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Les armes d'infanterie (1)

Publié le par Olivier Millet

Les armes d'infanterie  (1)

Le nombre d'armes utilisées pendant le conflit fut particulièrement important car la durée de la guerre a permis le développement de nouveaux types de fusils qui sont venus s'ajouter à ceux déjà existant. En outre les états avaient des stocks d'armes plus ou moins anciens et firent appel aux importations étrangères augmentant encore le nombre d'armes. Dans le panel des armes de l'infanterie on trouvait les mousquets qui étaient des fusils à chargement par la bouche et à mise à feu par silex ou par percussion de cartouche de fulminate. Les modèles anciens avaient un canon lisse et une portée de tir comprise entre 100 et 150 mètres mais étaient utilisés à des distances proches de 50 mètres. Les mousquets plus récents avaient un canon rayé qui pouvait tirer plus loin que le canon lisse, En outre il offrait la possibilité d'utiliser des balles modernes comme la balle Minié qui augmentait encore la précision et la portée de l'arme. Mais en dépit de ces améliorations balistiques, les armes d'infanterie étaient utilisées à des distances inférieures à 100 mètres et la précision ou la puissance ne servaient plus à grand chose dans de telles configurations du combat linéaire.

Pour utiliser correctement un fusil au combat il fallait un entraînement long et répétitif que seuls les régiments réguliers possédaient. La plupart des soldats volontaires ou de milice n'avaient pas d'entraînement suffisant pour tirer vite et bien avec de telles armes. Certains apprirent même sur le tas, c'est-à-dire dans le feu du combat. Il fallait 17 à 18 mouvements différents pour charger et tirer avec un mousquet. Un bon tireur pouvait théoriquement tirer jusqu’à trois coups par minute, mais dans le stress du combat il était plus réaliste de compter deux voire un coup par minute. Viser juste était encore une autre paire de manches. Le stress était d'ailleurs tel, que certains fusils retrouvés après la bataille de Gettysburg montrèrent 10 balles, ou plus, entassées dans le canon, le soldat n'ayant pas ou mal placé de cartouches fulminate, dans la fureur du combat, et rechargeait frénétiquement alors que les coups précédents n'étaient pas partis.

Les mousquets et fusils

Le mousquet ou le fusil était l'arme principale du soldat d'infanterie. Son maniement n'était guère différent de celui effectué par les soldats du premier empire à quelques détails près. Son chargement était effectué par la bouche du canon et nécessitait généralement que le soldat se tienne debout. La cartouche généralement en papier était déchirée et son contenu versé dans le canon puis tassé au moyen d'une baguette accrochée sous le fusil. Le soldat équipé d'une arme à silex devait ensuite verser une petite quantité de poudre dans le bassinet puis armer le chien qui tenait un morceau de silex entre ses mâchoires d'acier. Lors du départ du coup le chien frappait la platine provoquant une pluie d'étincelles qui enflammait la charge de poudre du bassinet et dont la flamme se communiquait à la chambre du canon par un petit trou appelé la lumière. Sous la pluie cette arme était capricieuse, son chargement était malaisé. Les mousquets de la guerre civile furent principalement équipés du système à percussion qui nécessitait de placer une cartouche de fulminate sur un emplacement adapté puis d'armer le chien et tirer. L'avantage est de pouvoir tirer sous la pluie (bien que le fulminate soit sensible à l'eau), d'éliminer les risques de projections de poudre enflammée dans les yeux du tireur et de faciliter l'armement du fusil.

L'autre grosse différence était que le canon soit ou lisse ou rayé. Le canon lisse tirait une balle ronde à des distances ne dépassant pas les 150 mètres, le canon rayé tirait plus de projectiles dont les balles coniques et à de plus grandes distances. Il convient de rappeler que la distance d'engagement la plus courante se situait entre 50 et 100 mètres. La principale innovation qui apparut durant le conflit fut le chargement par la culasse des fusils. Les carabines furent les principales bénéficiaires de ce changement mais quelques fusils eurent également le privilège d'être conçus de la sorte simplifiant davantage le rechargement et permettant de le faire dans n'importe quelle position.

