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La campagne de la péninsule mars-juillet 1862 (1)

Publié le par Olivier Millet

La campagne de la péninsule  mars-juillet 1862 (1)

McClellan, général en chef de l'armée de l'Union depuis le 1er novembre 1861, tergiversait toujours sur la manière d'attaquer les forces sudistes et prendre la ville de Richmond. Son absence d'initiative stratégique exaspérait Lincoln qui était poussé, lui, par une opinion publique revancharde. L'armée du Potomac que McClellan avait judicieusement organisée était prête à une action d'envergure ; elle regroupait presque 150000 hommes et demeurait la force la plus puissante du continent américain. De son côté Lincoln qui désirait garder sa prérogative de "commander in chief " et inquiet de l'organisation divisionnaire actuelle de l'armée décida de la diviser en corps d'armée plus imposants qu'une division mais aussi plus faciles à coordonner.

La genèse du plan :

McClellan répugnait à lancer une offensive mais, finalement, sous la pression du président il se décida à lui présenter son plan d'action. McClellan avait été observateur durant la guerre de Crimée et il connaissait fort bien ce qu'un débarquement pouvait signifier en terme de choix tactiques et les problèmes logistiques qu'un corps expéditionnaire posait. C'est certainement ce qui l'a poussé à choisir l'action indirecte pour débarquer sur les côtes sudistes. La Russie et la confédération sudiste partageaient d'une certaine manière une géographie difficile qu'un débarquement pouvait en partie surmonter. Ce plan prévoyait de déplacer l'armée du Potomac à Urbanna en Virginie sur les bords de la Rappahannock puis partir vers l'ouest pour prendre la ville de Richmond. C'est un plan qui offrait l'avantage d'assurer une liaison sûre avec l'arrière par l'intermédiaire de la flotte nordiste mais il déplaisait à Lincoln par son manque d'audace et surtout sa difficulté logistique évidente. De plus l'armée sudiste stationnée près de Richmond pouvait fort bien choisir d'attaquer Washington dégarnie de ses troupes au lieu d'affronter la puissante armée de McClellan.

Finalement Lincoln prit les devants et décida une offensive générale en direction de Manassas junction afin de prendre Richmond. McCLellan tomba subitement malade de la typhoïde et ne bougea pas. Le plan "Urbanna" fut néanmoins en partie contrecarré par les mouvements des troupes confédérées qui se redéployèrent plus au sud à Culperer sur la principale voie ferrée allant sur Richmond. Le plan de McClellan était rendu caduc par cette manœuvre inattendue mais, néanmoins, il présenta un autre plan. Ce dernier consistait toujours en une approche indirecte mais cette fois l'armée de l'Union irait jusqu’à Fort Monroe, puissante forteresse nordiste de Virgine. Lincoln, durement éprouvé par la mort de son fils Willy, le 20 février, approuva mais démit McClellan de ses fonctions de général en chef de l'armée pour ne lui laisser que le titre de général de l'armée du Potomac, le 11 mars. Le 17 mars, soit 8 mois après la bataille de Bull Run, l'armée du Potomac embarquait à Alexandria pour Fort Monroe, la campagne de la Péninsule commençait.

La campagne de la péninsule  mars-juillet 1862 (1)

L'ouverture de la campagne :

121500 hommes, 44 batteries d'artillerie, 1150 chariots et un télégraphe mobile devront être amenés par 400 navires, une opération d'une ampleur jamais vue en Amérique, une opération engageant 10 fois plus de troupes que le débarquement de Vera Cruz en 1847. Le reste de l'armée du Potomac soit environ 30 000 hommes restèrent aux alentours de Washington pour éviter de laisser la capitale de l'Union sans défense. La destination du corps expéditionnaire nordiste était la péninsule comprise entre les James et York River, région large d'une vingtaine de kilomètres qui pouvait être facilement barrée pour interdire à l'armée de l'Union la route de Richmond. En outre la marine était sur le qui-vive suite à l'affaire d'Hampton Roads et du CSS Virginia. Un Ironcladsudiste pouvait fort bien menacer la ligne de communication navale que McClellan estimait pouvoir ouvrir.

