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"L'ange des marais" le canon Parrott de Morris Island

Publié le par Olivier Millet

"L'ange des marais" le canon Parrott de Morris Island

Charleston, ancienne capitale de l'état de Caroline du Sud et sa plus grosse ville, fut le théâtre du premier combat de la guerre de Sécession lors du siège du Fort Sumter. Depuis la prise de la place forte fédérale par les troupes rebelles, la Caroline du sud fut relativement calme jusqu’à ce que les troupes et la marine fédérale débarquent en novembre 1861 à Port Royal et occupent la zone. Remontant vers le nord, les troupes de l'union prennent Beaufort, Saint Helena et en 1863 les troupes fédérales arrivent enfin aux abords sud de la baie de Charleston.

Charleston n'est pas à proprement parler un objectif de la plus haute importance, en tant que port il n'est pas plus vital que Mobile ou Savannah et le port de Wilmington a pris bien plus d'importance. Mais Charleston est la ville ou la Sécession a commencé et de ce fait est une cible plus symbolique que stratégique. Le port est défendu par les Forts Moultrie, Ripley, Johnson et bien sûr le Fort Sumter. Plusieurs batteries côtières ont été aménagées le long des deux rives nord et sud qui bordaient la baie de Charleston. Les fédéraux arrivant par le Sud, il n'existait qu'un seul accès le long d'une étroite bande de terre de cinquante mètres de largeur et verrouillé au nord par la batterie Wagner. Le terrain autour de Fort Wagner n'est qu'un vaste marécage où toute progression est presque impossible. Pourtant en mai 1863, le général nordiste Gillmore qui ne voit de menace que dans les canons lourds de Fort Sumter décida d'établir au cœur de ces marécages , sur l'île Morris, une batterie d'artillerie lourde afin de prendre sous son feu la ville de Charleston. Deux assauts sur le Fort Wagner, les 13 et 18 juillet, furent durement repoussés par la garnison confédérée malgré le soutien de 41 canons et de 4 monitors. Néanmoins, le projet d'établir un canon au milieu des marais prit forme.

Une mise en place et une mise en œuvre difficile

Le 10 août débuta la construction d'une zone asséchée vers l'île Morris afin d'y établir une position capable de supporter un canon de siège. Sur une zone rectangulaire, plus de 120 pieux de bois furent enfoncés dans la terre gorgée d'eau, selon une nouvelle technique, afin de soutenir une plate-forme de rondins surmontés de sacs de sable. Cette masse pesait près de 800 tonnes sur laquelle allait être installé un canon Parrott de 8 pouces de plus de 10 tonnes.

Le sol de la plate-forme était rempli de toiles imperméables, de sable et d'herbes intercalées entres des planches. La position fut terminée le 17 août et le canon fut amené en deux éléments, le tube d'un côté et l’affût de l'autre, par bateaux. Sous les ordres du lieutenant Charles Sellmer, le canon est surnommé "l'Ange des marais" mais le site est officiellement appelé "batterie Marsh". Les munitions arrivent le lendemain et le 22 août à 1h30 du matin la pièce ouvre le feu directement sur la ville de Charleston. La pièce est servie par un détachement du 11th régiment de volontaires du Maine affectés spécialement à cette tache. La ville ne représentait pas un objectif militaire particulier et les tirs, étant réalisés de nuit et à plus de 6 kilomètres de distance, furent réalisés autant dans un but de terreur que de destruction de site, en particulier afin de briser le moral des habitants. Le lieutenant Sellmer prépara ses calculs de tir selon une méthode par triangulation et se servit du clocher de l'église de Saint Michaël à Charleston pour ses calculs. Le premier tir tomba dans une rue et mit le feu à une maison. Les canons confédérés qui le pouvaient encore ripostèrent mais sans faire de mal à la pièce fédérale. Cette nuit-là, 16 obus tombèrent sur la ville dont 10 du type "feu grec" incendiaires, un obus explosif rempli d'un mélange incendiaire composé de térébenthine et de pétrole et qui incendie tout autour de l'obus une fois que ce dernier a explosé. Il est possible que l'intention de Gillmore ait été de provoquer une sortie de la garnison sudiste de Fort Wagner, dans le but de faire cesser les tirs sur la ville donnant l'occasion aux fédéraux plus nombreux de les tailler en pièce. Les buts précis de cette opération sont encore à éclaircir... Après les 16 premiers tirs, les vibrations de la plate-forme sont telles que la pièce avait reculé d'un mètre et devait être remise en position ce qui obligea à cesser le tir pour la nuit.

