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Les soldats noirs dans la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

Les soldats noirs dans la guerre de Sécession

Il est vrai que la place des noirs et en particulier de l'esclavage occupent une place majeure dans la guerre de Sécession. Ce conflit déclenché avant tout pour éviter la destruction de l'union, est symbolisé par la lutte raciale de la population noire des États-Unis qui cherche à obtenir une place meilleure si ce n'est égale a celle des autres américains de cette époque. Quel meilleur moyen pour les noirs pro union de montrer cet engagement dans la lutte armée. Mais l'engagement de cette ressource humaine extrêmement motivé a rencontré de nombreuses difficultés avant d'être rendue possible. Au sud les noirs furent également présent dans les combats mais a un degré très largement inférieur et pour bien d'autres raisons qui répondaient plus a une loyauté forcée envers leurs maitres ou une possibilité d’affranchissement si ils se montraient bon combattants. quoi qu'il en soit la question des soldats noirs dans la guerre de Sécession est un point important qu'il est impossible de passer sous silence pour qui veux comprendre un tant soit peu cette terrible guerre civile.

Le Sud esclavagiste disposait de 4 millions de noirs dans les plantations, dans les grandes maisons somme valet ou comme main d’œuvre dans les villes. La guerre était bien entendu l'affaire des blancs, il était hors de question de se servir des noirs comme soldat dans l'armée. Si le combattant noir se montrait à la hauteur du soldat blanc que valait dès lors le système mis en place par le Sud ? En outre armer une population d'esclaves s’avérait être un risque permanent pour la sécurité des civils sudistes il demeure que la question de l'utilité dans l'effort de guerre fut posé au Sud a un moment ou les hommes disponibles commençaient a se faire de plus en plus rares. Il existait une exception dans la confédération dans l'état de Louisiane où certains noirs bénéficiait d'un statut d'homme libre et avaient eux même organisés un bataillon d'homme libre de couleur pour prêter main forte à la confédération. Bien entendu le gouvernement refusa de leur fournir le moindre équipement mais ne leur interdit pas de se constituer en unité. Dans la confédération le général Lee proclama que si l'entrée des noirs dans l'armée sudiste pouvait sauver la confédération alors il ne fallait pas hésiter. Néanmoins seulement deux compagnies de soldats noirs furent mises sur pied et aucunes d'entre elles ne participa aux combats.

La question de l'égalité raciale au combat se posa tardivement au Nord où bien que l'esclavage n'exista plus, la ségrégation et l'inégalité raciale était une réalité. Dans plusieurs états du Nord, les noirs n'avaient pas le même statut que les citoyens blancs, ils ne pouvaient voter et participer à la vie politique de l'état. L'accès à certains poste leur était impossible et parmi ces postes: l'armée. Le noir au nord vivait le plus souvent pauvrement et entrait en concurrence avec les ouvriers blancs quant à l'accession au travail. Mais des hommes blancs, mais aussi noirs, membres de l'intelligentzia, se battirent pour changer cet état de fait. Parmi eux le plus virulent défenseur de la cause des noirs en Amérique du Nord fut Frederick Douglass, ancien esclave lui même. Un changement radical intervint lorsque le Président Lincoln fit sa proclamation d'émancipation.Le ministère de la guerre suite à la parution du deuxième décret, édicta un ordre général le 22 mai 1863 accordant aux noirs le droit d'intégrer l'armée fédérale. Les noirs, dont la plupart désirait ardemment participer au conflit et libérer leurs frères du Sud, se voyaient offrir une chance de participer à la guerre. Déjà dès 1862, plusieurs unités de couleur avaient été mises sur pied dans les régions occupées par les nordistes en Caroline ou en Géorgie. Mais les réticences étaient encore nombreuses, ont doutait particulièrement de la capacité des noirs à faire de bon soldats, les officiers avaient peur de se retrouver avec des troupes peu fiables qui fuirait à la première escarmouche plantant là leur camarade blancs, forcément plus courageux. Cantonné a des postes subalternes il fallut encore que des hommes influents interagissent auprès des autorités compétente pour que la mise sur pied d'un régiment entièrement noirs soit possible.

un soldat du 4th régiment des USCT (Don Troiani)

un soldat du 4th régiment des USCT (Don Troiani)

Les soldats noirs dans la guerre de Sécession

A la conditions que les noirs soient commandés par des officiers blancs, les régiments des USCT (US Colored Troops) devinrent une réalité. Il était hors de question de mélanger soldats blancs et noirs au sein d'un même régiment mais même si les soldats de couleurs étaient considérés en tout point de vue comme inférieur à leur homologues blancs ils avaient réussi a participer à l'effort de guerre en tant que militaire. Payé 10 dollars par mois, alors qu'un blanc touchait 13 dollars, le soldat noir devait encore faire face au mépris des officiers supérieurs comme des simples soldats blancs qui voyaient en eux des soldats de seconde zone. L'encadrement blanc était formé à l'académie militaire de Philadelphie , les sous-officiers pouvaient être des noirs et dans quelques rares cas, des noirs purent devenir officier et atteindre le grade de capitaine.

Les autorités confédérées n'accordèrent jamais au soldats noirs des USCT le même statut qu'un soldat blanc, en cas de capture il fallait s'attendre à ce que les noirs soient placés en condition d'esclavage, même si il ne l'avaient jamais été auparavant. Un noir ne pouvait être qu'un ancien esclave échappé et qui ne méritait que de retourner à sa condition première. Les officiers blancs encadrant ces hommes étaient eux considérés comme des criminels (incitation d'esclaves à la révolte) et étaient traités comme tout blanc aidant un esclave en fuite, la peine pour ces hommes était la mort. A Fort Pillow et à la bataille de Poison Springs le 18 avril 1864 des soldats noirs capturés par les rebelles furent passé par les armes et impitoyablement massacrés, blessés y compris. Un tel acharnement à tuer les soldats noirs, portant pourtant un uniforme distinct, était significatif de la haine raciale viscérale qu'entretenait à leur égards les troupes confédérées. Les régiments des USCT, plus que tout autres unités de l'union, représentait symboliquement la menace ultime pour la survie du système sudiste. Mais les militaires noirs ne furent d'ailleurs pas les seuls à subir les foudres des armées rebelles, lors de la marche sur Savannah en 1864, les troupes de l'union encombre par des milliers d'esclaves en fuites décidèrent de couper les ponts afin d'empêcher ces derniers de les suivre et de gêner leur mouvements. Rattrapé par la cavalerie rebelle, les réfugiés noirs furent en partie massacré par les sudistes hommes femmes vieillards et enfants furent assassinés à coup de sabre et de pistolets, certains se noyant en se jetant à l'eau pour rejoindre l'autre rive. Les survivants furent rassemblés par les confédérés et remis a leur anciens propriétaires.

La bataille de Market Heights allait changer en partie leur point de vue.

(illustration le 6th USCT à New Market Heights 29 septembre 1864 par Don Troiani))

Et le Sud ?

Il peux paraitre étrange de trouver des soldats noirs dans une armée se battant pour défendre, entre autre le droit à poursuivre l'esclavage sur leur sol. Pourtant il convient de signaler que le 13 mars 1865n la confédération autorisa l'intégration des soldats noirs dans l'armée. Cette mesure allait à l'encontre de la hiérarchisation raciale établie dans le sud qui voulait que le noirs soit en tout point de vue inférieur à l'homme blanc. Que ce passerait il si des soldats noirs se battaient aussi, voir plus courageusement que les soldats blanc? Pourtant le Sud envahi, et privé d'une partie de son réservoir de recrutement était dans une situation désespérée en 1865 et du recourir a des mesures radicales pour tenter de freiner l'inévitable. A la demande du général LEE, la condition première pour accueillir ces soldats noirs était que ces derniers seraient affranchis à la fin de leur temps de service, il n'était plus question de les renvoyer dans leur plantation une fois la guerre finie.

Pourtant il est avéré que des soldats noirs combattaient déjà dans les rangs du Sud bien avant cette mesure et à la grande différence du nord, ils combattaient en unités mixte avec les blancs. Dès 1861, le Tennessee autorisa que les noirs de 15 à 50 ans puissent combattre avec les soldats blancs. Des témoignages d'officiers de l'union détaillant la présence avérée de soldats noirs dans des régiments d'Alabama, de Louisiane ou de Caroline de quelques soldats noirs parmi les prisonniers confédérés. Il faut aussi faire attention à ces témoignages car parfois des noirs étaient habillés d'un uniforme mais avaient un rôle uniquement de serviteur auprès de leur maitre et non de combattant. Mais dans les faits et malgré certaines affirmations prétendant qu'au moins 30000 noirs se seraient battus pour le Sud. Les historiens ne semblent qu'accorder qu'une place anecdotique à l'engagement des soldats noirs dans la confédération parlant même de "mythe du soldat noir sudiste". Certains affirmant que moins d'une centaine auraient effectivement combattus, le débat continu. Loin de trancher la question il faut accepter le fait que des soldats noirs ont effectivement combattus pour l'armée confédérée et ce bien avant la mesure de 1865. Sans parler des esclaves accompagnant leur maitre au combat et qui ont parfois démontrer une loyauté sans faille sur le champ de bataille, les combattant de couleurs du Sud furent une réalité aussi petite soit elle.

