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La conscription

Publié le par Olivier Millet

La conscription

Alors que les premières grandes batailles de la guerre avaient commencé leur moisson de milliers de morts, il devint de plus en plus ardu pour le Nord comme pour le Sud de trouver des volontaires pour le conflit. La continuation de la guerre ne pouvant souffrir d'un manque de soldats, le Nord comme le Sud furent amenés à mettre en place un système extrêmement impopulaire et inédit aux États-Unis : la conscription. La conscription est tout simplement le moyen pour un état de réquisitionner des hommes d'une tranche d'âge donnée afin de fournir un contingent militaire. Elle a pris différentes formes dans l'histoire militaire du monde mais cette mesure fut toujours impopulaire, les populations voyant partir les jeunes hommes en masse à la guerre sans possibilité, hormis la fuite et l’illégalité, d'échapper à ce service obligatoire. Les hommes étaient appelés par classe d'âge ou par tranche d'âge et devaient répondre à un minimum médical pour être déclarés aptes au service et devenir un conscrit si ils étaient tirés au sort. Les guerres du premier empire ont très fortement marqué la France par les différentes conscriptions qui alimentaient la machine de guerre napoléonienne et décimèrent la fine fleur de la population masculine.

Une mesure impopulaire au Nord comme au Sud

Aux États-Unis, ce fut le Sud qui dut faire appel le premier à ce moyen radical pour faire face aux besoins de l'armée et compenser les énormes pertes enregistrées dans l'année 1862. Le 16 avril 1862 la loi sur le recrutement de l'armée stipulait que tous les volontaires étaient mobilisés pour une période de trois ans et que le recours à la conscription était institué. Les hommes des états confédérés de 18 à 35 ans étaient tous soumis à la conscription mais ils avaient la possibilité d'engager un remplaçant. Devant l'impopularité de ce système, le Congrès confédéré à la fin de 1863 annula le droit au remplaçant et ainsi tous les sudistes se retrouvaient égaux devant la conscription. Des catégories de personnes étaient également exemptées de la conscription : les ouvriers industriels, les mineurs, les fonctionnaires d'état, les instituteurs et toute personne dont le travail était reconnu d'utilité publique. Des exemptions plus élitistes furent également appliquées aux propriétaires de plus de 20 esclaves. Plus tard la conscription fut étendue aux hommes de 17 à 50 ans. La conscription dans le Sud eut un effet négatif sur l'économie car affaiblissant la main d’œuvre, en nuisant gravement aux droits individuels ; le "conscription act" impacta fortement le moral des sudistes qui acceptaient mal l'obligation qui leur était faite de combattre pour une cause qu'ils espéraient autrement plus noble et surtout garante du droit avant tout. La conscription allait à l'encontre de la cause pour laquelle tant de volontaires se battaient. Les sudistes voyaient dans cette décision du président Davis une nouvelle forme de tyrannie alors que justement ils combattaient pour le droit des états contre la dictature de Washington et du fédéralisme à outrance. Des gouverneurs allèrent même jusqu'à déclarer que cette loi était une usurpation d'autorité contre le droit de chacun des états de la confédération. Le président Jefferson Davis de son côté ne pouvait rien faire d'autre pour assurer la défense de la Confédération et promettait que tout rentrerait dans l'ordre une fois la guerre terminée. Mais ils comprenaient bien qu'il était difficile de concilier le droit des états et la guerre contre les États-Unis. La conscription permit d'apporter 90000 recrues supplémentaires aux armées confédérées. Bien que plus équitable que la loi décidée au Nord, la conscription du Sud fut aussi impopulaire par le nombre de classes privilégiées qui étaient exemptées de service. De nombreux cas de désertion eurent pour cause principale cette impression d'injustice qui régnait dans la confédération, les plus pauvres n'acceptant plus de se battre pour éviter aux classes aisées de le faire. Ainsi les riches pouvaient continuer à vivre avec leur famille dans une situation relativement confortable alors que les gens du peuple qui ne possédaient ni esclaves ni terre partaient au front en laissant leur famille dans le dénouement ne pouvant plus travailler pour subvenir à leur besoin. Une situation d'injustice qui ressort des lettres envoyées au gouvernement pour demander un retour temporaire des hommes afin d'aider leur famille. Déjà impopulaire la guerre de Sécession devenait haïssable aux yeux de la majorité des confédérés au vu des lois socialement injustes promulguées par le gouvernement de Richmond. Avec la conscription, le gouvernement de la confédération perdit le peu de crédit qui lui restait aux yeux du peuple qui voyait sa situation générale se dégrader.

La conscription

Dans le Nord, l'afflux de volontaires se tarit lui aussi et l'appel à la conscription fut décidé par le président Lincoln en mars 1863 avec l'enrollment act. A la différence du Sud, l'état fédéral avait toute autorité pour imposer une loi aussi impopulaire et surtout ne pouvait souffrir de la même fronde des gouverneurs des états que le Sud. Les états furent séparés en districts comprenant un bureau de recrutement. Chaque état avait un "Marshall" à sa tête pour faire appliquer la loi. La Pennsylvanie et l'état de New-York furent les seuls à en posséder plusieurs. La conscription touchait les hommes de 20 à 45 ans. Chaque conscrit devait se rendre dans un bureau de recrutement de son district et passer le tirage au sort : s'il tirait un bon numéro il était exempté dans le cas contraire il avait le choix entre plusieurs options

- il devait se rendre dans son lieu d'affectation pour y recevoir son fourniment et être engagé dans un régiment.

