalgamées avec d'autres détachements de volontaires et de milices étrangères comme les Belges, les Suisses, les Espagnols, les Allemands et les Italiens et formèrent une brigade européenne. Des officiers français refusant d'adhérer à ce recrutement multiculturel se regroupèrent au sein de la "french brigade" dont les membres étaient exclusivement français ou d'origine française. Ces unités étrangères et particulièrement les Français vont se comporter admirablement dans le maintien de l'ordre de la ville durant l'attaque de la flotte nordiste et la retraite des troupes confédérées de la Nouvelle-Orléans en empêchant que les émeutiers mettent la ville à feu et à sang en saccageant et en pillant les réserves de nourriture. Devant l’efficacité de ces milices, les troupes fédérales commandées par le général Butler insistèrent pour qu'elles demeurent en activité et continuent d'assurer le maintien de l'ordre. Mais les volontaires étrangers refusèrent et furent dissous. Encore en Louisiane des régiments tels le 10th ou le 18th Louisiana, surnommé le régiment créole, comprenaient un nombre important de Français et francophones. Le 10th régiment était d'ailleurs commandé par le colonel Antoine Jaques Philippe de Mandeville de Marigny, ancien officier de l'armée française, et secondé par de nombreux officiers français ou d'origine française. Même si la majorité des hommes du régiment n'étaient pas français, l'entraînement était basé sur un règlement français et les ordres étaient donnés en français.

Mais la Louisiane demeure le seul exemple où des unités constituées à majorité francophone ont pu se concrétiser. La plupart du temps les Français du Sud qui s'engagèrent pour la cause confédérée le firent de manière isolée dans n'importe quelle unité. Les tentatives de mettre sur pied d'autres unités françaises ne purent aboutir faute de volontaires suffisants ou de trop grosses dissensions dans l'encadrement. Des Français se firent aussi remarquer comme officiers en commandant des régiments comme le colonel Felix Dumonteil de la Greze du 14th régiment de cavalerie ou au Texas où un immigrant français, Xavier Blanchard Debray leva le 26th régiment de cavalerie du Texas plus connu sous le nom de lancier de Debray avec ses hommes équipés et entrainés à la française.

Il est vraisemblable que près de 15000 Français se soient battus dans la guerre civile américaine, soit un apport quasi négligeable sur les trois millions d'hommes qui ont participé au conflit. Mais cette participation symbolique qui représentait une part nettement moins anecdotique de la population francophone présente aux États-Unis, a permis de confirmer l'attachement des Français aux valeurs américaines, initié avec l'intervention de La Fayette en son temps pour l'indépendance des 13 colonies américaines. En outre le prix du sang a certainement joué en la faveur de la minorité francophone pour une meilleure intégration future au sein de la nation américaine, les faisant mériter leur place au même titre que les Allemands ou les Irlandais par le sacrifice consenti sur les champs de bataille et dans les deux camps. Même si l'intervention de ces hommes n' a en rien décidé de l'issue du combat, elle apparaît comme un besoin ressenti par cette petite minorité de prouver quelque chose. Un but qui se situe entre la perpétuation des exploits militaires de la France à l'étranger et l'affirmation de sa petite présence en Amérique par une contribution guerrière.

( illustration : Le Prince Philippe d'Orléans Comte de Paris, membre de l'état-major de McClellan )

Les Français dans la guerre de Sécession

Nota Bene: la planche ne représente que des uniformes d'unités francophones du Nord ou des régiments comme le 39th New-York où une compagnie était à majorité francophone.