Voici une liste non exhaustive d'armes d'infanterie d'origine américaine ainsi que du fusil britannique Enfield. Nous traiterons des armes de cavalerie, des autres armes d'importation et des armes spéciales ultérieurement. En fonction de la munition utilisée, la plupart de ces armes pouvaient encore blesser au-delà de 650 mètres mais la portée pratique était bien moindre. Au-delà de 300 mètres la plupart des mousquets devenaient imprécis, le Enfield, le Sharp et le Remington demeurant au-dessus de la norme.

Le fusil le plus utilisé par le Nord, à environ 1 million d'exemplaires, fut le Springfield modèle 1861. D'un calibre de 15mm (0.58) d'un poids de 4.1 kg et d'une longueur de 140cm, le M1861 est une version améliorée du M1855. Équipé d'un canon rayé il est précis jusqu’à 400 m environ ; sa mise à feu est assurée par le système à percussion à cartouche de fulminate. Le modèle précédent était équipé d'une bande d'amorces en rouleau afin d’éviter la manipulation d'amorce en cuivre pour chaque tir mais qui s'avéra décevante à l'usage car sensible à l'humidité.

Pendant la guerre le M1861 fut amélioré et donna la version M1863 qui fut le dernier fusil à chargement par la bouche de l'US Army. Fabriqué en deux types à 700 000 exemplaires, il ne différait du M1861 que par quelques petits détails comme les ressorts du fût de canon, la baguette pour le chargement, le pontet ou la chambre et le marteau de percussion. 520 000 exemplaires environ furent produits. Le Navy model "Plymouth" 1861 fabriqué à 10000 exemplaire, d'un calibre 0.69 fut commandé pour la marine et possédait les caractéristiques générales du M1861 de l'armée de terre mais avec un canon plus court.

Le second mousquet le plus utilisé pendant le conflit fut le Enfield P1853 (P pour pattern). Cette arme britannique produite pour les troupes coloniales indiennes de l'empire britannique servit durant plusieurs conflits dont la guerre de Crimée. Commandé en grand nombre auprès de contractuels par les sudistes, ce mousquet fut utilisé durant toute la guerre de Sécession. D'un calibre de 0.58, d'un poids de 4.3 kg et d'une longueur de 140cm, cette arme était excellente et meilleure que le Springfield à la plupart des distances de tir.

Le modèle précédent était donc le M1855 qui reprenait les spécifications du M1861 mais qui avait été pourvu d'un système original de bande amorçable enroulée dans un boîtier. Ce système est connu sous le nom de Maynard : des gouttes de fulminate était encachetées dans un rouleau de papier qui se déroulait au fur et à mesure des tirs évitant la manipulation des amorces. Mais le papier était sensible à la moisissure et fut abandonné au profit du système classique à amorce en cuivre. 60 000 mousquets M1855 furent produits. L'arsenal de Richmond fit sa propre copie de ce modèle ainsi que du M1861 et fut dénommé fusil "Richmond", L'arsenal de Fayetteville fit de même et produisit plusieurs types du M1855/1861. Entre 1857 et 1861, 59273 fusils M1855 furent fabriqués à Harper's Ferry et Springfield, les deux principaux arsenaux américains.

Le Springfield M1842 était encore largement répandu, il s'agissait d'un mousquet à percussion mais dont le canon était lisse et ne tirait donc que des balles sphériques au lieu de la balle Minié ou assimilée. Il existait plusieurs modèles qui furent fabriqués dans différent arsenaux aux États-Unis, dont 14000 modèles qui furent modifiés pour avoir un canon rayé.

Le Springfield M1816 était le plus ancien modèle dérivé d'un fusil datant de la guerre de 1812. Son système de mise à feu par silex avait été progressivement remplacé par un système à percussion. On trouvait dans certains dépôts du sud des armes encore plus anciennes comme le M1808, la plupart de ces fusils furent utilisés tels quels ou modifiés pour tirer avec le système à percussion.