- il pouvait payer pour échapper à la conscription ; la somme était de 300 dollars.

- il pouvait aussi payer un remplaçant pour que ce dernier parte à sa place (voir l' affiche d'illustration). Ce système injuste favorisa en outre un système illicite, celui des chasseurs de primes. Des hommes se proposaient comme remplaçant, touchaient la prime et s'enfuyaient avant de recommencer dans un autre état.

Une efficacité relative

En définitive ce système fut assez inefficace car sur les 168000 hommes appelés seuls 50000 rejoignirent effectivement leurs affectations, les autres avaient payé ou s'étaient fait remplacer. De plus ce système était extrêmement inégalitaire car seuls les riches pouvaient payer les 300 dollars pour se faire exempter ou s'acheter un remplaçant, les pauvres n'avaient pas le choix. Le slogan, une guerre de riche faite par les pauvres, vient de cette période. Les migrants venus d'Europe furent également soumis à un système injuste car pour venir s'installer aux États-Unis et obtenir la citoyenneté américaine certains durent s'engager dans l'armée afin d'acheter par leur sang ce droit d'asile. Ce fut le cas de nombreux immigrés allemands et irlandais. Les noirs n'étant pas considérés comme des citoyens à part entière étaient écartés de ce système, mais de toute façon après la proclamation d'émancipation et la possibilité qui leur était offerte de rejoindre un régiment comme volontaire, ils affluèrent en masse sans avoir à passer par la conscription. Dans le nord la conscription très impopulaire du fait notamment du système favorisant les riches, déclencha des émeutes dont les plus célèbres eurent lieu à New-York entre le 13 et le 16 juillet 1863 et qui firent 120 morts et plus de 2000 blessés.

En 1864 un amendement stipulait que même les personnes ayant payé les 300 dollars ne pouvaient être exemptées plus d'une année. Cette clause avait été motivée par les émeutes populaires et l'impression (justifiée) que seuls les riches échappaient au service. Un second amendement en 1865 durcissait la loi ; l'enrollment act de 1865 précisait que toute personne refusant la conscription en ne se soumettant pas à l'autorité fédérale dans ce cadre perdrait sa citoyenneté.

En définitive, cette mesure très risquée sur le plan politique à cause de son impopularité n'a pas permis de remplir les régiments au Nord comme au Sud. L'essentiel des 2 millions d'hommes qui combattirent durant la guerre civile étaient des volontaires, 2% seulement étaient des conscrits et 6% des remplaçants.

A gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sortA gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sort

A gauche une évocation des émeutes de New-York de 1863, à droite le tirage au sort

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Les Irlandais au service de la Confédération

Publié le par Olivier Millet

Les Irlandais au service de la Confédération

Les États-Unis, terre d'immigration par excellence au 19ème siècle, reçurent de nombreux nouveaux arrivants en provenance d'Irlande, deuxième groupe ethnique le plus important de la guerre derrière les Allemands. Les Irlandais furent présents dans les rangs des troupes du Sud comme dans celles de l'Union. La terrible bataille de Fredericksburg vit une tragique rencontre : celle des deux brigades irlandaises qui combattaient face à face. Ce tragique événement, véritable guerre civile dans la guerre civile, demeure un des épisodes les plus connus de la bataille.

Ayant rejoint l'un ou l'autre des deux camps, les soldats des différentes unités irlandaises combattirent bravement pour leur bannière qu'elle soit verte ou ornée de la harpe celtique. Au sud Les Irlandais représentaient un nombre de volontaires bien moins important qu'au nord, environ 30000 contre 150 000. Les Irlandais formèrent plus d'une dizaine d'unités entièrement irlandaises de la compagnie au régiment. Des villes comme Savannah, la Nouvelle-Orléans, Mobile, Galveston, Memphis, Charleston, Nashville possédaient une forte minorité irlandaise qui se retrouva dans les unités locales. En plus de la troupe, sur les 425 généraux de l'armée sudiste, 6 étaient Irlandais. L'un d'entre eux, le général de cavalerie James MacIntosh, eut pour son malheur son jeune frère qui avait rejoint le camp de l'Union en tant que second lieutenant et se retrouva donc son ennemi.

Les noms très typés de ces unités évoquaient sans mal l'origine de ses membres. Le 10ème régiment du Tennessee à Nashville, les "Emerald Guards" du 8éme régiment d'Alabama, Les "Emett Guards du 24ème régiment d'Alabama, les "Irish Jasper Greens" de Savannah, ou les "Emerald Light infantry" de Caroline ou encore les dragons légers de Mobile. Mais aucune ville ne fournit plus de soldats d'origine irlandaise que la ville de la Nouvelle-Orléans en Louisiane. Près de 4000 partirent renforcer les troupes sudistes. Mais si des compagnies entièrement irlandaises furent mises sur pied, dans les faits la plupart des régiments locaux de Louisiane comportèrent des volontaires de souche irlandaise comme le 7ème régiment qui avait un tiers de ses effectifs composé d'Irlandais, le 6ème régiment était en majorité composé de soldats irlandais et fut surnommé "la brigade irlandaise du Sud", le 13ème régiment, quant à lui, fut surnommé les "southern Celts". Longtemps espérée, une véritable brigade irlandaise ne vit pas le jour en Louisiane et les soldats furent répartis dans les différents régiments dans des proportions différentes. Les célèbres "Louisiana Tigers" n'échappèrent pas à la règle et de nombreux Irlandais portèrent l'uniforme des zouaves de ce régiment très particulier.