Sources:

Don Troiani " Regiments and Uniforms of the civil war "

Ron Field Men At Arms "The Confederate army Louisiane and Texas"

Annick Foucrier "La France et la guerre de Sécession"

http://www.univ-paris1.fr/autres-structures-de-recherche/ipr/les-revues/bulletin/tous-les-bulletins/bulletin-n-28/au-nom-de-la-france-restons-unis-les-milices-francaises-de-la-nouvelle-orleans-pendant-la-guerre-de-secession/

http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article1750

(illustration : général Régis de Trobriand )

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"L'ange des marais" le canon Parrott de Morris Island

Publié le par Olivier Millet

"L'ange des marais" le canon Parrott de Morris Island

Charleston, ancienne capitale de l'état de Caroline du Sud et sa plus grosse ville, fut le théâtre du premier combat de la guerre de Sécession lors du siège du Fort Sumter. Depuis la prise de la place forte fédérale par les troupes rebelles, la Caroline du sud fut relativement calme jusqu’à ce que les troupes et la marine fédérale débarquent en novembre 1861 à Port Royal et occupent la zone. Remontant vers le nord, les troupes de l'union prennent Beaufort, Saint Helena et en 1863 les troupes fédérales arrivent enfin aux abords sud de la baie de Charleston.

Charleston n'est pas à proprement parler un objectif de la plus haute importance, en tant que port il n'est pas plus vital que Mobile ou Savannah et le port de Wilmington a pris bien plus d'importance. Mais Charleston est la ville ou la Sécession a commencé et de ce fait est une cible plus symbolique que stratégique. Le port est défendu par les Forts Moultrie, Ripley, Johnson et bien sûr le Fort Sumter. Plusieurs batteries côtières ont été aménagées le long des deux rives nord et sud qui bordaient la baie de Charleston. Les fédéraux arrivant par le Sud, il n'existait qu'un seul accès le long d'une étroite bande de terre de cinquante mètres de largeur et verrouillé au nord par la batterie Wagner. Le terrain autour de Fort Wagner n'est qu'un vaste marécage où toute progression est presque impossible. Pourtant en mai 1863, le général nordiste Gillmore qui ne voit de menace que dans les canons lourds de Fort Sumter décida d'établir au cœur de ces marécages , sur l'île Morris, une batterie d'artillerie lourde afin de prendre sous son feu la ville de Charleston. Deux assauts sur le Fort Wagner, les 13 et 18 juillet, furent durement repoussés par la garnison confédérée malgré le soutien de 41 canons et de 4 monitors. Néanmoins, le projet d'établir un canon au milieu des marais prit forme.

Une mise en place et une mise en œuvre difficile

Le 10 août débuta la construction d'une zone asséchée vers l'île Morris afin d'y établir une position capable de supporter un canon de siège. Sur une zone rectangulaire, plus de 120 pieux de bois furent enfoncés dans la terre gorgée d'eau, selon une nouvelle technique, afin de soutenir une plate-forme de rondins surmontés de sacs de sable. Cette masse pesait près de 800 tonnes sur laquelle allait être installé un canon Parrott de 8 pouces de plus de 10 tonnes.

Le sol de la plate-forme était rempli de toiles imperméables, de sable et d'herbes intercalées entres des planches. La position fut terminée le 17 août et le canon fut amené en deux éléments, le tube d'un côté et l’affût de l'autre, par bateaux. Sous les ordres du lieutenant Charles Sellmer, le canon est surnommé "l'Ange des marais" mais le site est officiellement appelé "batterie Marsh". Les munitions arrivent le lendemain et le 22 août à 1h30 du matin la pièce ouvre le feu directement sur la ville de Charleston. La pièce est servie par un détachement du 11th régiment de volontaires du Maine affectés spécialement à cette tache. La ville ne représentait pas un objectif militaire particulier et les tirs, étant réalisés de nuit et à plus de 6 kilomètres de distance, furent réalisés autant dans un but de terreur que de destruction de site, en particulier afin de briser le moral des habitants. Le lieutenant Sellmer prépara ses calculs de tir selon une méthode par triangulation et se servit du clocher de l'église de Saint Michaël à Charleston pour ses calculs. Le premier tir tomba dans une rue et mit le feu à une maison. Les canons confédérés qui le pouvaient encore ripostèrent mais sans faire de mal à la pièce fédérale. Cette nuit-là, 16 obus tombèrent sur la ville dont 10 du type "feu grec" incendiaires, un obus explosif rempli d'un mélange incendiaire composé de térébenthine et de pétrole et qui incendie tout autour de l'obus une fois que ce dernier a explosé. Il est possible que l'intention de Gillmore ait été de provoquer une sortie de la garnison sudiste de Fort Wagner, dans le but de faire cesser les tirs sur la ville donnant l'occasion aux fédéraux plus nombreux de les tailler en pièce. Les buts précis de cette opération sont encore à éclaircir... Après les 16 premiers tirs, les vibrations de la plate-forme sont telles que la pièce avait reculé d'un mètre et devait être remise en position ce qui obligea à cesser le tir pour la nuit.

