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La Caroline du Sud dans la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

La Caroline du Sud dans la guerre de Sécession

La Caroline du Sud fut le premier état à déclarer sa sécession de l'union. La Caroline du Sud était surnommée l'état palmier ou "palmetto state" du nom d'un petit palmier local. Cet état peuplé d’à peine 700 000 habitants, se sépara des États-Unis le 20 décembre 1860, conformément aux menaces qu'il avait proférées en cas de réussite aux élections du candidat Abraham Lincoln. C'est encore en Caroline du Sud que le premier tir de la guerre fut déclenché lorsque les canons entourant Fort Sumter, ouvrirent le feu le 12 avril 1861 précipitant le pays dans la guerre civile ( http://civil-war-uniforms.over-blog.com/l-attaque-du-fort-sumter-12-et-13-avril-1861 ). Pour le Nord, Charleston devint la ville symbole de la Confédération, le berceau de la rébellion et l'objectif de sa capture répondait plus à un impératif moral que réellement stratégique pour les forces de l'union.

Relativement épargné par l'invasion des troupes fédérales, l'état de Caroline du Sud vit assez peu d'engagements sur son sol en comparaison des états frontaliers ou de la Virginie, Mais les troupes fédérales essayèrent très tôt de s'emparer du grand port de l'état , Charleston, qui était également la plus grosse ville de l'état et 22ème ville la plus importante des États-Unis. Les côtes de Caroline du Sud furent la cible de l'US Navy qui remporta de beaux succès comme à Port Royal en novembre 1861, permettant à la flotte fédérale de détenir des bases afin d'allonger son blocus et le rendre plus efficace. Remontant vers le nord les troupes de l'union s'en prirent au port de Charleston qui fut plusieurs fois attaqué par la marine et l'armée de terre américaines en s'attaquant aux défenses entourant la ville. Parmi elles le Fort Wagner qui fut le théâtre d'un des affrontements les plus sanglants de la bataille pour Charleston en juillet 1863. Les Fort Sumter et Lamar furent également attaqués en 1862 ou 1863 et les environs de Charleston virent de multiples opérations visant à terme à s'emparer de la ville comme lors de la bataille de Honey Hill ou sur Johns island. Ce fut également à Charleston qu’eut lieu la première attaque sous-marine réussie au monde lorsque le CSS Hunley coula le USS Housatonic le 17 février 1864. Après avoir repoussé toutes les attaques fédérales, le général Beauregard, commandant la garnison, dut se résoudre à abandonner la ville en février 1865 et se replia avec ce qui restait de sa garnison pour rejoindre le gros des troupes du général Lee en Virginie. Les forces de l'union, sous les ordres du général Sherman, entrèrent finalement dans la ville, le 21 février 1865. Le 14 avril 1865, soit 4 ans après la chute de Fort Sumter, une cérémonie des couleurs fut organisée pour restaurer la bannière étoilée au-dessus du Fort Sumter. La boucle était bouclée...

L'armée de Caroline du sud a levé un grand nombre d'unités tout au long du conflit :

51 régiments d'infanterie, 17 régiments ou bataillons de cavalerie, 22 compagnies ou escadrons indépendants de cavalerie dont la légion de Hampton et de Holcombe, 8 régiments ou bataillons d'artillerie, 7 régiments ou bataillons de rifles et sharpshooters et un grand nombre d'unités de réserve et de milices locales et même une petite armée régulière. Parmi les unités les plus fameuses citons la légion de Hampton, le premier régiment de rifle qui fut aussi la première unité de l'armée confédérée à être mise sur pied, les cadets de Charleston qui firent partie de troupes assaillantes du Fort Sumter en avril 1861...

La Caroline du Sud dans la guerre de Sécession

Les milices et unités de volontaires d'avant guerre.

La milice de l'état qui avait été instituée en 1784, comprenait en 1860 : 5 divisions de 2 brigades chacune. Chaque brigade comprenant entre 5 ou 6 régiments d'infanterie. Un régiment de cavalerie était ajouté à chaque brigade dont les membres devaient fournir eux -mêmes la monture et son équipement. En plus de ces régiments de miliciens dont très peu possédaient un quelconque uniforme, s'ajoutaient de multiples compagnies de volontaires aux uniformes fantasques et chamarrés répondant plus au goût de ses membres qu'à l'observation d'un quelconque règlement.