Les soldats noirs dans la guerre de Sécession

L'uniforme:

A l'exception des rares unités pré 1862 composée de noirs, les USCT eurent un uniforme identique a celui du reste de l'armée.

Étant apparu dans une période où la standardisation de la tenue était déjà en place, les USCT ne reçurent pas un uniforme particulier. Leur tenue ne différenciait donc pas de celles de leurs camarades blancs. Il est possible que le frock coat fut distribués en priorités aux USCT car les soldats blancs ne l'appréciaient pas mais les diverses photos des USCT montrent que ces soldats portaient aussi bien des sack coat que des frock coat.

Les drapeaux par contre reflétaient bien la provenance ethnique de chaque unité en plus de leurs inscriptions par un symbole, une image propre à la spécificité noire du régiment (voir illustration du 24th regiment des USCT

illustration drapeau régimentaire du 24th USCT (https://goneforsoldiers.wordpress.com/goneforsoldiers)

Conclusion

Sans tenir compte de la petite participation des noirs sudistes, l'implication des soldats de couleurs fut significative, elle atteignait les 10% des effectifs globaux de l'armée fédérale soit 200 000 à 180 000 hommes. 135 régiments d'infanterie, 14 d'artillerie et 6 de cavalerie plus quelques unités indépendantes. Un peu moins de 37000 soldats des troupes de couleurs de l'union furent tués ou moururent des suites de maladie pendant la guerre de Sécession. 25 noirs dont 15 appartenant aux colored troop reçurent la médaille d'honneur du Congrès, plus haute distinction américaine. Mais tant de sang versé ne suffira pas à rétablir un plein équilibre des droits aux États-Unis

sitôt la guerre finie une période d'une décennie appelée, la grande reconstruction, permis aux noirs une nette amélioration de leur situation jusqu’à ce que réapparaisse des lois ségrégationnistes dans les états du Sud qu'autorisa le compromis de 1877 par son inutilité. Ainsi les lois Jim Crow mise en place dans les états du Sud contournaient les 3 amendements instauré pour établir une égalité de droits entre blancs et noirs. Ces lois imposaient de fait la ségrégation jusqu'en 1965 date à laquelle le civil right act abrogeait définitivement ces mesures honteuses et dégradantes mettant un terme définitif a une des causes principales de la guerre de Sécession.

Liens

SMITH John david : "Black soldier in blue, african american troop in the civil war"

LARDAS Mark OSPREY WARRIOR serie "African American soldier in the civil War the USCT 1862-1866"

un excellent site (US) sur les troupes des USCT

http://usctchronicle.blogspot.be/

Le mythe des soldats noirs du sud (article)

http://militaryhistorynow.com/2012/06/20/black-in-grey-did-african-americans-fight-for-the-confederacy/

Archives nationales:

http://www.archives.gov/education/lessons/blacks-civil-war/

article de la librairie du Congrès:

http://www.loc.gov/teachers/classroommaterials/presentationsandactivities/presentations/timeline/civilwar/aasoldrs/

article intéressant sur les volontaires noirs de Géorgie dans l'armée de l'union:

http://www.georgiaencyclopedia.org/articles/history-archaeology/black-troops-civil-war-georgia

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La mitrailleuse Gatling dans la guerre de sécession

Publié le par Olivier Millet

La guerre de sécession fut le premier vrai conflit moderne qui vit l'emploi du télégraphe des chemins de fer, des navires cuirassés, des sous-marins et de la première mitrailleuse.

Inventée en 1862 par l'ingénieur Richard Gatling, cette arme à tir multiple consistait en 6 canons pivotants de calibre 0.58 autour d'un axe central, chaque canon possédant son propre système de mise à feu. L'alimentation en munitions se faisait au moyen d'un cylindre qui faisait tomber les balles par gravité dans les tubes. Une manivelle permettait le mouvement circulaire qui fermait alternativement les chambres, éjectait une douille, verrouillait la culasse ou tirait la munition. Chacune de ces opérations se faisait sur chacun des canons mais, bien entendu, pas en même temps. Ainsi l'arme pouvait atteindre entre 200 et 400 coups à la minute. L'avantage du système rotatif était que les canons pouvaient refroidir un court laps de temps entre chaque tir et que si l'arme tirait 600 balles, en fait chaque canon n'en avait tiré que 100. Au vu de l'usure des canons et de la fatigue du métal engendrée par des cadences de tir trop importantes, Gatling jugea que 150 coups minute permettrait un tir prolongé sans risque de casse pour l'arme.

Peu intéressé par cette arme novatrice, le gouvernement américain en acquit 12 pour 1000 dollars chacune pour effectuer un test au combat en 1864. Les militaires craignaient qu'une telle arme consomme bien trop de munitions pour un résultat relativement modeste au vu de la puissance d'impact de l'arme. Utilisée comme une pièce d'artillerie cela était vrai, mais mélangée au sein d'un bataillon d'infanterie son impact sur une ligne ennemie aurait été dévastateur.

Manœuvrée par 4 hommes, il était essentiel de maintenir un rythme identique dans l'utilisation de la manivelle sous peine d'enrayer l'arme, ce qui arrivait assez souvent.

Employées lors du siège de Petersburg, des Gatling furent fixées sur des canonnières, une douzaine d'autres furent livrées au premier corps du général Hancock. Mais au final l'arme ne vit que peu de combats.

Cette arme était fixée sur un affût d'artillerie standard ce qui augmentait considérablement son gabarit, la rendant moins maniable que les mitrailleuses plus modernes. Employée comme une pièce d'artillerie, son utilisation au combat fut épisodique et son emploi fut limité. De plus, intégrée aux formations d'artillerie elle perdait sa capacité tactique de frapper au plus près des lignes ennemies et était facilement contrebattue par l'artillerie adverse. Les Français autres grands inventeurs de la mitrailleuse commirent la même erreur de doctrine d'emploi lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

La Gatling connut le succès après la guerre de sécession et fut employée de plus en plus et par différentes armées. Les Anglais qui furent impressionnés par les qualités de cette arme les utilisèrent contre les Zoulous, puis les Boers, les Boxers chinois et dans la plupart de leurs conflits coloniaux. Si bien d'autres mitrailleuses ont été inventées par la suite et notamment la Maxim 1908 des Allemands, la Gatling est considérée aujourd'hui comme l'arme ayant la plus grosse cadence de tir du monde. Les derniers modèles de Gatling peuvent tirer jusqu’à 6000 coups par minute. Tous les avions de chasse de l'US AIR FORCE sont aujourd'hui armés d'un canon vulcain rotatif descendant du système de Gatling tout comme le monstrueux A10 warthog et son canon rotatif à 7 tubes de 30mm capable de percer le blindage d'un char.

Paradoxalement cette arme dont les différents successeurs furent les principaux pourvoyeurs de morts des conflits modernes avait été inventée par Gatling pour réduire le nombre de tireurs nécessaires au combat et réduire ainsi la taille des armées et donc le nombre de morts.

mitrailleuse gatling sur affût de campagnemitrailleuse gatling sur affût de campagnemitrailleuse gatling sur affût de campagne

mitrailleuse gatling sur affût de campagne

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La marine de L'union (1)

Publié le par Olivier Millet

La marine Nordiste durant la guerre de sécession domina largement le conflit par sa taille et l'absence de réelle opposition de la part de la marine confédérée. La marine de l'Union en 1861 qui n'est rien de moins que l'US Navy moins quelques marins et officiers qui ont préféré rejoindre le Sud, possédait 42 navires à voile et à vapeur ; à la fin de l'année 1861 elle réussit à tripler ses effectifs. En 1862 on comptait presque 390 unités. Le budget de la marine fut multiplié par 10 pour atteindre les 120 millions de dollars. Trop méconnu, le rôle de la marine de l'Union dans la guerre fut déterminant. A l'issue du conflit, l'US Navy n'était ni plus ni moins que la plus grande flotte de guerre du monde juste derrière la Royal Navy mais était bien plus moderne et possédait un grand nombre de navires cuirassés. A la fin de la guerre l'ensemble des unités composant la flotte de l'Union atteignait les 671 unités dont 75 cuirassés.

Une petite marine

A l'origine le seul ennemi potentiel de l'US NAVY fut la marine anglaise qui avait déjà douloureusement croisé sa route en 1812. La vulnérabilité des côtes des États-Unis et l'incapacité de sa flotte d'alors à contrer les attaques de la Royal Navy avaient fait prendre conscience à Washington et à ses amiraux de la nécessité de posséder une flotte digne de ce nom et d'un système de fortifications côtières beaucoup plus dense. Durant la guerre du Mexique l'US Navy n'eut pas à combattre de navire de guerre et sa seule contribution à des opérations militaires durant le 19ème siècle, hormis la guerre de 1812, fut le conflit avec les barbaresques et les opérations anti-négriers sur la côte sud-africaine. Les missions de la marine dans les années 1840, 1850 sont essentiellement du contrôle de trafic, la lutte anti-piraterie et les missions scientifiques. L'US Navy est également intervenue au Japon pour forcer ce pays à ouvrir ses portes au marché international par l'entremise d'une flotte commandée par le Commodore Matthew Perry en 1853. D'une manière générale, la marine de guerre américaine n'est pas une force de première importance, elle est incapable d'affronter les grandes escadres européennes comme celles de la France ou de l'Angleterre et en outre sa mission première ne la destine pas à autre chose que la protection des intérêts américains sur ses côtes ou à l'étranger.

