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Le "signal corps" de l'armée de l'union

Publié le par Olivier Millet

Le "signal corps" de l'armée de l'union

Transmettre des messages ou des ordres avant, pendant et après une bataille a toujours été un souci permanent du commandant en chef. Avant l'apparition des radios qui permirent une transmission immédiate des ordres à toutes les unités équipées d'un tel système, les armées utilisèrent les signaux audio et visuels en plus des messagers à cheval ou à pied. Le messager qui bien souvent était un membre subalterne de l'état-major transmettait à la vitesse du cheval les ordres de son chef mais était soumis au hasard des combats, pouvait être abattu, se perdre, ne pas trouver le destinataire ou pire, capturé et révéler le message à l'ennemi. Les trompettes, clairons ou tambours donnaient les ordres au niveau du régiment pour les mouvements mais ne possédaient pas un panel suffisamment large de gammes d'ordres pour être utilisés afin de transmettre des ordres détaillés. Les fanions de couleurs furent le moyen le plus efficace pour transmettre en temps réel des messages longs et détaillés. La plupart des armées possédaient un système de ce type copié sur les fanions que la marine utilisait pour communiquer entre bateaux.

Un système nommé télégraphe Chappe utilisant non pas un signal électrique mais visuel fut mis en place par les Français en 1794 et par le biais de stations permettait une transmission relativement rapide. Mais l'arrivée du télégraphe électrique de Samuel Morse fut un réel progrès. L'arrivée de ce système plus moderne permit de transmettre sur de longues distances et en temps réel. Mais il était nécessaire que toute une infrastructure de poteaux et de fils tendus soit mise en place ce qui était bien sûr très difficile pour une armée en mouvement ou au cœur d'une bataille. Néanmoins Lincoln avait une salle aménagée en liaison permanente via télégraphe Morse avec ses différents chefs de corps lui donnant les détails des progrès de la guerre. Un détachement du signal corps était même désormais capable de dresser rapidement un relais télégraphe afin de d'envoyer des messages du plus près de l'action. Mais si cette unité permit un réel progrès dans les transmissions militaires depuis le champ de bataille, elle était impossible à mettre en œuvre pour assurer la liaison entre les unités au combat.

Pour la bataille il fallut compter sur le bon vieux système à fanion pour les communications entre unités. Le système Myer du nom de son inventeur, le Major Albert J Myer, médecin aux armées, utilisait des fanions à symboles géométriques colorés. Ce système qui utilisait un homme, jouant le rôle de transmetteur, équipé d'un fanion de couleur dont la position et le mouvement indiquaient un chiffre. Un système de code par numéro permettait de composer des lettres, des mots ou des ordres. Le destinataire, équipé d'une longue-vue et devant connaître la procédure de déchiffrement, scrutait les mouvements du fanion et dictait le message. Des torches pouvaient remplacer les fanions pour la transmission de messages la nuit. Ce système lent avait l'avantage de ne pouvoir être brouillé, placé suffisamment loin, il était à l’abri des coups de l'ennemi mais pouvait être visuellement intercepté par un tiers connaissant la procédure de décryptage relativement simple des mouvements du fanion.

L'armée de l'Union, comme l'armée confédérée possédait donc une unité chargée de transmettre et recevoir des messages par fanion : le signal corps.

Officiellement créé en juin 1860, Myer dut créer de toutes pièces son unité qui ne disposait d'aucun personnel formé. Une campagne militaire contre les indiens Navajos démontra l’efficacité du système et quand la guerre civile était sur le point de se déclencher, le signal corps pouvait mettre en œuvre ses fanions pour transmettre les messages des commandants. Seulement la plupart des membres de l’unité rejoignirent la Confédération et Myer se trouva une nouvelle fois démuni de tout personnel. Les anciens membres de son unité passés au service des Sudistes mirent à profit leur connaissance pour mettre en place le signal corps confédéré. Il fallut à Myer attendre 1863 pour pouvoir réintégrer un détachement de transmetteurs au sein de l'armée de l'Union.

une des pages de la méthode de Myer pour envoyer des messages, son système se distinguait du système à sémaphore par l'utilisation d'un seul fanion au lieu de deux.

une des pages de la méthode de Myer pour envoyer des messages, son système se distinguait du système à sémaphore par l'utilisation d'un seul fanion au lieu de deux.

Myer utilisa toujours son système à fanion mais mit en place un deuxième moyen de communication utilisant cette fois la technologie du télégraphe électrique. Il parvint à mettre sur pied des unités équipées de charrettes transportant tout le matériel nécessaire à l'édification de petites lignes télégraphiques et les moyens électriques de faire parvenir des messages. La puissance des stations sur roue ne permettait pas d’émettre au-delà de 8 kilomètres par le biais d'une machine nommée machine de beardslee mais la faible puissance, le manque de personnel formé au maniement de cette machine et les intérêts divergents entre Myer et la nouvelle institution du USMT (United States Military Telegraph) virent ces unités innovantes disparaître du signal corps. En effet cet organisme chargé de la construction des lignes télégraphiques militaires opérait également avec des unités qui construisaient, sur le champ de bataille même, une ligne télégraphique temporaire avec une charrette station à chaque bout. Bien qu'étant une branche militaire le USMT était dirigé par des civils et se disputait les faveurs de Washington pour la mainmise des communications militaires. Le signal corps demeurait l'unité des signaux visuels et le USMT celui des signaux radioélectriques.

L'organisation du corps en 1863 autorisait 1 colonel (Myer) , 2 lieutenants-colonels, 2 majors, 1 capitaine par corps ou entité militaire suffisamment importante avec jusqu’à 8 officiers par capitaine et 7 hommes par officier. En 1864, le corps comprenait environ 200 officiers et 1000 hommes. La dispute entre Myer et le USMT lui valurent d'être destitué de sa fonction de chef du signal corps et remplacé par le Major Nicodemus. Ce dernier fut lui-même limogé et remplacé par le colonel Fisher suite à un rapport de sa part faisant part des brèches de sécurité du système Myer qui pouvait être lu et interprété par l'ennemi. N'oublions pas que le signal corps sudiste comportait à l'origine des hommes formés par Myer lui-même.

Le corps fut dissous en 1865

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