La brigade irlandaise confédérée fut celle de Géorgie qui faisait partie de l'armée de Virginie du Nord dans la brigade et essentiellement le 24ème régiment de Géorgie. C'est cette unité qui selon la légende lutta face à face avec les Irlandais de la Irish brigade de l'armée de l'Union à Fredericksburg. Mais ces combats fratricides ne furent hélas pas uniques et il arriva à plusieurs reprises que des unités irlandaises se retouvent face à face comme à Malvern Hill où la brigade irlandaise de l'Union combattit le 10th régiment de Louisiane composé d'une grande proportion d'Irlandais lui aussi.

Les Irlandais au service de la Confédération

(liste non exhaustive) :

Alabama :

La compagnie I du 8th Alabama est appelée Emerald Guard, un nom qui revient souvent et dont l’étendard vert reprend la devise "Erin Go Bragh" (Irlande Pour toujours) et "Faugh A Ballagh" (dégagez le chemin) les cris de guerre celtiques traditionnels. Leur uniforme était vert sombre.

La compagnie B du 21st d'infanterie d'Alabama "Montgomery Guards"

La compagnie B du 9th d'infanterie d'Alabama "The RailRoad Guards" qui tire son nom du fait qu'elle comportait des cheminots, irlandais bien sûr.

En outre, les 1er et 15th régiments d'Alabama comportaient un grand nombre de volontaires irlandais dans leurs rangs, notamment la compagnie K du 15th les "Eufaula City Guards" ou Eufaula Zouave considérée comme compagnie irlandaise.

Arkansas :

La compagnie B du 2nd d'infanterie d'Arkansas

La compagnie A du 13th d'infanterie d'Arkansas comportait au moins une quarantaine d'Irlandais.

Le 18th d'infanterie d'Arkansas comportait deux compagnies (D et H) entièrement irlandaises les "Swamp Rangers" et les "Shamrock Guards"

La compagnie C du 15th régiment d'Arkansas comportait une forte minorité irlandaise

Géorgie :

Les compagnies A et B ( Irish Jaspers) du 1st Georgia Volunteers. Uniforme initial intégralement bleu avec bandes vertes sur le pantalon, puis gris comme le reste du régiment. Deux autres compagnies du 1st Georgia, la C (Republican blues) et la E furent à majorité irlandaise ou d'origine irlandaise.
La compagnie E et F du 22nd Gerogia
La compagnie B "Emmett Rifles" du 1st Georgia regulars
La compagnie C du 5th Georgia
La compagnie K ( Montgomery Guards) du 20th Georgia
La compagnie F (the Lochrane Guards) légion d'infanterie de Phillips
La compagnie B "Jackson Guards" du 19th Georgia
La compagnie K "Lochrane Guards" du 24th Georgia

Louisiane :
Les compagnies D et E du 1st Louisiana
1st Lousiana Special Battalion "Wheat's Tigers" comprenait une majorité de soldats d'origine Irlandaise dont la compagnie B "Tiger Rifles"
La compagnie F "Orléans Light Guards" du 1st Louisiana
La compagnie B "Moore Guards" du 2nd Louisiana
Le 6th Louisiana était composé pour moitié d'Irlandais
(compagnies B, I, F ) de souche ainsi qu'un tiers du 7th Louisiana (compagnies C, D, F, I)
La compagnie H "Cheneyville Rifles" du 8th Louisiana

La très forte présence d'Irlandais en Lousiane se retrouvait dans les brigades de Louisiane de l'armée de Virginie du Nord dont les brigades de Starke
(2nd, 9th, 10th et 15th Louisiana) et de Hays ( 5th, 6th, 7th, 8th et 14th Louisiana)
Les compagnies A et G du 13th Louisiana de l'armée du Tennessee

Mississippi :
Les compagnies B et D du 9th Mississippi
La compagnie C du 10th Mississippi
La compagnie F ( Jasper Grays) du 16th Mississippi

Missouri :
Les compagnies "Washington Blues, washington Grays et Saint Louis Grays, Emmet guards" de Saint Louis furent intégrées dans le 1st Missouri en tant que compagnies A, C et D
La compagnie F (Fighting Irish company) du 5th Missouri

Caroline du Nord :
Deux compagnies ( G et H) du 3rd North Carolina artillery

Caroline du Sud :
La compagnie C du 27th south Carolina infantry
La compagnie K du 1st South Carolina volunteers

Tennessee :
Le 2nd Tennesse (Irish Regiment)
La compagnie C " Memphis' Jackson Guards", la compagnie H " The Crockett Rangers" et La compagnie F "The Henry Guards" du 154th Tennessee
La compagnie E du 2nd Tennessee
Les compagnies B, C et H du 15th Tennessee
Le 10th Tennesse "Sons of Erin" était considéré comme un régiment Irlandais tellement ils étaient nombreux dans ses rangs.