Le chef de la place de Charleston, le général Beauregard, fit parvenir au général Gillmore une missive où il exprimait son indignation devant les tirs d'une pièce lourde directement sur la ville et en pleine nuit alors que très peu de troupes étaient présentes dans la zone résidentielle. Gillmore se contenta de demander la reddition de Fort Wagner et devant l'absence de réponse de la part des Sudistes fit reprendre le feu.
Le lendemain le tir recommence mais, après plusieurs incidents de tir, le 20ème coup fait exploser la culasse du Parrott blessant 3 artilleurs. L'Ange des marais est inutilisable après avoir réalisé seulement 36 tirs sur Charleston. Gillmore exigea que l'on enterre sur place la pièce avec le sable du parapet. Une des explications possibles de l'explosion était que les charges de poudre prévues pour le tir étant normalement de 16 livres furent remplacées par des charges de 20 livres et ont sans doute accéléré le processus qui a conduit à la destruction de la pièce. Plus tard, deux mortiers de 10 pouces occuperont la position occupée par l'Ange des marais.

Quant au Fort Wagner, il sera abandonné par la garnison après que cette dernière ait constaté les progrès réalisés par les sapeurs fédéraux et leurs travaux de siège qui s'approchaient de plus en plus de l'enceinte. Le Fort Sumter devait subir encore des assauts avant d'être réduit par les tirs d'artillerie des batteries fédérales nouvellement installées. Les murs en maçonnerie ne faisant pas le poids face à la puissance dévastatrice des canons de siège. Finalement la ville de Charleston fut abandonnée le 15 février 1865 par la garnison devant l'arrivée de l'armée du général Sherman et l’inéluctable chute de la confédération.

Officiellement l'Ange des marais fut le premier canon à tirer des obus incendiaires sur une ville. Les dégâts occasionnés sur la ville furent minimes mais Charleston fut l'une des premières villes à être attaquée par l'artillerie lourde sans qu’aucun objectif militaire ne soit particulièrement visé. Il s'agit vraisemblablement plus d'un tir à l'aveugle dans un but de démonstration de force, de perturbation de l'activité portuaire, d'expérimentation technique dans le domaine de l'emploi de l'artillerie lourde et d'une tentative de porter un coup au moral des habitants. Quant au canon lui-même, le modèle Parrott révéla un défaut récurrent chez ce type de pièce rayée à savoir une fissure en arrière de la bande de renfort entourant la culasse qui provoquait l'explosion de la partie arrière du canon voire son éjection partielle. Durant le siège de Charleston plusieurs autres Parrott de gros calibre connaîtront des problèmes similaires après un nombre variable de tirs. Le canon fut retrouvé après guerre et est aujourd'hui exposé dans le parc Cadwalader à Trenton dans le New-Jersey.

fiche technique du canon Parrott de 8 pouces

fabricant : West Point Foundry

type : canon rayé à chargement par la bouche

calibre : 8 pouces

poids du projectile : 91 kg (200 livres)

poids de la charge : 7.3 kg (16livres ) mais des charges de 20 livres ont été utilisées pour les tirs

poids du tube : 7500 kg (tube en acier )

portée maximale à 5° : 2380 mètres

portée maximale à 35° : 7300 mètres

année de fabrication : 1860 - 1865

exemplaires construits aux États-Unis : inconnu

vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.

vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.