Le Mississippi rifle M1841, utilisé pendant la guerre du Mexique était encore populaire. Pesant 4.2 kg, mesurant 1.23 mètres, ce fusil était pourvu d'un canon rayé et d'un système de tir à percussion. En 1855 il évolua en M1855, son calibre de 0.54 passa à 0.58 afin de pouvoir tirer la balle Minié. Ancien mais efficace ce fusil fut surtout utilisé par les confédérés, spécialement leur cavalerie, mais des unités fédérales ne dédaignèrent pas se servir de cette arme qui avait fait ses preuves.

L'artisan armurier Remington fabriqua en plus petit nombre un mousquet très précis, le Remington M1863 appelé aussi le fusil Zouave. D'un calibre de 0.58 à chargement par la bouche, ce mousquet mesure 1.2 mètre. Le canon rayé de cette arme possédait de petites rayures qui conféraient une précision redoutable au tireur et firent de lui le mousquet rayé le plus précis de la guerre.

En haut à gauche un Springfield M1855, à droite un M1861 et en bas un M1863 En haut à gauche un Springfield M1855, à droite un M1861 et en bas un M1863 En haut à gauche un Springfield M1855, à droite un M1861 et en bas un M1863

En haut à gauche un Springfield M1855, à droite un M1861 et en bas un M1863

Les armes d'infanterie  (1)

Les fusils et carabines à répétition

Les armuriers américains produisirent aussi des types de fusils qui se chargeaient non plus par la bouche mais par la culasse. Parmi les nombreux modèles, un des plus fiables et des plus produits fut le Sharps aussi appelé Berdan Sharps car utilisé par les tireurs d'élite de Berdan. Conçu en 1848, ce fusil est un modèle dit à culasse à bloc tombant, il se chargeait balle par balle au niveau de la culasse que l'on ouvrait en basculant l'arcade de pontet vers l'avant. D'un calibre de 0.52 (13.2 mm ) il tirait une balle avec précision jusqu'à 450 mètres. Équipé d'organes de visée micrométriques Creedmore il était idéal pour les tireurs d'élite et fit des ravages entre les mains des "Sharpshooters". Les Sharps capturés par les sudistes se retrouvaient rapidement au sein des unités de tireurs d'élite confédérés. D'une cadence de tir de 8 coups à la minute, cette arme, assemblée à Hartford dans le Connecticut, fut produite à 10 000 exemplaires (dont 2800 pour la marine et 6000 M1863) ainsi qu'une version courte pour la cavalerie qui fut très populaire.

Citons également les fabricants :

Henry qui fit une carabine en petit nombre mais très populaire parmi ses utilisateurs. Arrivée tardivement dans le conflit, cette carabine à répétition et chargement par la culasse manquait de "punch" mais possédait aussi de remarquables qualités : 16 coups en magasin, chargement rapide par la culasse au moyen d'un levier. Ses cartouches étaient métalliques et donc plus faciles à stocker mais plus dures à fabriquer particulièrement par le sud qui manquait des métaux nécessaires.

Spencer fabriqua lui aussi un fusil et une carabine à répétition manuelle et à chargement par levier de sous garde. Les balles étaient contenues dans un étui tubulaire situé dans la crosse de l'arme. La carabine équipa naturellement la cavalerie de l'union donnant une puissance de feu supérieure à son homologue sudiste en terme de rapidité de tir plus que de puissance d'arrêt. Le calibre du fusil était le 0.56-56.

A gauche un enfield P1853, à droite un Springfield M1816 et en bas le springfield M1842A gauche un enfield P1853, à droite un Springfield M1816 et en bas le springfield M1842A gauche un enfield P1853, à droite un Springfield M1816 et en bas le springfield M1842

A gauche un enfield P1853, à droite un Springfield M1816 et en bas le springfield M1842

Paddy Griffith : battle tactics of the civil war

Gazette des Armes HS n°11

John Langelier Warrior Osprey " Union infantryman 1861 - 1865 "

Philip R N Katcher Men at arms 37 " the army of northern virginia "

Philip R N Katcher Men at arms 177 " american civil war armies Union troops "

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