Texas :
La compagnie F du 1st Texas heavy artillery

Virginie :
1st Virginia battalion "Irish Battalion"
La compagnie C "Montgomery Guards" du 1st Virginia
La compagnie C du 19th battalion of heavy artillery
Les compagnies G " Emmet Guards" et I "O'Connell Guards"du 17th Virginia
La compagnie H " Jeff Davis Guards" du 11th Virginia
La compagnie F "Montgomery Guards" du 19th Virginia
La compagnie B "Virginia Hibernians"du 27th Virginia
La compagnie E "Emerald Guards"du 33rd Virginia, ces deux derniers régiments faisant partie de la célèbre Stonewall Brigade

La célèbre brigade Irlandaise confédérée présente à la bataille de Fredericksburg était la brigade du général Thomas R Cobb de l'armée de Virginie du Nord. Elle comprenait:
la légion de Cobb, les 16th, 18th et 24th régiments de Géorgie et enfin la légion de Phillips.
Mais lors de cette bataille était présente une autre brigade irlandaise confédérée à savoir la brigade du général Harry T Hays et ses Louisianais.

Les Irlandais au service de la Confédération

Sources:

Thomas G Rodgers : Men At Arms 448 "Irish American units in the civil war"

Don Troiani "Regiments and Uniforms of the civil war"

Carl Smith Osprey Campaign 63 "Fredericksburg"

Ron Field OSprey 441 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Ron Field OSprey 446 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Ron Field OSprey 430 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Ron Field OSprey 435 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Ron Field OSprey 426 Men At Arms "the Confederate Army 1861 - 1865"

Sites internets

un site dédié aux Irlandais durant la guerre civile:

http://irishamericancivilwar.com/

Une belle sélection de drapeaux Irlandais du Nord et du Sud:

http://www.gettysburgflag.com/Irish-Brigades-Regiments.php

Les généraux du Sud et du Nord d'origine irlandaise:

http://www.aoh61.com/history/generals.htm

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La bataille navale de Hampton Roads 8 et 9 mars 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille navale de Hampton Roads 8 et 9 mars 1862

La bataille de Hampton Roads a fait date comme étant le premier combat entre navires cuirassés de l'histoire. Il prend place dans la région de la baie de la Chesapeake près de Norfolk alors que la flotte de l'Union fait le blocus des ports sudistes. Afin de contrer la puissante flotte nordiste, les Confédérés n'ont d'autre choix que de recourir à l'improvisation pour mettre sur pied un semblant de flotte et une des solutions pour eux fut l'emploi de navires cuirassés, les Ironclads. Le Nord bien qu'étant au courant des travaux confédérés dans ce domaine, ne s'inquiète pas outre mesure et fait confiance à sa supériorité numérique pour emporter la décision. Lorsque le nouveau cuirassé sudiste CSS Virginia, anciennement Merrimack, sort de Norfolk pour affronter la flotte de l'Union le choc sera d'autant plus grand que les Nordistes n'ont aucun navire capable de s'opposer à la machine de guerre confédérée. L'arrivée en urgence d'un cuirassé fédéral, le USS Monitor, allait donner lieu à un combat d'un genre nouveau qui révolutionnera le domaine de la guerre navale.

Le Virginia est un navire cuirassé construit sur une coque d'une vieille frégate à vapeur le USS Merrimack, capturée par les Sudistes lors de la prise du port de Norfolk en 1861, et c'est d'ailleurs sous ce nom que le navire de guerre confédéré fut appelé par les Nordistes. Mis en chantier dans les cales sèches de la base de Norfolk en Virginie, le Virginia est lancé le 8 mars 1862 contre les navires du Nord qui mouillent devant le chenal d'Hampton Roads qui ouvre l'entrée vers la baie de la Chesapeake. Les rumeurs de la construction d'un navire cuirassé dans la région étaient connues de la part des autorités fédérales et c'est dans le but de mettre en place son propre programme de cuirassés que la marine de l'Union fit appel aux services d'un ingénieur innovant : John Ericsson. Ce dernier bien qu'ayant été en froid avec la marine américaine accepte de superviser la construction d'un cuirassé très moderne le USS Monitor. En Virginie, le CSS Virginia terminé, est lancé contre les navires fédéraux barrant le port au large le 8 mars 1862.

Une bataille inégale :

Lorsque les navires nordistes voient arriver cette forme étrange sur l'eau, ils ne réalisent pas à quelle menace ils ont affaire, mais très vite le navire confédéré qui renvoie bordées sur bordées à son premier opposant "Yankee" la frégate Cumberland, se montre invulnérable aux tirs du navire unionniste. La frégate Cumberland jauge pourtant 1700 tonnes et emporte à son bord plus de 24 canons de 9 à 10 pouces. Malgré plusieurs tirs au but dont certains auraient causé des dommages notables au navire sudiste, l'équipage du Cumberland se rend vite compte qu'à la différence de leur frégate en bois, l'Ironclad sudiste semble quasiment invulnérable. Finalement après s'être approché, le Virginia éperonne la frégate avec son rostre de fer prévu à cet effet et le Cumberland coule en eau peu profonde.

