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La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

Publié le par Olivier Millet

La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

Le premier combat d'importance qui opposa les forces de l'Union à celles de la Confédération eut lieu à Manassas Junction en Virginie à une quarantaine de km de Washington.

Malgré une série d'escarmouches de faible importance à Philippi, Bethel church, Boonville, Hoke's Run, Dry Fork, Rich Mountain ou encore Blackburn's Ford, les forces de l'Union et de la Confédération ne s'étaient pas encore rencontrées dans une bataille que chacun des états-majors espérait décisive. Imprégnés de la culture militaire napoléonienne, les généraux des deux camps étaient encore convaincus de la possibilité de gagner la guerre en une seule bataille. La recherche de la bataille décisive, chère à Napoléon Premier, força l’état-major de l'Union à adopter une stratégie directe en direction de la capitale sudiste dont la chute entraînerait inévitablement, selon eux, la fin de la Confédération. Les Confédérés, conscients dès le début du conflit de leur infériorité numérique, espéraient obtenir la fin des combats par l'usure du moral du Nord en adoptant une stratégie globalement défensive tout en prenant en compte la possibilité de s'attaquer également à Washington. Une reconnaissance de la part de la France et de l’Angleterre était espérée, voire même une intervention navale contre un éventuel blocus nordiste si le sud mettait fin aux livraisons de coton essentiel à l'industrie textile de ces deux nations européennes.

L'armée fédérale était composée d'un noyau de 15000 soldats de métier et 75000 volontaires ayant signé pour 3 mois. Cette inexpérience de l'armée avait conduit le général en chef de l'Union, Winfield Scott, à proposer à Lincoln un plan d'action indirecte axé sur des attaques navales combinées à des actions de débarquement, un blocus des côtes sudistes et une offensive terrestre par l'ouest visant à couper la Confédération en deux le long du Mississippi. Ce plan offrait l'avantage d'être prudent et moins risqué qu'une attaque directe sur la capitale ennemie avec de mauvaises troupes. Mais il était long à mettre en place et le nombre de navires nécessaires dépassait largement les capacités actuelles de la marine de l'Union. En ce début d'été 1861, les forces de l'Union comprenaient 4 principales forces. La plus imposante sous les ordres du général Irwin McDowell près du Potomac comprenait 35000 hommes, la seconde était sous les ordres du général Patterson près de Harper's Ferry en Virginie puis les armées des généraux Butler et McClellan en Virginie soit 35000 hommes de plus. En face les confédérés alignaient plusieurs armées dont celle du Potomac ( à ne pas confondre avec l'armée du Potomac de l'Union) du général Beauregard et qui comprenait près de 20000 hommes, l'armée de la Shenandoah du général Johnston totalisant 8000 hommes et des unités dispersées en Virginie. Le sud accusait une infériorité en hommes de deux pour un.

Le général McDowell, commandant l'armée de Virginie du nord-ouest, fut choisi pour diriger les forces de l'Union dans la campagne contre Richmond. Son plan consistait en une attaque en trois colonnes : la plus petite à droite ferait diversion pour attirer une partie des forces confédérées tandis que les deux autres attaqueraient au centre et sur le flanc droit de l'ennemi. Le but étant de s'emparer du carrefour de Manassas et de couper la route de Richmond aux forces rebelles.

Dans le camp adverse, la stratégie demeurait strictement défensive et visait à affaiblir l'ennemi et à saper son moral afin de l'obliger à accepter la confédération comme entité politique viable. Il n'est pas réellement question de s'emparer de Washington ce qui de toute façon ne changerait pas le cours de la guerre. Par contre l'objectif prioritaire est bien la défense de Richmond. Davis, seul responsable de la stratégie du Sud, insista pour que l'armée de Beauregard, installée près de Manassas junction, défende la capitale plutôt que de tenter une manœuvre sur les arrières de l'ennemi qui nécessiterait de puiser dans les réserves de l'armée de la vallée de la Shenandoah.