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Le Blocus de l'union

Publié le par Olivier Millet

Le Blocus de l'union

Faisant partie intégrante de la stratégie du Nord visant à étouffer la rébellion, le blocus naval des côtes sudistes fut une idée de Winfield Scott qui eut à subir en son temps (guerre de 1812) les effets d'un tel blocus. Le blocus naval nordiste décrété par le président Abraham Lincoln le 19 avril 1861 devait verrouiller l'accès aux ports confédérés de la côte atlantique et du Golfe du Mexique soit 4500 km de littoral. La marine de l'union qui ne comportait que 42 navires disponibles au début du conflit avait reçu pour mission de bloquer 12 grands ports ( Charleston, la Nouvelle-Orléans, Savannah, Wilmington, Mobile, Richmond...), d'intercepter tout navire en provenance de ces ports ou se dirigeant vers eux et quelle que soit leur nationalité. La marine de guerre de l'union continuait cependant sa mission de combat en mer à savoir intercepter et détruire tout navire confédéré, soutenir les troupes de l'armée de terre dans les opérations fluviales et côtières.


Mais n'étant pas signataires de la déclaration de Paris du 16 avril 1851, les Etats-Unis ne pouvaient arraisonner un navire neutre ou commerçant entre des ports neutres même si la cargaison était vraisemblablement destinée à la Confédération. Le seul moyen pour la flotte de l'union d'intercepter un navire était au moment où ce dernier tentait de franchir le blocus des ports sudistes en entrant ou en sortant. La raison d'être du blocus était de stopper toute exportation de coton vers l'Europe ou un port neutre qui permettrait d'acheter, par la revente de cette matière première, des armes de l'équipement ou des denrées susceptibles d'aider l'effort de guerre confédéré. Légalement le blocus n'était pas reconnu comme tel par Washington pour éviter d'accorder un statut de belligérant à la confédération.
La mise en place du blocus était loin d'être une tâche aisée pour le ministre de la marine Gideon Welles. Comment assurer un verrouillage étanche des principaux ports confédérés de l'Atlantique et la surveillance d'un littoral long de plus de 4500 km avec une flotte comprenant moins d'une soixantaine de navires dont la moitié était immédiatement disponibles. Les côtes sudistes avec leurs embouchures nombreuses, leurs zones insulaires connues des seuls marins locaux, leurs systèmes de fortifications côtières capables de repousser tout navire s'approchant trop près, étaient en outre trop étendues pour assurer une continuité de la surveillance vers les ports les plus au Sud comme ceux de Louisiane ou du Texas.
La première chose à faire pour Welles fut de mettre en place une marine suffisamment forte pour commencer les opérations du blocus. Heureusement la guerre mit un coup d'arrêt au commerce maritime du Nord qui dépendait en partie des exportations sudistes pour ses voyages transatlantiques et de ce fait de nombreux navires étaient au chômage technique faute de produits à exporter et par crainte des actions de corsaires confédérés. Une véritable aubaine pour la marine qui acheta nombre de vapeurs civils pour en faire des unités propres à étoffer la marine de guerre. Pour ce faire Welles désigna son propre beau-frère et un armateur de New-York pour affréter les premiers navires. Malgré de vives critiques et des accusations de népotisme envers Welles, Morgan acquit près de 89 navires de tous types et tous tonnages. Mais l'acquisition de navires civils hâtivement transformés ne suffirait pas. Il fallut mettre en oeuvre un véritable programme de construction navale afin de lancer des navires de guerre capables d'assurer l'ensemble des missions que l'on pourrait confier à la marine en plus du blocus.
Dans la mise en place de ce programme Welles fut efficacement secondé par l' ingénieur Benjamin Isherwood et le responsable du département de la construction navale. Architecte naval, John Lenthall. Isherwood s'est avéré être un bon choix car il avait l'expérience récente de la construction de frégates à roues à aubes lors d'un partenariat avec la Russie pour une flottille sur le fleuve Amour. Les navires construits pour le fleuve russe étaient des canonnières à vapeur à propulsion par roues à aubes sur les flancs, jaugeant 690 tonnes et capables de filer à 10 nœuds. En un temps record de 90 jours le premier modèle sortit des chantiers navals américains suivi par 23 autres navires de ce type avant la fin du conflit. Isherwood mit également en chantier des vapeurs à doubles roues à aubes de 1100 tonnes, idéals pour le travail près des côtes en eau peu profonde. Bien armés ces navires pouvaient se déplacer jusqu'à 11 nœuds. Welles put compter aussi sur le renfort de 4 frégates classiques de 1600 tonnes dont le fameux USS Kearsarge fit partie. La construction de 10 frégates de presque 2000 tonnes fut autorisée par le congrès en 1861. Ces mesures firent que rapidement la flotte de l'union gagnait en taille et en potentiel, Welles pouvait compter pour le blocus à la fin de l'année 1861 sur une flotte de 160 navires.