Sur place les forces sudistes, commandées par John Macgruder, d'environ 11000 hommes attendaient les troupes nordistes à Yorktown, haut lieu de la guerre d'indépendance. Plusieurs détachements confédérés étaient situés à distance relativement réduite ; à Norfolk il y avait une garnison de 9000 hommes, Johnston et 43000 hommes défendaient la Virginie et Richmond, 6000 hommes de plus se trouvaient à Fredericksburg. Macgruder établit une ligne défensive, la ligne Warwick, longue d'une quinzaine de kilomètres pour interdire l'accès au reste de la péninsule aux forces de McClellan. Comme l'avaient craint certains membres de l'état-major nordiste, la péninsule avait été facilement barrée par les Confédérés. De son côté le nouveau général en chef des forces de Virginie, le général Robert Lee, fit établir des lignes de fortifications autour de Richmond. McClellan ayant regroupé ses forces attendit le 4 avril pour entamer sa progression et arriver devant la ligne Warwick, s’arrêta pour y mettre le siège. il disposait de dix fois plus d'hommes que l'ennemi mais estimait que les forces qu'il avait en face de lui devaient être très importantes.

Macgruder, avait eu recours à une vieille ruse de guerre pour faire paraître son armée plus grande qu'elle n'était en réalité en faisant défiler devant les observateurs nordistes les mêmes unités plusieurs fois par jour. McClellan complètement intoxiqué ne bougea plus, Lincoln était encore une fois trahi par ce général en qui il avait pourtant placé de grands espoirs. Les Nordistes passèrent le mois d'avril à s'enterrer face à la ligne Warwick et à y établir des batteries d'artillerie lourde. Les Sudistes, trop heureux du temps offert par le pusillanime général nordiste en firent autant. Les troupes sudistes renforcées par Johnston atteignaient maintenant les 50000 hommes mais ce dernier préféra replier ses troupes afin d'éviter des pertes inutiles dans un bombardement de l'artillerie de siège nordiste qui n'allait pas tarder à commencer. Couverte par sa propre artillerie, l'armée confédérée abandonna la ligne Warwick et se replia contre l'avis du président Davis sur Richmond, McClellan procéda à une poursuite molle et peu coordonnée.

Les premiers combats :

Malgré des routes boueuses et escarpées, les Nordistes talonnèrent suffisamment les Sudistes pour forcer Johnston à livrer un combat retardateur à Williamsburg le 5 mai. Les Confédérés avaient établi sur ce point des fortifications dont le Fort Macgruder et furent attaqués par les avant-gardes de l'Union mais les repoussèrent facilement. Le lendemain c'est la division nordiste du général Hooker qui attaqua à son tour mais là encore elle fut repoussée par les renforts ennemis commandés par le général Longstreet. Finalement les troupes de l'Union et particulièrement celles sous le commandement du bouillant général Winfield Scott Hancock prirent l'ascendant sur les Confédérés et les forcèrent au repli. La bataille avait fait 4000 morts et blessés. Victoire tactique, Williamsburg ne fut qu'un combat d'arrière-garde pour les Sudistes. Les Nordistes y virent cependant une grande victoire capable de regonfler le moral des troupes et de l'opinion publique après les désastres de l'année précédente.