Après cette première victoire, le Virginia se dirige vers une autre frégate, le USS Congress, une frégate de 52 canons de plus de 1900 tonnes. Là encore les canons lourds qui équipent le navire confédéré mettent à mal le navire nordiste et un incendie s'allume bientôt à bord du navire en bois. Le Virginia, portant des plaques de 2 pouces d'acier empilées sur deux couches et inclinées demeure invulnérable aux tirs. Le Congress incendié, file s'échouer sur les fonds peu profonds de la baie et le navire sudiste décide d'attaquer une troisième frégate le USS Minnesota un navire de 5000 tonnes et 54 canons. Le navire fédéral ouvre le feu sur l'Ironclad et deux petits bateaux sudistes qui l'accompagnent les CSS Patrick Henry et Jameston. La flottille confédérée bombarde le navire nordiste qui manœuvre pour éviter le monstre de fer confédéré et s'échoue à son tour. Mais heureusement pour le navire nordiste la marée descendante et la nuit contraignent l'Ironclad sudiste à rebrousser chemin de peur de s'échouer lui aussi. De toute façon, le navire fédéral est bloqué et sera une cible de choix le lendemain. La soirée met un terme au massacre. La marine de l'Union a été balayée par la machine infernale de Norfolk, mais ce que les Sudistes ignorent c'est que depuis le 6 mars, un autre navire cuirassé, battant pavillon de l'Union a quitté son port d'attache pour rejoindre Hampton Roads. Ce cuirassé c'est le USS Monitor, un navire encore plus étrange que le Virginia, plus petit, entièrement recouvert de fer et armé de seulement deux énormes canons de 11 pouces dans une tourelle géante capable de pivoter à 360°. Le 9 mars à 1 heure du matin, le petit navire de métal nordiste est en vue de Hampton Roads et un marin à bord du Minnesota échoué aurait signalé par le travers avant une plaque surmontée d'une boîte à fromage sans voile ni cheminée qui filait en direction de Norfolk. Le monitor se place bord à bord avec le Minnesota ; ce faisant il donne de loin l'impression que les Nordistes ont amarré un pont flottant pour tenter de dégager, d'ailleurs d'autres navires tentent durant la nuit de dégager la lourde frégate mais en vain.

Un combat d'un genre nouveau :

C'est avec confiance et le sentiment que la journée allait être encore plus éclatante que la veille que les marins du Virginia se lancent à l'attaque de la frégate Minnesota toujours échouée et faisant une cible idéale. D'ailleurs le navire sudiste s’aperçoit que la frégate est entourée de petits navires-ateliers ayant échoué dans leur tentative de la dégager. Mais parmi ces petits navires il y en a un encore plus étrange qui se dirige vers eux, une sorte de barge avec une cloche à fromage par-dessus. Le plus étrange et effrayant c'est que ce navire est armé et ouvre le feu sur l'Ironclad sudiste, le Virginia revenu achever son travail de la veille, se rue au combat... à 8 nœuds.

La deuxième phase de la bataille commence. Les deux navires réalisent très vite que leur blindage les rend invulnérables aux canons de leur adversaire. Les pièces de 11 pouces font résonner les plaques de blindage du Virginia, plusieurs d'entre elles seront même fendues (sans que l'on puisse dire s'il s'agit des tirs du Monitor ou des autres frégates qui ont provoqué ces dégâts). Les canons confédérés font de même sur la tourelle d'acier épaisse de 20 cm du Monitor qui encaisse mieux semble-t-il. Ils se heurtent même à 5 reprises dans des tentatives d’éperonnage. Mais le navire nordiste plus petit et plus maniable esquive toutes les tentatives ennemies. Ayant un tirant d'eau deux fois plus petit que le navire sudiste il peut aller là où le Virginia ne peut suivre sous peine de s'échouer. Le Virginia place alors un coup sur le poste d'observation du Monitor blessant aux yeux le capitaine du navire nordiste. Ce dernier bat en retraite en eau peu profonde avant de revenir avec le commandant en second à sa tête. De son côté le Virginia a été légèrement endommagé, ses superstructures non protégées ont été ravagées et ses munitions baissent dangereusement. Plus grave, la marée basse approche, risquant d'échouer le bateau. C'est cette dernière raison qui va provoquer la retraite définitive du Virginia donnant l'illusion aux Nordistes qu'ils sont vainqueurs.

Quoi qu'il en soit la bataille de Hampton Roads est terminée, elle vient de mettre un terme à la suprématie de la marine traditionnelle en bois et à voile et annonce l’ère des cuirassés. Les Ironclads, comme on les appelle, voient le triomphe de la cuirasse sur le boulet pour un temps et annoncent les cuirassés des décennies à venir. Le Monitor est également la première machine de guerre entièrement mécanique faisant entrer la guerre dans une nouvelle phase, celle de la guerre moderne et industrielle où la puissance de l'industrie lourde a été mise en œuvre pour donner rapidement les éléments d'acier nécessaires à sa construction.

Désormais la fièvre des "Monitor" va voir le Nord et sa puissance industrielle se lancer dans la construction de ces navires aussi laids qu'efficaces. Le Sud, quant à lui, est dans l'incapacité de suivre un tel programme. La construction du Virginia a demandé à la fonderie de Richmond un effort extraordinaire pour fournir les plaques d'acier de son blindage. Néanmoins le Sud parviendra à mettre sur pied ses propres "ironclads" et en comptant le Virginia aura 33 navires cuirassés, soit deux fois moins que l'Union. Le Virginia sera finalement sabordé deux mois après la bataille de mars 1862 quand Norfolk tombera aux mains des Nordistes. Le Monitor n'eut guère plus de chance ; ses piètres qualités nautiques eurent raison de lui et il coulera suite à un coup de mer le 31 décembre avec 16 hommes d'équipage.