En plus de la marine de guerre, Welles put également compter sur un soutien précieux non pas par le nombre, mais par l'excellente connaissance des côtes et leur expérience dans la lutte contre les contrebandiers : les gardes-côtes. Cette agence civile dépendant directement du Congrès employait une douzaine de navires dont les capitaines connaissaient très bien les côtes traîtresses du littoral du Sud des États-Unis. Ils étaient dirigés par le superintendant de la surveillance des côtes : Alexander Dallas Bache.
Le blocus des côtes posait un autre problème pour les navires : le ravitaillement en charbon pour les vapeurs était trop distant de leur secteur d'opération. Seuls les voiliers pouvaient opérer loin car dépendant du vent mais ils se révélaient incapables de rattraper les briseurs ( blockade runners) de blocus bien plus rapides. La solution était de mettre en place des bases intermédiaires pour diminuer le temps de voyage des navires entre leur base de soutien logistique et leur lieu d'affectation. Plusieurs zones furent choisies pour établir en force des bases avancées capables de soutenir la flotte et l'ensemble du littoral sudiste fut divisé en secteurs afin de rationaliser le blocus, chaque secteur possédant son propre commandement, sa base opérationnelle et ses navires regroupés en escadre. Les différents secteurs étaient les suivants :

- La flottille du Potomac dont la base était à Hampton roads
- L'escadre de l'Atlantique Nord de l'Amiral Goldsborrough avec sa base au cap Hatteras
- L'escadre de l'Atlantique Sud de l'Amiral Du Pont et sa base à Port Royal
- L'escadre du golf Est de l'amiral McKlean et sa base à Key West
- L'escadre du golf Ouest de l'Amiral Farragut et sa base de Ship island