Parmi les unités de volontaires, de nombreuses minorités, comme les Allemands, les Écossais, les Irlandais ou les Français, établirent des détachements reflétant leurs origines. Les volontaires écossais formèrent plusieurs compagnies dont la plus ancienne "l'union Light Infantry" créée en 1807 qui adopta le tartan et le bonnet du 42nd régiment de highlander de l'armée britannique le fameux "Black Watch " ou garde noire en référence à son motif tartan très sombre. The Highland Guard, établie en 1857 reprenait un uniforme presque identique au 42nd Highlanders britannique, décidément très en vogue. La communauté française fonda l'unité d'artillerie " the Lafayette artillery ", les Allemands, eux, eurent les Germans riflemen, Germans Hussards, Germans Fusiliers, Germans artillery et Palmetto riflemen. L'unité des Germans Fusiliers semblait être la plus ancienne de l'état car créée en 1775. Leur uniforme était composé d'une tunique bleu foncé à parements rouges avec un shako de cuir à plumet noir et rouge et un pantalon bleu. L’unité des Germans Artillery portait un uniforme proche de celui porté par les artilleurs prussiens avec un casque en cuir muni d'une pointe de cuivre. Les "Palmetto riflemen portaient quant à eux en 1858 une tunique noire avec parement blanc et passepoils argent, casque de cuir avec queue de cheval à symbole de tête de mort, très en vogue chez les hussards prussiens du 19ème siècle. Mais les unités américaines n'étaient pas en reste, avec par exemple l'unité des Washington Light infantry, fondée en 1807, qui portait une veste bleu foncé à trois rangées de boutons, un pantalon bleu foncé à bande rouge et un chapeau modèle 1856 avec une bande en peau de léopard. Les autres compagnies de natifs étaient les Washington artillery, les Palmetto guards, Therichland Volunteer Rifle company, The Ricland Light dragoons, the Brooks rifle guards, the Pickens riflemen, the Marion Riflemen, The watchesaw riflemen, la Légion de Hampton..

A Charleston, à la nouvelle de la Sécession, les unités de volontaires se rassemblèrent et se préparèrent pour le combat à venir. Les fabricants d'uniformes locaux fournirent les tenues de la plupart des compagnies de volontaires. Parmi eux C.F.Jackson & Co qui équipa les "Palmetto Light Dragoon", les "Vigilant rifles", Les Cadets de Charleston et l'AEtna guards". Bien que la plupart de ces tenues soient confectionnées en gris, la coupe et les parements demeuraient très différents. Dans la plupart des états de la confédération comme ceux du Nord, l'année 1861 était synonyme d'une très grande variété d'uniformes ou aucune réglementation particulière ne semblait s'appliquer pour les unités de volontaires.

Il fut décidé de mettre en place un uniforme réglementaire pour les unités de volontaires. Ce dernier était basé sur l'uniforme réglementaire mis en vigueur pour la milice de l'état le 17 décembre 1860. Les officiers généraux portaient une tunique bleu foncé à boutons jaunes ornés du symbole Palmetto, un pantalon bleu foncé également avec une bande or et une ceinture en cuir blanchi. Les officiers subalternes portaient la même tenue avec des parements blancs pour signifier leur statut d'infanterie volontaire, une bande blanche sur le pantalon et des boutons couleur métal blanc au lieu de jaune. Sur le képi, le Palmetto argent avec la lettre R et le numéro du régiment. Dans la grande tenue le képi était remplacé par le bicorne à plumes modèle 1839. Les hommes de troupes portaient des tenues fabriquées localement et qui consistaient la plupart du temps en une veste de différentes couleurs avec une doublure de couleur sur les bords de la poitrine et descendant jusqu'en bas dans un style propre à la Caroline du sud. Les Rhett's Guards de Newburry portaient par exemple une veste de chasse grise avec de la fourrure verte en guise de parement, un chapeau à bord large et surmonté d'une plume d'autruche noire.

Les volontaires et la milice n'étaient pas les seuls à pouvoir défendre l'état. La Caroline du sud mit sur pied une petite armée régulière fin 1860 qui comprenait un régiment d'infanterie (désigné 3rd infantry), un escadron de cavalerie, un bataillon d'artillerie (1st artillery) et une compagnie du génie. En plus de cette petite troupe, l'état se chargeait également de fournir des tenues aux unités de volontaires par l'intermédiaire des fabricants locaux et des tailleurs contractuels. Il apparaît que de nombreuses unités portaient des tenues variées et que malgré la diffusion du nouveau règlement sur l'uniforme de Richmond édicté en 1861, peu d'unités le suivirent scrupuleusement. Le commissariat aux fournitures de Caroline du sud continua jusqu'en 1864 de fournir des tenues à toutes les unités de l'état y compris à celles à l'extérieur de l'état. Le gris remplaça la variété de couleurs des tenues de volontaires au début du conflit.