Lorsque la guerre civile éclate, la marine de l'union possède relativement peu de bateaux dont certains sont en chantier pour réparation et d'autres envoyés à l'autre bout du monde. Seule une quarantaine est réellement disponible parmi lesquels 27 sont en missions lointaines.

La mission que le président Lincoln allait lui donner était multiple :

assurer un blocus des ports confédérés afin de paralyser le Sud et de le priver d'une de ses importantes ressources en armements et matières premières de la même manière que durant la guerre contre le Mexique. Ce genre de mission pour être remplie efficacement nécessitait un grand nombre de navires pour assurer une permanence au large des nombreux ports sudistes.

La mission suivante fut une réelle innovation. La flotte devait emprunter les accès fluviaux pour porter la guerre au cœur du Sud en transportant des troupes ou en attaquant directement les villes et forces ennemies stationnées en bordure de fleuve. La flotte de haute mer devait se muer en flottille de rivière.

Bien entendu les missions d'escorte, de liaison et de combat en haute mer devaient également être assurées. Tout navire de guerre ou corsaire sudiste aperçu en mer devrait être combattu.

Des flottes en pleine mutation

En ce milieu du 19ème siècle, les marines du monde étaient en pleine mutation, la propulsion à vapeur remplaçait la propulsion à voile, lui conférant l'avantage de la vitesse et surtout de ne plus se soucier de la direction du vent pour se déplacer. Les canons rayés équipaient les ponts des navires de guerre améliorant la précision des tirs. Cette double révolution avait en partie échappé aux Américains qui n'ont pas su prendre en compte des enseignements à tirer des batailles navales Russo-Turques et la guerre de Crimée. Lors de la bataille navale de Sinope entre Russes et Turcs, les canons à obus explosif réduisirent en miettes les navires de bois des Ottomans. De la même manière les barges blindées de fer des Français lors de la guerre de Crimée, écrasèrent les défenses russes lors de la bataille de Kinburn. Ces barges surmontées de plaques de fer reçurent plus de 200 impacts en retour mais aucune ne fut sérieusement endommagée. Les canons rayés à obus explosif pouvaient ainsi mettre en pièces les navires de bois et seuls des navires protégés par des cuirasses en fer pouvaient résister à cette nouvelle artillerie embarquée. Seulement la marine américaine était pourvue de nombreux navires à propulsion à voile et vapeur mais à coque en bois classique.

Les marines française et anglaise avaient chacune lancé leur propre navire à cuirasse de fer en 1858, les croiseurs Gloire et HMS Warrior, mais ces navires étaient des vaisseaux à flancs protégés avec une mâture classique et pas de véritables cuirassés à vapeur dépourvus de voiles. Sur ce point l'US Navy se montrera particulièrement novatrice avec des vaisseaux blindés, sans voiles, à faible tirant d'eau et à tourelles uniques ou multiples pouvant effectuer des rotations à 360°. Mais au début de 1861, aux États-Unis on était encore loin de se soucier de mettre au point de telles innovations technologiques. Devant l'absence d'ennemis réels, les projets farfelus de navires cuirassés d'un certain Ericson n'avaient pas retenu l'attention. La guerre qui s'annonçait allait tout changer. Seul le Monitor, premier navire cuirassé de l'union, avait été mis en chantier au début du conflit suite à des rumeurs sur l'existence de navires cuirassés sudistes. Dès 1862, l'US Navy est la marine ayant les navires les plus modernes et les plus efficaces au combat du monde. Dès 1862 L'Angleterre, en froid avec les États-Unis, suite à l'affaire du Trent, réalise qu'elle ne pourra sans doute pas s'approcher des ports américains, en cas de conflit, sans subir de dommages sérieux et sans pouvoir répondre efficacement. Lors de la bataille d'Hampton Roads, ce sont toutes les marines du monde qui se sont retrouvées obsolètes. La fièvre du Monitor qui suivit, fit que l'US Navy lança un programme d'armement naval dans le domaine des cuirassés sans précédent, même sur les fleuves comme le Mississippi. Des navires cuirassés à très faible tirant d'eau furent construits pour progresser et soutenir les armées d'invasion nordistes. La flotte en "eau boueuse" ou brown fleet était née, Pour la première fois dans l'histoire une flotte de combat était spécialement étudiée et mise en chantier dans le seul but de combattre sur les cours d'eau.

Dans le domaine naval, Sud et Nord se lancèrent dans la guerre sous-marine avec d'un côté le célèbre CSS Hunley et de l'autre le USS Aligator. Bien qu'anecdotique cette nouvelle forme de combat fut le commencement d'une nouvelle ère pour toutes les grandes flottes du monde, la mer prenait dès lors avec le succès du CSS Hunley, une nouvelle dimension, le combat sous la surface.

de gauche à droite, la frégate à vapeur Kearsarge, célèbre pour avoir vaincu le corsaire sudiste CSS ALABAMA en 1864, le Keokuk et ses deux superstructures abritant un canon pivotant, la canonnière de rivière USS Onondagade gauche à droite, la frégate à vapeur Kearsarge, célèbre pour avoir vaincu le corsaire sudiste CSS ALABAMA en 1864, le Keokuk et ses deux superstructures abritant un canon pivotant, la canonnière de rivière USS Onondagade gauche à droite, la frégate à vapeur Kearsarge, célèbre pour avoir vaincu le corsaire sudiste CSS ALABAMA en 1864, le Keokuk et ses deux superstructures abritant un canon pivotant, la canonnière de rivière USS Onondaga

de gauche à droite, la frégate à vapeur Kearsarge, célèbre pour avoir vaincu le corsaire sudiste CSS ALABAMA en 1864, le Keokuk et ses deux superstructures abritant un canon pivotant, la canonnière de rivière USS Onondaga

Les navires de guerre et les marins de l'Union :

La flotte de l'Union au début du conflit était composée de frégates de ligne, de plus petits navires rapides propres à la lutte contre les pirates et dans un premier temps d'un ensemble hétéroclite de navires civils armés en urgence pour faire face au conflit. Les équipages ont un effectif en 1861 d'environ 9000 hommes, Lincoln dut faire un appel aux volontaires pour en recruter 18000 de plus. On estime à plus de 84000 hommes les effectifs de la marine de l'Union à la fin du conflit. A l'issue de la guerre plus de 4523 marins et officiers de l'US Navy furent tués ou moururent des suites de maladies, 1710 furent blessés.

Dans les années 1840, les futurs officiers étaient embarqués sur des navires comme enseignes et apprenaient les rudiments de leur métier sur le tas. Ce n'est qu'à partir de 1845 qu'une véritable école pour les officiers de marine fut créée afin d'apporter les connaissances de base de la navigation, du combat d'artillerie, et une culture générale et de la discipline qui manquaient cruellement. Ces académies navales comme celle d'Annapolis dans le Maryland ne suffisaient pas à fournir un nombre suffisant d'officiers et l'intégration des cadets se doublait d'une formation sur les navires directement. Chaque marin recevait une solde en fonction de son grade et de son expérience : un marin vétéran avait droit à une paye de 18 dollars ce qui était supérieur à ce que touchait un soldat de l'armée de terre, les plus novices entre 8 et 12 dollars. Les officiers possèdent les grades de lieutenant (capitaine) captain (commandant) et Commodore quand il s'agit de commander une escadre. En 1861 Il n y a pas d'amiraux dans l'US Navy, ce grade sera officiellement créé sur décision du Congrès en 1862 pour récompenser mais aussi hiérarchiser le commandement naval suite à la forte augmentation des effectifs. Le commandement de la marine de l'Union était de la responsabilité du secrétaire à la marine GIdeons Welles et des amiraux Vahlgreen, Dupont, Porter, Farragut, foote. Le ministère de la marine était en outre composé de 11 départements parmi lesquels celui du recrutement, la construction navale, l'administration, l'artillerie embarquée et navale, l'approvisionnement, les cartes, le service de santé naval, les US Marines, les arsenaux et les ports ou encore celui de la propulsion. La marine possédait ses propres hôpitaux au nombre de 8, ses arsenaux, et fut la première au monde à mettre sur pied des navires hôpitaux comme le USS Rover. Originellement l'US Navy est divisée en 6 escadres, une pour la défense des côtes américaines (home squadron) une en Afrique, une en Amérique du Sud, une dans le Pacifique, une en Méditerranée et une dans les Caraïbes. Pour les besoins du blocus une nouvelle organisation à 4 escadres plus une cinquième chargée du combat fluvial fut mise en place.

Contrairement au Sud, le Nord était bien pourvu en chantiers navals et en cales sèches, il put ainsi construire plus facilement de nouveaux navires de guerre et son industrie lourde lui permit en outre de faciliter la construction des Ironclads très gourmands en fer. On estime à plus de 200, le nombre de navires construits par la dizaine de chantiers navals nordistes durant la guerre et à plus de 400 les navires achetés à l'étranger. La politique d'utilisation de vapeurs civils désarmés afin de les transformer en canonnières permit d'éviter un effort de construction plus important et de pallier temporairement au manque chronique de bateaux en début de conflit. Cette solution sera également appliquée par la marine confédérée encore plus mal lotie. Fin 1861, L'US Navy possédait 260 navires de guerre soit 4 fois plus qu'au début du conflit. A la fin de la guerre l'US Navy alignait 671 bateaux soit 15 fois plus qu'au début, la majorité d'entre eux une fois la guerre terminée seront revendus, ferraillés ou démontés, renvoyés dans la flotte marchande.