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La prison d'Andersonville, l'enfer des nordistes

Publié le par Olivier Millet

La prison d'Andersonville, l'enfer des nordistes

Située en Géorgie près de la vile d'Andersonville dans le comté de Macon, officiellement connue sous le nom de camp Sumter, la prison d'Andersonville fut une des prisons établies au sud pour les POW (prisonners of war) et également le pire endroit où pouvait être emmené un prisonnier nordiste après sa capture. On estime à 45000 le nombre de prisonniers de l'union à être passés dans ce sinistre camp et à près de 13000 le nombre de ceux qui n'en sont jamais revenus.

La prison qui commence à entrer en service en février 1864 s'étendra jusqu'à une superficie de plus de 107000 m². De forme rectangulaire, le camp n'a que deux portes à l'ouest. Entouré sur ses quatre côtés par une palissade de plus de 4.5 mètres de hauteur et doublé par une enceinte en rondins de bois à l'intérieur du camp qui délimitait la zone des prisonniers. Tout prisonnier s'approchant trop prés de cette "enceinte de la mort" était abattu par les gardes.

Tout nouveau prisonnier entrant dans le camp, comme le confirmeront des témoignages, était confronté à une vision d'enfer où sur une large étendue on voyait une mer de tentes et d'hommes émaciés qui déambulaient misérablement, le tout dans une odeur pestilentielle sous le regard de gardes brutaux. Devant cette vision d'horreur, "Dieu protégez-nous" s'exclamera-t-il.

Le camp est pratiquement dépourvu d'infrastructures en dur pour abriter les prisonniers et c'est le plus souvent sous des tentes ou à la belle étoile que les prisonniers s'entassent dans des conditions hygiéniques catastrophiques, ce qui explique en partie le grand nombre de morts dû aux maladies. Mais le plus grave problème pour le Sud était l'envoi de leur subsistance alors que la population sudiste commençait à être privée des denrées de base à cause du blocus et de la guerre. Comment nourrir des dizaines de milliers d'hommes plus la garnison avec peu de moyens et encore moins de vivres quand tout est monopolisé pour l'effort de guerre. Plus de 30 000 prisonniers furent internés en même temps, au plus fort de l'activité carcérale du camp, dans cette espace réduit et dépourvu d'abris contre les conditions climatiques.

L'alimentation en eau était assurée par un petit ruisseau qui traversait le camp mais qui fut rapidement souillé par les déjections des prisonniers déclenchant la dysenterie et augmentant le nombre de morts. L'absence de nourriture fraîche déclencha elle des cas de scorbut bien connu des marins qui prélevait également son lot de victimes.

Les difficultés d'approvisionnement firent que les prisonniers souffrirent de malnutrition sévère avec pour résultat des hommes squelettiques dont les photos nous rappellent douloureusement les images d'autres camps plus récents. Les troupes de Sherman qui stationnaient non loin de là en 1864 durant leur marche vers la mer, furent les premières à voir des prisonniers du camp d'Andersonville. Leur réaction devant les squelettes ambulants qui marchaient vers eux fut la colère et l'amplification par la suite de leur destruction dans la Géorgie dans un esprit de vengeance. Les troupes fédérales entrèrent finalement dans le camp en mai 1865.

La vengeance, ce fut la raison pour laquelle le commandant du camp, Henry Wirz, fut capturé et condamné à mort par un tribunal militaire. Il sera pendu et fut l'un des rares condamnés à mort à l'issue de la guerre. Nul doute qu'il servit de bouc émissaire après avoir commis ce qu'il convient d'appeler un crime de guerre. Mais il ne faut pas oublier que le Nord possédait également des camps de prisonniers sordides où les conditions de vie étaient, certes meilleures, mais où les prisonniers sudistes mouraient également en masse. La prison d'Andersonville fait partie des épisodes les plus noirs de la guerre de sécession. Le lieu de la prison est aujourd'hui constellé de monuments rappelant les horreurs qui s'y sont déroulées. Pour l'anecdote on dit que l'homme qui tua l'assassin du président Lincoln, John Wilkes Booth, était un cavalier du 16ème régiment de cavalerie de New-York, Boston Corbett, ancien prisonnier d'Andersonville...

De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.

De gauche à droite, l'enceinte de la mort, une vue du camp avec sa double palissade, soldat nordiste en état de malnutrition totale lors de la capture du camp par les troupes de l'union.

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La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

La bataille de Valverde eut lieu dans le cadre de la tentative des forces confédérées de prendre pied depuis le Texas vers le Nouveau-Mexique et la Californie. Ces territoires étaient demeurés hors du conflit depuis le début de la guerre à l'exception de quelques escarmouches entre cavaliers des deux camps qui avaient abouti à l'établissement temporaire du territoire confédéré d'Arizona après la victoire sudiste de Mesilla. Souhaitant pousser plus avant son avantage tactique du moment, le général de brigade sudiste Henry Sibley proposa de prendre la tête d'une petite force composée majoritairement de troupes texanes et nommée "armée Confédérée du Nouveau-Mexique en direction du Nouveau-Mexique et de la ville de Santa Fe.