Le chef de la place de Charleston, le général Beauregard, fit parvenir au général Gillmore une missive où il exprimait son indignation devant les tirs d'une pièce lourde directement sur la ville et en pleine nuit alors que très peu de troupes étaient présentes dans la zone résidentielle. Gillmore se contenta de demander la reddition de Fort Wagner et devant l'absence de réponse de la part des Sudistes fit reprendre le feu.
Le lendemain le tir recommence mais, après plusieurs incidents de tir, le 20ème coup fait exploser la culasse du Parrott blessant 3 artilleurs. L'Ange des marais est inutilisable après avoir réalisé seulement 36 tirs sur Charleston. Gillmore exigea que l'on enterre sur place la pièce avec le sable du parapet. Une des explications possibles de l'explosion était que les charges de poudre prévues pour le tir étant normalement de 16 livres furent remplacées par des charges de 20 livres et ont sans doute accéléré le processus qui a conduit à la destruction de la pièce. Plus tard, deux mortiers de 10 pouces occuperont la position occupée par l'Ange des marais.

Quant au Fort Wagner, il sera abandonné par la garnison après que cette dernière ait constaté les progrès réalisés par les sapeurs fédéraux et leurs travaux de siège qui s'approchaient de plus en plus de l'enceinte. Le Fort Sumter devait subir encore des assauts avant d'être réduit par les tirs d'artillerie des batteries fédérales nouvellement installées. Les murs en maçonnerie ne faisant pas le poids face à la puissance dévastatrice des canons de siège. Finalement la ville de Charleston fut abandonnée le 15 février 1865 par la garnison devant l'arrivée de l'armée du général Sherman et l’inéluctable chute de la confédération.

Officiellement l'Ange des marais fut le premier canon à tirer des obus incendiaires sur une ville. Les dégâts occasionnés sur la ville furent minimes mais Charleston fut l'une des premières villes à être attaquée par l'artillerie lourde sans qu’aucun objectif militaire ne soit particulièrement visé. Il s'agit vraisemblablement plus d'un tir à l'aveugle dans un but de démonstration de force, de perturbation de l'activité portuaire, d'expérimentation technique dans le domaine de l'emploi de l'artillerie lourde et d'une tentative de porter un coup au moral des habitants. Quant au canon lui-même, le modèle Parrott révéla un défaut récurrent chez ce type de pièce rayée à savoir une fissure en arrière de la bande de renfort entourant la culasse qui provoquait l'explosion de la partie arrière du canon voire son éjection partielle. Durant le siège de Charleston plusieurs autres Parrott de gros calibre connaîtront des problèmes similaires après un nombre variable de tirs. Le canon fut retrouvé après guerre et est aujourd'hui exposé dans le parc Cadwalader à Trenton dans le New-Jersey.

fiche technique du canon Parrott de 8 pouces

fabricant : West Point Foundry

type : canon rayé à chargement par la bouche

calibre : 8 pouces

poids du projectile : 91 kg (200 livres)

poids de la charge : 7.3 kg (16livres ) mais des charges de 20 livres ont été utilisées pour les tirs

poids du tube : 7500 kg (tube en acier )

portée maximale à 5° : 2380 mètres

portée maximale à 35° : 7300 mètres

année de fabrication : 1860 - 1865

exemplaires construits aux États-Unis : inconnu

vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.

vue aérienne de la batterie Marsh, vue de profil et technique utilisée pour enfoncer les pieux servant de support à la plateforme.

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