Mais durant le conflit des navires bien plus modernes furent lancés comme le croiseur USS Galena à coque en bois recouverte de plaques d'acier qui déplaçait 950 tonneaux sur 50 mètres de long et avait un armement très puissant de 4 pièces de 9 pouces (soit 230mm) et deux canons Parrot de 100 livres. Le navire était propulsé par une machine à vapeur à la vitesse de 8 noeuds. Autre navire au design très innovant, le USS Keokuc à deux châteaux dans lesquels se trouvaient des embrasures pour les canons qui pouvaient faire croire qu'il s'agissait de tourelles. En fait l'armement se composait de seulement deux canons pivotant pouvant tirer depuis différents angles depuis le navire. Ce dernier était aussi cuirassé de fer, propulsé par vapeur et pesait 700 tonnes pour une longueur de 50 mètres.

L'USS Onondaga était un monitor de fer à deux tourelles pesant 1250 tonnes se déplaçant jusqu’à 7 noeuds et possédant un armement de deux canons de 15 pouces soit 381mm, (le calibre des canons du cuirassé allemand de la seconde guerre mondiale BIsmarck) et deux canons de 150 livres à âme lisse Dahlgreen. Mais le plus étrange de tous fut le USS Alligator, un sous-marin, le premier de la marine américaine, de 15 mètres de long jaugeant 250 tonnes et armé de mines.

Jamais aucune marine dans le monde n'avait entrepris autant de changements sur les plans technologiques, tactiques organisationnels et sur ses effectifs que la marine de l'Union. Il est indéniable que sans la marine fédérale la guerre de Sécession n'aurait pu être gagnée par les armées de terre du nord. Elle a permis d'étouffer petit à petit l'économie sudiste par le blocus, prendre le Mississippi et protéger le commerce du nord des attaques de raiders confédérés. elle a remporté la plupart de ses combats navals aidée il est vrai par une supériorité numérique écrasante.

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Le 39th régiment de volontaires de New-York, Garibaldi Guards

Publié le par Olivier Millet

Le 39th régiment de volontaires de New-York, Garibaldi Guards

Créé dans la ville de New-York par le Colonel Frederick G d'Utassy, le 39th régiment de volontaires de New-York fut une unité multiculturelle dont l'uniforme est d'inspiration italienne et plus particulièrement la tenue des " Bersaglieri " ou chasseurs italiens. Le régiment prit le nom de "Garibaldi Guards " en référence au célèbre révolutionnaire italien, héros de l'unification italienne; Giuseppe Garibaldi.

Recruté pour 3 ans de service par le colonel Frederick D'Utassy.

Officiellement organisé le 27 mai 1861, ce régiment comprenait des compagnies représentatives d'une minorité présente à New-York. ainsi les trois premières étaient majoritairement hongroises, 3 autres allemandes, une autre était suisse une était française, une autre italienne et la dernière espagnole et portugaise. Un vrai melting pot à l'image de la ville de New-York, principale destination américaine pour les immigrants d'Europe. Attaché à la brigade de Blenker, de la division Mile de l'armée de Virginie de Mac Dowel, le régiment partit à Washington dans le but de renforcer ses défenses. Les problèmes apparurent très vite pour cette unité lors d'un séjour à Alexandria, Une mutinerie de l'une de ses compagnies éclata et le détachement incriminé fut en partie arrêtée et emprisonnée avant de revenir dans le régiment.

Le 39th régiment de volontaires de New-York, Garibaldi Guards

l'emploi

Le régiment, comme le reste de l'armée de Mac Dowel, put se rendre au combat lors de l'affrontement en Virginie à Bull Run au sein de la 1ere brigade de la 5ème division. Mais l'unité ne fut que peu engagée dans les combats. Après cette bataille, le régiment campa un temps à Alexandria où apparurent des problèmes de discipline interne au sein de la compagnie G. L'unité fut ensuite envoyée à Roach Mill's pour ses quartiers d'hiver et rejoignit en avril 1862 la division du général Frémont. Le régiment combattit dans la campagne de la vallée de la Shenandoah contre le général Jackson ; on le retrouve aux combats de harrisonburg, Cross Key et d'autres en Virginie. Le 26 juin il passe dans la 1ère brigade de la 3ème division du corps d'armée du général Pope près de Middeltown où il combat le 15 juillet. A Harper's Ferry alors que l'armée confédérée du général Lee envahit le Maryland, son subordonné le général Thomas Jacskon attaque la garnison nordiste stationnée là. Du 12 au 15 septembre il réalise un bel exploit militaire en capturant plus de 12000 fédéraux dont 530 hommes du 39th régiment. Heureusement pour ces derniers ils furent échangés et revinrent en novembre près de Washington à Centerville pour prendre leurs quartiers d'hiver. Après ce désastre, le régiment fut assigné à la 3ème brigade de la 3ème division du 2ème corps et combattit bravement à Gettysburg en mai 1863. Dans cette bataille il laisse 95 hommes sur les compagnies engagées, capture 3 drapeaux et aide à reprendre une batterie fédérale capturée par l'ennemi. Le régiment reçoit une recommandation pour sa conduite. Un monument commémore aujourd'hui son action d'éclat (voir photo). D'autres combats l'attendent en Virginie à Bristoe Station et Mine Run d'octobre à décembre 1863. Au début de l'année suivante le régiment reçoit enfin des renforts et 4 nouvelles compagnies viennent s'ajouter en janvier puis deux autres peu après après. Appartenant cette fois à la 3ème brigade de la 1ère division du 2ème corps, l'unité va participer à la terrible campagne de la Wilderness en mai 1864 et est de tous les combats de Spotsylvania, Laurel Hill, Cold Harbor, Totopotomoy, Po River, Hanover Court House...

Après ces durs combats le régiment fut envoyé pour participer au siège de Petersburg où l'armée de Lee était encerclée et menacée de destruction. Devenue le 39th bataillon, l'unité regroupe 7 compagnies autour de la position confédérée. Participant à toutes les actions du siège, le bataillon est également de la poursuite lorsque Lee et les débris de son armée tenteront de fuir vers l'Ouest. A la capitulation du général confédéré à Appomatox, l'unité poursuivra des missions de routine dans la région de Richmond avant de revenir à Alexandria en juin1865.

Engagés dans 55 combats et batailles, le régiment perdit 9 officiers et 269 hommes tués au combat, morts par maladie ou après blessures. L'unité fut dissoute à Alexandria le 7 juin 1865.

Le 39th régiment de volontaires de New-York, Garibaldi Guards

L'uniforme:

( illustration : soldat du 39th par Don Troiani )

L'attrait de cette unité est son uniforme typique copié sur celui des chasseurs italiens Bersaglieri. Une veste bleu foncé, surlignée de rouge à boutons couleur argent, manches et col rouges, chapeau à larges bords avec une plume verte de coq de bruyère.

Sur le chapeau est accroché un insigne de cuivre avec les lettres GG pour "Garibaldi Guards"

Après Bull Run et les égarements uniformologiques des différentes unités de milices et de volontaires, le régiment adopta une tenue plus standard mais il "semblerait" que des éléments typiques du premier uniforme comme les passementeries rouges de la veste aient survécu sur la nouvelle tenue.

Comme certains autres régiments de volontaires étrangers, les Garibaldi Guards avaient trois drapeaux dont l'un représentait l'inspiration italienne du régiment en utilisant les couleurs de l’Italie avec la devise du père de l'unité italienne, Giuseppe Mazzini, "DIO E POPOLO" Dieu et le peuple.

A gauche le Colonel d'Utassy,  le 39th au défilé, à droite les restes du drapeau national original du 39th regiment (musée de l'armée New-York)
A gauche le Colonel d'Utassy,  le 39th au défilé, à droite les restes du drapeau national original du 39th regiment (musée de l'armée New-York)
A gauche le Colonel d'Utassy,  le 39th au défilé, à droite les restes du drapeau national original du 39th regiment (musée de l'armée New-York)

A gauche le Colonel d'Utassy, le 39th au défilé, à droite les restes du drapeau national original du 39th regiment (musée de l'armée New-York)

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Le père de tous les canons

Publié le par Olivier Millet

De nombreuses pièces de siège et d'artillerie côtière ont été utilisées et produites durant la guerre civile par les deux camps. Ces énormes canons étaient utilisés pour l'artillerie de marine, la défense des fortifications et bien sûr les opérations de siège afin de réduire les places fortes et autres défenses. Aux États-Unis plusieurs constructeurs se sont illustrés dans la production de canons de gros calibre comme Rodman, Parrot, Dalgreen...

Parmi les différents modèles de canons lourds, les modèles mis au point par l'artilleur Thomas Jackson Rodman étaient réputés pour leur fiabilité et leur puissance. Existant dans les calibres de 8, 10, 13 et 15 pouces, ces canons étaient fabriqués selon un principe inventé par Rodman : la coulée de fonte était rafraîchie par un dispositif placé à l'intérieur du moule, un procédé qui améliorait la résistance du métal du canon en augmentant sa densité. Les canons Rodman n'étaient pas les seuls à utiliser cette méthode de coulage ; les pièces Dalhgren bénéficiaient également de cette invention. Théoriquement, selon les dires de Rodman lui-même, avec ce procédé on pouvait réaliser un canon de n'importe quel calibre...