Intercepter les briseurs de blocus


Si le blocus fut d'une efficacité relative dans ses débuts, rapidement avec l'expérience les capitaines des navires nordistes surent appliquer des méthodes de plus en plus efficaces pour capturer les bateaux tentant de franchir la limite. Les fédéraux utilisaient parfois des navires plus petits en guise de sonnette afin d'avertir les navires à vapeur, seuls aptes à l'interception, de l'arrivée imminente d'une cible au moyen de fusées tirées en l'air. Les voiliers étaient des proies faciles car ils dépendaient du vent et de ses caprices et ne filaient guère plus vite que 6 à 8 nœuds. Les vapeurs filant jusqu'à parfois 12 nœuds avaient tôt fait de les rattraper ou des les forcer à s'échouer. Les briseurs de blocus qui avaient été spécifiquement réalisés pour percer la ligne nordiste étaient plus délicats à intercepter. Rapides, ayant un profil bas sur l'eau et peints dans des couleurs les faisant confondre avec leur environnement et utilisant du charbon à faible dégagement de fumée, ils pouvaient distancer les navires fédéraux en terme de vitesse pure. Mais les navires de guerre nordistes avaient encore la possibilité de tirer des coups de semonce en avant des navires confédérés ou bien directement dessus pour les forcer à s’arrêter. Aucun navire civil ou gouvernemental confédéré n'aurait tenté de combattre avec les navires nordistes car les mesures de représailles auraient été terribles pour les équipages assimilés à de véritables pirates dans ces conditions. Opérant le plus souvent à bonne distance des ports sudistes à cause de leur défense rapprochée ou des risques liés aux récifs et à des hauts-fonds, les navires fédéraux étaient disposés sur deux lignes, la première s'occupant des abords immédiats du port et la seconde plus en retrait surveillait un secteur plus large. Ce faisant ils doublaient leurs chances de capturer un navire ennemi tentant de franchir leur périmètre. Pour contrer la surveillance fédérale, les briseurs de blocus entreprirent de passer durant la nuit multipliant les risques de s'échouer ou de détruire leurs navires sur des récifs non repérés mais ils diminuaient nettement les risques d'interception. D'autres hissaient le drapeau nordiste dans l'espoir de passer pour un vapeur civil affecté à la surveillance des côtes confédérées. Une fois intercepté, le navire mettait en panne et se faisait aborder par un détachement de marins armés embarqués dans une chaloupe. Pour éviter la capture, la plupart du temps l'équipage des briseurs de blocus s'échappait au moyen des chaloupes laissant leur navire et sa précieuse cargaison aux mains de l'ennemi. Lorsque le navire s'échouait, les hommes s’efforçaient de décharger au plus vite la cargaison pour la mettre en lieu sûr. Parfois des batteries confédérées appuyaient de leur feu les briseurs de blocus jusqu'à la limite de portée de leurs pièces mais les bâtiments fédéraux ne se risquaient pas à se mettre sous le feu de tels canons et laissaient échapper leur proie quand cette dernière était parvenue à s'approcher suffisamment près de son port d'attache. En mer les navires fédéraux ne pouvaient intercepter un bâtiment battant pavillon étranger selon les conditions de la déclaration de Paris ; les briseurs de blocus une fois en haute mer étaient à l’abri jusqu'à leur prochaine tentative. L'un des ports les plus actifs pour les briseurs de blocus était celui de Wilmington, qui fut aussi l'un des derniers à tomber. La plupart des capitaines et une grande partie des équipages étaient étrangers et ne risquaient rien en cas de capture sous peine d'incident diplomatique. La perte d'un navire et de son équipage pouvait être facilement remplacée par un voyage réussi vers un des nombreux ports de commerce de Cuba, des Bermudes ou de Nassau. Le coton que transportait ces bâtiments était revendu 10 fois plus cher qu'au début du conflit et la somme récoltée était utilisée pour acheter matériel et fourniture qui seraient revendus dans un port confédéré. Il faudra l'intervention du gouvernement confédéré qui instaura des quotas de matériel de guerre pour éviter que les capitaines des forceurs de blocus ne ramènent que des produits de luxe à leur retour au détriment des armes.

En 1862 le blocus monopolisait près de 300 navires, 400 en 1863, 470 en 1864 et plus de 600 en 1865. Les corsaires et raiders confédérés ne furent pas la cible principale de cette opération. Les navires marchands qui tentaient de franchir le blocus en emportant des armes ou en exportant du coton demeuraient la cible privilégiée des navires fédéraux. Lorsque le blocus prit fin le 23 juin 1865, on estima que les briseurs de blocus avaient opéré plusieurs milliers de tentatives mais le nombre exact reste obscur. Les briseurs de blocus pouvaient être des navires spécialement affrétés ou construits dans cette optique et transportant plusieurs centaines de balles de coton (une balle de coton pesant en moyenne dans les 180 kg) ou bien des petits voiliers ne transportant que des dizaines de balles de coton. On estime que la confédération a expédié entre 400 000 et 500 000 balles de coton (soit 5% des exportations sudistes avant guerre) et que 350 navires briseurs de blocus opérèrent le long des côtes sudistes. Près de 136 vapeurs furent capturés par la marine de l'union et 85 autres détruits. Les navires s'étant échoués ou ayant coulé après une fortune de mer firent monter le chiffre total et approximatif à 300 navires perdus (estimation de G.Welles).