Partis depuis El Paso, au Texas, Sibley et plus de 2500 hommes suivirent le cours du Rio Grande en direction du premier objectif des Confédérés à savoir le Fort Craigs. Ce fort, construit en 1854, était le plus important poste militaire de toute la région ouest et à ce titre était fortement défendu par plus de 3800 hommes dont un tiers de troupes réellement entraînées. Le reste était composé de volontaires du Nouveau Mexique. En face Sibley choisit de ne pas donner l'assaut au fort une fois arrivé sur zone le 13 février, car il jugea la position trop fortement défendue par de l'artillerie lourde, alors que lui-même n'en possédait pas. En fait Sibley avait été intoxiqué par des manœuvres du chef de la garnison fédérale, le colonel Edward Camby. Ce dernier avait placé dans les différents bastions du fort de faux canons en bois entourés de faux artilleurs donnant l'illusion d'une position lourdement défendue. Sibley n'eut d'autre choix que de se positionner en retrait du fort et en ordre de bataille dans l'espoir que la garnison sortirait pour l'affronter en terrain ouvert. Mais Camby, n'ayant que peu de confiance dans la qualité de ses propres hommes pour affronter les Sudistes ne bougea pas pendant 3 jours. Sibley arrivant à court de provisions leva le camp et traversa le Rio Grande pour se rendre à 10 kilomètres au nord de Fort Craig près de Valverde.

Sur place les Confédérés tentèrent d’établir sur les hauteurs dominant le Fort leur batterie d'artillerie ; en outre leur placement les mettait entre le Fort et leur ligne d’approvisionnement. Le 20 février, les fédéraux tentèrent une mission de sabotage du camp rebelle à l'aide de mules explosives mais la mission échoua semant juste un peu de désordre parmi les éléments nordistes. Le matin suivant, Sibley envoya une force à cheval pour reconnaître les environs immédiats de Valverde et sécuriser le gué pour une future traversée. Tenu informé par ses propres éclaireurs, Camby envoya un détachement mixte sous les ordres du Lieutenant-Colonel Benjamin Roberts afin de sécuriser le gué et empêcher tout mouvement enveloppant au nord de Fort Craig de la part des Confédérés. Les fédéraux arrivèrent les premiers sur place et se déployèrent en ligne prêts à recevoir les Confédérés. Ces derniers n'avaient que deux détachements à cheval, le 2nd, sous les ordres du Major Charles Pryon, et le 4th Texas cavalry, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Scurry, ce dernier restant en retrait prêt à soutenir le premier régiment. Lorsque Pryon arriva au gué de Valverde il trouva les forces nordistes disposées et prêtes au combat. Il demanda immédiatement des renforts au détachement du 4th Texas qui le suivait.

(image du 5th régiment du Texas à la charge)

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

La bataille

Bien que disposant de la supériorité numérique, les forces fédérales choisirent de ne pas attaquer les deux unités de cavalerie adverses qui leur faisaient face. Le reste des troupes confédérées à cheval arrivèrent mais ne pouvaient riposter aux tirs fédéraux leur armement étant trop léger. En effet, le second régiment sudiste se posta à la droite des cavaliers de Pryon et ouvrit le feu avec sa batterie d'obusier à cheval. Malheureusement ses hommes manquaient d'allonge pour leurs armes et ses canons étaient inférieurs en portée aux pièces fédérales. La situation s'aggrava encore quand Camby arriva à son tour avec le gros de ses forces et commença à bombarder les positions sudistes avec ses canons. De son côté Sibley envoya deux autres détachements montés, les 5th et 7th Texas cavalry pour soutenir ses deux unités de cavalerie déjà engagées. Le général Sibley laissa le commandement au Colonel Green du 5th Texas cavalry.

La bataille de Valverde 20 - 21 février 1862

Une compagnie armée de lances du 5th Texas attaqua le flanc d'un détachement fédéral mais fut sévèrement repoussée et déplora une vingtaine de morts, les hommes restants revinrent dans les lignes sudistes et combattirent pied à pied avec leurs armes de poing et des fusils "shotgun". Jugeant la situation favorable, Camby lança une attaque sur le flanc gauche des Confédérés mais ce faisant il affaiblit son centre. Pour soutenir l'attaque nordiste, Camby ordonna à la batterie d'artillerie du capitaine MacRay d'avancer pour appuyer l'attaque d'infanterie. Green, ayant vu la menace, lança une attaque sur le flanc droit fédéral pour gagner du temps. Cette attaque fut repoussée à son tour mais Green lança également les cavaliers de Scurry sur le centre ennemi. Les 750 hommes de Scurry en trois vagues frappèrent le centre ennemi, d'abord la batterie de canons du capitaine MacRay et la dispersèrent. Bien que les fédéraux tentèrent de contre-attaquer avec leur propre cavalerie, ils n'empêchèrent pas les Confédérés de tomber sur le flanc gauche des nordistes déclenchant la panique dans leurs rangs. Grâce à cette charge du désespoir, les troupes sudistes avaient réussi à briser le moral de leur adversaire et toute la ligne fédérale dérouta. Le reste des troupes de Camby repartirent vers Fort Craig après avoir perdu 270 morts et blessés et plus de 200 prisonniers. Les troupes confédérées perdirent environ 200 hommes.