Les canons Rodman avaient une forme très évasée à la base, leur donnant un aspect de bouteille.

Le canon le plus puissant de l'arsenal fédéral fut le modèle Rodman M1864. Il s'agissait d'un canon modèle Columbiad à tube lisse, modifié par Rodman, de 20 pouces (20 inches) capable de tirer un projectile plein ou explosif d'une demi-tonne à plus de 7300 mètres de distance avec un angle de 20°. Il s'agissait ni plus ni moins du plus gros canon jamais construit en 1865. Mais cet énorme canon qui fut assemblé à Fort Hamilton ne devait jamais dépasser le stade du prototype. Seuls 8 tirs furent effectués et démontrèrent la capacité du monstre. D'abord utilisé avec des charges de poudre inférieures à 70kg, on utilisa en 1867 des charges de 90 kg pour une seconde série de tirs durant laquelle il put expédier un projectile à plus de 7 kilomètres. Mais ce modèle ne devait être qu'un démonstrateur d'artillerie et ne fut jamais utilisé contre les Confédérés.

Le canon pesait un poids énorme, 52.8 tonnes, il mesurait 6.18m et avait un diamètre maximal de 1.62m . Son tube lisse pouvait expédier un projectile plein de 1080 livres et un projectile creux de 763 livres.

La plupart des canons que Rodman réalisa pour l'armée furent les modèles de 15 et 10 pouces qui finirent par servir dans les défenses côtières des États-Unis.

Le canon est conservé sur support fixe à Fort Hamilton. Il est à noter que deux autres canons du même type furent réalisés après la guerre civile. L'un fut expédié à Fort Monroe pour effectuer des tests et participa à l'exposition de Philadelphie de 1876. Ce dernier canon est encore aujourd'hui exposé à Fort Hancock dans le New-Jersey. Le dernier fut vendu au Pérou et servit à la défense du Port de Callao durant la guerre du Pacifique (conflit entre le Pérou et la Bolivie contre le Chili de 1879 à 1884). Il est probable qu'il fut capturé par les Chiliens après leur victoire à Callao en 1881.

Ainsi le plus gros canon réalisé durant la guerre civile, ne fut pas utilisé durant la guerre de Sécession mais dans une autre guerre américaine, au Sud cette fois, un conflit largement méconnu en Europe et qui mériterait une étude bien plus approfondie.

en haut le canon Rodman de 20 pouces numéro 1 à Fort Hamilton, images du bas le Rodman numéro 2 à Fort Hancock
en haut le canon Rodman de 20 pouces numéro 1 à Fort Hamilton, images du bas le Rodman numéro 2 à Fort Hancocken haut le canon Rodman de 20 pouces numéro 1 à Fort Hamilton, images du bas le Rodman numéro 2 à Fort Hancock

en haut le canon Rodman de 20 pouces numéro 1 à Fort Hamilton, images du bas le Rodman numéro 2 à Fort Hancock

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Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

Publié le par Olivier Millet

Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

Rendu célèbre par le film de 1926 de Buster Keaton "le Mécano de la General", le raid d'Andrews eut lieu en avril 1862 en Géorgie et avait pour but de s'emparer d'une locomotive confédérée, afin de mener des destructions le long de la voie de chemin de fer reliant Chattanooga et Atlanta et perturber le trafic ferroviaire sudiste dans la région. Bien que le raid fût un échec, il fut qualifié par les sudistes de plan le plus audacieux réalisé par un cerveau "Yankee".

La ville de Chattanooga était un important nœud ferroviaire par lequel transitait une part importante des approvisionnements à destination des troupes confédérées de la zone Tennessee et reliant Nashville, Knoxville et Atlanta. Le général Ormsby Mitchel, chef du district militaire de l'Ohio, désirant pousser vers le sud et capturer la ville de Chattanooga imagina en coordination avec son agent James J Andrews, une opération spéciale afin de perturber le ravitaillement de la ville et aider ainsi à accélérer sa chute. Chattanooga était une forteresse naturelle entourée de reliefs qui rendaient difficile sa capture par les forces de Mitchel. Bloquer la seule voie ferrée qui venait du sud et dont la ville dépendait pour son ravitaillement pouvait être la solution.

Le commando d'Andrews

Andrews était un espion, un agent civil de renseignement qui travaillait pour le compte du Nord et qui s'était fait remarquer par ses opérations de contrebande le long de la ligne de front. Le plan qu'il mit au point était de capturer une locomotive pour transporter un commando et mener des séries de destructions le long de la voie de chemin de fer "Western and Atlantic Railroad" reliant Atlanta à Chattanooga. Ce raid devait être mené de manière simultanée avec une attaque de la part des forces du général Mitchel sur la ville de Chattanooga dans le but de paralyser les renforts confédérés qui ne manqueraient pas d'être envoyés vers la ville, facilitant ainsi la capture de Chattanooga.

Le commando de 22 membres fut recruté parmi les hommes de trois régiments de volontaires de l'Ohio (2nd, 21st et 33rd regiment). Andrews recruta également un civil qui travaillait pour l'armée fédérale et originaire lui aussi de l'Ohio : William Hunter Campbell.

Le commando reçut pour instruction de rejoindre la ville de Marietta dans le comté de Cobb en Géorgie en tenue civile et en plusieurs groupes pour ne pas attirer l'attention. Le commando arriva sur place à l'exception de deux hommes et y passa la nuit du 11 au 12 avril 1862, à l'hôtel Fletcher House. Le lendemain, Andrews et ses hommes attendirent qu'un train fasse halte à la gare toute proche afin de profiter de la pause déjeuner des passagers pour s'emparer de la locomotive. Lorsqu'un train en provenance du sud arriva et débarqua ses passagers pour leur permettre de se restaurer à l'hôtel Lacy, le commando s'empara de la locomotive "la General" et de son premier wagon et se mit en route vers le nord en direction de Chattanooga. Ce qui fut appelé par la suite "the great Locomotive chase" commença.

Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

La traque:

Les opérateurs de la locomotive tentèrent bien de rattraper "la General" mais c'était peine perdue à pied. Les premiers poursuivants confédérés se servirent aussi de draisines, le conducteur initial de la "General" , William Fuller, rencontra dans sa poursuite une autre locomotive et la redirigea à la poursuite de la "General". Bien qu'ayant une certaine avance, le commando fédéral faisait déjà des haltes pour entamer son entreprise de destruction ferroviaire. Du même coup il gênait la poursuite des sudistes à bord d'autres locomotives. Arrêté une première fois près de la ville de Adairsville par des rails enlevés, Fuller dut prendre une autre locomotive, "la Texas", pour continuer la poursuite emportant au passage quelques soldats.

Le commando se trouva confronté à plusieurs problèmes :

saboter la ligne prenait du temps surtout sans les outils adéquats, laissant de moins en moins d'espace entre eux et leurs poursuivants.

Ils devaient rouler dans un trafic ferroviaire régulé c'est-à-dire obéir aux horaires de passage sous peine d'interférer avec un autre train et être complètement bloqués et rapidement repérés (heureusement dans leur progression, Andrews fit couper la ligne télégraphique empêchant ainsi les postes les plus isolés en amont d'être au courant du vol de la "General").

Lorsque le train arrivait dans des gares importantes, Andrews ne put donner une quelconque priorité de passage pour son train en inventant une histoire de renforts pour Chattanooga car les chef de gare et dispatcheurs avaient des consignes très précises faisant d'un train de passagers en provenance du sud comme celui de la"General" un convoi secondaire passant après ceux provenant du Nord. D'autant plus que la nouvelle de mouvements de troupes nordistes sen direction de Chattanooga avait déclenché un nouvel ordre de priorité pour certains convois ferroviaires qui passeraient bien avant celui d'Andrews. Les poursuivants se rapprochaient de plus en plus, d'autant qu'ayant signalé la nouvelle de l'attaque du commando fédéral, ils étaient aidés dans chaque gare pour leur déploiement sur les rails en direction du nord.

une histoire qui a inspiré de nombreuses représentations ( en haut la vraie "General" dans son musée de Kennesaw)
une histoire qui a inspiré de nombreuses représentations ( en haut la vraie "General" dans son musée de Kennesaw)une histoire qui a inspiré de nombreuses représentations ( en haut la vraie "General" dans son musée de Kennesaw)

une histoire qui a inspiré de nombreuses représentations ( en haut la vraie "General" dans son musée de Kennesaw)

Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

La fin de la course

Ayant échoué à détruire un pont en bois interdisant ainsi toute poursuite, Andrews et ses hommes continuèrent vers le Nord jusqu’à l'épuisement du combustible de leur locomotive. Ils durent se résoudre à abandonner leur véhicule près de Ringgold en Géorgie situé à une trentaine de kilomètres de Chattanooga. Désormais à pied, les hommes d'Andrews furent tous capturés dans les deux semaines qui suivirent. Considérés comme des espions, les hommes d'Andrews ne devaient pas s'attendre à un sort clément de la part des autorités confédérées qui jugèrent leur chef devant un tribunal militaire et le pendirent le 7 juin à Atlanta. Ce triste sort fut également réservé à 7 membres du commando le 18 juin. Mais 8 des derniers rescapés réussirent à s'échapper et rejoindre les lignes fédérales après une traversée de plusieurs centaines de kilomètres. Aidés par des esclaves, des sympathisants de l'union certains passèrent même par la rivière Chattahoochee pour être secourus par un navire de l'union faisant le blocus. Les derniers prisonniers furent finalement échangés et eurent la vie sauve. Sur les 24 membres du groupe, 19 reçurent la médaille d'honneur du Congrès pour leur acte, 8 dont leur chef furent pendus, 6 échangés contre d'autres prisonniers de guerre, 2 furent enrôlés dans des unités confédérées avant de s'échapper, 2 n'ont pas participé à la mission, ayant raté le rendez-vous mais se sont échappés vers le nord.