Le blocus fut-il efficace ?

Les historiens débattent toujours de l'impact réel du blocus sur la guerre de Sécession. Force est de constater que l’étanchéité du blocus de l'union fut loin d'être parfaite car en 1861 une tentative sur 10 était interceptée par les fédéraux ; en 1862 ce chiffre tombait à une sur huit puis une sur quatre en 1863 et finalement une sur trois en 1864. En fait c'est la combinaison de l'augmentation du nombre de bâtiments disponibles pour assurer le blocus et la prise successive des principaux ports sudistes comme la Nouvelle-Orléans, Mobile, Savannah et des ports plus petits qui diminuèrent le potentiel d'exportation illégale des confédérés. D'un autre côté l'attractivité de la réalisation de forts profits en tentant l'aventure de forcer le blocus incita toujours plus de capitaines à risquer la traversée. C'est pourquoi jusqu'à à la chute des derniers ports confédérés, des briseurs de blocus opéraient toujours. Certains navires eurent de beaux palmarès en réalisant des dizaines de traversées avant de tomber dans les mailles du filet comme le Syren qui réalisa 33 tentatives ou le Denbigh qui en fit 26.


Il est très difficile de savoir combien de matériel les briseurs de blocus ont réussi à introduire dans les ports confédérés. Entre 500 et 600000 armes furent importées pour la confédération auxquelles s'ajoutent 235 tonnes de poudre, 6.15 millions de cartouches, et entre 1861 et 1863 140 canons (principalement anglais). Durant la même période pour les ports de Wilmington et Charleston on peut noter l'envoi de 750000 paires de chaussures, 23000 capotes, 13800 pantalons, 6700 chemises, 34000 sacs à dos, 35400 baudriers, 79 km de draps, 3340 rouleaux de tissu, 16200 sabres etc etc...Les 3/4 du salpêtre, 1/3 du plomb , 1350 tonnes de nitrate de potassium, 1000 tonnes de fer, 20 tonnes de cuivre, 7 tonnes d'acier, 1.5 tonnes de chlorate de potassium vinrent s'ajouter aux stocks du bureau de l'Ordonnance. Ces chiffres prouvent que l'action des briseurs de blocus fut gênée mais loin d'être stoppée par le blocus et que l'apport des matières premières importées était loin d'être négligeable et a sans aucun doute permis aux armées de la confédération de poursuivre le combat. Néanmoins la population eut à souffrir du blocus car l'essentiel des denrées importées était réservé à l'armée. Les produits de luxe continuaient à être acheminés via les briseurs de blocus dans le but de permettre aux armateurs de faire de substantiels bénéfices auprès de l'aristocratie sudiste très friande de ce genre de produits. Les gens du peuple quant à eux furent livrés aux spéculateurs que la diminution des importations de produits de première nécessité favorisait. Le kilo de bœuf en 1861 qui valait 0.26$ passa à 6.8$, en 1864, un kilo de beurre coûtait 24$, une dinde 100$, un baril de farine, 50$ quand la paye moyenne d'un ouvrier ne dépassait guère 30$ mensuels. D'autres produits vitaux comme les médicaments furent de plus en plus difficiles à trouver et le peuple comme les soldats blessés en furent encore les premières victimes. Le blocus, allié aux déficiences logistiques de la confédération et de la corruption de nombre de ses fonctionnaires, eut un impact certain sur la population sudiste.

L'impact du blocus sur les relations étrangères.