La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

Pressé par une opinion publique revancharde depuis Fort Sumter, Lincoln impose une attaque directe sur Richmond et au plus tôt au général McDowell et ce malgré l'impréparation de l'armée. Le général nordiste s’exécuta et se mit en branle avec l'armée le 16 juillet. Toute une foule de civils, incluant des sénateurs, des journalistes et des députés ainsi que leur famille emboîta le pas des troupes nordistes. Le 18 juillet, les forces nordistes d'avant-garde se heurtèrent à des éléments sudistes du général Longstreet près du gué de Blacburn faisant une centaine de morts en tout. Le général Beauregard, commandant des forces sudistes défendant la voie de Richmond se préparait à recevoir chaudement l'armée de McDowell et ses 35000 hommes. Beauregard ne disposait que de 20000 soldats mais dès qu'il apprend la mise en route de l'armée nordiste il envoie des messages au général Johnston, commandant l'armée sudiste de la vallée de la Shenandoah afin que ce dernier effectue un mouvement tournant pour frapper l'aile droite de McDowell. Cette manœuvre est d'autant plus délicate qu'une armée nordiste de 18000 hommes sous les ordres du général Patterson est en route pour s'attaquer directement aux forces de Johnston.

Le 21 juillet, les forces de McDowell arrivèrent devant la rivière Bull Run et les forces sudistes qui se sont établies au-delà. La bataille commença vers 2h30, deux divisions nordistes partirent vers le nord-ouest dans un mouvement circulaire pour attaquer la ligne confédérée face au Sud, dans le même temps une autre force nordiste attaquerait face à l'ouest dans le flanc droit de la première ligne sudiste. Un encerclement de la position confédérée se dessina et les Sudistes furent attaqués par un ennemi presque 10 fois plus nombreux. Les forces sudistes qui défendaient l'accès Est qui passait par un pont de pierre partirent renforcer les forces sudistes du nord-ouest qui se trouvaient écrasées par les deux divisions nordistes. Beauregard qui comprit rapidement la manœuvre ennemie, envoya des renforts au nord comme à l'est pour contenir les troupes ennemies. Le flanc droit confédéré se trouva renforcé de deux brigades mais un certain colonel W. T. Sherman traversa le Bull Run à gué et attaqua le flanc droit des Sudistes.

La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

A 11h30, submergée, la première ligne confédérée dérouta et partit plus en arrière sur la colline Henry. Les renforts sudistes arrivaient au compte-gouttes, notamment la batterie de 4 pièces du capitaine Imboden qui ralentit un peu les Nordistes. Mais les forces de l'Union ne profitèrent pas de leur avantage et se contentèrent de bombarder la colline Henry avec deux batteries d'artillerie. Mais plus en arrière la bataille s'apprête à basculer, les renforts sudistes arrivent par voie ferrée , premier exemple de l'histoire de l'utilisation du train à des fins militaires. Les forces de l'Union sont toujours plus nombreuses mais elles se battent depuis le matin et n'obtiennent pas de renfort alors que leur adversaire allait recevoir un flot de nouvelles troupes fraîches avides d'en découdre. Vers midi, la brigade de Virginie du général T. Jackson arriva sur les lieux et se déploya en ligne soit 5 régiments et 13 canons. Les Virginiens avaient même emmené avec eux les canons d'exercice de l'académie militaire de Virginie peints en rouge car plus légers et ne devant pas être confondus avec les canons standard. En contrebas, les débris des brigades Bee et Evans étaient poursuivis par l'infanterie de l'Union tandis que les canons nordistes engageaient un duel d'artillerie avec l'artillerie confédérée pour une fois supérieure en nombre. Le général Bee aperçut alors le général Jackson à cheval, impassible sous les balles et aurait crié, selon la légende, à l'adresse de ses troupes qui fuyaient : "Regardez Jackson qui tient comme un mur de pierre. Ralliez-vous derrière les Virginiens". La légende de "Stonewall" Jackson était née (on ne sait pas vraiment si la remarque de Bee était ironique ou sincère, mais le surnom est resté à Jackson). Les canons nordistes les plus au sud furent approchés par le 33ème régiment de Virginie habillé de bleu ce qui trompa la vigilance des artilleurs qui crurent avoir affaire à leurs propres troupes et laissèrent ce régiment s'approcher pour finalement se faire foudroyer et capturer. La cavalerie sudiste de Jeb Stuart chargeait de flanc les troupes nordistes, le régiment des pompiers volontaires de New-York, les Fire Zouaves, furent anéantis.

