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La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

Publié le par Olivier Millet

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

Après sa victoire facile à Fort Henry, le général Grant devait maintenant s'en prendre au Fort Donelson situé 18 kilomètres plus à l'est et dont les fortifications et la garnison étaient autrement plus conséquentes qu'à Fort Henry. La prise de Fort Donelson donnerait cette fois le contrôle de la rivière Cumberland et leur permettrait de mener des attaques jusqu'à Nashville en liaison avec les forces du général Don Carlos Buell, chef du département de l'Ohio. Après la prise de Fort Henry Grant annonce à son supérieur son intention d'attaquer immédiatement le Fort Donelson sans attendre un renfort ou un soutien de l'armée du général Buell. " Le Fort Henry est à nous, je compte prendre et détruire le Fort Donelson le 8 " . Mais contrairement à ce qu'il avait annoncé, Grant se met en route le 12 février soit 4 jours après sa victoire à Fort Henry car le mauvais temps gênait le ravitaillement des troupes de Grant et sa flottille avait besoin de réparations suite au dernier combat.

La situation des Confédérés et Fédéraux

Le général Sydney Johnston était dans une mauvaise position : ses forces principales situées à Columbus et Bowling Green étaient coupées en deux par la chute du Fort Henry et la destruction du pont de chemin de fer enjambant la rivière Tennessee, détruit par la flottille de Grant. De ce fait les garnisons de Columbus comme de Donelson étaient menacées par les forces de Grant supérieures en nombre. Les forces de Johnston à Bowling Green étaient, en outre, susceptibles de subir un assaut à la fois des forces de Buell et de Grant. Le général sudiste était confronté à des forces deux fois supérieures en nombre et devait soit abandonner le Kentucky, soit tenter une contre-attaque sur Fort Henry, soit s'établir en défense ferme à Fort Donelson avec l'ensemble de ses forces.

Finalement il opta pour un redéploiement de sa ligne sur Nashville afin de protéger ses industries d'armement en laissant une faible garnison à Donelson pour un combat retardateur. Ce choix était certainement le plus judicieux ; il évitait une défense sur plusieurs points qui de toute façon n'aurait certainement pas tenu. A la place il regroupait ses forces vers une zone plus facile à défendre et à soutenir. Mais contre toute attente il détacha un tiers de ses forces pour renforcer la garnison de Fort Donelson et les plaça sous le commandement du général John Floyd.

Grant savait qu'il allait avoir à faire à plus forte partie qu'à Fort Henry. Le fort en lui-même n'était qu'un vaste camp entouré d'une palissade mais deux batteries situées sur une hauteur dominant la rivière Cumberland de 30 mètres et pourvues de 12 canons lourds assuraient la défense du site. La flottille fédérale risquait d'avoir à subir un puissant tir de barrage. Les forces terrestres se verraient quant à elles obligées de traverser des tranchées qui entouraient tout le camp au sud que les troupes sudistes s'activaient à renforcer.

Les premières attaques de Donelson

Arrivé sur place le 12 février, Grant put se rendre compte de l'étendue de la zone à attaquer. Il lance sans tarder deux attaques de faible envergure menées par 2 brigades sur la droite et 3 régiments sur une batterie confédérée afin de tester les défenses ennemies. L'échec de ces premiers assauts fait comprendre à Grant que la partie sera autrement plus délicate qu'à Fort Henry mais les renforts sont en route et les cuirassés vont bientôt arriver sur la rivière.

Le 14 février Grant a reçu 10 000 hommes et ses bateaux de combat sont en position. Comme à Fort Henry il demande à la flottille de bombarder les positions confédérées tandis que ses troupes assuraient un siège étanche pour empêcher la garnison de s'échapper. Mais les bateaux fédéraux s'approchèrent trop des défenses sudistes et subirent de plein fouet le feu des canons lourds qui les surplombaient. Situés bien plus haut, les canons sudistes envoyaient leurs projectiles dans les zones les moins protégées des cuirassés tandis que ces derniers ne pouvaient répondre au feu, la hausse de leurs pièces étant insuffisante pour ces cibles en hauteur. Les boulets confédérés firent de gros dégâts dans les bâtiments nordistes détruisant les cheminées, brisant les postes situés en hauteur et infligeant des pertes à l’intérieur des bateaux. Les navires furent mis hors de combat et se retirèrent de la zone des combats après avoir perdu une cinquantaine de marins morts ou blessés. La flottille de Grant était KO pour aucun résultat notable sur les défenses sudistes. Mais la situation de Donelson était inchangée : le fort était toujours assiégé et aucun secours ne pouvait venir. Il fallait soit se rendre, soit tenter une percée.

Les différents généraux sudistes présents s'accordèrent tous à vouloir risquer un assaut des lignes fédérales le lendemain.