Cette mission qui fut un échec resta dans les mémoires par son audace et inspira de nombreux écrits et films. Un monument érigé à la mémoire du commando fut édifié à Chattanooga dans le cimetière national. Quant à la locomotive "la General" elle est conservée au musée de la guerre civile à Kennesaw en Géorgie.

Le raid d'Andrews ou la chasse de la General 12 avril 1862

Liens:

sites dédiés au raid

http://www.andrewsraid.com/

http://www.locomotivegeneral.com/locomotivechase.html

le site du musée de Kennesaw où se trouve la locomotive du raid:

http://www.southernmuseum.org/

(l'affiche du film "l'infernale poursuite de 1956 produit par Walt Disney)

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La Pennsylvanie dans la guerre de Sécession

Publié le par Olivier Millet

La Pennsylvanie dans la guerre de Sécession

La Pennsylvanie, est l'état situé entre le sud du lac Erié, bordé par le Delaware, le Maryland, l'Ohio et le New-Jersey. Sa population avoisine les 2,9 millions d'habitants en 1860 soit le deuxième état le plus peuplé des Etats-Unis derrière celui de New-York. La plus grande ville de l'état, Philadelphie, comporte 565 000 habitants ce qui en fait la deuxième ville la plus peuplée du pays derrière New-York. Aidé par une industrie bien établie sur son sol, une réserve en ressources naturelles abondantes et par une forte population, l'état de Pennsylvanie fut un des acteurs principaux de l'effort de guerre fédéral fournissant à la fois une grande quantité d'armes et de matériels ainsi qu'un grand nombre de régiments. En outre un grand nombre de généraux étaient originaires de cet état.

Des régiments nombreux et variés

3 jours seulement après l'attaque de Fort Sumter, Lincoln demandait à l'état de Pennsylvanie un contingent de 16 régiments dont 2 devant être disponibles dans les 3 jours. Washington en proie à la panique d'une attaque virtuelle de la part des confédérés était dépourvu de défenseurs. La première unité appelée "the first defender" fut un détachement de 5 compagnies de milice venant directement de Pennsylvanie. La Pennsylvanie répondit donc promptement à l'appel aux armes. Sur les 16 régiments demandés 25 furent mis sur pied, un corps de réserve fut créé suite à une suggestion du gouverneur de Pennsylvanie Andrew Curtin. Cette réserve dont les unités étaient recrutées pour trois ans, fournira de nombreux régiments à l'armée du Potomac. La plupart d'entre elles se rassemblèrent au camp Curtin près de Harrisburg. De nombreux officiers parmi les plus illustres de la guerre furent originaires de cet état comme les généraux McClellan, Meade, Reynolds ou Hancock ainsi que 44 autres généraux sans oublier l'amiral David Porter.

La Pennsylvanie fut un des plus importants contributeurs à l'effort de guerre fédéral de la guerre civile à tel point que l'état fut surnommé "l'arsenal de l'union". 427 286 hommes originaires de Pennsylvanie furent intégrés dans les armées de l'union (dont 362 000 dans l'armée régulière) dans plus de 300 régiments, bataillons ou unités indépendantes d'infanterie ,de cavalerie et d'artillerie sans compter les unités de milices levées dans les périodes où l'état était menacé par une invasion confédérée directe. En plus des hommes, l'état fut également un grand pourvoyeur de matériels et matériaux pour l'effort de guerre.

L'un des régiments les plus célèbres de l'état fut le 42nd Pennsylvania (ex 13th reserve) surnommé Bucktail à cause de la queue de Daim blanche et rouge servant de décoration au chapeau du régiment. Cette unité au couvre-chef typique fut emblématique de la Pennsylvanie dans la guerre de Sécession

De bas en haut :13th, 72nd et 155th régiments de Pennsylvanie par Don Troiani.
De bas en haut :13th, 72nd et 155th régiments de Pennsylvanie par Don Troiani.
De bas en haut :13th, 72nd et 155th régiments de Pennsylvanie par Don Troiani.

De bas en haut :13th, 72nd et 155th régiments de Pennsylvanie par Don Troiani.

Parmi les centaines de régiments pennsylvaniens citons le 155th régiment recruté en 1862 à Pittsburg et qui possédait un uniforme inspiré des zouaves français mais qui différait de l'uniforme très en vogue à l'époque par l'utilisation d'un bleu différent et surtout de parures jaunes au lieu du rouge. Dissoute en 1865, l'unité eut droit à son monument après la bataille de Gettysburg. Le 13th régiment de réserve qui deviendra le célèbre 42nd régiment de volontaires " Bucktail" recruté comme régiment de réserve en 1861; il fut transféré dans l'armée du Potomac dès la fin de cette même année et participa à la plupart des combats de l'armée du Potomac. L'unité fut dissoute en 1864 et ses survivants transférés dans le 190th régiment de l'état.

Le 203rd régiment à la tenue identique à celle des Berdan's sharpshooters, le 6th régiment de cavalerie de Pennsylvanie les fameux "Rush Lancers", une des dernières unités de cavalerie fédérale à être équipée de la lance et encore le 74th régiment pratiquement entièrement composé de soldats germanophones de l'état de Pennsylvanie.

La liste est longue et je vous engage à visiter le site des archives de la guerre civile pour une liste exhaustive des 383 unités et régiments recensés pour la Pennsylvanie.

La Pennsylvanie dans la guerre de Sécession

Une industrie puissante au service de l'union.

Philadelphie et sa région étaient le principal centre de production d'armement et de matériel de l'état. L'arsenal de Frankford était le centre militaire pour le développement et la production des munitions d'infanterie. Son responsable, Josiah Gorgas, quitta son poste lors de la déclaration de Sécession pour se mettre au service de la Confédération et grâce à ses talents de gestionnaire aider le Sud à mettre en place une industrie d'armement viable. Mais son remplaçant s’acquitta honorablement de sa mission et l'arsenal put tester plusieurs nouvelles armes dont la mitrailleuse, fournir des fusils à la milice de Pennsylvanie, produire en masse des munitions dont la balle Minié et assurer le soutien technique des armements d'infanterie. L'arsenal employa plus d'un millier d'ouvriers durant la guerre de Sécession. La ville possédait un chantier naval, le premier du pays à avoir été mis en place, et qui appartenait à la marine depuis 1801. Il produisit une part importante des navires nordistes et du matériel pour les équiper. Près de 3000 personnes travaillèrent sur place. Avec la montée en puissance de la marine de l'union le chantier naval de Philadelphie fit parler de lui en réalisant le record de construire en 50 jours le Sloop de guerre USS Tuscaora. Le chantier naval pouvait compter sur le soutien de plusieurs autres sites de construction navale gérés par des privés le long du Delaware. Le plus important navire de guerre fédéral le USS New IRONSIDE fut construit à Philadelphie.

Les arsenaux de Pittsburgh et sa région fournirent 15% des canons de l'US army notamment grâce à la fonderie de "Fort Pitt Works" qui sortit l'un des plus gros canons du monde du moment : un canon Rodman de 20 pouces et environ 1200 canons de tous calibres. Les fonderies de Pittsburgh produisirent 10% de tous les projectiles d'artillerie des armées de l'union. L'US Navy fit construire 4 Ironclad dans les chantiers navals de Pittsburgh plus des canonnières fluviales et de nombreux éléments servant à la fabrication d'autres cuirassés. L'arsenal d'Allegheny, toujours à Pittsburgh, était l'un des principaux ateliers pour la confection de harnachements, d'équipements et de munitions pour l'US Army.

Enfin il ne faut pas oublier que l'état de Pennsylvanie fut le théâtre de la plus grande bataille jamais livrée sur le sol américain à Gettysburg et durant cette campagne plusieurs accrochages de cavalerie à Hanover, Hunterstown, Fairfield, Carlisle et Sporting Hill du 30 juin au 3 juillet 1863. Mais au-delà de cet affrontement titanesque, la Pensylvannie fut un des acteurs essentiels dans l'effort de guerre de l'union, un élément majeur qui pesa de tout son poids industriel et humain. Ce sont plus de 350000 pennsylvaniens qui ont servi dans l'armée fédérale durant la guerre civile soit plus de 12% de la population totale de cet état.