La première bataille de BULL RUN ou MANASSAS 21 juillet 1861

Jackson dans le même temps repoussa une première attaque nordiste et fit donner de la baïonnette, il fit charger sa brigade en hurlant pour la première fois le fameux "rebel Yell" le terrifiant cri de guerre sudiste et chassa les troupes de l'Union de Henry Hill. Vers 16h00, sur l'aile gauche de Jackson, deux brigades confédérées de l'armée de la Shenandoah venaient de se déployer ajoutant leur troupes fraîches dans la bataille. Avançant avec la brigade de Jackson, la ligne confédérée repoussa les troupes nordistes plus nombreuses mais épuisées. Devant cette dernière attaque les forces de l'Union craquent et reculent. D'abord organisé, le repli se transforma en déroute et ce fut la débandade entraînant dans leur déroute les civils paniqués qui étaient venus assister à la victoire de l'armée fédérale dont les voitures et calèches ajoutaient à la désorganisation. La fuite des troupes fédérales ne s’arrêta que devant la capitale. Jefferson Davis, qui venait d'arriver sur le champ de bataille réclamait à grands cris une poursuite vers Washington. Mais la prise de la capitale n'aurait en aucun cas signifié la fin de la guerre (elle fut déjà prise par les Anglais et brûlée en partie durant la guerre de 1812 sans pour autant mettre fin au conflit)

Les Sudistes devant cette victoire entamèrent une poursuite relativement molle qui leur apporta encore des prisonniers mais les forces sudistes désorganisées ne se dirigèrent pas vers la capitale fédérale. Les troupes de l'Union mirent bien quelques unités en position d'arrière-garde pour couvrir la retraite notamment les troupes de Sherman, mais finalement les troupes mises en place par McDowel derrière le Potomac ne virent jamais d'attaque, les Sudistes avaient abandonné l'idée de prendre la ville. De toute manière la prise de la capitale semble presque impossible, les routes sont transformées en bourbier par la pluie dans la nuit, la traversée du Potomac aurait pris un temps considérable et la capitale fédérale reçoit elle aussi des renforts nombreux en provenance du Nord.

Il est presque 17h00, la première bataille de Bull Run est terminée ; elle marque le premier grand succès confédéré de la guerre.

L'Amérique et le monde sont stupéfaits par la victoire sudiste. Alors que tous les pronostics donnaient l'armée de l'Union vainqueur, les forces fédérales subirent une écrasante défaite qui leur coûta près de 3000 morts, blessés, prisonniers et disparus. Les Sudistes vainqueurs déploraient la perte de presque 2000 hommes. Cette bataille est un véritable choc pour le Nord qui va orienter son industrie vers la guerre comme jamais elle ne l'a fait auparavant. George McClellan va prendre le commandement de l'armée du Potomac et l'a transformée en un redoutable instrument de guerre. Le Nord prend conscience que la guerre ne sera pas si courte que ça et que de réels efforts seront nécessaires pour inverser le cours du conflit. Un véritable syndrome défaitiste lié à cette bataille était né dans l'esprit des commandants nordistes.

Pour le Sud paradoxalement la victoire de Manassas eut un impact psychologique trompeur car elle suscita durant les prochains mois de la guerre l'illusion qu'ils étaient supérieurs à l'armée fédérale, jouant certainement sur la manière dont les confédérés devaient faire évoluer la situation stratégique. Un "syndrome Bull Run" frappa également les Nordistes qui déclencha une sorte de fatalisme tactique aggravé par les défaites qui s'accumulèrent peu de temps après. Ce qui est sûr c'est que cet affrontement marqua longtemps les esprits de tous les combattants, mais curieusement le Nord trouva dans le défaitisme du syndrome Bull Run la volonté de mettre en place les mesures les plus efficaces qui aboutiront à sa victoire finale. A commencer par l'application du plan Anaconda de Scott qui consistait à établir un blocus des côtes et une attaque sur le front ouest vers le Mississippi et ensuite vers une préparation méticuleuse de l'armée fédérale afin d'entraîner au mieux les hommes et leurs officiers trop novices. Lincoln, le lendemain de la bataille, signa un décret appelant sous les drapeaux 500 000 volontaires pour trois ans. il fit remplacer McDowel par McClellan. Ce dernier disposait d'un réel talent d'organisateur mais en même temps il ne montra pas un entrain extraordinaire à entamer une action offensive avant mars 1862 soit 8 mois après la bataille de Bull Run.

Les affrontements avaient également montré le besoin de changer le drapeau confédéré qui se confondait avec le star and stripes fédéral ainsi que de supprimer toutes les tenues trop ressemblantes avec celles de l'ennemi. La guerre des amateurs volontaires dans leurs uniformes rutilants et chamarrés propres à chaque régiment était terminée, la standardisation devait être la norme : les Nordistes seront en bleu et les Sudistes en gris.

la charge de Jeb Stuart dans les rangs des fire Zouaves de New-York

la charge de Jeb Stuart dans les rangs des fire Zouaves de New-York

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