La Caroline du Sud dans la guerre de Sécession

les ateliers de l'état

Principal fournisseur en uniforme des unités de l'état, le commissariat possédait deux ateliers/dépôt principaux à Charleston et à Columbia. Il était dirigé par le Colonel Lewis Hatch. Pour la confection des tenues ce dernier fit appel à une soixantaine de couturières qui opéraient sur des machines à coudre tandis que 350 ouvriers cousaient à la main le reste des tenues. La coupe et la préparation des tenues étaient réalisés par les tailleurs de la ville. Une école de jeunes filles, dirigée par le révérant A.Toomer, prêta même son assistance à la réalisation des uniformes, le révérend fut en charge entre autres d'habiller la légion de Hampton en octobre 1861. La tenue de la légion était un pantalon bleu à bande jaune pâle, une veste longue marron à garniture verte.
Jusqu'à fin 1864, les dépôts et ateliers de l'état de Caroline du sud furent capables de fournir des uniformes à leurs troupes. Fin 1861 et début 1862, la tenue principale était une veste longue grise (frock coat) à 6 ou 7 boutons avec demi-col gris ou de la couleur de l'arme, pantalon gris, képi, modèle forage cap, bleu ( début 1862) ou gris foncé avec des parements sur les manches. La veste fut remplacée par une veste plus courte entièrement grise sans parements à 6 boutons avec le col gris ou coloré et en 1864, cette veste fut à son tour remplacée par une veste shell jacket à 5 boutons.

Les associations patriotiques

A travers tout l'état, des associations patriotiques, essentiellement féminines, furent d'un grand secours pour fournir uniformes et autres effets d'habillements aux différentes unités de l'état en attendant que le commissariat aux fournitures de Caroline du sud soit pleinement opérationnel. A Charleston on trouvait par exemple la "Ladies clothing association" créée le 24 juillet 1861, qui fournit des centaines d’effets pour le dépôt principal de l'état ou directement à des unités de volontaires. Entre le 29 juillet et le 26 aout 1861, cette association ainsi que le "Relief soldier Association" confectionna 2301 vêtements dont 1676 furent expédiés au responsable d'état aux fournitures, le reste fut livré à des compagnies de volontaires. Le tissu venant à manquer, on utilisa celui des draps de lit pour réaliser des pantalons, la plupart du temps de teinte bleue mais parfois dans une couleur proche du "rose bonbon". Ce système permit à l'état de pallier efficacement au manque de temps pour mettre en place une organisation complète pour la distribution des uniformes de toutes les unités de Caroline du sud à l'intérieur et en dehors des frontières de l'état.

L'armement de l'état

Les deux arsenaux de l'état étaient situés dans la citadelle de Charleston et Colombia. L'état des lieux était critique car le stock de la citadelle ne contenait que 200 armes à feu en 1860. La capture de l'arsenal fédéral de Charleston le 27 décembre 1860 ajouta plus de 20 000 nouvelles armes dont plus de 4000 fusils rayés. Le principal armurier civil de la ville de Charleston fut contacté pour commencer la production de projectiles d'artillerie ainsi que le rayurage de mousquets à canon lisse. Les cloches des principales églises de la ville de Colombia fournirent le fer nécessaire à la production de deux obusiers réalisés par la firme "Congaree Iron Works" de Colombia. Le reste des fournitures d'armes, d'équipements, de baudriers, baïonnettes et autres chaussures fut fourni par différents ateliers.

Loin d'être idéals au début de la guerre, les stocks de fournitures nécessaires au conflit à venir purent être alimentés grâce aux mesures prises par la Caroline du sud. Les ateliers d'état et les manufactures privées permirent non seulement d’équiper et d'armer la plupart des unités de volontaires, et réguliers de l'état mais de maintenir la fourniture de ces matériels la majeure partie de la guerre. Le nombre exact de soldats de Caroline du Sud à avoir participé à la guerre est, comme souvent pour le Sud, inconnu ; des unités disparaissant et réapparaissant sous un autre nom ajoutèrent à la confusion. L'état "Palmetto" fournira presque le quart de sa population blanche pour l'armée confédérée, environ 13000 d'entre eux ne reviendront pas.

(les planches, issues d'une modification du travail d'Alexis Cabaret, représentent un panel de troupes de Caroline du Sud et les tenues qu'ils portaient à la date indiquée)

Sources:

Philip Katcher Men at Arms 37 "The army of Northern Virginia"

Ron Fields Men at arms 423 "The confederate Army 1861 - 865 " South Carolina, Mississippi

Ron Fields "American civil war Confederate Armiy"

Don Troiani "soldiers in america"

Don Troiani "Regiments & Uniforms of the civil war"

https://familysearch.org/learn/wiki/en/South_Carolina_in_the_Civil_War

http://www.museum.state.sc.us/exhibits/civilwar.aspx

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