(illustration de la planche : drapeaux d'infanterie et d'artillerie de Pennsylvanie)

Sources:

Ron Field Brassey's history of uniforms " American civil war Union Army "

Osprey " The union infantryman 1861-1865 "

Anthony Joseph Waskie "Philadelphia and the civil war"

Don Troiani " Regiments and uniforms of the civil war "

un très beau site sur les drapeaux de Pennsylvanie:

http://www.pacivilwarflags.org/regiments/indivRegiment.cfm?group=1-50®=42nd%20PA,%20(13th%20Reserves),%20First%20Rifle%20Regiment

Archive de la guerre civile : liste des régiments de Pennsylvanie:

http://www.civilwararchive.com/unionpa.htm

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Le canon M1857 NAPOLEON

Publié le par Olivier Millet

Le canon M1857 NAPOLEON

Le canon le plus couramment utilisé durant la guerre civile américaine fut sans aucun doute le M1857 Napoléon. Cette pièce d'artillerie fut présente à presque 1700 exemplaires sur les champs de bataille de la guerre civile américaine. Sa conception robuste et légère en faisait la pièce de campagne idéale capable de tirer une large gamme de projectiles tout en étant suffisamment maniable pour être facilement déployée sur le terrain à pied ou à cheval. Ce canon à tube lisse était également apprécié pour ses capacités à courte distance lorsqu’il tirait des boîtes à mitraille qui infligeaient des dégâts considérables à sa cible pouvant stopper net une charge d'infanterie. Destiné à remplacer le canon de 12 livres M1841, il permettait à portée de tir égale de diminuer le poids du tube de 530 livres.

Le canon de l'Empereur

Nommé "canon Napoléon" en l'honneur de l'empereur Napoléon III empereur de France, ce canon devait remplacer les pièces d'artillerie de l'armée française du système Valée adopté en 1827. Le nouveau canon modéle 1853 fut adopté dans un souci de standardiser tous les calibres existant (8 et 12 livres, 15 et 16cm) en un seul le 12 cm.

Introduit dans l'armée française en 1853, ce canon obusier de 12 était une pièce d'artillerie de campagne de calibre 12. Mais en France le calibre des pièces signifie 12cm et non 12 livres. Ce canon avait un diamètre en sortie de bouche de 12cm soit 4.6 pouces. Une pièce de 12 livres désignait un canon capable d'envoyer un boulet d'un poids de 12 livres. La pièce était tractée selon le principe introduit par le système Valée : un avant train supportant le caisson à munitions et doté de collerons et servantes afin de faciliter la mise en œuvre et le déplacement de la pièce. Le canon en lui-même est fixé bas sous l'avant-train au moyen d'un crochet. Les servants sont assis sur le caisson et se déplacent ainsi avec la pièce.

Le canon pèse 626kg et 1.2 tonnes avec son affût. Les roues de l’affût sont du même diamètre que celles de l'avant-train selon une norme mise en place par les Britanniques depuis les guerres napoléoniennes. Le tube lisse mesurant 1.91 mètres pouvait expédier des boulets, des obus, des boîtes à mitraille et des biscaïens "grapeshot" à une portée effective de 1500 mètres . il était réalisé en bronze mais fut également coulé en fer par les Confédérés.

Les Américains adoptèrent ce système et le dupliquèrent sous le nom de M1857 Napoléon. Les fonderies nordistes construisirent près de 1100 pièces tandis que les Confédérés en réalisèrent environ 600.

Très apprécié des artilleurs américains, le canon Napoléon était polyvalent ; il permettait d'assurer un tir puissant à courte portée grâce aux charges de mitraille que le tube lisse permettait d'envoyer sans souffrir outre mesure, tout en étant suffisamment puissant pour assurer des tirs aux portées moyennes de 1500 mètres. Les pièces rayées de type Parrott plus précises et dont la portée était supérieure ne pouvaient rivaliser avec la capacité destructive à courte portée des Napoléon et étaient en outre plus fragiles.

Plus que tout autre canon, le modèle M1857 fut le canon principal du champ de bataille de la guerre de Sécession

A gauche les différences entre tubes nordistes et confédérés, au centre un canon M1857 de l'union (photo John Anderson), à droite un Napoléon sudiste au tube bien plus lisse et sans bourrelet de bouche (parc national de Gettysburg)
A gauche les différences entre tubes nordistes et confédérés, au centre un canon M1857 de l'union (photo John Anderson), à droite un Napoléon sudiste au tube bien plus lisse et sans bourrelet de bouche (parc national de Gettysburg)
A gauche les différences entre tubes nordistes et confédérés, au centre un canon M1857 de l'union (photo John Anderson), à droite un Napoléon sudiste au tube bien plus lisse et sans bourrelet de bouche (parc national de Gettysburg)

A gauche les différences entre tubes nordistes et confédérés, au centre un canon M1857 de l'union (photo John Anderson), à droite un Napoléon sudiste au tube bien plus lisse et sans bourrelet de bouche (parc national de Gettysburg)

fiche technique:

(canon Napoléon de 12 livres)

type: canon lisse à chargement par la bouche

calibre: 12 cm

poids du projectile: 12.3 livres

poids de la charge : 2.5 livres

poids du tube : 626 kg (1227 livres)

portée maximale à 5° : 1619 yards

année de fabrication : 1857

exemplaires construits aux États-Unis : 1700

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Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Publié le par Olivier Millet

Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Considéré comme l'un, si ce n'est le plus beau discours politique américain, ce texte de deux minutes du président Lincoln prononcé lors de l'inauguration d'un cimetière dédié aux morts (fédéraux) de la bataille de Gettysburg, fut l'occasion pour ce dernier de replacer la guerre civile dans le contexte de l'édification de la nation américaine commencée par les pères fondateurs. En 270 mots seulement, Lincoln résume magnifiquement la lutte du Nord comme un combat pour la liberté, le droit supérieur de la nation sur les revendications des états et la place de chaque américain en son sein.

Après la bataille de Gettysburg qui a fait 7863 morts sur trois jours faisant des champs autour de la petite ville de Pennsylvanie, une zone jonchée de cadavres dont l'inhumation urgente a conduit à l'éparpillement des corps sur plusieurs cimetières de fortune. Dans le but de rassembler dans un même lieu les corps des soldats tombés au champ d'honneur, il fut décidé de créer un cimetière national. Officiellement inauguré le 19 novembre 1863, le discours devant être prononcé par le sénateur de l'état du Massachusetts, Edward Everett, fut accompagné par un petit discours du président Lincoln qui avait accepté de venir à cette occasion. Malgré son emploi du temps surchargé, Lincoln profita de cette tribune pour prononcer un discours propre à redonner le moral aux habitants du Nord dans la conjoncture de cette fin d'année d'année 1863 difficile.

La guerre s'éternisant et ce, malgré les victoires de Gettysburg, Vickburg et Chattanooga et le revirement pro-unioniste à l'international qu'avait suscité la proclamation d'émancipation, il fallait faire une mise au point sur les buts de la guerre pour redonner le cap à la population du Nord qui ne voyait plus la fin du conflit et doutait de l'utilité de le poursuivre.

Le discours d'Everett dura deux heures et fut applaudi par le public présent, Lorsque Lincoln, souffrant de fièvre, prononça le sien, il ne dura que deux minutes et il fallut attendre un peu pour que des applaudissements surgissent et encore de manière moins fournie que pour Everett. La différence de longueur entre les deux discours et le ton amoindri du président, dû à son état de santé, ont certainement joué en sa défaveur et ce n'est que bien plus tard que l'on réalisa la portée réelle de son discours. L'impact dans la presse le lendemain fut d'ailleurs mitigé, négatif pour certains journaux.

Ce discours d'une grande éloquence, encore enseigné aux enfants américains de nos jours, fut pourtant l'un des plus vibrants appels à soutenir la cause de l'Union, un résumé parfait du sens qu'entendait donner le président Lincoln à la guerre civile. Il mesure, en outre, l'importance du conflit dans l'édification d'une nation à part entière et non plus une fédération de 36 états différents brisant en cela la vision des pères fondateurs et des 13 colonies initiales. La guerre civile parachève le travail de ces derniers en effaçant, malheureusement dans la violence, les imperfections inhérentes à la genèse des États-Unis comme l'esclavage tout en imposant le pouvoir centralisateur de Washington.

Il existe 5 versions différentes du discours, toutes écrites par Lincoln lui-même mais la version la plus probable du discours du 19 novembre est celle-ci:

Le discours de Gettysburg 19 novembre 1863

Une traduction proche de l'esprit du discours :

" Il y a 87 ans, nos pères ont donné naissance, sur ce continent, à une nouvelle nation conçue dans la liberté, et vouée à l'idée que tous les hommes sont créés égaux.

Maintenant, nous sommes engagés dans une grande guerre civile, pour déterminer si cette nation, ou toute nation ainsi conçue, peut survivre plus longtemps.

Nous sommes rassemblés sur un grand champ de bataille de cette guerre. Nous sommes venus pour consacrer une partie de cette terre comme dernière demeure à ceux qui ont donné leur vie afin que cette nation puisse vivre. Il est convenable et juste que nous le fassions.

Mais plus généralement, nous ne pouvons dédier, nous ne pouvons consacrer, nous ne pouvons sanctifier cette terre. Les braves, vivants et morts, qui ont lutté ici, l'ayant consacrée de manière si haute que nous n'avons plus le pouvoir d'y rien ajouter ni d'en rien retrancher.

Le monde n'accordera pas beaucoup d'importance, ni ne se souviendra longtemps de ce que nous avons dit ici, mais il ne pourra ignorer ce que ces braves ont fait.
C'est plutôt à nous les vivants, d'être voués à la tâche encore inachevée qu'ils ont jusqu'ici si noblement accomplie.