Après cette défaite Camby ne tenta plus rien et resta sur la défensive. De son côté Sibley qui manquait de moyens pour prendre le fort n'avait toujours pas la possibilité de réduire les fortifications et ses pertes hypothéquaient grandement ses chances de réussite dans un assaut frontal sur le Fort Craig. Il entreprit de poursuivre sa route vers Albuquerque et Santa Fe. La bataille de Valverde avait vu la dernière charge de lanciers de la guerre civile et une cavalerie confédérée, menée par un colonel Green très offensif, briser une ligne de troupe nordiste supérieure en nombre. Pour sa part Camby reporta la responsabilité de l'échec sur la faible qualité des troupes hispaniques du Nouveau-Mexique dont le moral s'effondra trop vite et que la soudaineté et la violence de la charge de cavalerie confédérés avaient mises à mal bien trop facilement.

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Les mines flottantes

Publié le par Olivier Millet

Les mines flottantes

Faisant partie du système de défense sudiste, les mines flottantes étaient des armes passives utilisées pour protéger les entrées des ports sudistes en empêchant les navires de l'Union de s'approcher sous peine de risquer de provoquer leur explosion. Leur emploi fut appliqué également aux cours d'eau afin de gêner les déplacements des flottilles fédérales.

Le concept des mines flottantes est plutôt ancien et pourrait remonter à la dynastie chinoise Ming au 14ème siècle. Les Russes utilisèrent avec succès un engin explosif flottant à mise à feu électrique et endommagèrent deux navires de guerre, un français et un anglais, durant la guerre de Crimée. Au États-Unis en 1842, Samuel Colt fit la démonstration d'une mine déclenchée électriquement par un opérateur sur la rive et détruisit à cette occasion un navire cible dans le Potomac.

Connu aussi sous le nom impropre de "torpille", le dispositif utilisé par les Confédérés était une charge de poudre flottante placée dans un container en bois ou un cylindre en métal supporté par un flotteur, ou ancré au fond de l'eau ou bien laissée dérivante. La charge explosive était amorcée par contact, lorsqu'un navire touchait la mine, ou bien par déclencheur électrique utilisé par un homme posté sur la rive. Les dispositifs électriques de mise à feu étaient capricieux plus par méconnaissance des principes de l’électricité qui étaient encore relativement nouveaux surtout lorsque le fil était plongé dans l'eau et à une certaine distance de l'engin à commander. Un bureau spécialisé dans la recherche et le développement des systèmes de mise à feu sous-marins fut mis en place sous le nom de "Confederate submarine battery service" dirigé par l'ingénieur sudiste Matthew Maury. Afin de superviser le développement et la construction de ces engins flottants un bureau des torpilles fut créé à son tour à Richmond et dirigé par Gabriel Rains qui mit au point un déclencheur à percussion chimique efficace.

Ces mines bien que peu fiables avaient un énorme avantage pour le Sud : elles étaient faciles et peu chères à construire. Une des mines les plus efficaces de l'arsenal sudiste fut la "Fretwell Singer Mine" du nom de son inventeur. La mine en tôle était remplie de 30 kg de poudre, le déclencheur était un dispositif qui se détachait lors de l'impact avec un navire et qui faisait sauter la charge de poudre par le biais d'une capsule de fulminate ; cette mine avait en outre un dispositif de sécurité pour éviter tout déclenchement accidentel, une première du genre.

La marine de l'Union n'ignorait rien du danger que représentaient les mines. Elle les rencontra pour la première fois dans le Potomac en 1861 et chaque fois qu'elle le pouvait elle utilisait les connaissances des prisonniers sudistes qui savaient comment emprunter sans danger les chenaux sûrs ou les endroits des lieux de minage pour détruire les engins ou les éviter. La plupart du temps il suffisait de tirer avec une arme à feu pour neutraliser les engins mais parfois il fallait plonger et risquer sa vie pour les détacher de leur ancrage. Le premier navire nordiste à être coulé par une mine fut l'USS Cairo sur le Mississippi.

Durant l’expédition de l'Amiral Farragut sur la baie de Mobile, les Sudistes avaient aménagé une triple ligne de défense avec des mines flottantes. Les Nordistes envoyèrent des hommes la nuit pour percer des trous dans les flancs des mines pour les faire couler ou couper leur ligne d'attache. A cette occasion ils constatèrent que nombre des mines avaient leur déclencheur inopérant à cause d'un trop long séjour dans l'eau, ce qui expliquait pourquoi des navires de l'Union ayant touché ces mines auparavant ne les avaient pas fait exploser. Le 5 août 1864, Farragut se croyant à l'abri envoya ses navires dont des cuirassés à l'attaque de Mobile, un sloop chargé de dégager les dernières mines devant le reste de la flotte. Une canonnière, le USS Tecumseh quitta la formation et heurta une mine, active cette fois, et la fit exploser. Le navire américain coula rapidement mais le reste de la flotte parvint sans encombre, un témoin racontant qu'il entendait les mines Fretwell Singer taper contre le bateau mais sans exploser.

On estime à 43 le nombre de navires fédéraux à avoir heurté une mine flottante et à 27 le nombre de ceux qui coulèrent. Les mines furent l'engin confédéré qui détruisit le plus de vaisseaux ennemis en comparaison avec les IRONCLADS, les batteries côtières ou les sous-marins. Prouvant une fois de plus que la solution la plus simple est souvent la plus efficace.

différents types de mines à percussion utilisés par les Confédérésdifférents types de mines à percussion utilisés par les Confédérésdifférents types de mines à percussion utilisés par les Confédérés

différents types de mines à percussion utilisés par les Confédérés

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