(illustration : peinture d'Andy Thomas " Fort Donelson " )

une pièce Columbiad dominant le Cumberland

une pièce Columbiad dominant le Cumberland

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

La sortie des Confédérés

La nuit du 14 au 15 février fut particulièrement dure pour les soldats de l'union qui avaient été habitués à des températures douces pour la saison et qui durent faire face à une aggravation du climat sans moyen de se protéger du froid. Cherchant à se réchauffer du mieux qu'ils le pouvaient, ils ne firent pas attention aux mouvements de troupes sudistes qui massaient une partie de leurs forces sur la droite de leur position. Au matin les rebelles passèrent à l'attaque. Les troupes fédérales de la division McClernand furent complètement prises par surprise. Malgré une résistance opiniâtre, les forces nordistes reculèrent devant l'assaut et se replièrent laissant un trou béant dans leur ligne sur le flanc droit.

De son côté Grant était avec Foote sur ses bateaux et discutait de la marche à suivre sans se douter le moins du monde que la bataille avait déjà commencé. En effet plus d'une fois on remarqua que le bruit des combats était partiellement, voire totalement masqué par le relief et le sens du vent créant ce que l'on appela une "ombre acoustique". Une fois averti, Grant se précipita sur le champ de bataille et constata avec surprise que les troupes confédérées reculaient elles aussi. La désorganisation et les pertes de la vague d'assaut confédérée avaient persuadé le général Pillow de renoncer à sa tentative de sortie et de faire rebrousser chemin à ses troupes malgré leur succès initial. Avec la vitesse et le sang-froid qui le caractériserait tout le long de la guerre, Grant lança des renforts pour colmater la brèche et récupéra tout le terrain perdu avec le soutien des canons des cuirassés. Près de 4000 hommes avaient été tués ou blessés pour un gain nul, mais le moral des sudistes était au plus bas. Nombre des blessés laissés sur le terrain gelé mourront dans d'effroyables conditions à cause du froid. Les généraux confédérés Floyd, Buckner et Pillow arrivèrent à la conclusion que risquer une nouvelle sortie serait suicidaire face à des troupes renforcées et sur leurs gardes. Floyd fit embarquer 1500 de ses hommes aux yeux et à la barbe des Yankees et fila sur un vapeur en redescendant le fleuve. Pillow choisit de se sauver seul avec son état-major dans une barque et confia le commandement du fort à Buckner désabusé. Mais avant de réaliser la seule chose qui lui restait à faire, Buckner laissa une partie de ses hommes sous les ordres du commandant Nathan Bedford Forrest s'échapper à cheval par un gué au matin du 16 février.

La bataille de Fort Donelson 12 - 16 février 1862

La reddition de Fort Donelson

Pour le reste de la garnison, il n y avait plus d'espoir et Buckner fit connaître au général Grant son désir de se rendre sous condition. La réponse de Grant fut catégorique "Reddition inconditionnelle". Ecoeuré Buckner n'eut d'autre choix que d'accepter. Fort Donelson et ses 12000 hommes étaient tombés.

Pour le général Grant c'était un nouveau triomphe, 10 jours après sa victoire à Fort Henry, il parvenait à neutraliser un tiers des forces du Tennessee et à s'ouvrir le chemin en direction du cœur de la confédération vers Nashville. L'armée de Buell pouvait avancer sans crainte sur la capitale du Tennessee qui ne pouvait lui opposer que des forces 4 fois moins importantes. De son côté l'armée fédérale de John Pope pouvait elle aussi avancer vers Colombus faiblement défendue. La brèche dans la ligne défensive de la confédération avait été réalisée, le Tennessee allait être envahi. Lincoln nomma Grant au grade de général de division le hissant au deuxième rang de l'armée de l'Ouest après le général Halleck. Alors que le front de l'Est n'était source que de déconvenues pour les fédéraux, l'Ouest offrait une grande victoire stratégique, la plus importante depuis le début de la guerre.

Pour les Confédérés bien évidemment c'est une catastrophe. Le 23 février, Johnston est contraint d'évacuer Nashville sans combat, abandonnant un centre de production d'armement important et provoquant la colère de Davis. Plus tard ce fut Colombus qui fut désertée de sa garnison, le Tennessee semblait bel et bien perdu.

(illustration : " la reddition du Fort Donelson " Harper's Weekly )

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rudi béthume 01/02/2015 18:32

Bonsoir, à la lecture de l'article, il me semble qu'une petite erreur s'est glissée dans le nom du Lieutenant Général Buckner. Merci beaucoup pour votre très beau site.
Bonne soirée.

O.Millet 02/02/2015 09:10

C'est vu l'orthographe de Simon bolivar Buckner est hélas orthographiée très souvent Bruckner dans nombre d'ouvrages du coup j'ai péché par excès de confiance dans certains d'entre eux, merci pour l'info