C'est à nous de nous consacrer plus encore à la cause pour laquelle ils ont donné la pleine et entière mesure de leur dévouement.
Que nous soyons ici hautement résolus à ce que ces morts ne soient pas morts en vain ;
Que cette nation, si Dieu le veut, voie renaître la liberté, et que le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne disparaisse pas de la surface de la terre."

(Illustration: The Gettysburg Adress de Mort Kunstler)

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Les "briseurs" de blocus

Publié le par Olivier Millet

Les "briseurs" de blocus

Le chapitre naval de la guerre de Sécession comportait deux grandes phases qui se jouèrent quasiment en même temps. La guerre sur les fleuves et la guerre en mer. Pour la partie maritime l'option qui fut mise en place par la marine du Nord fut le blocus des côtes confédérées. Le blocus demeure depuis longtemps une arme utilisée pour contraindre une puissance, n'ayant pas ou peu de répondant naval, à la négociation ou la reddition si son économie est trop asphyxiée pour continuer la lutte. Cette option envisagée par Scott dès le début du conflit offre l'avantage de ne pas porter physiquement atteinte aux villes côtières tout en infligeant des dégâts considérables à l'économie ennemie. Mais la côte Est du Sud comprend 5600 kilomètres de littoral et une centaine de ports à contrôler. Bien qu'une dizaine seulement soient réellement aptes à accueillir de gros navires de commerce. La flotte de l'Union au début du conflit était trop faible encore pour assurer un dispositif étanche, de plus, ne disposant pas de bases arrière suffisamment loin au Sud, les navires ne pouvaient établir un cordon de contrôle que sur une partie limitée de la côte. Les régions les plus australes demeuraient hors de portée. Néanmoins les différentes opérations qui ont conduit à la capture de site important dans les Caroline du Sud et du Nord et en Louisiane permirent de fournir des bases aux navires nordistes et donc d'allonger le blocus jusqu'au Texas.

L'économie sudiste vit ses capacités d'import/export diminuer de moitié, les prix montèrent en flèche favorisant un marché parallèle mais aussi des entreprises dont le but était de traverser le blocus du Nord afin de continuer les activités commerciales avec le reste du monde et amener les denrées et armements dont le Sud avait désespérément besoin. Les navires civils affrétés pour ces missions étaient appelés "blockade runners" ou briseurs de blocus. Plusieurs milliers de navires de toutes tailles et de tous types participèrent à ces tentatives risquées mais payantes. Les navires les plus efficaces furent construits à l'étranger. Ils offraient un profil bas sur l'eau pour diminuer la signature visuelle ; à voile et à vapeur ils devaient être rapides pour échapper aux navires de guerre de l'Union. Ces navires n'étant pas des corsaires ou des navires de guerre n'étaient pas armés (ce qui aurait inutilement alourdi le bateau et conduit, en cas de combat, à des mesures drastiques de la part des navires de guerre de l'union).

Une entreprise risquée mais potentiellement très lucrative

La mission-type d'un briseur de blocus consistait à transporter des balles de coton, traverser la ligne de surveillance nordiste et se diriger vers un autre port, généralement dans les Bermudes, les Bahamas ou à Cuba, afin d'échanger le coton contre des fournitures diverses ou de l'armement. Enfin le navire devait ramener son chargement à bon port et retraverser une seconde fois la ligne de blocus ennemie. Le plus souvent les opérations de franchissement se déroulaient de nuit ou par mauvais temps afin de passer le plus inaperçues possible. Les bateaux étaient parfois peints en gris afin de se camoufler ou en blanc pour passer inaperçus au lever du jour. Fonctionnant à la vapeur ils changeaient de combustible pour éviter de générer des traînées de fumée trop voyantes. Mais la guerre avançant, le nombre de port disponibles diminua et les briseurs de blocus n'eurent guère de choix quant à leur port de destination, ce qui du même coup facilita la tâche des navires nordistes qui savaient où les attendre. Les commandants de bâtiments nordistes avaient même mis au point des techniques pour attraper plus facilement les bateaux qui tentaient de franchir leurs lignes au moyen de navires maniables en avant des patrouilleurs qui envoyaient des fusées pour signaler la présence d'un "contrebandier".

(photo : l' ADVANCE, un forçeur de blocus pris en photo à Nassau en 1863 )

Les "briseurs" de blocus

D'une quarantaine de bâtiments en patrouille le long des 5600 kilomètres de côtes sudistes, la marine de l'Union assura une croisière permanente de plus de 150 navires au plus fort de la guerre. On estime que 500 bateaux ont participé à ce blocus et que, malgré les critiques nombreuses au nord comme à l'international, le blocus nordiste eut une influence sur les ressources, les importations de denrées de première nécessité et donc sur la vie quotidienne des habitants du Sud. Comme le blocus en avril 1861 était encore incomplet des régions entières échappaient à tout contrôle naval. Le golfe du Mexique était une zone où les briseurs de blocus opéraient plus facilement à partir des ports de la Nouvelle-Orléans et de Mobile mais en 1862 avec la chute de la capitale de la Louisiane, le blocus devint plus resserré et les briseurs de blocus eurent de plus en plus de difficultés à exercer leur art. Les navires durent opérer depuis le port Texan de Galveston. La chute successive des grands ports sudistes ne ralentit pas particulièrement l'activité des briseurs de blocus qui trouvaient toujours des sites où décharger leur cargaison mais rendait problématique leur ravitaillement ou leur réparation.

Les navires des briseurs de blocus

Le navire idéal pour traverser le blocus aux yeux et à la barbe des marins nordistes devait être avant tout rapide et discret. Les capacités du Sud dans la construction navale étaient réservées à la petite marine de guerre confédérée et les sudistes ont dû faire appel aux privés pour mener à bien ces missions et fournir les bâtiments nécessaires. Les navires trop lents comme les voiliers étaient incapables de distancer les navires à vapeur les plus rapides de la flotte fédérale. Même si ces derniers étaient rares ils pouvaient, en cas de repérage, aisément rattraper les bateaux à propulsion à voile ou les vieux vapeurs. Là encore les sudistes durent faire appel aux chantiers navals étrangers pour construire des nouveaux types de bâtiments au design très particulier aptes à remplir de telles missions. Le Banshee fut l'un des premiers navires répondant au nouveau profil : une propulsion à vapeur récente, un franc-bord bas, une étrave arrondie pour diminuer les vagues, peu de superstructures sur le pont, une mâture basse et démontable au besoin, une peinture grise, noire, bleu foncé pour camoufler le navire dans la nuit, un entrepôt vaste pour accueillir le plus de fret possible, une quille étroite pour gagner en vitesse, une charpente en fer plus solide permettant d'alléger le bateau. Les expérimentations réalisées pour trouver la solution hydrodynamique la plus adaptée au franchissement discret du blocus fédéral permirent à la construction navale anglaise de prendre une avance technologique non négligeable pour l'avenir.

Des compagnies d'import/export comme la John Frazer Compagny qui possédaient une flotte de navires et des relations commerciales étroites en Angleterre notamment furent sollicitées dès le début du conflit pour mener à bien ces dangereuses missions. La marine confédérée acquerra également des navires pour effectuer les missions de ravitaillement clandestines afin de ne plus dépendre entièrement du secteur privé pour assurer l’approvisionnement du Sud. A la fin de la guerre le dernier grand port d'où opéraient ces bateaux fut Wilmington en Caroline du Nord.

Les plus célèbres furent :

Le CSS Sumter de 500 tonneaux le premier d'entre eux qui effectua des missions de briseur de blocus avant d'être transformé en "raider". Le CSS Florida qui fut utilisé comme briseur de blocus puis "raider", le CSS Advance qui réussit 20 missions avant d'être capturé, le CSS Kate construit à New-York effectua lui aussi 20 missions avant de s'échouer vers Cape Bear. Le SS Lynx qui effectua 9 sorties avant d'être détruit par la flotte de l'Union, le SS Laurel qui n'effectua qu'une tentative mais qui survécut à la guerre, le CSS Robert Lee capturé en 1863, le SS Syren qui réalisa le plus grand nombre de tentatives (33)....

Près de 1300 tentatives furent effectuées par les briseurs de blocus et 300 seulement furent réalisées avec succès. On estime à environ 350 le nombre de navires sudistes utilisés pour forcer le blocus, 136 d'entre eux furent capturés et 85 autres détruits. Les briseurs de blocus transportèrent près de 400 000 balles de coton (soit 20% des exportations sudistes d'avant-guerre). On ignore précisément combien d'armes et de munitions furent acheminées dans les ports confédérés par le biais des briseurs de blocus mais on sait que dans les six derniers mois de 1864 ils amenèrent dans les ports de Caroline, 50 000 fusils Enfield, 43 canons et suffisamment de salpêtre pour fabriquer 10 millions de cartouches et 750 tonnes de viande pour nourrir l'armée sudiste de Lee à Petersburg. Malgré le renforcement du blocus, le ratio navires tentant le franchissement et navires capturés fut relativement stable car avec l'augmentation des navires fédéraux autours des ports, le trafic des briseurs de blocus était aussi augmenté par l'arrivée de nouvelles unités. Le nombre de ports disponibles diminuant et l’étanchéité du blocus augmentant, l'activité des briseurs de blocus en fut affectée progressivement au fur et à mesure que l'on s'approchait de la fin du conflit.

à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)
à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)

à Gauche le CSS Robert Lee (centre historique de la marine, USA ), à droite le CSS Sumter et le Banshee (musée national de Liverpool)

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