L'impact diplomatique était également important et ce fut un des points litigieux sur lequel les sudistes voulaient jouer pour une intervention en leur faveur. Pour être respecté par les autres nations, un blocus doit être effectif c'est-à-dire qu'il doit empêcher efficacement toute liaison entre le monde et les ports bloqués. C'est sur ce point que la diplomatie sudiste allait tenter d'influer sur les états européens en leur faisant admettre que ce blocus n'était pas efficace car en 1861 un navire sur 10 seulement était stoppé par la marine fédérale. Ce faisant, ils voulaient que l’Angleterre décrète que ce blocus était fictif ; en outre les sudistes n'hésitèrent pas à utiliser la menace de l'embargo sur le coton pour forcer la main aux Français et aux Anglais, dont les industries textiles étaient fortement dépendantes du coton sudiste, afin qu'ils interviennent et fassent cesser le blocus. Mais l'Angleterre comme la France ne voulaient pas se risquer dans un conflit avec les États-Unis. Londres dépendait aussi grandement des importations de céréales américaines en provenance du Nord et avait bien plus à perdre dans une guerre contre Washington. Même l' affaire du Trent et la capture de navires marchands anglais ne furent pas suffisants pour déclencher un véritable conflit. Mais l'embargo sudiste sur le coton, finalement mis en œuvre en 1862, eut pour effet de braquer les Européens et les forcer à chercher d'autres fournisseurs pour leurs industries textiles respectives (notamment en Égypte et en Inde). D'autre part c’était un aveu de la part des confédérés sur l'efficacité du blocus puisque le coton ne parvenait plus en Europe du fait justement du blocus. Le blocus était de ce fait reconnu comme officiel et devant être respecté par les pays neutres. Finalement, la conjoncture favorisa le Nord car le besoin en céréales augmenta en Europe du fait de mauvaises récoltes accroissant encore la dépendance aux exportations du Nord. Grâce à cette dépendance et à l'habileté des diplomates nordistes, le Nord maintint des relations avec Londres et put en échange de ses céréales recevoir le salpêtre, nécessaire à la fabrication de la poudre, qui lui faisait défaut.


Le seul succès notable du sud en terme de diplomatie, fut la reconnaissance de la confédération par l'Angleterre et la France comme nation belligérante du fait de l'existence d'un blocus dirigé contre elles et qui constituait, au regard de tous, un acte de guerre. La proclamation de neutralité anglaise du 13 mai 1861 entraînait d'office la reconnaissance du sud comme nation belligérante et ce malgré celle du président Lincoln déclarant que les Sudistes étaient des insurgés (ce qui leur dénuait le droit de posséder le statut de nation belligérante). Concrètement en tant que nation belligérante, le sud pouvait souscrire des emprunts à l'étranger, acheter des armes et posséder des navires de guerre. Mais jamais les deux puissances dominantes d'Europe ne reconnurent officiellement la confédération.

Nota Bene: le terme "blockade runner" peut être traduit par briseur ou forceur de blocus

Sources:

William M Fowler "Under two flags, the american navy in the civil war"

James McPherson "La guerre de Sécession"

John Keegan " la guerre de sécession"

Osprey "the blockade Runners"

Osprey "confederate Raiders"

"Hampton Roads 1862"

Serge Noirain "La confédération sudiste mythes et réalités"

The Naval Institute Historical Atlas of the U.S. Navy :

http://books.google.fr/books?id=q_HIcc8n3K4C&pg=PA80&lpg=PA80&dq=union+blockade&source=bl&ots=KvX3buwHTW&sig=7XqXiCD0krAVspNgNFj-hMbHTXs&hl=fr&sa=X&ei=7CD-UufTEqSM0AWi6ICoBQ&ved=0CIEBEOgBMAk4Cg#v=onepage&q=union%20blockade&f=false

un bon résumé du blocus:

http://history.state.gov/milestones/1861-1865/blockade

(carte réalisée par l'auteur : olivier MILLET@2014 )

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