Cependant à Etham Landing, les troupes fédérales qui débarquèrent pour couper la route aux Confédérés le 6 mai furent sèchement repoussées par les forces sudistes de Gustavus Smith. La poursuite reprit mais un imprévu sous la forme d'une visite impromptue du président Lincoln vint interrompre McCLellan. Mais ce dernier ne jugea pas opportun de se déplacer pour accueillir ni même rencontrer le président (qui de toute façon n'en prit pas ombrage, habitué à la morgue de son général en chef). Lincoln arrivé à fort Monroe et ne voyant pas le général Mac Clellan décida de s'occuper du port militaire de Norfolk isolé depuis la campagne de la péninsule. Se servant des forces disponibles à fort Monroe et de l'US Navy il fit bombarder la place le 8 mai et envoya des troupes au sol le 9. La garnison sudiste préféra abandonner le port le laissant intact aux mains de l'Union. Le 11 mai préférant détruire leur navire plutôt que de l'abandonner à l'ennemi, les Confédérés sabordèrent le CSS Virginia, le navire héros du combat d'Hampton Roads. Ainsi Lincoln avait pris la première mesure offensive d'importance de la campagne en exécutant sous son propre commandement une opération qui avait fait tomber le plus important arsenal de Virginie et sécurisé l'entrée de la James River. Le président des États-Unis, autodidacte, avait patiemment consulté de nombreux ouvrages et traités sur l'art militaire à une période où l’inactivité de McClellan lui avait fait entrevoir l'hypothèse de conduire lui-même l'armée fédérale. Le fleuve James remontant jusqu'à Richmond, il ne fallut pas attendre longtemps pour qu'une flottille fédérale remonte le cours d'eau et tente de bombarder la capitale ennemie. Ce fut entrepris le 13 mai par l'escadre de Rodgers qui avec 5 navires remonta la James river mais fut arrêtée par la batterie du Fort Darling non loin de Richmond.

A la fin du mois de mai, l'armée fédérale arriva en vue de la capitale sudiste, McClellan étendit sa ligne jusqu'au nord de la ville de l'autre côte de la rivière Chickahominy. Des éléments sous les ordres du général Porter du Vème corps furent attaqués par Johnston le 27 mai à Hanover Court House à une vingtaine de kilomètres au nord de Richmond. Les 12000 fédéraux repoussèrent les 4000 Sudistes dans une bataille désordonnée et l'Union assura son flanc droit tout en ayant coupé la voie ferrée principale du nord de Richmond.

Après cet engagement que McClellan qualifia de "glorieux fait d'arme", l'armée de l'Union s'installa pour assiéger la capitale du Sud. La première phase de la campagne était terminée ; elle avait duré deux mois et avait fait prendre conscience à Lincoln que le général McClellan ne s'était pas révélé comme un de ses choix les plus judicieux. L'armée fédérale tenait l'armée sudiste à sa merci par sa supériorité numérique manifeste et n'en profitait pas. Au lieu de cela, le général nordiste a choisi toujours l'option d'attendre, d’assiéger ou de réclamer des renforts. La deuxième partie de cette campagne allait confirmer les craintes de certains qui voyaient en McClellan le meilleur allié de circonstance de la Confédération. Richmond était assiégée, la confédération semblait être dans une position difficile au regard des évolutions de la guerre dans l'ouest, mais un autre front donnait de l'espoir, la campagne de la Shenandoah menée par le bouillant général Jackson contre des forces fédérales trois fois plus importantes était un modèle du genre. Les victoires de Cross Key et de Port Republic permettaient de soulager un peu la pression sur la capitale virginienne en distrayant des forces qui auraient pu s'ajouter au siège tout en redonnant confiance à la population.

A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.

A gauche, fortifications de Yorktown, au milieu, un point de débarquement de l'union près de yorktown, à droite le site de White House Landing, près de yorktown, durant la campagne de la pénisule.

Sources:

"Illustrated Atlas of the civil war Echoes of glory"

James Mcpherson "la guerre de Sécession"

John Keegan "La guerre de Sécession"

Ferdinand Lecomte " Campagne de Virginie et du Maryland 1862 "

une sympathique version animée de la campagne de la péninsule (en Anglais)

http://www.historyanimated.com/PeninsulaAnimation.html

( carte de l'auteur tous droits réservés @MILLET2014)

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